III
^^ Quant' esser convenia da se luceiite Quel ch'era dentro al Sol dov'io entra'mi, Non per color, ma per lurae parvente ,
^^ Percir io lo ingegno e T arte e F uso chiami , 81 nol direi che mai s* immaginasse ; Ma creder puossi , e di veder si brami.
^^ E se le fantasie nostre son basse A tanta altezza , non è meraviglia , Ghè sovra il Sol non fu occhio ch' andasse.
*^ Tal era quivi la quarta famiglia DeU'alto Padre che sempre la sazia , Mostrando come spira e corne figlia.
^s E Béatrice cominciô : Ringrazia ,
Ringrazia il Sol degli angeli, ch'a questo Sensibil t' ha lèvato per sua grazia.
^® Cuor di mortal non fu mai si digeste A divozion ed a rendersi a Dio Con tutto il suo gradir cotanto presto,
20 Com' a quelle parole mi fec'io; E si tutto il mio amore in lui si mise, Che Béatrice ecclissô nell'obblio.
^^ Non le dispiacque ; ma si se ne rise , Che lo splendor degli occhi suoi ridenti Mia mente unita in più cose divise.
CHANT DIXIÈMK. 134
Combieji de soi-même devait-elle être brillante! Ce que contenait le Soleil où j'eiîtrai, et ce qui s'y discerne, non par la couleur, mais par la lumière,
Quelque appel que je fisse à Fesprit et à Tart et à rexpérience, je ne le dirais jamais de manière qu'on se rijnaginàt; mais on peut le croire, et que le voir on désire !
Et que notre imagination reste au-dessous d'une si grande hauteur, ce n'est merveille, jamais œil n'ayant dépassé le SoleiP*.
Telle était là la quatrième famille du haut Père, qui toujours la rassasie, montrant comment il spire et engendre *2.
Et Béatrice commença : « Rends grâces, rends grâces au Soleil des Anges, qui dans le Soleil sensible t'a élevé par sa grâce. »
Jamais cœur ne fut si disposé à dévotion, ni si prompt à se porter vers Dieu en toute reconnaissance.
Qu'à ces paroles je le devins; et mon amour en lui tout entier s'absorba tellement, que Béatrice s'éclipsa dans l'oubli.
Loin que cela lui déplût, elle en eut tant de joie, que l'éclat de ses yeux riants, sur diverses autres choses attira mon esprit uni h Dieu.
13i CANTO DEClAfO.
22 lo vidi piii fulgor vivi e vincenti Far di noi eentro e di se far corona, Più doici in voce, che in vista lucenti.
25 Cosi cinger la liglia di Latona
Vedem tal voila , quando V aère è pregno Si, che ritenga il fil che fa la zona.
2^ Nella corte del ciel dond'io rivegno, Si trovan moite gioie care e belle Tantx) , che non si posson trar del regno ;
2^ E il canto di que' lunii era di quelle : Chi non s'iinpenna si, che lassù voli , Dal muto aspetti quindi le novelle.
2^ Poi, si cantando, quegli ardenti Soli Si fur girati intorno a noi tre vol te , Corne stelle vicine a' fermi poli ;
2' Donne mi parver non da ballo sciolte , Ma che s'arrestin tacite, ascoltando Fin che le nuove note hanno ricolte :
28 E dentro air un sentii cominciar : Quando Lo raggio délia grazia , onde s' accende Verace amore, e che poi cresce amando,
2^ Multiplicato in te tanto risplende , Che ti conduce su per quella scala , l ' senza risalir nessun discende:
Je vis plusieurs splendeurs, dont la vive lumière vainquait celle du Soleil , faire dé^ nous un centre et de soi une couronne, plus douces encore de voix que brillantes à la vue.
Ainsi voyons-nous quelquefois se ceindre la fille de Latone**, quand l'air est si humide qu'il retient le fil *^ dont est faite la ceinture.
Dans la cour céleste d'où je reviens, se trouvent beaucoup de pierreries si précieuses et si belles, qu'on ne peut les sortir du Royaume *^ ;
Et le chant de ces lumières était de celles-là : qui pas assez ne s' empenne *« pour voler là-haut, attende qu'un muet lui en donne des nouvelles*'.
