III
2^6 CANTO DKCIMOSETTIMO.
^ Côsi vedî le cose contingenii ,
Anzi che sieno in se, mirando il punto A cui tutti li tempi son presenti).
Mentre ch'i'era a Virgilio congiunto Su per lo monte che V anime cura, E discendendo nel mondo defunto ,
8 Dette mi fur di mia vita futura Parole gravi ; avvegnach*io mi senta Ben tetragono ai coipi di ventura.
^ Perché la voglia mia saria contenta D' intender quai fortuna mi s' appressa ; Chè saetta previsa vien più lenta.
^^ Cosi dissMo a quella luce stessa
Che pria m'avea parlato, e, corne voile Béatrice, fu la mia voglia confessa.
*^ Ne per ambage, in che la gente folle Già s'invescava pria che fosse anciso L'Agnel di Dio che le peccata toile,
^2 Ma per chiare parole , e con preciso Latin , rispose quelfamor paterne , Chiuso e parvente del suo proprio riso :
j.** La contingenza, che fuor del quademo Délia vostra materia non si stende, Tuila t* dipinta nel cospetto eterno.
CHANT DlX-SEPTlÈMfc:. «7
Ainsi tu vois, avant qu'elles soient, les choses contingentes, regardant le point ^ à qui tous les temps sont présents ,
Tandis que j'étais avec Virgile en haut sur le mont où se guérissent les âmes, et en descendant dans le monde mort,
Me furent dites, touchant ma vie future, des paroles qui me pèsent, quoique je me sente bien affermi contre les coups du sort.
Pour quoi mon désir sera satisfait d'entendre quelle fortune s'approche de moi ; car flèche prévue vient plus lentement ^
Ainsi dis-je à cette même lumière qui auparavant m'avait parlé, et, comme le voulait Béatrice, mon désir fut confessé.
Non par ces ambages où jadis s'engluait la gent insensée ^, avant que fût mis à mort l'Agneau de Dieu, qui ôte les péchés ,
Mais par de claires paroles et en langage précis répondit cet amour paternel , enveloppé et brillant de sa propre allégresse :
« La contingence, qui hors du livre de votre uMitière point ne s'étend^, est toute peinte dans l'éternelle présence ®.
tîH GANTO DECIMOSBTTIliO.
** Nécessita perô quindî non prende, Se non corne dal viso in che si specchia Nave che per corrente giù discende.
*5 Da indi, si corne viene ad orecchia Dolce armonia da organo, mi viene A vista il tempo che ti s'apparecchia»
*^ Quai si parti Ippolito d'Atene Per la spietata e perfida noverca , Tal di Fiorenza partir ti conviene.
^'^ Questo ai vuole, e questo già si cerca, E tosto verra fatto a chi ci6 pensa Là dove Cristo tutto di* si merca.
*® La colpa seguirà la parte offensa In grido , come suol ; ma la vendetta Fia testimonio al ver che la dispensa.
*^ Tu lascerai ogni cosa diletta
Piii caramente; e questo è quelle gtrale Che l'arco delFesilio pria saetta.
*^ Tu proverai si come sa di sale Lo pane altrui, e com*è duro calle Lo scendere e il salir per T altrui scale.
** E quel che più ti gravera le spalle Sarà la compagnia malvagia e scempia, Con la quai tu cadrai in questa valle ;
CHANT DIX-SEPTIEME. S2f
«Elle n'en contracte cependant aucune nécessité, non plus que de F œil où il se réfléchit, le navire qui descend le courant '.
«De là, comme à i*oreille la douce harmonie de l'orgue, vient à ma vue le temps qui pour toi se prépare.
« Tel qu'Hippolyte sortit d'Athènes par la perfidie d'une barbare marâtre, tel tu dois sortir de Florence.
« Gela l'on veut, et cela déjà l'on cherche ; et bientôt l'obtiendra qui le pourpense là où du Christ tous les jours on trafique *^.
« Le cri public , comme de coutume , imputera la coulpe à l'ofTensé ; mais au vrai rendra témoignage Celui qui dispense la vengeance ^^.
« Tu laisseras toute chose le plus chèrement aimée , et c'est là le trait que l'arc de l'exil décoche le premier.
cTu éprouveras combien d' autrui le pain est amer, et quel dur chemin est le monter et le descendre par 1^ escalier d'autrui.
€ Et ce qui te pèsera le plus, ce sera la compagnie ^ïiéchante et stupidc avec laquelle tu tomberas en C:^ttc vallée ;
MO CANTO DECIMOSBTTIMO.
" Che tutta ingrata, tutte matta ed empia, Si farà contra te ; ma poco appresso Ella non tu , n' avrà rossa la tempia.
2* Di sua bestialitate il suo procésso Farà la pruova , si ch' a te fia belle Averti fatta parte per te stesso.
'* Lo primo tuo rifugio e il primo ostello
Sarà la cortesia del gran Lombarde Z^*^^'^^*^ Che in su la Scala porta il santo uccello ; ^^
^^ Ch'avrà in te si benigno riguardo , Che del fare e del chieder, tra voi due, Fia primo quel che tra gli altri è più tardo.
*^ Con lui vedrai colui che impresso fue , Nascendo, si da questa stellà forte, Che notabili fien l'opère sue.
*7 Non se ne sono ancor le genti accorte, Per la novella età , chè pur nove anni Son queste ruote intorno di lui torte.
28 Ma pria che 'I Guasco l'alto Arrigo inganni, Parran faville délia sua virtute In non curar d'argento, ne d'affanni.
2^ Le suo magnificenze conosciute Saranno ancora si , che i suoi nemici Non ne potran tener le hngue mute.
CHANT DIX-SKPTIÈME. 231
«Qui , tout ingrate, toute folle et impie, se tournera contre toi; mais peu après, elle, non toi, en aura les tempes fracassées ^K
«De sa bestialité l'événement sera la preuve, de sorte qu'il te sera beau d'être resté seul à part.
« Ta première hôtellerie et ton premier refuge sera la courtoisie du grand Lombard , qui sur l'échelle porte le saint oiseau ** ;
• Si bénignement il te regardera, que, du faire et du demander, entre vous deux sera le premier celui qui entre les autres est le plus tardif *^.
« Avec lui tu verras celui ^^ qui, en naissant, de cette étoile valeureuse*^ tellement reçut l'empreinte, qu'illustres seront ses œuvres.
t Point ne s'en est-on encore aperçu à cause de l'âge tendre, autour de lui ces roues ayant tourné neuf années seulement.
« Mais avant que le Gascon *7 trompe le haut Henri, il fera de sa vertu briller des étincelles, n'ayant souci Xïi d'argent, ni de fatigues.
« Si connues seront ses magnificences, que ses ennemis mêmes n'en pourront tenir leurs langues muettes.
%Zt CANTO DEGIMOSETTIliO.
*® A lui t'aspetta ed a' suoi benefici : Per lui fia trasmutata molta gente , Cambiando condizion ricchi e mendici.
^ E portera'ne scritto nella mente Di lui , ma noi dirai... e disse cose Incredibili a quei che fia présente.
" Poi giunse : Figlio, queste son le chiose Di quel che ti fu detto ; ecco le insidie Che dietro a pochi giri son nascose.
** Non vo' perô che a' tuoi vicini invidie, Poscia che s'infutura la tua vita Via più là che il punir di lor perfidie.
** Poi che tacendo si mostrô spedita L* anima santa di metter la trama In quella tela chMo le porsi ordita,
** lo cominciai, come colui che brama, Dubitando , consiglio da persona Che vede, e vuoi dirittamente, ed ama :
*« Ben veggio, padre mio, si come sprona Lo tempo verso me, per colpo darmi Tal , ch'è più grave a chi più s*abbandona :
*7 Perché di provedenza è buon ch'io m'armi Si che, se luogo m'è tolto più caro , lo non perdessi gli altri per miei carmi.
CHANT DIX-SEPTIËME. 933
t Attends-toi à lui et à ses bienfaits : par lui beaucoup de gens seront transformés, riches et mendiants changeant de condition.
t Tu porteras de lui ceci écrit en ta mémoire , mais point ne le diras. » Et il dit des choses incroyables à ceux mêmes qui en seront témoins.
Puis il ajouta : « Mon fils, ce sont là les gloses de ce qui t'a été dit; voilà les embûches cachées derrière un petit nombre d'années.
€ Je ne veux cependant pas que tu envies tes concitoyens, puisque ta vie doit dans Tavenir s'étendre bien au delà du châtiment de leurs perfidies ^^. >
Après qu'en se taisant l'âme sainte eut montré C[u'elle avait achevé la trame de la toile dont je hii vivais présenté la lisse ,
Je commençai comme celui qui, doutant, désire <:^nseil d'une personne qui droitement voit et veut et cdme:
— Bien vois-je, mon père, comme vers moi le temps ^e hâte , pour me porter un de ces coups d'autant plus ^udes, que plus soi-même on s'abandonne :
Par quoi de prévoyance il est bon que je m'arme, de ^orte que si m'est ravi le lieu le plus cher, je ne perde point les autres par mes vers ^K
23i CANTO DPXIMOSETTIMO.
*^ Giù per lo mondo senza fine amaro , E per lo monte , del cui bel cacume Gli occhi délia mia Donna mi levaro ;
^^ E poscia per lociel di lume in lume Ho io appreso quel che, s'io ridico , A molti fia savor di forte agrume ;
*^ E s'io al vero son timido amico, Temo di perder vita tra coloro Che questo tempo chiameranno antico.
^^ La luce in che rideva il mio tesoro Ch'io trovai li, si fe prima corrusca, Quale a raggio di sole specchio d'oro ;
^2 [ndi rispose : Coscienza fusca
0 délia propria o dell'altrui vergogna, Pur sentira la tua parola brusca.
^ Ma nondimen , rimossa ogni menzogna , Tutta tua vision fa manifesta , E lascia pur grattar dov'è la rogna ;
^^ Chè, se la voce tua sarà molesta Nel primo gusto , vital nutrimento Lascerà poi quando sarà digesta.
^ Questo tuo grido farà come M vento, Che le più alte cime piii percuote :
E ciô non fa d'onor poco argomento.
