XXIV INTRODUCTION
études humaines de l'imagination , de l'imitation et de l'inspiration. Le bras gauche semble indiquer aux nations qu'elles doivent honorer Yaltissimopoeta.
La Poésie est de f autre côté du cénotaphe , assise dans une attitude d'abattement. Elle a ôté de son front sa couronne, et avec les doigts légèrement repliés, la tient pendante, comme si elle allait lui échapper. Cette idée est à la fois simple et passionnée.
Le cénotaphe est placé dans l'église de Santa Croce. C'est, s'il est permis de s'expliquer ainsi, le sanctuaire consacré au génie et à l'esprit de la patrie. Le poëte est aujourd'hui en compagnie de Machiavel , de Michel-Ange , de Galilée et d'Alfiéri.
La Divine Comédie a été dédiée à trois papes : Paul III , Pie IV et Clément XII.
Les hommages abondent tous les jours. M. Ozanam a dernièrement entretenu le public des mérites divers de Dante , et loué l'esprit profondément catholique qui anima constamment le poëte.
Moi, j'ai reçu une preuve de gratitude particulière du graveur romain Pinelli. Il m'a dédié les planches qu'il a composées pour représenter toutes les scènes du poëme (l).
Je regrette de n'avoir pas pu profiter pour cette édition , des commentaires que M. Torricelli publie régulièrement dans un journal intitulé: L'Anthologie, et imprimé à Fossombrone (États du Saint-Siège). Je n'ai eu connais-
(i) Buonarroti avait composé des dessins pour chacun des cent chants de Dante. Ces dessins ont péri dans une traversée de Cività Vecchia à Livourne. Quelle perte que celle de ces compositions où le Dante de la sculpture luttait contre le Michel- Ange de la poésie!
INTRODUCTION. ÏIV
sance de ces ingénieuses recherches, qu'au moment où je terminais les notes du dernier chant du Paradis (1).
Il faut actuellement que je fasse mes adieux à cet incommensurable édifice delà Divine Comédie. On peut, il est vrai, compter les vers qui le composent. L'Enfer en offre 4720; le Purgatoire, 4754; le Paradis, 4747 ; en tout, 14,221 ; mais on ne peut pas dénombrer les sentiments, les pensées, les satisfactions, les terreurs, les frémissements, les joies, les attendrissements que fait naître la lecture de ce poëme. Tout lecteur devient pour lui-même un homme nouveau. Une partie de l'antiquité et de sa science, le moyen âge entier et ses fureurs, se trouvent là confondus. J'ai commencé à lire, la Divine Comédie avec le secours d'habiles Florentius, vers l'an 1805 : depuis, elle est devenue, dans mes loisirs, une constante étude. Chacun de ses vers a été comme manié par moi, pendant plus de quarante années. Ma première intelligence de ce texte, bornée d'abord dans ses aperçus, balbutiait devant mon maitre, le bon et savant abbé Fontani, quelques paroles d'applaudissements et d'actions de grâces. Revenu de Toscane , j'ai donné au public mes premiers tâtonnements qui partaient d'une main mal assurée. Je devais recevoir de Dieu la permission d'ajouter quelques perfectionnements à cette hardie tentative. Plus tard, j'ai mieux fait , mais je n'avais pas fait ce que je pouvais faire. Il me
(i) Le travail de ce spirituel Romain vient de m'ëtre communiqué par M. dei Vergers, savant orientaliste, qui a été dans ce pays porter l'activité française. Il y a fondé un bel établissement de soierie en grand qui doit acquérir nécessairement des accroissements précieux. On sait que c'est de l'art de la laine et surtout de l'art de la soie que sont sorties, ces fortunes si considérables de Florence qui ont enrichi tant de familles, tiges fécondes des plus anciennes et des plus nobles maisons de la Toscane.