‹ La Divine comédie de Dante Alighiéri (volume 5)Chapitre 32 sur 64 · O puissance de l'imagination · texte numérisé non relu

O puissance de l'imagination

« Dante revoit le beau spectacle du soleil à son couchant; son imagination en est si fortement émue qu'il tombe dans une rêverie profonde : il s'étonne luimême de la force de cette imagination impérieuse qui le poursuit. « O imagination , s'écrie-t-il , loi qui enlèves souvent l'homme a lui-même, au point qu'il n'entend pas mille trompettes qui sonnent autour de lui , qu'est-ce donc qui t'excite? qui fait naître en toi des objets que les sens ne te présentent pas?». La réponse qu'il fait à cette question n'est pas fort claire. « O qui t'excite, dit-il ,

est une lumière qui se forme dans le ciel, ou d'elle-même, ou par une volonté qui la conduit ici-bas. .- Alors on se payait, dans l'école, de ces mots que l'on croyait entendre, et l'on avait fait de ces sortes de solutions une science où Dante était Irès-vcrsé. Mais il n'y a lumière céleste qui puisse expliquer l'incohérence des objets que réunit cette espèce de vision. Ce sont purement des rêves, et les rêves d'un esprit malade. » Hist. litt., II, 160.

Je ne puis pas être ici du sentiment de M. Ginguené : il a raison quand il blâme ce style de l'éeole, cette.lumiére qui se forme dans le ciel, ou d'ellemême , ou par une volonté qui la conduit ici-bas : tout ce langage métaphysique n'a aucun sens pour nous; mai»

il n'y a pas, selon moi , tant d'incohérence dans les objets que reunit la vision de Dante ; et M. Ginguené avoue lui-même, Hist. litt. , H, p. iGï(note), que « ce mélange que fait Dante du sacré avec le profane , dans ses cita-

toi qui nous dépouilles de l'usage des sens, tellement, que souvent nous ne nous apercevons pas qu'on fait retentir autour de nous le bruit de mille trompettes, quelle force te représente l'objet que tu contemples, quand les sens ne t'en offrent pas l'image ! tu es l'effet d'une lumière qui se forme dans le ciel, ou naturellement, ou par la volonté de la divine Providence , dont nous recevons cette faculté.

Je vis devant moi la femme que son impiété cruelle fit métamorphoser en cet oiseau qui se plaît le plus à faire entendre ses chants '. Alors mon esprit fut tellement renfermé dans ce spectacle, qu'aucun objet ne put l'en distraire.

Ensuite s'offrit à mon imagination détachée des sens, le supplice de cet homme fier et dédaigneux 2 qui mourut sur

lions historiques , est si fréquent qu'il en faut conclure que ce n'était pas en lui un effet des caprices de l'imagination, mais un système.» Je trouve donc qu'après avoir accordé ce point, il n'y a plus lieu de reprocher a Dante ce mélange indiscret comme un écart de son esprit; et je ne sais pas jusqu'à quel point on ne l'excuserait pas dans sa Divine Comédie , où jamais ce mélange ne produit un effet très-désagréable, littéralement parlant. Quant aux vision successives que le poète va décrire, je pense que, comme il ne pouvait plus nous offrir des exemples d'huilité tracés sur des bas-reliefs, ainsi que dans le chant x; des exemples orgueil dessinés sur le sot, ainsi que dans le chant xn ; comme il ne voulait pas en ce moment faire passer au-desus de sa tête des voix qui rappelassent ivers exemples de charité et d'envie, linsi que dans les chants xni et xiv, I a eu une idée très-heureuse et très- )Oétiqne, en supposant une vision qui ious offre des exemples de violence et le colère. Le vrai poète varie ses tor» , t ce genre de mérite , qui semble apartenir davantage à un siècle comme nôtre , à un siècle où beaucoup de aodèles rendent l'art difficile, est pourant un mérite qu'on ne peut refuser Dante. Toutes ces réflexions me infirment dans l'idée que j'ai toujours ne que le Dante a travaillé son poème

pendant plus de quinze ans , et lui a donné le degré de perfection qu'il pouvait recevoir de tant de révisions si multipliées.

Je m'éloigne ici à regret de l'opinion de M. Ginguené; mais je ne tarderai pas sans doute à le citer de nouveau, en approuvant, à mon ordinaire, plusieurs de ses observations.