Lorsque ainsi chantant, ces ardents Soleils autour de nous eurent tourné trois fois, comme des étoiles voisines d'un pôle fixe ,
Ils me parurent tels que des dames, qui, suspendant leur danse, silencieuses s'arrêtent pour écouter, jusqu'à ce qu'elles aient recueilli les notes nouvelles:
Et au dedans de l'u!) d'eux, j'entendis commencer : • Lorsque le rayon de la grâce, dont s'allume le véritable amour, et qui croît ensuite en aimant,
«Multiplié en toi tant resplendit, qu'en haut il te guide par cette échelle que sans remonter nul ne descend *^ ,
*^ Quai ti negasso il vin délia sua fiala Per la tua ^te , in libertà non fora , Se non com'acqua ch'al mar non si cala.
^* Tu vuoi saper di quai plante s'infiora Questa ghirlanda , che intorno vagheggia La bella Donna ch'al ciel t'avvalora :
^' lo fui degli agni délia santa greggia , Che Domenico mena per cammino , U' ben s' impingua , se non si vaneggia.
^* Questi , che m' è a destra più vicino , Frate e maestro fummi , ed esso Alber to È di Cologna, ed io Tomas d'Aquino.
*^ Se lu di tutti gli altri esser vuoi certo , Diretro al mio parlar ten vien cof viso Girando su per lo beato serto.
*^ Queiraltro fiammeggiare esce del riso Di Grazian, che l'uno e Taltro fôro Aiutô si , che piace in Paradiso.
*^ L'altro ch'appresso adorna il nostro coro , Quel Pietro fu che con la poverella , Offerse a Santa Chiesa il suo tesoro.
*' La quinta luce ch'è tra noi più bella, Spira di taie amor, che tutto il mondo Laggiii ne gola di saper novella.
• Qui refuserait h ta soif le vin de sa fiole, ne serait pas plus libre que ne Test Feau de ne point s'écouler dans la mer.
« Tu veux savoir de quelles plantes se fleurit cette' guirlande qui , ravie , entoure la belle Dame à qui tu dois la force de monter au ciel :
« Je fus des agneaux du saint troupeau que Dominique conduit par un chemin oii bien Ton engraisse, si ne distraient point les choses vaines.
«Celui-ci, le plus près de moi h droite, fut mon frère et mon maître: il est, lui, Albert de Cologne, et moi Thomas d'Aquin.
« Si tu veux connaître tous les autres, que ton regard suive ma parole, tournant au-dessus de cette heureuse couronne.
«Cette autre flamme rayonne de Gratien, qui fut, dans Tun et l'autre for, d'un secours tel, qu'on s'en réjouit en Paradis ^^.
« L'autre, qui auprès orne notre chœur, fut Pierre ^o, qui, comme la pauvre veuve, offrit à la sainte Église son trésor.
« La cinquième lumière, la plus belle d'entre nous, émane d'un tel amour, que tout le monde, en bas, est avide d'en savoir nouvelle 2*.
*s Entro v'è l'alta rrlente u' si profonde Saver fu messo , che , se il vero è yero , A veder tanto non surse il secondo.
*® Appresso vedi il lume di quel cero Che , giuso in carne , più addentro vide Uangelica natura e il ministero.
^^ Neir altra piccioletta luce ride Queir Avvocato de' tempi cristiani , Del cui latino Agostin si provide.
^* Or se tu r occhio délia mente trani Di luce in luce dietro aile mie Iode , Già deir ottava con sete rimani.
^2 Per vedere ogni ben dentro vi gode L' anima santa , che il mondo fallace Fa manifeste a chi di lei ben ode.
^* Lo corpo ond' ella fu cacciata giace Giuso in Cieldauro , ed essa da martiro E da esilio venue a questa pace.
^^ Vedi oitre fiammeggiar l'ardente spiro D' Isidore, di Beda e di Riccardo Che a considerar fu più che viro.
^^ Questi , onde a me ritorna il tuo riguardo , È il lume d'uno spirto , che in pensieri Gravi , a morire gli parve esser tardo.