CHANT DIX-SKPTIÈME. S35
En bas, dans le monde sans fin amer, et sur le mont du sommet duquel m'enlevèrent les yeux de ma Dame ^^,
Et ensuite dans le ciel, de lumière en lumière 21, j'ai appris ce qui , si je le redis , à beaucoup sera d'aigre saveur :
Et si du vrai je suis ami timide, je crains d'être privé de la vie '2 parmi ceux qui ce temps appelleront ancien.
La lumière dans laquelle exultait mon trésor 2^ que je trouvai là, resplendit d'abord, comme aux rayons du soleil un miroir d'or.
Puis répondit : « La conscience noircie ou par sii propre honte, ou par celle d' autrui, sentira certainement ta rude parole ;
«Néanmoins, le mensonge écarté, public toute la Arision , et où est la gale laisse gratter 2^.
« Que si ta voix 2^ est âpre au premier goût, digérée elle laissera ensuite une nourriture vitale.
«Ce tien cri fera comme le vent, qui plus fortement frappe les plus hautes cimes; (»l ce ne le sera pas un médiocre honneur.
S36 CÂNTO DECIMOSETTIMO.
^* Perô ti son mostrate in queste niote , Nel monte, e nella valle dolorosa , Pur ranime che son di fama note;
^7 Chè Tanimo di quel ch'ode, non posa Ne ferma fede per eseooqplo ch'aia La sua radice incognita e nascosa ,
Ne per altro argomento che non paia.
« Dans ces roues 2^, sur le mont et dans la vallée de douleur, t'ont été montrées seulement les âmes connues par la renommée ,
«Parce que req)rit de cdd qui ouït, point ne se repose dans yne ferme fd par on exemple qui ait sa racine inconnue et cachée,
< Ni par aucun autre argument qui ne soit pas sensible. >
CANTO DECIMOTTAVO
^ Già si gode va solo del suo verbe Quello spirto beato, ed io gustava Lo mio, temprando il dolce con Y acerbo ;
2 E quel la Donna , ch' a Dio mi menava , Disse : Muta pensier, pensa ch* io sono Presso a Colui ch'ogni torto disgrava.
^ Io mi rivoisi alT amoroso suono Del mio conforto ; e quale io allor vidi Negli occhi santi amor, qui rabbandono;
^ Non perch'io pur del mio parlar difiidi, Ma per la mente che non pu6 reddire Sovra se tanto, s'altri non la guidi.
^ Tanto poss' io di quel punto ridire , Che, rimirando lei, lo mio afletto Libero fu da ogni altro disiro.
Déj«^ de son verbe* jouissait seul cet esprit bienheureux, et je goûtais lo mien, tempérant le doux avec Tacerbe :
Et cette Dame, qui à Dieu me conduisait, dit: « Change de penser; pense que je suis près de celui cjui allège toute injure. »
Je me retournai à l'affectueuse voix de mon Reconfîort 2, et quel amour je vis alors dans les yeux saints, ^ Texprimer je renonce ,
Non -seulement parce que do mon parler je mo cJéfie, mais parce que tant sur soi ne peut revenir la tîîémoire , si un autre ne la guide ^.
De cela seulement puis-je dire que, la regardant, *i rien de plus n'aspirait mon âme.
Î40 CANTO DECIMOTTAVO.
« Fincheil piacereeterno, chediretto Raggiava in Béatrice, dal bel viso Mi contenta va col secondo aspetto.
Vincendo me col lume d'un sorriso, Ella mi disse : Yolgiti ed ascolta, Chè non pur ne' miei occhi è paradiso.
® Come si vede qui alcuna volta L'affetto nella vista, s'ello è tanto Che da lui sia tutta l'anima tolta ;
' Gosi nel fiammeggiar del fulgor santo, A cui mi volsi, conobbi la voglia In lui di ragionarmi ancora alquanto.
^^ E cominciô : In questa quinta soglia Deiralbero che vive délia cima, E frutta sempre, e mai non perde foglia»
*^ Spiriti son beati, che giù, prima Che venissero al ciel, fur di gran voce, SI ch'ogni musa ne sarebbe opima.
*^ Perô mira ne' corni délia croce :
Quel chMo or nomerô, U farà Tatto Che fa in nube il suo fuoco veloce.
** lo vidi per la croce un lume tratto, Dal nomar Josuè com'ei si feo, Ne mi fu noto il dir prima che il fatto.
CHANT DIX-UUITIËME. U\
Tandis que le plaisir éternel ^ qui rayonnait directement en Béatrice, me rassasiait, réfléchi par son beau visage.
Me vaincant d'un sourire plein de lumière, elle me dit: « Tourne-toi, et écoute; dans mes yeux seulement n'est pas le Paradis. »
Comme ici quelques fois dans le regard se voit le désir, s'il est si vif qu'il ravisse toute l'àme.
Ainsi dans la flamme de cette sainte splendeur -^ vers qui je me tournai, je discernai le vouloir de m'entretenir encore un peu.
Et il commença : « Dans ce cinquième degré de l'arbre qui vit de la cime^, et fructifie toujours, et jamais ne perd ses feuilles ,
«Sont de bienheureux espi'ils, qui, en bas, avant cju'ils vinssent dans le ciel, eurent tant de renom, que toute Muse en serait enrichie.
« Regarde dans les bras de la Croix : celui que tout *^ l'heure je nommerai fera ce que fait dans la nuée ^cn feu rapide ^. »
Au nom de Josué , qui fut prononcé , je vis une I umière traverser la Croix comme un trait , et pour ïïies sens le dire ne devança pas le fait.
242 CANTO DECliiio.-
^^ E al nome dell* alto Maccabeo Yidi moversi un altro roteando ; E letizia era ferza del paleo.
** Cosi per Carlo Magno e per Orlando Duo ne segul lo mio attente sguardo, Com'occhio segue suo falcon volando.
** Poscia trasse Guiglielmo, e Rinoardo, E il duca Gottifredi la mia vista Per quella croce, e Roberto Guiscardo.
*7 Indi tra l'altre luci mota e mista Mostrommi Talma che m*avea parlato, Quai era tra i cantor del cielo artista.
^^ lo mi rivolsi dal mio destro lato P^r vedere in Béatrice il mio dovere, 0 per parole o per atto, segnate,
^^ E vidi le sue luci tante mère,
Tanto giocondc, che la sua sembianza Vinceva gli altri e T ultime solere.
-^ E corne, per sentir più dilettanza,
Bene operando l'uom, di giorno in giorno S' accorge che la sua virtute avanza ;
2* SI m'accors'io che il mio girare intorno Col cielo insieme avea cresciuto l'arco, Veggcndo quel miracolo più adorno.
CHANT DIX-IIUITIÈME. 243
Et au nom du grand Macchabée, j'en vis une autre se mouvoir en tournoyant ; et la joie était le fouet du sabot.
Ainsi deux autres, Charlemagne et Roland, suivit mon regard attentif, comme l'œil du chasseur suit son faucon qui vole.
Ensuite Guillaume et Rinoard ^ et le duc Godefroy ^ attirèrent ma vue sur cette Croix, et Robert Guiscard^o.
Puis, se mêlant et se mouvant avec les autres lumières, l'âme qui m'avait parlé me montra quel artiste elle était parmi les chantres célestes.
Je me tournai à ma droite, pour de Béatrice apprendre mon devoir par parole ou par signe ,
Et je vis ses yeux si purs, si pleins de joie, que son aspect vainquait les précédents et le dernier.
Et comme, en sentant plus de plaisir h bien faire, ^tî jour en jour l'homme s'aperçoit que sa vertu augmente,
Ainsi m'aperçus -je que s'était élargi l'arc où je tournais avec le ciel ^* , voyant ces merveilles plus fc^rillantes.
244 CANTO DECIMOTTAVO.
2î E quale è il trasmutare in picciol varco Di tempo in bianca donna, quando il volto Suo si discarchi di vergogna il carco ;
2* Ta! fu negli occhi miei, quando fui volto, Per lo candor délia temprata Stella Sesta, che dentro a se m' avea ricolto.
2* lo vidi in quella Giovial facella Lo sfavillar dell'amor che li era, Segnare agli occhi miei nostra favella.
25 E corne augelli surti di riviera, Quasi congratulando a lor pasture, Fanno di se or tonda or lunga schiera ;
2« Si dentro a' lumi santé créature Volitando cantavano, e faciensi Or D, or I, or L, in sue figure.
27 Prima cantando a sua nota moviensi ; Poi, diventando F un di questi segni.
Un poco s' arrestavano e taciensi.
28 O diva Pegasca, che gPingcgni Fai gloriosi, e rendili longevi, Ed essi teco le cittadi e i regni,
2^ lllustrami di te, si ch'io rilevi I^e lor figure com'io V ho concctte :
Paia tua possa in questi vcrsi brevi.
Et en aussi peu de temps qu'une femme devient blanche, lorsque son visage dépose le poids de la honte ,
A mes yeux, quand je me fus tourné, apparut la blancheur de l'étoile tempérée ^^, qui en elle m'avait reçu.
Je vis dans le Jovial flambeau*^ le scintillement de l'amour qui là réside**, figurer à mes yeux notre langage *^
Et comme des oiseaux qui se sont levés d'un fleuve, se congratulant de leur pâture*^ forment de soi une bande tantôt allongée, tantôt ronde.
Ainsi les saintes créatures enveloppées de lumière, voletant chantaient, et de soi formaient les figures ou D, ou I, ou L.
D'abord, en chantant, elles se mouvaient à leurs «iccords; puis, devenant l'un de ces signes, elles s'arirétaient un peu et se taisaient.
0 divine Pégaséenne ^^ , à qui les esprits doivent «t la gloire et une longue durée , comme à eux par toi les cités et les royaumes ,
Éclaire-moi de ta lumière, afin que j'épèle leurs figures comme je me les représente : que ta puissance paraisse en ces brefs vers.
246 CAKTO DECIMOTTAVO.
*^ Mostrarsi dunque in cinque volte sette Vocali e consonanti ; ed io notai Le parti si corne mi parver dette.
*^ Diligite jusiitiam primai
Fur verbo e nome di tutto il dipinto ; Quijudicaîis ierram fur sezzai.
^2 Poscia neir M dei vocabol quinto Rimasero ordinate, si che Giove Pareva argento li d'oro distinto.
^^ E vidi scendere aitre luci dove' Era il colmo dell' M, e 11 quetarsi Cantando, credo, il ben ch' a se le.move.