1. «Philomèle, fille de l'andion , roi d'Athènes , fut attirée dans les pièges de Térée , qui ensuite lui coupa la langue. I'hilomèle, enfermée , peignit sur une toile tout ce que Térée lui avait fait souffrir, et l'envoya à Progné , sa sœur, femme de Térée. Progné vint, à la tète d'une troupe de femmes, le jour de la fête des Orgies, délivrer Philomèle de sa prison ; puis elle (il a Térée un festin de son propre fils Ytis. Après que Térée eut bien mangé, elle lui apporta encore la tète: ce prince, s'étant mis en devoirdepoursuivresa femme et de la tuer, fut métamorphosé en épervier; Progné, en hirondelle; Philomèle, en rossignol; et Ytis, en faisan.» Dict. de la table. — Suivant Strabon, ce fut Progné qui fut changée en rossignol. Dante a probablement suivi cette autorité, car c'est bien de Progné qu'il veut parler.

2. Le supplice d'Aman. — Lavinie, fille du roi Latinus ; elle dit à sa mère , Amata , que sa mort en précéderait une autre, celle de Turnus. Enéide, liv. XII, vers 6oi et suiv.

la croix : près de lui on voyait Assuérus , Esther son épouse , et le juste Mardochée, dont les paroles et les actions furent si magnanimes. Quand cette image se fut dissipée, comme la bulle légère qui est privée de l'eau, son aliment, j'aperçus dans ma vision une jeune fille qui versait un torrent de larmes en disant : « 0 reine , pourquoi , dans ta colère , t'es-tu donné la mort? Tu t'es détruite pour ne pas perdre Lavinie; cependant, tu m'as perdue. Je pleure, ô ma mère, la mort qui doit en précéder une autre. »

De même que lorsqu'une lueur subite frappe les paupières fermées, le sommeil se brise, et glisse, et serpente avant de s'éteindre ' , de même le spectacle que je me figurais , se rompit, et se débattant s'évanouit, aussitôt que je fus frappé par l'éclat d'une lumière surnaturelle. Je me retournais pour voir où je me trouvais , quand une voix , qui fit cesser en moi toute pensée , me dit : « On monte par ici.~»> J'eus un si vif désir de voir celui qui parlait, que, si je ne l'eusse rencontré des yeux, ce désir n'aurait pas cessé de me tourmenter mais ici mes facultés manquèrent de puissance, de même que les yeux ne peuvent soutenir les rayons du soleil qui blesse notre vue , et qui se voile de son propre éclat. Mon maître parla ainsi : « Ce ministre est un esprit divin ; sans que nous lui ayons adressé aucune prière, il nous indique le chemin qui conduit en haut, et il se dérobe lui-même sous ses propres rayons. Il agit avec nous, comme tout homme agit avec lui-même2. Quiconque, voyant le besoin, attendrait une prière , se disposerait malignement à refuser tout secours. Marchons pour répondre à cette invitation glorieuse, tâchons de monter avant que la nuit arrive; nous ne pourrions plus continuer notre chemin qu'avec le retour de la lumière. »

i. Biagioli a fait une excellente note i II nous montre cet amour que tout

sur cette description d'un sommeil qui homme se montre à lui-même. L'homme

se rompt. AlCéri avait critiqué ce pas- n'attend pas de lui-même une prière,

sage: Biagioli lui répond d'une manière il prévient ses propres désirs, fort ingénieuse.

Alors je suivis mon maître, et nous arrivâmes aux degrés. Aussitôt que je fus sur la première marche, j'entendis comme un mouvement d'ailes qui rafraîchit ma figure ' ; on disait en même temps : « Heureux les pacifiques exempts de colère criminelle. » Déjà l'on n'apercevait plus dans l'air que ces derniers rayons qui sont immédiatement suivis des ténèbres, et les étoiles se développaient de toutes parts. Je disais en moi-même : O mon courage, pourquoi commences-tu à t'abattre? Je sentais mes genoux défaillir et demander grâce.

Nous avions atteint le point où se terminent les degrés, et nous étions arrêtés comme la nef amarrée sur la plage. Je tâchai d'écouter si je n'entendais pas quelque bruit dans ce nouveau séjour; ensuite je me retournai vers mon maître et je dis : « O mon père bienfaisant, quelle est la faute que l'on purifie dans ce cercle? Si nos pieds se reposent, que ton entretien ne prenne pas de trêve! » Mon maître répondit : « Ici on punit la paresse qui a négligé ses devoirs; ici l'on châtie le rameur qui a été trop lent. Si tu veux me mieux comprendre, écoute-moi, tu retireras quelque avantage de notre retard. PsTi créateur, ni créature2, tu le sais, ô mon fils,

l. L'ange, en frappant légèrement fections aimantes l'est dans le quatrième

avec ses ailes la figure de Dante, efface où nous sommes (le cercle de la pa-

une autre letlre P; c'est celle du péché resse); et ces affections, poussées à

décolère, le troisième péché capital. l'excès, deviennent des vices qui sont

L'ange dit en même temps : « Heu- punis dans les trois cercles supérieurs

reux les pacifiques , etc. » Beati paci- qui nous restent à parcourir (les cer-

fici, quoniam ftlii Dei vocabuntur. clés de l'avarice , de la gourmandise et

Paroles de J. C-, dans S. Matthieu. de la luxure).» hist litc, II, pag. 1 10 et.

