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semblait d'abord que des équivalents suffisaient dans la traduction. Le public de 1812 se montrait peut-être trop encourageant; celui de 1830, plus difficile , a été encore trop bienveillant. Déterminé à travailler sans relâche, j 'ai repris ces vers : plus je marchais, plus ils me paraissaient inaccessibles ; je les ai attaqués un àuu.
Quelques parties de mon ouvrage allaient servir de piédestal à la renommée d'autres amis de Dante qui me croyaient mort. J'allais être dévoré tout vivant (1). Je me
(i) Je dois parler ici de deux traductions nouvelles qui ont paru l'une en 1840, l'autre en 1841. Cette dernière est due à M. Brizeux : elle offre peu de notes, et elle suit encore la pensée d'Alighiéri, vers à vers, tercet à tercet. Quand Dante est obscur, le traducteur qui s'est attaché ainsi aux flancs du poète ne peut pas présenter un sens toujours clair, et quelquefois on doit revenir à l'original qui se trouve encore de meilleure composition que le flambeau avec lequel ou voulait l'éclairer. Ce livre est excellent pour les jeunes gens qui apprennent; il guidera souvent avec utilité ceux qui veulent, suivant la méthode allemande, emboîter le pas, et se rendre compte de la moindre expression du texte. L'harmonie du vers , le charme délicieux du langage italien ont disparu sans qu'on ait rencontré ce qui eût pu donner le change en français, et ce travail ne rapporte pas les fruits qu'on pouvait en espérer ; mais il restera un avantage de cette étude sérieuse. M. Brizeux est un écrivain aimable, ses poésies se distinguent par un style doux et suave, où l'on retrouvera sans doute de plus en plus la trace des parties analogues du talent d'Aligbiéri, que l'on ne fréquente pas inutilement, quand on est un auteur aussi laborieux et aussi recommandable que M, Brizeux.
L'autre traduction, qui a aussi peu de notes, est due à un Napolitain, M. Fiorentino : celle-là, surtout, en ce qui concerne les deux dernières Canliche, n'a pas été composée en l'absence de nos deux éditions. Elles étaient présentes, et bien présentes sur le bureau de l'auteur, lorsqu'il a entrepris cette tâche difficile, même pour un Italien. Comprendre Dante, cela peut n'être pas toujours pénible pour un fils de la Péninsule qui a, comme M- Fiorentino, de l'instruction, du courage, delà persévérance et le désir de réussir. Mais, Dante une fois compris, il faut, ainsi que dit Montaigne, que le Français y arrive. Un Italien, même le plus travailleur,
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suis remis sur pied ; je n'ai plus cessé de ressaisir ces vers dans lesquels j'avais débrouillé tant de sens, et parmi lesquels il fallait en choisir un définitif. Quand le besoin du
sait-il notre langue, comme la peut posséder un Français? Nous avous signalé des préjugés eu France; il en existe aussi en Italie, et d'uue autre sorte : Daute, là, peut être attaqué, dit-on, pour deux ou trois mots, le reste est or pur. (Je veux bien tomber un instant moi-même dans cette complaisance, qui est un grave mécompte, si on s'y livre sans prudence.) Aussi, un Italien féodalement cloué au texte, ne veut démordre d'aucune de ses inversions : ce que le traducteur italien aime, et juge mieux peut-être qu'un autre dans l'original, cela même, ce traducteur le transporte dans sa version. Les délicatesses de notre langue, ses hésitations, ses répugnances, ses haines, on peut dire encore, ce traducteur ne les connaît pas, et il nous sert des mets de sou pays après avoir prétendu nous servir ceux du nôtre. On répoudra : Mais à Paris il y a tant de secours pour aider un étranger; un littérateur du terroir peut corriger les idiotismes qui ne conviennent pas, et replacer le char daus les rails dont il est sorti. C'est vrai, cela s'est vu, cela se voit toujours aiusi dans des circonstances pareilles. On a corrigé en France Goldoni, l'abbé Galiani et d'autres. Oui, mais celui qui répare le mal ne sait pas à fond l'excuse que