INTRODUCTION. XJ
cipes généreux, prouve que le xive siècle n'était pas aussi ignorant qu'on le prétend. C'est dans l'ouvrage tout entier de Dante qu'il faut chercher quelle était alors la masse des connaissances humaines.
Il n'est pas permis de dire : « Je jugerai, mais je choisirai les pièces sur lesquelles je prononcerai mon jugement; » qu'on y mette le temps, si l'on veut, Dante a bien attendu quatre siècles , qu'on s'occupât de lui si attentivement en France! Il ne demande pas que l'on aille vite, mais qu'on l'entende. Ses amis l'ont fait, pour certains retardataires, petit, et comme restreint; mais dans le présent format, quoique si réduit, le génie du grand homme vit tout entier. Les incertitudes, les confusions que l'on pourrait craindre de rencontrer sont éclaircies : tous les commentateurs, de quelque pays qu'ils soient, sont consultés, et interrogés tour à tour sans passion.
Je crois devoir indiquer ceux qui ont fourni les informations Jes plus sûres. Je mets en première ligne Bocace et sa vie de Dante ; Bernardin Daniello , in-4°, Venise , 1.568; Benvenuto da Imola, Venise', 1577; Landino, Vellutello et Sansovino , 1 vol. in-folio, 1578; l'édition de la Crusca, Florence, 1595; Volpi, Padoue, 1727; la traduction en vers latins du père Charles d'Aquin, Naples, 3 vol. in-8°, 1728; la première édition de Venturi, dédiée à Clément XII, Lucques, 3 vol. in-8°, 1732; Louis Dolce, in-12, Bergame, 1752; Portirelli, 3 vol. in-8°, 1804; Poggiali, 4 vol. in-8°, Livourne, 1S06- 1813; Lombardi, deuxième édition romaine, 4 vol. in-S°, 1815. Cette édition a été donnée par le judicieux M. de Bomanis , un des meilleurs guides que l'on puisse suivre, quand on doit parler de Dante. Biagioli, 3 vol. in-8°, Paris, 1818-1819.
Xlj INTRODUCTION.
Il y a encore des commentateurs et des auteurs de traités sur Dante que j'ai cités d'après Lombardi.
J'ai aussi rendu justice à M. Terrasson , poète provençal, qui a traduit avec élégance plusieurs morceaux d'Alighiéri. Un autre Provençal, M. Etienne Masse, a traduit, avec un grand et remarquable talent, les paroles terribles d'Ugolin.
Voilà les auteurs que nous avons lus avec attention , et dont les travaux ont jeté la lumière sur une foule de faits que le lecteur n'aurait pu comprendre sans un aussi utile secours.
J'ai publié précédemment une Histoire de Dante, dédiée à la péninsule Ausonienne, 1 vol. in-8°, Paris,
Cet ouvrage, orné de gravures, comprend l'analyse de tous les écrits de Dante. Je crois que c'est l'histoire la plus détaillée de cet illustre auteur, qui ait été encore publiée.
J'en extrairai quelques détails, pour annoncer aux lecteurs de la présente traduction ce que fut Dante, dans quels temps il vécut , et quelles ont été les causes de ce dépit qui faisait de lui un si indomptable poète.
Dante Alighiéri naquit en 1265 à Florence, le 8 mai. Brunetto Latini, Florentin, d'abord notaire, ensuite dettatore , charge qui correspondait à celle de secrétaire de la république , fut le maître du jeune Alighiéri et lui enseigna les premiers éléments des sept arts qu'on appelait le trivium et le quadrivium{\). Le trivium comprenait la grammaire, la rhétorique et la dialectique. Le
(i) Trivium veut dire place où aboutissent trois rues; quadrivium, place où aboutissent quatre rues.
INTRODUCTION. ' xiij
quadrivium comprenait rarithmétique , la géométrie, l'astronomie et la musique (1).
On conçoit ce qu'un esprit ferme et solide, une mémoire heureuse, un caractère indépendant et fort, devaient trouver de puissance et d'énergie dans des connaissances aussi étendues. On reconnaîtra , en lisant la Divine Comédie , avec quel zèle , avec quelle avidité , Dante s'était livré à l'étude des sept arts, et surtout de l'astronomie, de la géométrie et de la musique.
Mais il est nécessaire de parler des circonstances qui influèrent tant sur le génie de Dante, ce sublime chantre de Béatrix, dont la Divine Comédie se trouve un éloge continuel.
Dante avait neuf ans, quand celle qui fut la glorieuse dame de son esprit s'offrit devant lui. Elle allait atteindre un peu plus de huit ans, et s'appelait Béatrix. Son père, Foulques Portinari , noble Florentin , était voisin du père de Dante.
Dans un sonnet de son livre intitulé : Vita nuova (ce qui signifie : La jeune vie), Dante donne le secret du projet qu'il médite.
« Désormais , si tel est le plaisir de celui par lequel « toutes choses vivent (Dieu) , et que ma vie se prolonge « quelque temps , j'espère dire de cette femme bénie ce « qu'on n'a jamais dit de personne : ensuite , qu'il plaise « au Seigneur de toute courtoisie que mon àme puisse «aller voir la gloire de son amie, c'est-à-dire de cette .< bénie Béatrix , contemplant glorieusement celui qui est « béni dans tous les siècles (2). »
(i) Les informations qui concernent le trivium sont dispersées dans les ouvrages de Platon et d'Aristote. Quant au quadrivium, Toyez dans Platon le livre VII des Lois.
(a) Histoire de Dante, p. 6g.