^^ Poi, corne nel percuoter de' ciocchi arsî Surgono innumerabili faville, Onde gli stolti sogliono agurarsi,
^^ Risurger parver quindi più di mille Luci, e salir quai assai e quai poco.
Si comB 'I Sol, che Taccende, sortille :
^^ E, quietata ciascuna in suo loco, . La testa e il collo d'un'aquila vidi Rappresentare a quel distinto foco.
^"^ Quei che dipinge li non ha chi M guidi. Ma esso guida, e da lui si rammenta Quella virtù che è forma per li nidi.
Se montrèrent donc cinq fois sept voyelles et consonnes ; et je notai les parties *^ comme elles me parurent dites.
Diligite justitiam ** furent les premiers verbe et nom de tout ce qui fut peint : Qui judicalis terram 20 furent les derniers.
Ensuite dans FM du cinquième mot elles demeurèrent ordonnées 2^, de manière que Jupiter semblait là d'argent frangé d'or.
Et je vis de^scendre d'autres lumières sur le sommet de l'M, et s'y reposeras, chantant, je crois, le bien qui vers soi les attire.
Puis comme, lorsqu'on frappe dos tisons ardents, s'élèvent d'innombrables étincelles, d'où les sots ont coutume de tirer des augures ,
De là parurent surgir plus de mille lumières, montant l'une beaucoup, l'autre peu, selon le partage que lui assigna le Soleil qui l'enflamme ^^ :
Et chacune en son lieu s'étant arrêtée, je vis la tête et le cou d'un aigle se former de ce feu distinct 2*.
Celui qui peint là 25 n'a point de guide, mais il guide lui-même, et reconnaît cette vertu qui daps les nids est la forme *^ qu'elle est de lui.
«48 CANTO DECIMOTTAVO.
^ L* altra béatitude, che contenta Pareva in prima d'ingigliarsî alFemme, Gon poco moto seguitô la imprenta.
5® O dolce Stella, quali e quante gemme Mi dimostraron che nostra giustizia Effetto sia del ciel che tu ingemme !
*® Perch'io prego la mente, in che s'inizia Tuo moto e tua virtute, che rimiri Ond'esce il fumo che il tuo raggio vizia ;
^* SI che un' altra fiata omai s' adiri
Del comperare e vender dentro al temple, Che si murô di segni e di martiri.
^2 0 milizia del ciel, cu'io contemplo. Adora per color che sono in terra Tutti sviati dietro al malo esemplo.
^^ Già si solea con le spade far guerra ; Ma or si fa togliendo or qui or quivi Lo pan che il pio padre a nessun serra :
^^ Ma tu che sol per cancellare scrivi , Pensa che Pietro e Paolo, che moriro Per la vigna che guasti , ancor son vivi.
^^ Ben puoi tu dire : lo ho fermo il disiro
SI a colui che voile viver solo , * E che per salti fu tratto a martiro ,
Ch'io non conosco il Pescator ne Polo.
CHANT DIXHUITIÊME. 249
L'autre béatitude^^, qui d'abord semblait se contenter d'enguirlander l'M comme de lis, en se mouvant un peu, termina l'empreinte 2».
0 douce étoile, quelles et combien de gemmes 2» me démontrèrent que notre justice est un elTet du ciel que tu ornes !
Par quoi je prie l'Intelligence*^, en qui a son principe et ton mouvement et ta vertu , de regarder d'où sort la fumée qui souille tes rayons ^^ ;
De sorte qu'encore une fois sa colère s'irrite de l'acheter et du vendre dans le temple qui se mura de signes et de martyres *2.
O milice du ciel que je contemple , adore ^* pour ceux qui sont en terre, tous dévoyés par le mauvais exemple !
Jadis on soûlait faire la guerre avec l'épée; aujourd'hui on la fait en soustrayant, ores ici, ores là, le pain ** qu'à aucun ne refuse le pieux Père.
Mais toi *^ , qui seulement pour effacer écris *^ , pense que Pierre et Paul, qui moururent pour la vigne que tu dévastes, sont encore vivants.
Bien peux-tu dire : « J'ai un si ferme désir de celui ^^ qui voulut vivre seul, et qui pour la danse ^^ fut conduit au martyre,
« Que je ne connais ni le Pécheur, ni Paul. »
CANTO DECIMONONO
^ Parea dinanzi a me con Taie aperte La bella image, che nel dolce frui Liete faceva l'anime conserte.
2 Parea ciascuna rubinetto , in cui Raggio di sole ardesse si acceso , Che ne' miei occhi rifrangesse lui.
^ R quel che mi convien rîtrar testeso, Non porto voce mai, ne scrisse inchiostro Ne fu per fantasia giammai compreso ;
* Ch'io vidi, ed anche udii parlar lo rostro, E sonar nella voce ed lo e Jlfto, Quand' era nel concetto Noi e Nostro.
^ E comincio : Per esser giusto e pio Son io qui esaltato a quella gloria , Che non si lascia vincere a disio :
Devant moi paraissait, les ailes ouvertes, la belle image qui, dans le doux jouir, rendait joyeuses les âmes entrelacées ^
Chacune d'elles semblait un nibis qu'embrasait un rayon de soleil si ardent, qu'il le réfléchissait dans mes yeux.
Et ce que j'ai maintenant h retracer, jamais voix ne l'imprima, ni encre ne l'écrivit, et jamais imagination ne se le représenta.
Je vis et j'entendis aussi parler le bec , et dans la voix sonner j> et moi\ tendis que dans le concept était flous et nôtre ^ ;
Et il commença : « Parce que je fus juste et pieux, je suis ici exalté dans cette gloire, qui ne se laisse vaincre par aucun désir :
252 CANTO DECIMONONO.
^ E in terra lasciai la mia memoria Si fatta, che le genti 11 malvage Commendan lei, ma non seguon la storia.
^ Cosi un sol calor di moite brage Si fa sentir, corne di molti amori Usciva solo un suon di quella image.
^ Ond'io appresso : O perpetui fiori DcU'eterna letizia, che pur uno Sentir mi fate tutti i vostri odori ,
® Solvetemi, spirando, il gran digiuno Che lungamente m' ha tenuto in famé.
Non trovandoli in terra cibo alcuno.
^^ Ben so io che, se in cielo altro reame La divina giustizia fa suo specchio.
Il vostro non Tapprende con velame.
** Sapete corne attento io m' apparecchio Ad ascoltar ; sapete quale è quello Dubbio, che m' è digiun cotanto vecchio.
*2 Quasi falcon che uscendo del cappello, Muove la testa, e con Taie si plaude, Voglia mostrando e faccndosi bello,
^^ Vid'io farsi quel segno, che di laude Délia divina grazia era contesto, Con canti, quai si sa chi lassii gaudo.
« Et sur la terre je laissai de moi une mémoire telle que les méchants la louent, mais ne suivent pas Fexemple. »
Comme de plusieurs braises une seule chaleur se fait sentir, ainsi de plusieurs amours * sortait un seul son de cette image.
D'où moi, ensuite : — O ! perpétuelles fleurs de l'éternelle joie , qui tous vos parfums me faites paraître un seul parfum ,
Rompez par votre parole le grand jeûne qui m'a tenu en une longue faim , n'y trouvant sur la terre aucun aliment.
Bien sais-je que, si dans le ciel la divine Justice fait d'un autre royaume son miroir, elle n'est pas voilée dans le vôtre ^.
Vous savez comme attentivement je m'apprête à écouter: vous savez quel est ce doute qui m'a fait vieillir dans un si long jeûne.
Comme un faucon déchaperonne meut la tète, et battant des ailes et se dressant, montre l'envie de voler ;
Ainsi vis-je faire ce signe ^ tissu des louanges de la grâce divine ^, avec des chants tels que le sait qui là-haut se réjouit.
254 CANTO DECIMONONO.
*^ Poi cominciô : Colui che volse il sesto Allô stremo del mondo, e dentro ad esso Distinse tanto occulto e manifeste ,
^^ Non poteo suo valor si fare impresso In tutto Tuniverso, che il suo verbo Non rimanesse in infinito eccesso.
*® E ciô fa certo, che il primo Superbo, Che fu la somma d'ogni creatura, Per non aspettar lume, cadde acerbo :
*7 E quinci appar ch' ogni ininor natura È corto recettacolo a quel bene Che non ha fine, e se in se misura.
*^ Dunque nostra veduta, che conviene Essere alcun de' raggi délia mente Di che tutte le cose son ripiene ,
^® Non pu6 di sua natura esser possente Tanto, che suo principio non discerna Molto di là, da quel ch'egli è, parvente.
20 i>erô nella giustizia sempiterna La vista che riceve il vostro mondo, Com' occhio per lo mare, entro s' interna ;
2* Che, benchè dalla proda veggia il fondo. In pelago nol vede; e nondimeno EgU è ; ma cela lui l' esser profondo.
Puis il commença : « Celui qui tourna le compas jusqu'à Textrémité du monde ^, et dedans distribua tant de choses cachées et apparentes ,
t Ne put tellement empreindre sa vertu dans tout Tunivers, que son Verbe ne demeurât infiniment audessus:
« Et de ceci la preuve certaine est, que le premier superbe, des créatures la plus excellente, pour n'avoir pas attendu la lumière , tomba vert ^.
« Et de là il apparaît que toute nature moindre ^ est un étroit réceptacle de ce bien sans fin, et qui n'a de mesure que soi-même.
t Notre vue donc, laquelle doit être un des rayons de l'Intelligence de qui toutes choses sont pleines.
«Ne peut par sa nature être assez puissante, pour que son principe point ne lui apparaisse beaucoup moins splendide qu'il ne Test.
« Ainsi la vision que dans l'étemelle Justice*^ a votre monde, ressemble à celle de l'œil qui pénètre dans la
mer ;
«Lequel, bien que de la proue** il voie le fond, ne le voit point en haute mer; et cependant il existe, mais le cache sa profondeur.