Les deux poêles sonl dans le cercle suiv. de la paresse. « Ici, Dante se fait donner Cette explication claire et précise de par son maître Çunc longue explication tout le plan de Dante ne laisse rien à métaphysique sur l'amour, passion de désirer. On voit qu'il présente ses idées la nature, toujours bonne en soi, et sur avec une méthode et une suite de rail'amour, passion de notre volonté, qui, sonncmenls qui s'attachent les uns aux selon qu'elle est bien ou mal dirigée, autres. Il faut bien se résoudre à critifait naître en nous des affections hai- quer, dans ce long discours, un amas neuses ou des affections aimantes. Les de termes de l'école qui nous paraissent affections haineuses sont expiées dans aujourd'hui, et qui sont en effet désa- ; les trois premiers cercles ( les cercles gréables et fastidieux; mais, dans ce de l'orgueil , de l'envie et de la colère ) passage , si l'érudit nous fatigue , le loque nous avons parcourus. La négli- gicien est irréprochable, et le poêle ne gence à poursuivre le* effets des af- dort pas toujours. Voilà deux beau»

n'ont existé sans amour. Cet amour est ou un amour naturel, ou un amour qui naît de leur choix. L'amour naturel est toujours exempt d'erreur; mais l'autre peut errer en choisissant un objet indigne, ou en aimant trop un Lien périssable , ou en n'aimant pas assez un bien infini : tant que cet amour est sagement dirigé vers les biens principaux , et garde une juste mesure dans son affection pour les biens inférieurs, il n'en peut naître alors aucun plaisir coupable; mais aussi quand la créature s'attache avec moins de zèle aux biens célestes, ou avec trop de passion à ceux qui méritent moins d'estime, alors elle agit contre son propre créateur. Tu dois comprendre qu'en vous l'amour est la source ou de vertus, ou d'opérations qui méritent châtiment. L'amour incline toujours au bien de celui en qui il réside , parce que tout être répugne à se haïr; et comme aucun être créé ne peut subsister par lui-même, et indépendant de l'existence qu'il a reçue du créateur, de même il ne peut aussi parvenir à haïr ce créateur : il en résulte , si cette division est juste , que le mal qu'on aime est celui de son prochain, et cet amour naît, dans votre limon, de trois manières.

« L'un espère de l'élévation, parce que son voisin est abattu, et seulement pour cela il désire le voir déchu de sa grandeur. Celui-ci craint de perdre et de voir son rival acquérir la considération, la faveur, l'honneur et la réputation, et il lui souhaite toutes sortes de maux. Un autre se livre aux tourments de la colère pour une injure, il appelle avec fureur la vengeance, et ne veut que la ruine de l'offenseur. Ces trois sortes de mauvais amour se punissent dans les cercles que tu as parcourus.

« Je vais te parler de l'autre amour qui court vers la félicité sans aucune mesure. Chacun désire confusément un bien

vers, cl de graves sentences exprimées v Amor nasce [in tre modi , ;i\cc concision : limo.»

• Chc 7 mal cfir s' amae ciel prossimo; ed esso

qui fait l'objet constant de ses vœux, et chacun s^efforce d'atteindre à ce but. Si vous n'êtes poussés à connaître ce bien, ou à l'acquérir après l'avoir connu, que par un amour attiédi, vous en êtes punis dans ce cercle après un juste repentir.

« 11 est un autre bien qui ne rend pas l'homme heureux. Il n'est pas la vraie félicité; il n'est pas l'essence du bonheur, la source de toute grâce, la récompense de toute vertu. L'amour qui poursuit trop ce bien étranger à Dieu est puni dans les trois cercles supérieurs. Mais je ne te dirai pas comment sont réparties les trois familles de coupables . afin que tu en cherches l'explication toi-même, i