« Dedans est le haut esprit où fut infuse une science si profonde, que, si le vrai est vraies, qui tant vit point ne surgit un second.
t Auprès, distingue la lumière de ce flambeau ^3^ qui , en bas dans la chair, vit le plus à fond la nature et le ministère angélique.
• Dans l'autre petite lumière resplendit ce défenseur des temps chrétiens*^, dont le livre inspira Augustin 25.
tOres, si le regard de ton esprit, de lumière en lumière, nage derrière mes louanges, te reste encore la soif de la huitième*^.
■ Par la vision de tout bien 27, dedans jouit l'âme sainte, qui manifeste le monde fallacieux à qui bien Técoute-^
«Le corps dont elle fut chassée gît on bas dans le Cieldauro 2», et elle du martyn» et do l'exil vint h cette paix.
«Vois plus loin (lamboyer l'ardente haleine d'Isidore •'^^, de Bode oi de Richard^*, qui fut, dans ses contemplations, plus qu'un homme.
• Celui-ci, de qui ton regard revient A moi, est la lumière d'un esprit auquel la mort parut tardive :
438 CANTO DRCIMO.
*^ Essa è la luce oterna di Sigieri ; Che leggendo nel vico degli strami , Sillogizzô invidiosi veri.
^7 Indi, corne orologio, che ne chiami NeU'ora che la sposa di Dio surge A mattinar lo sposo perché l'ami ,
*^ Che l'una parte e Taltra tira ed urge , Tin tin sonando con s) dolce nota , Che il ben disposto spirto d' amor turge ;
^® Cosi vid' io la gloriosa rota
Muoversi , e render voce a voce in tempra E in dolcezza , ch' esser non puô nota ,
Se non cola dove il gioir s'insempra.
€ C'est réternelle lumière de Sigier ^-, qui , enseignant dans la rue au Fouarre, syllogisa des vérités odieuses. »
Ensuite, comme riiorloge, qui nous appelle à rheure où Pépouse de Dieu se lève pour chanter les louanges matinales de l'époux qu'elle aime,
Tire et pousse l'une et l'autre partie ^^ , sonnant tin tin d'un ton si doux, que l'esprit bien disposé se dilate d'amour ;
Ainsi vis-je la roue glorieuse se mouvoir, et rendre voix II voix^^ avec un accord et une douceur qui ne peuvent être connus.
Que là où la joie se prolonge sans terme.
CANTO DECIMOPRIMO
* O insensata cura de' mortali , Quanto son difettivi sillogismi Quel che ti fanno in basso batter V ali !
- Chi dietro a iura , o chi ad aforismi Sen giva , o chi segiiendo sacerdozio , E chi regnar per forza o per sofismi ,
^ K chi rubare , e chi civil negozio , Chi , nel diletto délia carne involto, S'affaticava, echi si dava aU'ozio;
^ Quand' io, da tutte queste cose sciolto, Con Béatrice m'era suso in cielo Cotante gloriosamente accolto.
^ Poi che riascuno fu tomato ne lo Punto del cerchio, in che avanti s'era . Ferinossi, rome a randelier candelo.
0 souci insensé des mortels, que fautifs sont les syllogismes qui te font battre en bas les ailes !
Qui suivant le droit, qui les aphorismes^ et qui le sacerdoce, s'en allait, et qui h régner par force ou par sophismes ,
Qui à voler, qui aux affaires civiles, qui enfoncé dans les plaisirs de la chair, se fatiguait, et qui se plongeait dans l'oisiveté ,
Tandis que moi, dégagé de toutes ces choses, en haut avec Béatrice j'étais si glorieusement accueilli dans le ciel.
Lorsque chacun fut revenu au point du Cercle, où auparavant il était fixé comme un cierge dans un chandelier.
CANTO DECIMOPIUMO.
Kd io senti' dentro a qiiella lumiera , Clio pria nVavea paiiato, somdendo Incomiiiciar, facendosi più mera :
Cosi com'io del suo raggio nï'accendo ,
Si, riguardando nella luce eterna ,
Li tuoi pensieri onde cagioni , apprendo.
* Tu dubbii , ed hai voler che si ricerna In si aperla e si distesa lingua Lo dicer mio , ch'al tuo sentir si sterna ,
Ove dinanzi dissi : V hen simpivyua^ E là u' dissi : J\'on surso il sfcondo; E qui è uopo che ben si distingua.