256 CANTO DECIMONONO.
22 Lume non è , se non vien dai sereno Che non si turba mai , anzi è tenebra , Od ombra délia carne , o suo veneno.
25 Assai t'è mo aperta la iatebra , Che ti ascondeva la giustizia viva , Di che facei question cotante crebra ;
2A Chè tu dicevi : Un uom nasce alla riva Deirindo, e quivi non è chi ragioni Di Cristo , ne chi legga , ne chi scriva ;
25 E tutti i suoi voleri ed atti buoni Sono, quanto ragione umana vede, Senza peccato in vita o in sermoni.
26 Muore non battezzato e senza fede ; Ov'è questa giustizia che il condanna?
Ov'è la colpa sua, s'egli non crede?
27 Or tu chi se', che vuoi sedere a scranna Per giudicar da lungi mille miglia
Con la veduta corta d'una spanna?
2« Certo a colui che mcco s'assottiglia. Se la Scrittura sovra voi non fosse , Da dubitar sarebbc a maraviglia.
29 O terreni animali , o menti grosse ! La prima volonU'i, ch'è per se buona, Da se, ch'è sommo ben, mai non si mosse.
t Poînt de lumière , si elle ne vient de la sereine clarté *2 qui jamais ne se trouble ; mais plutôt ténèbres et ombre de la chair, ou son venin **.
« Largement t'est maintenant ouverte la sombre grotte qui te cachait la Justice vivante **, sur laquelle tu faisais tant de questions.
« Un homme, disais-tu, naît sur les rives de l' Indus, et là personne qui parle du Christ, qui en lise, qui en écrive rien :
« Et toutes ses volontés, tous ses actes sont bons, autant que voit la raison humaine , sans péché dans la vie, ni dans les discours.
« Il meurt non baptisé et dénué de la foi : où est c^tte justice qui le condamne ? où est sa coulpe s'il ne croit pas?
« Ores, qui es -tu, toi qui veux t'asseoir sur le siège |>our juger à la distance de mille milles, avec une vue 2i peine d'un empan?
«Certes, pour celui même qui avec moi devient I>lus pénétrant^*, si l'Écriture n'était au-dessus de Vous, il y aurait à douter merveilleusement.
« O terrestres animaux , ô esprits grossiers , la preniière volonté qui par soi est bonne, de soi, qui est le ^souverain bien, ne s'éloigna jamais.
358 CâNTO DECIMONONO.
^^ Gotanto è giusto, quanto a lei consuona ; NuUo creato bene a se la tira.
Ma essa, radiando, lui cagiona.
*^ Quale sovresso '1 nido si rigira, Poi che ha pasciuto la cicogna i figli , E corne quel che è pasto , la rimira ;
** Cotai é fece, e. si levai li cigli, Labenedetta iinmagine, che Tali Movea sospinta da tanti consigli.
^ Roteando cantava , e dicea : Quali Son le mie note a te che non le intendi, Tal è il giudicio eterno a voi noortali.
*^ Poi si quetaro quei lucenti incendi Dello Spirilo Santo, ancor nel segno, Che fe i Romani al mondo reverendi ,
*^ Esso ricominciô : A questo regno
Non sali mai chi non credette in Cristo , Ne pria ne poi ch'el si chiava^se al leguo.
*^ Ma vedi, molti gridan Cristo, Cristo, Che saranno in giudicio assai men prope A lui , che tal che non conobbe Cristo :
^^ E tai cristiani dannerà l' Etiope , Quando si partiranno i duo collegi, 1/uno in eterno ricco, e Taltro inope.
t Est juste tout ce qui lui est confonde : nul bien créé ne l'attire à soi; mais, rayonnant, elle le produit. »
Comme au-dessus du nid tourne la cigogne, après qu'elle a donné la pâture à ses petits, et comme celui qui est repu la regarde ;
Ainsi fit l'image bénie, qui agitait les ailes mues par tant de conseils^*, et ainsi levai- je les cils :
Tournant elle chantait et disait : « Telles que sont mes notes à qui point ne les entend , tel à vous mortels est l'éternel jugement. »
Puis ces étincelants incendies de l'Esprit saint ^^ s'arrêtèrent encore dans le Signe ^^ par lequel les Ronains furent révérés du monde ;
Et lui recommença : « A ce royaume ne monta jamais cjui ne crut point en Christ, avant ou après qu'il fut cloué au bois. .
^Mais vois, beaucoup clament Christ, Christ, qui, dans le royaume, seront de lui moins propè^^, que tel qui ne connut point Christ;
«Et de pareils chrétiens condamnera l'Éthiopien, c^uand se sépareront les deux collèges 2^, l'un riche, l'autre pauvre pour l'éternité.
260 CANTO DECIMONONO.
*^ Che potran dir li Persi ai vostri régi , Com'e' vedranno quel volume aperto , Nel quai si scrivon tutt'i suoi dispregi?
*• Ll si vedrà tra Y opère d' Alberto Quella , che tosto raoverà la penna, Perché il regno di Praga fia deserto.
*^ Ll si vedrà il duoi che sopra Senna Induce, falseggiando la moneta, Quei che raorrà di colpo di cotenna.
^* Li si vedrà la superbia ch* asseta , Che fa lo Scotto e V Inghilese folle Si , che non puô soffrir dentro a sua meta.
** Vedrassi la lussuria e il viver molle Di quel di Spagna, e di quel di Buemme, Che mai valor non conobbe, ne voile.
** Vedrassi al Ciotto di Gerusalemme Segnata con un I la sua bontate , Quando il contrario segnerà un emnie.
^^ Vedrassi Tavarizia e la viltate Di quel che guarda l' Isola del fuoco Dove Anchise fini la lunga etate:
^^ E , a dare ad intender quanto è poco, La sua scrittura fien lettere mozze , Che noteranno molto in parvo loco.
CHANT DIX-NEUVIÈMB. 264
t Que ne pourront dire les Perses à vos rois , lorsqu'ils verront ouvert le livre dans lequel s'écrivent toutes leurs hontes? ' ^
«Là se verra, entre les œuvres d'Albert 2*, celle qui bientôt remuera la plume ^2, et par laquelle sera dévasté le royaume de Prçigue.
« Là se verra la désolation qu'en falsifiant la monnaie, amène sur la Seine celui qui mourra frappé par un porc ^\
« Là se verra la soif d'orgueil qui rend si insensés l'Écossais et l'Anglais, qu'aucun d'eux ne peut se contenir au dedans de ses limiter ^\
«Se verra la luxure et la vie molle de celui d'Espagne 25, et de celui de Bohême 26, qui jamais ne connut ni vaillance , ni vouloir.
« Se verra la bonté du boiteux de Jérusalem ^7 mar- Cjuée d'un 1 , lorsqu'une M marquera le contraire.
« Se verra l'avarice et la lâcheté de celui qui garde l'Ile de feu, où Anchise termina son long âge 2*^ :
« Et pour faire entendre combien chétif il est , de lui il sera écrit en lettres tronquées 2», qui noteront k>eaucoup de choses en peu d'espace.
m CANTO DI-CIMONONO.
*« E parranno a ciascun F opère sozze Del barba e del fratel , che tanto egregia Nazione. e duo corone han fatto bozze.
^^ E quel di Portogallo e di Norvegia y si conosceranno, e quel di Rascia , Che mal aggiustô il conio di Vinegia.
^ Obeata Ungheria, se non si lascia Più malmenare ! E beata Navarra, Se s' armasse del monte che la fascia !
^® E creder dee ciascun che già , per arra Di questo, Nicosia e Famagosta Per la lor bestia si lamenti e garra,
Che dal fianco delPaltre non si scosta.
• Et à chacun apparaîtront les sales œuvres de Tonde et du frère ^, qui ont déshonoré une race si illustre et deux couronnes **!
« Et là se connaîtront ceux de Portugal *- et de Norvège, et celui de Rascia**, qui contrefit le coin de Venise.
«0 heureuse la Hongrie, si elle ne se laisse plus mal conduire! et heureuse la Navarre, si elle s'armait du mont qui la borde *^
« Et doit croire chacun que, pour arrhes de ceci, déjà Nicosie et Famagouste ** se lamentent et murmurent **, à cause de leur bête ,
« Qui du flanc des autres point ne s'écarte *7. ,
CANTO VENTESIMO
^ Quando colui che tutto il mondo alluma Deiremispcrio nostro si discende, E il giorno d'ogni parte si consuma,
2 Lo ciel, che sol di lui prima s'accende, Subitamente si rifh parvente Per moite luci, in che una risplende.
E quest'atto del ciel mi venne a mente , Come il segno del mondo e de' suoi duci Nel benedetto rostro fu tacente ;
^ Perô che tutte quelle vive luci , Vie più lucendo, cominciaron canti Da mia memoria labili e caduci.
^ O dolce amor, che di riso t' ammanti, (^uanto parevi ardente in quei flavilli, Ch'aveano spirto sol di pensier santi !
Lorsque celui qui éclaire tout le monde, descend de tiotre hémisphère, de sorte que de toutes parts le jour s'éteint.
Le ciel, qui auparavant ne s'embrasait que de lui, soudain brille de plusieurs lumières^ dans lesquelles vme seule resplendit.
Ce qui se passe alors dans le ciel me vint k l'esprit, lorsque le Signe du monde et de ses chefs 2, dans le k)ienheureux rostre se tut :
Toutes ces vives lumières, en redoublant d'éclat, *iyant commencé des chants échappés de ma labile ^némoire.
O doux amour*, qui te voiles de splendeur, qu'ardent tu paraissais dans ces brillants esprits pleins seulement de saints pensers!
266 CANTO VENTESIMO.
^ Poscia che i cari e lucidi lapilli , Ond'io vidi ingeminato il sesto lume.
Poser silenzio agli angelici squilli,
^ Udir mi parve un mormorar di fiume , Che scende chiaro giii dî pîetra in pietra , Mostrando Tubertà del suo cacurae.
^ E come suono al coUo délia cetra Prende sua forma , e si come al pertugio Délia sampogna vente che pénétra ;
^ Cosl, rinK)8sod'a8pettareindugio, Quel mormorar delFaquilâ salissi Su per lo collo, come fos«e bugio.
*^ Fecesi voce quivi , e cpiindi uscissi Per lo suo becco in fonna di parole, Quali aspettava il cuore ov'io le 8crisBi«
^* La parte in me che vede e pâte il sole Nelfaquile naortali, incominciommi , Or fisamente riguardar si vuole ;
*2 Perché de' fuochi, ond'io figura fommi, (Juelli, onde Focchio in testa mi scintilla , Di tutti i loro gradi son H sommi.