260 LE rURGATOIRE, CHANT XVIII.

CHANT XVIII

Mon savant maître avait terminé ce raisonnement; il cherchait à lire dans mes yeux si j'avais compris ses explications. Moi, qu'une nouvelle soif tourmentait, je disais en moimême, tout en me taisant, peut-être est-il hlessé.de ce que je lui adresse trop de demandes. Mais ce père tendre, qui devinait le désir timide que je n'osais avouer, me donna la hardiesse déparier, en me prévenant avec bonté; aussi lui répondis-je : >• 0 maître , mon entendement s'éclaircit dans les rayons de ta lumière ! Je discerne évidemment ce que tu m'as expliqué : cependant, je t'en conjure, cher aimable père, définis-moi cet amour à qui tu attribues les actions estimables et celles qui ne le sont pas. » — « Élève vers moi , dit le sage ', \es facultés de ton intelligence , et vois jusqu'où peut aller l'erreur de ces aveugles qui se font guides 2. Le cœur qui est créé pour aimer vite, se dirige vers tout ce qui lui plaît, aussitôt qu'il a senti l'attrait du plaisir; votre faculté imagiuative vous retrace l'objet réel, et en même temps en développe tellement le charme, que l'esprit est captivé, et se porte tout entier vers cet objet. Ce sentiment est un amour, une nouvelle nature que le plaisir détermine en vous. Ensuite, de même que le feu s'élève en en-haut, par sa forme qui tend à monter dans la portion de matière avec laquelle il s'agglomère le plus facilement, de même l'esprit conçoit un désir qui est un continuel mouvement spirituel, et il ne s'arrête plus qu'il n'ait joui de la chose aimée. Tu comprends quel'e

i. Virgile reprend son explication ?.. « L'error de' clechi cke si fanno

qu'il avait interrompue; il montre qu'il duci.»

connaità fond la doctrine de Platon sur S.Matthieu.XV.vcrs. n, avait dit enccrcl

l'amour. mieux : Cecci sunt et duces cœcorum.

est l'erreur de ceux qui affirment que tout amour est en soi une chose louable. Peut-être sa substance pourra toujours être bonne, mais toutes les empreintes n'en sont pas exactes ; , quoique la cire soit d'une qualité propre à les mouler fidèlement. »

Je répondis : « Ces paroles et mon esprit qui les recueillait avec attention , m'ont expliqué suffisamment ce qu'est l'amour; mais je n'en suis que plus embarrassé dans mes doutes; car si l'amour nous est offert par des objets extérieurs, et que l'esprit y accède sur-le-champ, il n'a aucun mérite à se diriger bien ou mal. » Virgile reprit : « Je puis te dire tout ce que notre raison comprend à cet égard; mais pour être mieux éclairci, tu entendras, dans une région supérieure, Béatrix2 qui est une lumière de foi. Toute forme substantielle qui est distincte de la matière, et qui lui est seulement unie, renferme en soi une vertu particulière. On ne la distingue qu'au milieu de ses opérations; elle ne se démontre que par ses effets , comme une plante vivante est reconnue à la verdure de ses feuilles. L'homme ne sait d'où provient la source de ses premières connaissances, et celle des premières passions qui sont en lui, de même que l'abeille n'a pas étudié l'art de composer le miel; et cette première volonté , naturelle, ne mérite ni blâme ni récompense.

« Mais pour régler cette première volonté innocente, vous avez reçu la raison qui vous conseille et qui vous dirige en gardant la porte de vos pensées. Cette raison régulatrice est la source de vos mérites, selon qu'elle admet ou repousse les amours coupables ou les amours vertueux. Les sages, qui par de profondes méditations, sont parvenus à découvrir la

i. Ouoique cet amour, dans son prin- 2- Il y a une sorte d'adresse et d'iia-

:ipe, soit vertueux , s'il ne cherche pas bilelé à mettre souvent en scène, et

in objet digne de lui, il deviendra une d'avance, cette Béatrix qui Jouera un

tffection peu honorable , et les em- si grand rôle dans les derniers chants

freintes de cet amour ne seront pas de ce poBrae, et dans tous les chants dg

jiien tracées, quoique la cire qu'on aura l'aradi?. •niployée ait été propre â les rendre mactes et fidèles.

nature des choses, ont connu cette liberté innée; aussi Fontils expliquée au monde , dans des livres de philosophie morale. Ainsi , supposons que. tout amour qui s'élève en nous s'y allume de nécessité, vous n'en avez pas moins la puissance de le réprimer. Béatrix appelle cette noble vertu le libre arbitre. Souviens-toi de mes préceptes, si elle vient à t'en parler. »

La lune1, qui alors se levait très-tard sur l'horizon, éclipsait la splendeur des étoiles, et paraissait suspendue comme un seau enflammé. Elle parcourait dans le ciel cette partie que le soleil éclaire lorsque l'habitant de Rome le voit descendre entre la Sardaigne et la Corse. L'ombre bienfaisante, qui honore plus Piétola 2 qu'aucune autre ville du Mantouan, avait pleinement déchargé mon esprit du poids qui l'accablait; et moi, après avoir reçu des explications si promptes et si précises, je ressemblais à un homme que le sommeil vient de saisir : mais cette somnolence fut interrompue par le bruit que firent des âmes qui s'avançaient derrière nous.