^^ La provvidenza che governa il mondo Con quel consiglio , nel quale ogni aspetto Creato è vinto pria che vada al fondo ,
^* Perocchè andasse ver lo suo dilct^o La sposa di Colui, ch'ad alte grida Disposo lei col sangue benedetto ,
^2 In s6 sicura e anche a lui più fida, Duo Principi ordino in s^uo favorè, Chè quinci e quindi le fosser pcr guida.
^^ L'un fu tutto serafico in ardore , L'altro per snpienza in terra fue Di chcrubica luce uno splendore.
CHANT ONZIÈMi:. 143
.reiitendis, au dedans de celte lumière qui premièrement m'avait parlé, et qui devint plus vive, commencer en souriant :
« Comme de son rayon je m'allume, ainsi, dans l'élernelle lumière regardant tes pensers, j'en découvre la cause.
• Tu doutes, et désires qu'avec plus d'étendue, en un langage clair, proportionné à ton entendement, j'explique
« Ce qu'auparavant j'ai dit : Oit bien Von sengraisse ^; et encore : Point ne surgit un second ^; et ici besoin est de bien distinguer.
«La Providence qui gouverne le monde suivant un conseil tel , que toute vue créée défaille avant de pénétrer au fond,
«Afin que l'épouse de celui qui, jetant un grand cri^, l'épousa avec son sang béni ^, vers son bien-aimé s'en allât ,
«Assurée en soi, et aussi h lui plus fidèle, préordonna en sa faveur deux princes, qui d'ici et de là ^ fussent ses guides.
«L'un en ardeur fut tout séraphique, l'autre par la sagess4î fut, en terre, une splendeur de la lumière des Chérubins.
flii c.vxro oi;oi.MOPRiMO.
** IV^ll ww <ilir\K perocchè d'ambedue Si dnv Tun pregiaiido, quai ch'uoni preiide, l^>^vih^^ JïHi uu fille fur r opère sue.
•'* ImU*» Tupino , e V acqua che discende IVI colle eletto dal beato Ubaldo , K^tUIo Costa d' alto monte pende ,
** Onde Perugia sente freddo e caldo Da Porta Sole, e dirietro le piange Per grave giogo Nocera con Gualdo.
^' Di quella costa , là dov'ella frange
Più sua rattezza , nacque al mondo un Sole , Corne fa questo tal volta di Gange.
^® Pero chi d' esso loco fa parole Non dica Ascesi , chè direbbe corto , Ma Oriente , se proprio dir vuole.
*^ Non era ancor molto lontan dall'orto , Ch' ei cominci6 a far sentir la terra Dclla sua gran virtude alcun conforto ;
'^ Chè per tal donna giovinetto in guerra Del padre corse , a cui , coni'alla morte , La porta del piacer nessun disserra ;
2* E dinanzi alla sua spirital corte, Et cor am paire le si fece unito ; Poscia di di'in di' Tamo più fortr.
CHANT ONZIËME. U5
■ D'un seul je parlerai, parce qu'en louant l'un, n'importe lequel , on les loue tous deux-, leurs œuvres ayant eu une même fin.
t Entre le Tupino ^ et l'eau qui descend de la colline choisie par le bienheureux Ubaldo^, une côte fertile pend du haut mont,
« Par lequel Pérouse sent le froid et le chaud du côté de Porta - Sole ^, et derrière elle pleurent Nocera et Gualdo, à cause du joug pesant*^.
« De cette côte, là où moins rapide elle devient, surgit au monde un soleil, comme celui-ci quelquefois surgit du Gange *^.
«Qui donc parle de ce lieu, ne le nomme point Ascesi^2^ cç serait peu dire, mais Orient, si proprement il veut parler.
« Il n'était pas encore loin de son lever, qu'il commença de faire sentir à la terre quelque confort de sa grande vertu ,
« Ayant, tout jeune encore, encouru la colère de son père, pour une dame** à qui nul, pas plus qu'à la mort, n'ouvre la porte du plaisir*^ :
« Et devant sa cour spirituelle*^, et coratn jmtro^^, il s'unit à elle, et de jour en jour ensuite l'aima jjIus fortement.