^^ Colui che luce in mezzoper pupilla, Pu il cantor dello Spirito Santo»
Che Tarca trasiato di villa in villa.
Après que les précieuses et splendides gemmes, dont je vis ornée la sixième lumière * , eurent éteint dans le silence les sons angéliques.
Il me sembla ouïr le murmure d'un fleuve , qui, limpide, descend de pierre en pierre, montrant l'abondance de sa source.
Et comme au col de la cithare ^ le son prend sa forme, et comme aux trous du chalumeau le vent qui pénètre ,
Ainsi sans retard ce murmure monta en haut de Taigle, par le cou, comme sMI eût été creux :
Il devint là une voix, et de là sortirent des paroles telles qu'en attendait le cœur où je les écrivis.
« La partie qui, dans les aigles mortels, voit etsup- Ijorte le soleil, il faut à présent, me fut-il dit. regar- <ier fixement en moi ,
«Parce que des feux dont je me tais cette figure, <îeux dont l'œil scintille dans ma tête, sont du degré le pins élevé,
« Celui qui au milieu hn't à travers la pupille, fut le chantre de PEsprit-Saint, qui de ville on ville transporta l'arche :
S68 CANTO VENTESIMO.
** Ora conosce il merto del suo canto , Jn quanto effetto fu del suo consiglio, Per lo remunerar, ch'è altrettanto.
^5 De* cinque, che mi fan cerchio per ciglio, Colui , che più al becco mi s'accosta, La vedovella consolô del figlio.
*• Ora conosce quanto caro costa Non seguir Gristo, per Pesperienza Di questa doice vita e dell'opposta.
*7 E quel che segue in la circonferenza , Di che ragiono, per Tarco supemo , Morte indugiô per vera penitenza.
^^ Ora conosce che il giudicio etemo Non si trasmuta, perché degno preco Fa crastino laggifi delTodierno.
^^ L' altro che segue , con le leggi e meco , Sotto buona intenzion che fe mal frutto, Per cedere al Pastor si fece Greco. <
-^ Ora conosce corne il mal, dedutto Dal suo bene operar, non gli è nocivo, Avvegna che sia il fnondo indi distrutto.
. 21 E quel che vedi neirarcodeclivo
Guiglielmo fu, cui quella terra plora Che plante Carlo e Federigo vivo.
« Maintenant il connaît le mérite de son chant, autant qu'il procéda de son inspiration^, par la récompense qui régale.
t Des cinq qui me font un cercle en guise de sourcil, le plus voisin de mon bec, de son fils consola la pauvre veuve 7 ;
Maintenant , par l'expérience de cette douce vie et de l'opposée ^, il connaît combien cher il en coûte de ne pas suivre le Christ.
« Et celui qui vient après, dans la circonférence dont je parle, en remontant l'arc, retarda la mort par une vraie pénitence •:
• Maintenant il connaît que point ne se change l'éternel jugement, parce qu'une digne prière là en bas d'aujourd'hui fait demain ^^.
« L'autre qui suit , avec les lois et avec moi , par une bonne intention qui porta de mauvais fruits, pour céder au Pasteur se fit Grec *^ :
« Maintenant il connaîî comment le mal, dérivé de ce qu'il fit pour le bien, ne lui nuit pas*2^ quoique par là le monde soit ruiné.
«Et celui que tu vois dahs l'arc déclive, fut Guillaume*^, que pleure cette terre qui pleure Charles et Frédéric vivants ^^ :
270 CANTO VPNTESIMO.
22 Ora conobce corne s' innamoru
Lo ciel del giusto rege, ed al semblante Del suo fulgore il fa vedere ancora.
25 Gii crederebbe giii nel inondo errante , Che Rifeo Troiano in questo tondo Fosse la quinta délie luci santé?
2A Ora couosce assai di quel che il moudo Veder non puô délia divina grazia , Benchè sua vista non discerna il fondo.
2^ Quai lodoletta che in aeie si spazia Prima cantando , e poi tace contenta Deir ultima dolcezza che la sazia ;
2fi Tal mi sembio T imago délia imprenta Deir eterno piacere , al cui disio Ciascuna cosa , quale ell'è, diventa.
-^ E avvegna che io fossi al dubbiar mio Li quasi vetro allô color che il veste; Tempo aspettar tacendo non patio ;
2» Ma délia bocca : Che cose son queste? Mi pinse con la forza del suo peso ; Perch' io di coriuscar vidi gran feste.
'^ Poi appresso con l'occhio piii acceso Lo benedetto segno mi rispose , Per non tenermi in ammirar sospeso :
« Maintenant il connaît en quel amour le Ciel a le roi juste; et le fait voir encore l'éclat de sa splendeur.
«Qui, errant en bas dans le monde, croirait que Riphée le Troyen *^ fût, dans cet arc, la cinquième des grandes lumières?
« Maintenant il connaît clairement ce que le monde ne peut voir de la divine grâce, bien que sa vue ne découvre pas le fond. »
Telle que Talouette qui d'abord s'ébat dans Tair en chantant , puis se tait , rassasiée de la douce mélodie dont elle s'enivre ;
Telle me parut l'image empreinte de l'éternel plaisir **, par le vouloir duquel toute chose est ce qu'elle est.
Et quoique je fusse à mon douter ce que le verre est à la couleur qui le revêt *7, je ne pus en silence attendre le temps ^^;
Mais de ma bouche : «Quelles sont ces choses*^? » sortit par la force de son poids 20 ; sur quoi je vis ces esprits resplendir d'une grande allégresse.
Puis aussitôt, l'œil plus ardent, le bienheureux Signe me répondit, pour dans l'étonnement ne pas me tenir suspendu :
CANTO VENTRSIMiir
*® lo veggio che tu credi queste cose , Perch'io le dico, ma non vedi corne ; Si che, se son crédule, sono ascose.
*^ Fai corne quei, che la cosa per nome Apprende ben ; ma la sua quiditate Veder non puote, s'altri non la prome.
" Regnum cœlorum violenzia pâte Da caldo amore, e da viva speranza , Che vince la divina votontate,
** Non a guisa che Tuomo alPuorn sovranza , Ma vince lei , perché vuole esser vinta , E vinta vince con sua beninanza.
La prima vita del ciglio e la quinta Ti fa maravigliar, perché ne vedi La région degti angeti dipinta.
** De' corpi suoi non uscir, come credi , Gentili, ma cristiani, in ferma fede.
Quel de' passuri , e quel de' passi piedi ;
*« Ché l'una dallo inferno, u' non si riede Giammai a buon voler, tornô all'ossa, E ciô di viva speme fu mercede ;
*^ Di viva speme, che mise sua possa Ne' prieghi fatti a Dio per suscitarla , Si che potesse sua voglia esser mossa.
t Je voiî^ que tu crois ces choses parce que je les dis , mais tu ne vois pas le comment ; de sorte que , si elles sont crues, elles restent cachées.
« Tu ressembles à celui qui apprend bien le nom de la chose, mais ne peut voir sa quiddité^*, si un autre ne la montre.
« Reynum cœlonun^'^ souffre violence par Tardent amour et la vive espérance , qui vainquent la divine volonté ,
« Non comme l'homme domine l'homme , mais ils la vainquent parce qu'elle veut être vaincue, et, vaincue, elle vainc par sa bénignité 25.
t La première vie 2^ du sourcil et la cinquième te jettent en étonnement, parce que tu vois se diaprer d'elles la région des anges.
• De leui* corps elles ne sortirent point Gentiles , conune tu le crois, mais chrétiennes dans une ferme foi , celle des pieds qui devaient souffrir, et celle des pieds qui ont souffert ^s :
«L'une, de l'enfer où jamais on ne revient au bon vouloir, se rejoignit aux os, et ce lut le prix d'une vive espérance:
« D'une vive espérance, uniquement fondée sur la Pui^i^sance des prières faites à Dieu pour la ressusciter, ^^^ «orte que sa volonté en pût être mue.
tu CANTO VENTBSIMO.
^ L'anima gloriosa , onde si parla, Tornata nella carne, in che fu poco, Credette in lui che poteva aiutarla ;
*® E credendo s'accese in tanto fuoco Ui vero amor, ch'alla morte seconda Fu degna di venire a questo giuoco.
^ L' altra, per grazia che da si profonda Fontana stilla, che mai creatura Non pinse l'occhio insino alla prim'onda,
^* Tutto suo amor laggiù pose a drittura Perché di grazia in grazia Dio gli aperse L'occhio alla nostra redenzion futura :
** Onde credette in quella, e non sofferse Da indi il puzzo più del paganesmo , E riprendeane le genti perverse.
^ Quelle tre donne gli fur per battesmo, Che tu vedesti dalla destra ruota , Dinanzi al battezzar più d' un millesmo.
^^ 0 predestinazion , quanto rimota È la radice tua da quegli aspetti Che la prima cagion non veggion iota !
^* E voi, mortali, tenetevi stretti
A giudicar; chè noi, che Dio vedenio, Mon conosciamo ancor tutti gli eletti.
CHANT VINGTIÊMK. i76
« L'âme glorieuse dont je parle , retournée dans la chair où elle demeura peu , crut en celui (jui pouvait l'aider ;
« Et croyant, tellement s'enflamma des feux du véritable amour, qu'elle devint digne de venir en cette joie.
«L'autre, par une grâce qui découle d'une source si profonde, que jamais l'œil d'aucune créature ne pénétra jusqu'à la première onde,
«Tint là en bas^® tout son amour dans une droite voie, par quoi, de grâce en grâce. Dieu lui ouvrit les yeux à notre rédemption future :
« 11 y crut, et depuis ne supporta plus la corruption du paganisme , et en reprenait la gent perverse.
« Pour baptême lui furent données ces trois Dames ^^ que tu vis près de la roue droite , plus d'un millésime avant qu'on baptisât 2».
« O prédestination, combien ta racine est éloignée de ces regards qui ne voient pas la première cause
« Et vous mortels, soyez réservés à juger, puisque nous , qui voyons Dieu , nous ne connaissons pas encore tous les élus ;
Î76 CANTO VENTESIMO.
** Ed enne doice cosl fatto scemo.
Perché il ben nostro in questo ben s'affina, Che quel che vuole Dio e noi volemo.
^^ Cos) da quella imagine divina , Per fanni chiara la mia corta vista , Data mi fu soave medicina.