De même que l'Ismène et l'Asope3 virent une foule immense de Thébains parcourir leurs rivages en courant sans ordre et avec impétuosité dans les fêtes de Bacchus, de même je vis s'avancer d'un pas incertain une foule innombrable de ces âmes qu'une volonté sage et un juste amour animaient dans ce cercle. Elles furent bientôt arrivées auprès de nous, tant cette foule immense courait avec ardeur. Deux qui les précédaient criaient en .versant des larmes : « Marie courut en toute hâte à la montagne*, César laissa Marseille et

i. Dante est dans la cinquième nuit 3. L'Ismène, fleuve de la Béotie qui de son voyage mystérieux : la lune doit reçut ce nom d'Isménus', fils de Pélasalors se lever cinq heures après le cou- gus. Asopc, fils de l'Océan et de Thétis, cher du soleil, un peu avant minuit. Le fut changé en fleuve par Jupiter, à qui il poêle dit que la lune lui paraissait rcs- voulut faire la guerre, parce que ce dieu sembler à un seau de cuivre qui serait avait abusé d'Éginc, sa fille. C'est aussi rougi par le feu. Cette comparaison est le nom d'un fleuve d'Achaïe, ainsi apurée des seaux dont on se sert encore pelé d'un autre Asope , fils de Neptune. à Rome. 4. Exemple de célérité. Marie courut

B. Piétola , petit bourg près de Mail- en toute hâte visiter S. Elisabeth ou

loue , où est né Virgile : les anciens s'enfuit en Egypte avec Joseph. — Cé-

l'appelaient Andes sar, comme il le dit lui-même dans ses

courut en Espagne pour assiéger Lérida. » Celles qui suivaient criaient à leur tour : « Vite, vite, ne perdons pas de temps par C effet d'un amour lent et paresseux. Que notre sollicitude à bien faire nous permette de voir reverdir ta grâce ! »

«Ovous, en qui une ferveur ardente expie maintenant votre négligence passée, et la lenteur tiède que vous avez mise à faire bien, celui-ci qui est vivant, et ma voix ne vous en impose pas, veut continuer daller en en-haut, quand le soleil aura ramené son char lumineux ! Dites-nous où sont les degrés qui conduisent au cercle supérieur. »

Telles furent les paroles que leur adressa mon guide. Un des esprits répondit: «Viens derrière nous, tu trouveras la route. îsous avons tant de désir de nous mettre en mouvement, que nous ne pouvons nous arrêter. Excuse-nous, si tu peux regarder comme une impolitesse ce que nous commande la suprême justice. Je fus abbé de Saint-Zénon à Vérone', sous l'empire du bon Barberoussë, dont Milan dans la douleur s'entretient encore. Tel qui a déjà un pied dans la fosse pleurera pour ce monastère, et gémira d'y avoir eu de la puissance. C'est dans ce lieu que cet ambitieux a mis pour pasteur véritable son propre fils , né d'un commerce illégitime , difforme de corps et encore plus difforme d'esprit. » Je ne sais pas si l'ombre continua de parler ou garda le silence : elle fut bientôt hors de notre vue; mais j'entendis les paroles que je viens de retracer, et je m'étudiai à les retenir.

-Celui qui ne m'avait jamais refusé une main secourable

Commentaires . partit de Rome et cou- pelle dom Gérard second : il dit Je fus

rut a Marseille , qui s'était déclarée chef de l'abbaye de Saint-Zénon à Vé-

contre lui; mais bientôt, laissant de- rone sous l'empire du bon Barbe-

vant cette ville Brutus avec une partie rousse, terme d'ironie. Barberoussë

de l'année, il vola en Espagne, où il avait ordonné de raser la ville de Mi-

battit Afranius, l'etréius et un fils de lan,enii6S. Tel qui a déj;- un pied dans

Pompée, et prit llertla, aujourd'hui la fosse, Albert de la Scala , seigneur

Lérida. - Cci exemples de célérité sont de Vérone , força les paisibles religieux

des reproches continuels pour les âmes de ce monastère à recevoir pour chef

des paresseux qui habitent ce cercle. sonfils naturel, qui était méchant et dif-

Page 1