peut donner le traducteur qui a bien compris, et qui se trouve remplacé par un autre auquel l'intelligence du texte primitif manque absolument. Voilà donc une nécessité de nettoyer, de purifier, de rapatrier deux caractères de nature diverse : l'Italien croit ne devoir rien concéder à notre ritrosia (c'est son mot), il lui suffit d'avoir apporté là Dante, qui a autant perdu que gagné au service qu'on lui a rendu. Résumous-nous. C'est un Français qui doit traduire Dante en France. S'il manque à ce Français quelque chose de la sagacité que peut avoir eue M. Fiorentino, né et grandi glorieusement dans la contrée du si, que ce Français pâlisse sur les recherches d'autres Italiens, les oppose s'il y a lieu, aux explications de leurs compatriotes.; que ce Français sollicite partout les moyens de polir, d'améliorer ses recherches ; qu'il travaille longtemps, trente, quarante années s'il le faut, surtout sous le beau ciel de l'Italie; qu'il ait soin, dans l'intervalle, de ne pas désapprendre sa langue ; qu'à cet effet il consulte, il fatigue ceux qui ont gardé le feu sacré; qu'il soumette aux plus habiles, son langage qui a wojagé, et qu'après cela, il atlende avec confiance le jugement du public! îl s'agit
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repos , prescrit par la nature , demandait le sommeil , je m'endormais avec les fidèles compagnons de ma pensée ; souvent je me réveillais avec eux. Je me suis présenté,
d'un texte ardu à transporter dans une autre langue. Il faut savoir de l'une ce qu'il est nécessaire de savoir pour bien comprendre , et de l'autre ce qu'il est nécessaire de savoir pour bien traduire.
Je finirai par une autre considération. En fait de Dante, j'ai vu partout, comme pour beaucoup d'autres choses, qu'on aimait la besogne faite. Que l'on écoute donc un instant ce qui m'est arrivé : quand j'ai rencontré cette besogne faite , je m'en suis emparé, et j'aurais de graves comptes à rendre aux Venturi, aux Lombard); mais souvent je me suis trouvé isolé, surtout pour saisir l'expression française qui convenait. Puis, à défaut à' explicateurs convenables , j'ai vu parfois en face de moi des passages de Dante qui présentaient sept, huit sens différents. Je me suis livré à des méditations de mois entiers; et enfin sur ces sept ou huit sens, jJen ai choisi un de guerre lasse ; à présent comment se ferait-il qu'un sens que j'ai trouvé, que j'ai inventé si vous voulex, à l'aide d'un fil imperceptible qui m'a guidé dans ce labyrinthe, comment se ferait-il que ce sens, bien à moi, et qui avait des rivaux de toutes sortes, pût venir étaler sa gloire, sa clarté, sa lumineuse existence dans un ouvrage qui a suivi les miens ? Dante a beaucoup dérobé à tout le monde, sur la grande route de l'imagination : ceux qui s'occupent de ses travaux ont-ils le droit d'agir ainsi envers un contemporain dont la succession n'est pas ouverte? En lisant la traduction d'un Italien rajustée par un correcteur français, le public, s'il est mécontent, ne sait qui il doit accuser. Est-ce le premier qui a mal mesuré, est-ce le second qui a trop raboté? Finalement , un Français dit aux écrivains de son pays : « Je suis seul devant vous, j'avais assumé la responsabilité de deux devoirs, il me fallait me pénétrer d'une conception où luttaient tour à tour des éclairs, la foudre, des nuages, le désordre des saisons, puis la pureté de l'air, une atmosphère de saphyr oriental ; j'ai abordé presque fanatiquement ce danger. Puis j'ai étalé sur ma palette les couleurs d'un autre climat, et je vous ai apporté avec hardiesse une composition où, par des glacis transparents, j'ai tâché de donner de l'éclat à des scènes qui seraient restées sèches pour votre regard. Si vous n'êtes pas contents, vous n'avez devant vous qu'un coupable qui se nomme. Il ne vous a parlé que votre langage, il a profité de la juxtaposition de Dante, qui ne se plie pas facilement aux caprices des paroles d'un autre, pour assouplir quelques rudesses que vous