*^ E come a buon cantor buon citarista Fa seguitar lo guizzo délia corda , In che più di piacer lo canto acquista ;
A» Si, montre che parlô, mi si ricorda Ch'io vidi le duo luci benedette, Pur come batter d'occhi si concorda ,
Con le parole muover le fiammette.
t Et cette ignorance nous est douce , parce c[ue notre bien s'accroît de cet autre bien, que tout ce que Dieu veut , • nous le voulons. »
Ainsi par cette image divine, pour rendre claire ma courte vue, me fut donnée une suave médecine.
Et, comme un bon chanteur un bon cithariste accompagne des vibrations de la corde qui augmentent le plaisir du chant.
Ainsi , pendant qu'elle parla , je me souviens que je vis les deux lumières bénies *®, comme de concert les yeux s'ouvrent et se ferment ,
A ses paroles mouvoir leurs flammes.
CANTO VENTESIMOPRIMO
^ (V\h eran gli occhi miei rifissi al volto Della mia Donna, e Taniino con essi, K da ogni altro intento s'era tolto :
2 Ed ella non ridea : Ma, s'io rideRsi, Mi cornincio, tu ti faresti quale Somole fii, quando di cenerfessi:
^ Chè la bellezza mia • che per le scalo DelPetorno palazzo piii s'accende.
Corn' hai voduto, quanto piii si sale,
^ S(» non si tempérasse, tanto splende, Che il tuo mortal podere al suo fulgore Sarebbe fronda che tiiono scoscende.
^ Noi sem levati al settimo splendore. Che sotto il petto del lione ardente Rnfîf^ia nio misto p;iii del suo valore.
Déjà mes yeux s'étaient de nouveau fixés sur le visage de ma Dame, et l'esprit avec eux, et en cet unique objet il était absorbé ;
Et elle , point ne rayonnait : t Mais si je rayonnais, me dit-elle, tu deviendrais tel que Sémélé lorsqu'elle devint cendre^;
« Car ma beauté qui , sur les degrés de l'éternel palais, brille, comme tu l'as vu, d'autant plus que plus l'on monte ,
«Tant resplendit, que si elle ne se tempérait, à son éclat ta puissance mortelle serait comme une feuille que brise la foudre.
« Nous sommes élevés à la septième splendeur 2 qui, sous l'ardente poitrine du Lion, darde maintenant des rayons mélangés de sa vertu.
280 CANTO VKNTESIMOPRIMO.
^ Ficca dirietro agli occhi tuoi la mente, E fa di quegli specchio alla figura , Che in questo specchio ti sarà parvente.
' Quai sapesse quai era la pastura Del viso mio neiraspetto beato, Quand' io mi trasmutai ad altra cura ,
^ Conoscerebbe quanto mi era a grato Ubbidire alla mia céleste scorta, Contrappesando l'un con l'altro lato.
* Dentro al cristallo, che il vocabol porta, Cerchiando il mondo , del suo caro duce , Sotto cui giacquo ogni malizia morta ,
^^ Di color d' oro , in che raggio traluce , Vid' io uno scaleo eretto in suso Tanto, che noi seguiva la mia luce.
** Vidi anche per li gradi scender giuso Tanti splendor, ch'io pensai ch'ogni lume Che par nel ciel, quindi fosse diiïuso.
*2 E corne per Io natural costume
Le pôle insierae, al cominciar del giorno. Si mnovono a scaldar le fredde piume;
*^ Poi altre vanno via senza ritorno, Altre rivolgon se, onde son mosse, Ed altro rotoando fan soggiorno;
CHANT VINGT-UNIÈMK. 281
« Derrière tes yeux dirige ton esprit, et fais de ceuxlà des miroirs où se peigne la figure qui , dans ce miroir *, t'apparattra. •
Qui saurait quelle était la pâture de ma vue dans le bienheureux visage, lorsque je passai h un autre soin«
Connaîtrait combien doux il m'était d'obéir à ma céleste escorte , avec un poids centre-pesant l'autre ^,
Dans le cristal ' qui , tournant autour du monde , porte le nom de son cher guide*, sous qui toute malice gisait morte ,
Je vis de la couleur d'or, h travers laquelle reluit un rayon', un escalier qui si haut s'élevait, que ma vue ne le pouvait suivre.
Je vis aussi par les degrés descendre tant de splendeurs^, que Je pensai que toutes les lumières qui apparaissent dans le ciel , de \h s'épandaient.
Et comme, par instinct naturel, les corneilles, au point du jour, se meuvent ensemble pour réchauffer leurs froides plumes .
Puis les unes s'en vont sans retour, d'autres reviennent d'où elles étaient parties, et d'autres en tournoyant demeurent;
es^ CANTO VENTeSIMOPRIMO.
** Tal modo parve a me che quivi fosse In quello sfavillar che insieme vernie.
Si corne in certo grado si percosse ;
*5 E quel che presso più ci si ritenne. Si fe si chiaro, ch'io dicea pensando : lo veggio ben Tamor che tu m'accenne.
^^ Ma quella, ond' io aspetto il come e il quando Del dire e del tacer, si sta ; ond'io Contra il disio fo ben ch' io non dimando.
*^ Perch'ella, che vedeva il tacer mio Nel veder di Colui che tutto vede.
Mi disse : Solvi il tuo caido disio*
*^ Ed io incominciai : La mia mercede Non mi fa degno délia tua risposta , Ma per colei che il chieder mi concède,
*® Vita beata, che ti stai nascosta Dentro alla tua letizia , fammi nota La cagion che si presso mi f accosta :
2« E di , perché si tace in questa ruota La dolce sinfonia di Paradiso , Che giii per Taltre suona si devota.
2* Tu hai r udir mortal , si come il viso, Rispose a me ; pero qui non si canta Per quel che Béatrice non ha riso.
Ainsi me parut-il qu'il en était là , parmi ces esprits étincelants, lorsque, venant ensemble, ils furent arrivés à im certain degré ®.
Et celui qui s'arrêta le plus près de nous se fit si brillant, que je disais en ma pensée : — Je vois bien l'amour que tu me montres :
Mais celle de qui j'attends le comment et le quand du parler et du taire reste silencieuse ; d'où je comprends que, malgré mon désir, bien ferai-je de ne point demander.
Par quoi elle, qui, en voyant celui qui voit tout, voyait ce que je taisais, me dit : t Satisfais ton ardent désir. »
Et je commençai : — \ucun mérite ne me rend digne de ta réponse : mais, par celle qui me permet le demander.
Ame heureuse , qui te tiens cachée dans ta joie , apprends-moi la c^use qui te fait t'approcher si près de moi :
Et dis pourquoi se tait dans cette roue *^ la douce symphonie du Paradis, qui plus bas dans les autres si dévotement résonne.
« Tu as l'ouïe mortelle comme la vue , » me réponditelle ** ; « ici point l'on ne chante , par la même raison que Béatrice ne rayonne point.
284 CANTO VENTESIMOPRIMÛ.
*^^ Giù per li gradi délia scala santa Discesi tanto , sol per farti festa Col dire, e con la luce che mi ammanta;
^* Ne pi II amor mi fece esser più presta , Chè più e tanto amor quinci su ferve , Si corne il fiammeggiar ti manifesta.
2^ Ma l'alta carità, che ci fa serve
Pronte al consiglio che il mondo governa , Sorteggia qui, si come tu osserve.
2ô lo veggio ben, diss'io. sacra lucerna, Come libero amore in questa corte Basta a seguir la provvidenza etema ;
2« Ma quest'è quel , ch' a cerner mi par forte , Perché predestinata fosti sola 4 questo uficio tra le tue consorte.
--^ Non venni prima ail' ultima parola , Che del suo mezzo fece il lume centro , (iirando se come veloce mola.
2® Poi rispose l'amor che v'era dentro : i.uce divina sovra me s'appunta , Penetrando per questa ond'io m'inventro.
2® La cui virtù, con mio veder congiunta. Mi leva sovra me tanto , ch' io veggio La somma Essonzia, délia quale è munta.
CHANT VINGT-UMËIIK. 285
« Par les degrés de l'échelle sainte tant j'ai descendu , seulement pour te fêter de mon dire et de la lumière qui me revêt.
t Plus d'amour point ne m'a fait plus prompte; autant et plus d'amour au-dessus d'ici bouillonne, comme te le montre le flamboyer.
c Mais la haute charité qui fait de nous de promptes servantes du conseil ^^ qui gouverne le monde, assigne ici , ainsi que tu peux l'observer, les fonctions. »
— Je vois bien, dis-je, ô sacrée lampe, comment dans cette cour un libre amour suffit pour marcher dans les voies de la Providence étemelle ;
« Mais ce qui me paraît difficile à comprendre , c'est pourquoi tu as été seule prédestinée à cet office parmi tes compagnes.
Je n'eus pas prononcé la dernière parole , que de son milieu la splendeur se faisant un centre, tourna comme une meule rapide.
Puis l'amour*^ qui était dedans répondit : « En moi pénètre la lumière divine, à travers celle dont je m*enveloppe ;
« Et jointe à ma vision , au-dessus de moi tant m'élève sa vertu, que je découvre la suprême Essence de laquelle elle découle.
285 CÂNTO VENTËSIMOPRIMO.
*^ (Juinci vieil Fallegrezza ond'io fiammeggio. Perché alla vista mia, quant' ella è chiara, La carità délia Tiamma pareggio.
^^ Ma queiralma nel ciel che più si schiara , Quel seraiin che in Dio piii V occhio ha fisso. Alla dimanda tua non soddisfara;
^2 Perocchè si s'inoiira neU'abisso DelFeterno statuto quel che chiedi , Che da ogni creata vista è scisso.
^^ Ë al mondo mortaU quando tu riedi, Questo rapporta , si che non presumma A tanto segno più muover li piedi.
*^ La mente che qui luce, in terra fumma; Onde riguarda corne pu6 laggiue Quel che non puote perché '1 ciel V assununa.
^^ Si mi prescrisser le parole sue ,
Ch'io lasciai la quistione, e mi ritrassi A dimandarla umilmente chi fue.
^^ Tra' duo liti d' Italia surgon sassi , E non niolto distanti alla tua patria , Tanto , che i tuoni assai suonan più bassi ,
^^ Efanno un gibbo, che si chiama Catria, Disotto al quale é consecrato un ermo, Che suot esser disposto a sola la tria.
« De là l'allégresse dont je rayonne , parce qu'à la clarté de ma vue j'égale l'éclat de ma flamme.
« Mais fàme qui le plus resplendit dans le ciel , le séraphin dont l'œil est le plus fixé sur Dieu , à ta demande ne satisferait pas;
€ Parce que dans l'abîme de l'éternel décret tant s'enfonce ce que tu demandes, qu'à toute vue créée il est inaccessible.
« Et au monde mortel , lorsque tu retourneras , rapporte ceci , afin qu'il n'ait plus la présomption de tendre à un si haut but.
« L'esprit qui luit ici est fumée sur la terre, d'où, comme il peut , il regarde ce qui ne peut être vu d'en bas, parce que le ciel le retient dans sa soaunité^^. »
Si péremptoires furent ses paroles , que je laissai là ma question , et me restreignis à lui demander humblement qui il fut.
«Entre les deux rivages d'Italie, et non loin de ta patrie, s'élèvent des rochers, si hauts que les tonnerres roulent beaucoup plus bas ;
« Ils forment une bosse appelée Catria *^, au-dessus de laquelle est un ermitage **, consacré d'ordinaire au culte divhï. »
2H8 CÂNTO VENTËSIMOPKIMO.
^** Cosi ricominciommi il terzo sermo ; E poi, continuando, disse : Quivi Al servizio di Dio mi fei si fermo,
*® Che pur con cibi di iiquor d' ulivi, « Lievemente passava e caldi e gieli , Contento ne' pensier contemplativi.
^0 Render solea quel cliiostro a questi cieli Fertilemente, ed ora è fatto vano , Si elle tosto convien che si riveli.
^* In quel loco fu'io Pier Damiano , E Pietro Peccator fui nella casa Di nostra Donna in sul lito adriano.
*2 Poca vita mortai m' era rimasa ,
Quand' io fu' chiesto e tratto a quel cappello, Che pur di maie in peggio si travasa.
^* Venne Cephàs, e venue il gran vasello Dello Spirito Santo, niagri e scalzi, Prendendo il cibo di qualunque ostello.
^^ Or voglion quinci e quindi chi rincalzi Li moderni pastori, e chi li meni, Tanto son gravi , e chi dirietro gli aizi.
^^ Cuopron de' manti lor gli palafreni. Si ci)e duo bestie van sotruna pelle : O pazieriza , che tanto sostieni !
CHANT VINGT-UMÈMK. 289
Ainsi recommença-t-il à rae parler une troisième fois; puis, continuant, il dit : « Là dans le service de Dieu je me tins si ferme ,
« Qu'avec des aliments assaisonnés seulement du suc de l'olive, doucement je passais et les chaleurs et les gelées , me rassasiant de pensers contemplatifs.
«Ce cloître avait coutume de produire pour ces deux une fertile moisson ; et il est maintenant devenu si stérile, qu'il convient que bientôt cela soit révélé.
« En ce lieu je fus Pierre Damien ; et Pierre Peccator*7 était dans la maison de Notre-Dame, sur le rivage adriatique.
• Peu de vie mortelle il me restait , quand je fus appelé et tiré *^ à ce chapeau , qui seulement de mal en pis se transmet.
«Vint Céphas, et vint le grand vase d'élection**, maigres et déchaux , prenant leur nourriture en hôtellerie quelconque.
« Maintenant les modernes pasteurs veulent qui d'un côté et de l'autre les soutienne , et qui les conduise , ta fît ils sont graves , et qui derrière relève leur robe 20. *
« Ils couvrent de leurs manteaux leurs palefrois , de sort^ que sous une peau cheminent deux bêtes. O patiçsnoe qui tant supporte ! »
290 CANTO VENTBSJMOPRIMO.
*• A questa voce vid' io più fiammelle Di grado in grado scendere e girarsi , Kd ogni giro le facea più belle.
*7 Dintorno a questa vennero, e fermarsi, E fero un grido di si alto suono , Che non potrebbe qui assomigliarsi :
Ne io Io intesi , si mi vinse il tuono. .
CHANT VINGT-UNIÈMK. 291
A cette voix , je vis une multitude de petites flammes de degré en degré descendre et tournoyer, et chaque tour les rendait plus belles.
Autour de celle-ci 2* elles vinrent et s'arrêtèrent, et poussèrent un cri si élevé que rien ici ne pourrait s'y comparer ;
Et point n'entendis-je les paroles, tant m'assourdit le tonnerre.
CANTO VENTESIMOSECONDO
^ Oppresso di stupore alla inia guida Mi volsi, corne parvol che ricorre Sempre cola dove più si conflda,
2 E queiia, conie madre che soccorre Subito al figlio pallido ed anelo Con la sua voce che il suol ben disporre,
* Mi disse : Non sa' tu che tu se' in cielo? E non sa' tu che il cielo è tutto santo ,
E ci6 che ci si fa vien da buon zelo?
* Come t' avrebbe trasmutato il canto , E io ridendo , mo pensar lo puoi , Poscia che il grido t' ha mosso cotanto ;
^ Nel quai , se inteso avessi i preghi suoi , Già ti sarebbe nota la vendetta , La quai vedrai innanzi che tu muoi.
Oppressé de stupeur, je me tournai vers mon Guide, comme un petit enfant qui toujours recourt à qui le plus il se confie:
Et elle , comme une mère empressée de secourir son fils pâle et haletant, avec sa voix, qui de coutume le rassure .
Me dit : * Ne sais-tu pas que tu es dans le ciel , et ne sais-tu pas que tout le ciel est saint, et que ce qui s'y fait vient d'un bon zèle?
t Combien t'auraient bouleversé le chant et mon rayonnement^, tu peux maintenant le comprendre, puisque le cri fa tant ému.
« Si tu avais entendu les prières qu'il contenait , déjà te serait connue la vengeance que tu verras avant de mourir 2.
294 CANTO VENTESIMOSKCONDO.
6 La spada di quassù non taglia in fretta , Ne tardo , ma che al parer di colui , Che desiando o temendo Y aspetta.
" Ma rivolgiti omai inverso altrui , Gh'assai illustri spiriti vedrai, Se, com'io dico, la vista ridui.
^ Com' a lei piacque , gli occhi dirizzai , E vidi cento sperule , che insieme Più s'abbellivan con mutui rai.
^ lo stava conîe quei che in se repreme La punta del disio , e non s' attenta Del diraandar, si del troppo si teme.
^^ E la inaggiore e la piii luculenta Di quelle margherite innanzi fessi , Per far di se la mia voglia contenta.
** Foi dentro a lei udi' : Se tu vedessi , Com'io, la carità che tra noi arde, Li tuoi concetti sarebbero espressi :
*2 Ma perché tu , aspettando , non tardo AlPalto fine, io ti farft risposta Pure al pensier di che si ti riguarde.
*^ Quel monte, a cui Cassino è nella costa , Fu fréquenta to già in sulla cima Dalla gente ingannata e mal disposla.
CHANT ViNGT-DEUXrÈME. 295
• L'épée d'en haut ne paraît prompte ou lente à frapper, qu'à celui qui l'attend avec crainte ou désir.
« Mais tourne -toi à présent vers d'autres : beaucoup d'esprits illustres tu verras , si ta vue se porte où je dis. »
Comme ï) lui plut je dirigeai mes regards , et je vis cent petites sphères , plus belles tontes ensemble par leurs mutuels rayons.
J'étais comme celui qui réprime l'aiguillon du désir, et point ne se hasarde à demander, tant il craint le trop:
Et la plus grande et la phis brillante de ces perles s'avança vers moi , pour d'elle-même satisfaire mon vouloir;
Puis au dedans d'elle j'ouïs : t Si tu voyais comme moi la charité qui nous embrase , ce que tu penses serait exprimé *.
« Mais pour qu'en hésitant *, tu ne retardes point d'aller vers la haute fin, je répondrai d'avance au penser qu'ainsi tu retiens en toi.
« La cime de ce mont , sur la pente duquel est Cassin , fut jadis habitée par une gent trompée et de disposition mauvaise* ;
296 CANTO VENTESrMOSBCONDO.
*^ E io son quel che su vi portai prima Lo nome di colui che in terra addusse La verità che tanto ci sublima ;
^^ E tanta grazîa sovra me rilusse, ChMo ritrassi le ville circostanti Dall'empio culto che il mondo sedusse.
*^ Questi altri fuochi tutti contemplanti Uomini furo , accesi di quel caldo Che fa nascere i fiori e i frutti santi.
*7 Qui è Maccario , qui è Romoaldo ;
(^ui son li frati miei che dentro a' chiostri Fermar li piedi , e tennero il cor saldo.
*^ Ed io a lui : L'affetto che dimostri Meco parlando, e la buona sembianza Ch'io veggio e noto in tutti gli ardor vostri,
*^ Cosi m' ha dilatata mia fidanza , Corne il Sol fa la rosa , quando aperta Tanto divien quant' ella ha di po&sanza.
20 Pero ti prego , e tu , padre , m' accerta S'io posso prender tanta grazia, ch'io Ti veggia con imagine scoverta.
2* Ond'egli : Fraie, il tuo alto disio S' adempierà in su l' ultima spera , Ove s'adempion tutti gli altri. o il mio.
CHANT YINGT-DEUXIËMB. 297
t Et ce fut moi ^ qui , le premier, y portai le nom de Celui par lequel vint sur la ferre la vérité qui si haut nous élève :
« Et tant de grâce sur moi reluisit , que je retirai les contrées d'alentour du culte impie qui séduisit le monde.
« Ces autres feux ^ furent tous des hommes contemplatifs, embrasés de cette chaleur qui fait naître les fleurs et les fruits saints.
€ Ici est Macaire s, ici est Romuald ® : ici sont mes frères, qui dans les cloîtres arrêtèrent leurs pieds, et tinrent leur cœur ferme. »
Et moi à lui : — L'affection qu'en parlant tu me montres , et la bienveillance que je vois et reconnais en toutes vos ardentes âmes ,
A dilaté ma confiance, comme le soleil dilate la rose, lorsque ouverte elle devient tout ce qu'elle a la puissance de devenir.
Je t'en prie donc (et toi. Père, apprends -moi si je puis recevoir une telle ^vkce ) , que je voie ton imajçe h découvert.
D'où lui : « Frère, ton vif désir s'accomplira dans la dernière sphère, ou s'accomplissent tous les autres et le mien ^^
f98 CANtO VRNTESIMOSECONDa
^^ Ivi è perfetta , matura ed intera Ciascuna disianza ; in quella so(a È ogni parte là dove serapr' era ;
** Perché non è m luogo , e non s' impola , E nostra scala infino ad essa varca , Onde cosi dal viso ti s' invola.
^* Infin lassù la vide il patriarca Jacob isporger la superna parte , Quando gli apparve d'angeti si carca.
25 Ma per salirla mo nessun diparte Da terra i piedi , e la regola mia Riinasa è giù per danno dette carte.
26 Le mura, clie soteano esser badia, Fatte sono spelonclie, e le cocolle Sacca son piene di farina ria.
*^ Ma grave usura tanto non si toile
Contra it piacer di Dio, quanto quel frutto Clip fa il cuor de' monaci si folle.
*^ Chè , quatunque la chiesa guarda , tuttp È della gente che per Dio dimanda , Non di parente, ne d'attro più brutto.
29 La came de' inortali ^ tanto blanda, Che giù non basta buon cominciamento Dal nasror delta quorcia al far la ghianda.
CHANT VINGT-DEUXÎÈME. 299
« Là tout désir atteint sa maturité parfaite et entière : en elle seule, touto partie est où elle fut toujours**,
« Parce qu'elle n*est point dans le lieu ** et n'a point de pôles**; et jusqu'à elle atteint notre échelle, d'où vient qu'à ta vue ainsi elle se dérobe.
« Le patriarche Jacob la vit jusque là -haut élever son sommet, lorsqu'elle lui appanit si chargée d'anges **.
« Mais, pour la monter, nul maintenant ne détache ses pieds de la terre ; et en bas nia règle ne sert plus qu'à perdre du papier *^.
« Les murs qui autrefois étaient des abbayes sont devenus des cavernes, et les cuculles. des sacs pleins de méchante farine.
« Mais autant ne déplaît à Dieu une énorme usure, que ce fruit *^ qui rend le cœur des moines si insensé.
«r4ar tout ce qu'épargne l'Église, tout appartient à ceux qui pour Dieu demandent ^', non aux parents, ni autres pires.
« Si frêle est la chair des mortels, qu'en bas point ne suffît un bon commencement, pour que, de sa naissance, le chêne arrive à produire le gland.
300 CANTO VBNTESIMOSECONDO.
^^ Pier cominciô senz'oro e senza argento, E io con orazione e con digiuno, E Francesco umilmente il suo convento.
** E se guardi al principio di ciascuno, Poscia riguardi là dov' è trascorso , Tu vederai del bianco fatto bruno.
*2 Veramente Giordan volto retrorso
Più fu, e il mar fuggir, quando Dio volse , Mirabile a veder, che qui il soccorso.
** Cosi mi disse , e indi si ricalse
Al suo collegio, e il coUegio si strinse ; Poi, corne turbo, in su tutto s'accolse.
** La doice Donna dietro a lor mi pinse Con un sol cenno su per quella scala » Si sua viilù la mia natura vinse :
^^ Ne mai quaggiù , dove si monta e cala , Naturalmente fu si ratto moto , Ch'agguagliar si potesse alla mia ala.
^^ S'io torni mai, lettor, a quel devoto Trionfo, per lo quale io piango spesso Le mie peccata, e il petto mi percuoto,
•^7 Tu non avresti in tanto tratto e messo Nel fuoco il dito, in quanto io vidi il segno Che segue il tauro, e fui dentro da esso.
CHANT VINGT-DEUXIÈME. ;i04
« Pierre commença sans or et sans argent, et moi par la prière et le jeûne, et François humblement fonda son couvent.
« Si tu regardes l'origine, et qu'ensuite tu regai'des où chacun en est venu , tu verras le blanc changé en noir.
« En vérité , quand Dieu lit rebrousser le Jourdain et lui fit fuir la mer, moins fut-ce merveilleux à voir, qu'ici ne le serait le secours*®. »
Ainsi me dit-il, et il retourna vers sa troupe, et la troupe se resserra, puis, comme un tourbillon, en haut tout entière elle s'élança.
La douce Dame d'un seul signe derrière eux nie poussa par cette échelle, tant sa vertu vainquit ma nature 20.
Et jamais ici-bas, que l'on monte ou descende, naturellement ne fut de mouvement si rapide, qu'il put égaler celui de mon aile 2*.
Que jamais. Lecteur, je ne retourne h ce pieux triomphe, pour lequel souvent je pleure mes péchés et me bats la poitrine , s'il n'est vrai
Qu'en moins de temps que tu mettrais et retirerais le doigt du feu, je vis le signe qui suit le Taureau 22. et fus dedans.
302 CANTO VENTESIMOSECONDO.
** 0 gloriose stelle, o lume pregno Di gran virtù , dal quale io riconosco Tutto , quai clie si sia , il mio ingegno ;
** Con voi nasceva , e s' ascondeva vosco (^uegli ch' è padre d' ogni mortal vita , Quand' io senti' da prima l' aer tosco ;
*^ E poi, quando mi fu grazia largita D'entrar nell'alta ruota che vi gira , La vostra région mi fu sortita.
*^ A voi divotamente ora sospira L' anima mia per acquistar virtute Al passo forte, che a se la tira.
^ Tu se' si presso alF ultima saiute , Cominciô Béatrice, che tu dèi Aver le luci tue chiare ed acute.
^ E pero, priuia che tu più t'inlei, Rimira in giuso , e vedi quanto mondo Sotto 11 piedi già esser ti fei ;
^* SI che il tuo cuor, quantunque puô, giocondo S' appresenti alla turba trionfante , Che lieta vien per questo etera tondo.
^5 Col viso ritomai per tutte quanto Le sette spere, e vidi questo globo Tal , ch'io sorrisi del suo vil sembiante ;
CHANT VINGT-DEUXIËME. 303
0 glorieuses étoiles! ô lumière pleine cTune puissante vertu, à laquelle je reconnais devoir, quel qu'il soit, tout mon génie;
Avec vous naissait et se cachait** celui qui est le père de toute vie mortelle ^^\ lorsque la première fois je sentis l'air Toscan :
Puis, quand me fut accordée la grâce d'entrer dans la haute roue dont le mouvement vous emporte, le sort voulut que je passasse par votre région.
Ores, vers vous soupire dévotehiént mon âme, pour acquérir la force qu'exige le difficile passage qui à soi l'attire.
• Tu es si près du derniei* salut ^^^ commença Béatrice, que claire et perçante doit être ta vue.
• Ainsi donc, avant que plus tu ne pénètres en lui, regarde en bas, et vois combien déjà du monde je t'ai fait laisser sous tes pieds;
«De sorte qu'autant qu'il peut, joyeux se présente ton cœur à la troupe triomphante, qui vient pleine d'allégresse par cette voûte éthérée. »
Avec la vue je retournai par toutes les sept sphères, et je vis ce globe tel que je souris de sa chétive apparei)ce ;
304 • CANTU VENTESIMOSECONDO.
^* E quel consiglio per migliore approbo Che r ha per meno ; e chi ad altro pensa Chiamar si puote veramente probo.
^^ Vidi la figlia di La ton incensa , Senza quel!' ombra , che mi fu cagione Per che già la credetti rara e densa.
^^ L'aspetto del tuo nato , Iperione , Quivi sostenni, e vidi corn' si muove Circa e vicino a lui Maia e Dione.
. ^® Quindi mi apparve il temperar di Giove Tra il padre e il figlio , e quindi mi fu chiaro Il variar che fanno di lor dove ;
^^ E tutti e sette mi si dimostraro
Quanto son grandi , e quanto son veioci , E come sono in distante riparo.
^* L' aiuola che ci fa tanto feroci , Volgendom'io con gli eterni gemelli , Tutta m' apparve da' colli aile foci :
Poscia rivoisi gli occhi agli occhi belli.
CHANT VINGT-DEUXIÈME. 30î>
Et comme le meilleur j'approuve le jugement qui le rabaisse le plus; et qui pense à un autre se peut appeler vraiment sage.
Je vis la fille de Latone en feu , sans cette ombre qui auparavant fut cause que je la crus rare et dense *k.
L'aspect de ton fils, Hypérion^f, là je supportai, et je vis comme autour et près de lui se meuvent Mala et Dioné ^.
De là m'apparut Jupiter entre le père et le fils qu'il tempère ^; et de là me furent claires leurs variations de lieu :
Et tous les sept^' me montrèrent leur grandeur, et leur vitesse, et leurs distances.
Pendant qu'avec les éternels Gémeaux je tournais, la petite aire, qui nous rend si fiers, m'apparut tout entière, des collines aux mers *♦ :
Puis vers les beaux yeux je tournai mes yeux.
CIJNTO VËNTESIMOTERZO
^ Corne l' augello , intra I* amate fronde , Posato al nido de' suoi dolci nati La nette che le cose ci nasconde ,
* Che , per veder gU aspetti disiati ,
E per trovar lo cibo onde gli pasca , In che i gravi labori gli son grati,
* Previene il tempo in su V aperta frasca , E con ardente affetto il Sole aspetta , Fiso guardando, pur che Talba nasca ;
^ Cosl la Donna mia si stava eretta Ed attenta, rivolta inver la plaga Sotto la quale il Sol mostra men fretta ;
* SI che veggendola io sospesa e vaga , Feciïui quale è quei, che disiando Altro vorria, e sperando s'appaga.
Comme l'oiseau qui repose entre les feuilles aimées, près du nid de ses doux nouveau- nés, pendant la nuit qui nous cache les choses.
Pour jouir de leur vue désirée, et pour. leur chercher la pâture, en quoi agréables lui sont les dures fatigues.
Devance l'heure sur la plus haute branche, et avec un ardent désir attend le soleil, et fixement regarde, épiant la naissance de l'aube ;
Ainsi près de moi, debout et attentive, se tenait ma Dame, tournée vers la plage sous laquelle le Soleil montre le moins de hâte ^ ;
De sorte que, la voyant suspendue en une vive attente*, j'étais conMne celui qui, désirant, voudrait ce qu'il n'a pas, et espérant s'apaise: