‹ La Divine comédie de Dante Alighiéri (volume 5)Chapitre 39 sur 64 · LE PARADIS · texte numérisé non relu

LE PARADIS

CHANT PREMIER

La gloire de celui qui met tout en mouvement ■ pénètre dans l'univers, et brille plus dans une partie, et moins dans une autre. J'ai parcouru le ciel qui reçoit le plus de sa lumière 2, et j'ai vu des choses que ne sait et ne peut redire le mortel qui descend de là-haut. L'intelligence s'approchant en liberté de l'objet de ses désirs 3, s'élève tant, que la mémoire ne peut plus revenir en arrière : cependant les merveilles du saint royaume, dont j'ai pu faire un trésor dans mon esprit, vont être la matière de mes chants.

Bienfaisant Apollon, pour ces derniers travaux, abreuvemoi, à longs traits, de ta valeur, comme le demande le laurier qui t'est cher! Jusqu'ici je n'ai franchi qu'une des cimes du Parnasse 4; aujourd'hui je dois franchir les deux cimes à la fois, pour remplir dignement ma dernière tâche. Entre dans

i. Par la gloire de celui qui met tout ne peut redire , il imite les expression»

en mouvement, Dante entend la gloire de saint Paul, qui, étant descendu du

de Dieu. Bocce avait déjà dit, de Cons- troisième ciel , raconte de lui-même :

philosoph., lib. III : « (Juonium raptus est in l'aradisum

o q„i p,rPe<u4 u.u»du0, ,.«ioa. eubemas. et audivit arcana verte quœ non licet

TottL clique ...or, qui l.mpu. .b «.„ '«»»«"» '°9«'" " » C-OT- , CdP. il. « Pw-

ircjubei, 11.bii1.4ue maneo., d.. cuncu luo.i-ii. ce qu'il fut enlevé jusqu'au Paradis , où

il entendit des mots arcaniques qu'il

Dante s'empare de tout ce qu'il y a de n>est pas permis à l'homme de pronon-

plus beau et de plus riche dans les cer. »

trésors de l'antiquité. 3. L'objet de ses désirs : Dieu , que

S. Le ciel est ici pour l'Empyrée qui l'on désire contempler,

doit le plus participer à la lumière di- 4. Voici le commentaire de Vellutello

Tlne , parce qu'il est le séjour où les sur ce passage : « Le mont Parnasse se

bienheureux ne cessent de jouir de la compose de deux cimes jumelles : l'une

présence de Dieu. Quand le potte ex- s'appelle Hélicon; l'autre,, Cythemn-

po'.e ensuite qu'ils vu des choses qu'il elles sont dédices à Apollon et à Bac-

mon sein, inspire-moi les accents qui t'avaient donné la victoire, quand tu tiras les membres de Marsyas de leur fourreau sanglant. O divine puissance'! permets que je retrace l'image de l'empire bienheureux, telle qu'elle est restée dans ma mémoire! alors je m'avancerai vers ton arbre favori 2, et je me couronnerai de ses feuilles, dont la sublimité du sujet et ta protection m'auront rendu digne.

Mon Père, on cueille rarement le laurier, pour triompher comme César ou comme poète 3 ( ô faute ! ô honte des volontés humaines !) Le désir de quiconque veut s'orner du feuillage du Pénée, doit répandre des Ilots de joie autour de la divinité de Delphes.

Une faible étincelle allume Une grande flamme '; peut-être, après moi, des prières plus éloquentes obtiendront-elles des réponses plus favorables de Cyrrha 5.

La lumière du monde 6 s'élève sur les mortels par des is-

chus, tous deux dieux des polîtes, qui sont couronnés de laurier à cause d'Apollon, et de liene ù cause de Bacclius. » Mais pourquoi Dante invoquerait-il ici Bacchus , qui, s'il est le dieu des poètes, comme le prétend Vellutello, ne peut être que celui des poètes qui s'enivrent? Le P. Vcntiiri croit que, par ces deux cimes. Dante a voulu personnifier la philosophie et la théologie. Cette explication n'est pas assez naturelle. Je pense , avec le P. Lombardi , que , par la première cime , l'auteur entend les muses qu'il a déjà invoquées , et par la seconde cime , Apollon , qu'il invoque dans le moment même. — Marsyas, le satyre vaincu dans le combat de la flûte, et, après sa défaite , écorché vivant par Apollon.

i. O divine puissance! 0 puissance d'Apollon! Il faut ici remarquer la bizarrerie du poète, qui conjure Apollon de l'aider à retracer l'image de l'empire bienheureux du Paradis des chrétiens, a. Le laurier.

s. Daniello cite , au sujet de ce passage , Stace, qui a dit :

« Cui geminœ florent valumque dv-

cumque Cevtatim laurus ;»

et Pétrarque, qui a dit depuis: « Arbor vittoriosae trionfale, onor d'imperatori et di poeti. » — Le Pénée , fleuve , père de Daphné , qui fut changé en laurier.

4. Delille s'est rencontré avec Dante dans ce passage du poème de la Pitié, chant ni •

Naquit d'uno étincelle un grand embrasement.

ts. Cyrrha , ville ' située au pied du mont Parnasse , est ici pour Apollon , à qui elle était dédiée.

e. Le scleil se lève , suivant les saisons , à différents points de l'horizon ; mais quand il parait au point où quatre cercles se réunissent à trois çrqix , c"est-à-dire lorsqu'il entre dans la ligne du Bélier, au mois de mars , et qu'on voit, sur la sphère armillaire, l'horizon, le zodiaque, le cercle équinoxial et le colure des équinoxes s'entrelacer, et former comme trois croix, alors il dispense sa vertu avec une influence plus heureuse, parce que le printemps commence.

sues diverses; mais, quand elle sort par l'issue où quatre cercles se réunissent à trois croix, elle ordonne et dispense sa vertu dans l'univers avec une influence plus heureuse; elle façonne et dispose mieux à sa manière la cire mondaine. Par une de ces portes commençait le jour; de l'autre côté régnait une nuit profonde. Toute une partie de l'hémisphère était déjà blanchie par l'aurore, et l'autre était plongée dans les ténèbres, quand je vis Béatrix tournée à gauche f , contempler attentivement le soleil. Jamais l'aigle n'osa le regarder fixement avec tant d'assurance. Comme un second rayon retourne, par larépercussion, au point lumineux d'où il est parti 2, ainsi qu'un pèlerin qui veut revenir, de même l'action de Béatrix infusée dans mes yeux, frappa ma pensée, et me disposa, contre l'habitude des hommes, à fixer aussi mes regards sur le soleil. Là, Dieu accorde des facultés que nous n'avons pas sur la terre, où tout est proportionné à nos faibles moyens. Mais, cependant, je ne pus longtemps soutenir l'éclat de cet astre : je le vis lancer des étincelles semblables à un fer rougi qu'on retire du feu, et il me parut qu'un autre jour se joignait subitement au premier jour, comme si l'être, qui en a la puissance, avait orné le ciel d'un second soleil 3. Béatrix continuait d'avoir les yeux attachés sur le char

i. Elle si: tourne a gauche pour voir semble les deux points de la coruparai-

le soleil, parce qu'elle est sur un hé- son. L'idée du peregrin che tornar

inisphère opposé an nôtre. Quant à vuole est prise dans les mœurs du

nous , si nous regardons sur notre hé- temps. J'ai entendu dire à beaucoup

inisphère le soleil levant, nous le voyons d'Italiens que ce vers était remarquable

à droite. • par sa concision et sa grâce.

2. Il n'est pas aisé de comprendre ce r>. Vcntiiri prétend que ce qui paraispassage; on peut l'expliquer ainsi : De sait être un soleil dans un autre soleil même qu'un rayon qui est parti du so- était la lune, vue de plus près. Vellulcil.etque la terre réfléchit , retourne tello et le l\ Lombardi pensent que en en haut , parce qu'il a été répercuté cette première lumière qui frappa les par la terre, et en cela ressemble à un yeux du poste était la concavité de la pèlerin qui vient d'achever le voyage sphère du ten qui est interposée entre qu'il avait entrepris , de même l'action la terre et la lune. Le poète croit que de Béatrix, qui regardait le soleil , fut cette sphère du feu existe réellement, répercutée dans les yeux de Dante par puisqu'il dit, vers us dn même chant, son imagination, et il sentit le besoin en parlant des natures qni reçurent de regarder fixement le soleil , contre leur influence du ciel : « L'une porte le l'usage des hommes. feu vers la haie.»

On a quelque peine à rattacher en-

352 LE l'AUAMS, C11ANT I.

éternel •. J'en détournai les miens, pour les reposer sur elle, et en la considérant, je sentis en moi-même que je devenais tel que Glaucus J, quand il goûta cette herbe qui lui fit partager la divinité des dieux marins. Qui pourrait exprimer, par des paroles, cette faculté de transhitmaner3\ Que cet exemple encourage celui à qui la grâce permettra de connaître, par l'expérience, une si haute félicité!

Amour4, qui gouvernes le ciel, tu le sais, si je n'étais pas alors tel que tu m'avais nouvellement créé, toi qui me fortifiais de tes rayons! Quand j'admirai, ô noble objet de désirs éternels, cette révolution des cieux que tu diriges, cette harmonie que tu guides et que tu tempères, il me sembla que la flamme du soleil allumait un immense espace du ciel5 : jamais pluies et fleuves ne formèrent un lac aussi étendu. Tant de splendeur, et la nouveauté du spectacle, excitèrent en moi une avidité pénétrante d'en connaître la cause.

Béatrix lisait en moi, comme moi-même. Avant que je la

». Le char éternel, le soleil. encore, nous disons : iV. S. è morto il

2. Glaucus, fils de Polybe, pêcheur venerdl , » ce qui signifie: «N. S. est

de l'Ile d'Eubée. Cn jour, ayant posé sa mon le vendredi, c'est-à-dire le jour

pêche sur le gazon , pour essuyer ses consacré à Vénus. » II y a Rome l'église

filets, quelques poissons mangèrent des dominicains, sopra IHinerram.

d'une herbe qui leur fit reprendre de la Une des grandes paroisses du Corso,

force, et ils se jetèrent dans la mer. dans cette capitale du monde chrétien,

Glaucus , étonné , goûta de la même est l'église San ljorenzo in Lticina. Il

herbe , et se jeta aussi dans la mer, où y a de bien autres alliances des noms

il devint dieu marin. qui pourraient nepas se trouver enscm»

„, ". .. ble. Du reste, Rome doit au respect

.. M maris exceptum socio dtgnantnr qn,e,|e , mQnllé pouf MS dénon?na.

tionoie.» tions, la conservation d'une foule de

Ovid., Met., hb.VIII,vers9ïi. monuraenls et d'informations utiles

s. Cette expression , Trastimanar, est dans les arts, dans les lettres, et qui fa-

très-belle et très-majestueuse. J'ai osé cilitent les souvenirs historiques. Ce fut

faire présent d'un mot à notre langue. la primitive Église elle-même qui donna

4. Amour, etc. Après une invocation une preuve constante de ce respect

à Apollon, Dante en adresse une à qu'on a vu, Jusqu'à nous, se fortilier,

Dieu 11 sera inutile de remarquer d'âge en âge, sans scandale et sans

dorénavant que le sacré et le profane danger pour la foi.

sont encore ici mêlés à chaque ligne, g. Dante voyait la sphère du feu.

et que Dante ne parait pas même avoir Venturi s'obstine à croire que le poète

soupçonné qu'on pût un Jour le criti- parle de la lune : mais il en parlera

quer à ce sujet. J'adressais, à cet égard, plus bas. L'opinion de Vcllutello et de

quelques observations à un savant ita- Lombardi est préférable à celle de Ven-

llcn qui me répondit : «Aujourd'hui turi. Voyez plus haut, page sut, note s.

LE PARADIS . CHiNT I. 353

priasse de satisfaire mon esprit tout ému, elle ouvrit la bouche, et me dit : « Toi-même, tu te livres à Terreur, avpc tes Causses idées; tu ne vois pis ce que tu verrais, si tu les avais éloignées. Tu n'es plus sur la terre comme tu crois; la foudre, formée dans la région où elle est née, n'a pas été lancée aussi rapidement que tu as été porté, toi, dans cette région.»

Mon premier doute ayant cédé à ce peu de paroles accompagnées d'un gracieux sourire ', je fus bientôt embarrassé dans les rets d'un doute nouveau. « Je me suis reposé de ma grande admiration, dis-je à Béatrix ; maintenant je cherche à comprendre comment je m'élève au-dessus de ces corps si légers 2. » Elle soupira pieusement, porta ses yeux sur moi avec cet air d'une mère tendre qui plaint le délire de son (ils, et parla ainsi : « Toutes les choses ont un ordre entre elles, et cet ordre fait que l'univers ressemble à Dieu. Ici, les hautes créatures voient la marche de l'effort éternel 3, qui est le but où tendent toutes les règles établies.

o Dans cet ordre , les natures s'inclinent par différentes voies. Elles s'éloignent plus ou moins du point où elles commencent; de là elles s'étendent, vers divers ports, dans la grande mer de l'Être, avec un instinct particulier qui ne quitte jamais chacune d'elles

I. Béatrix ne parle presque jamais Le ciiarr.* utissaot qui porte le tonnerre,

Tu parai», td »ocris, lu consules ta terre.

Ossian, trad. de M. Baour-Lormiau.

I II un a nus veut atlri --li i

Ton socmur iliarmant et tu mollet clai

sans sourire ; cependant il arrivera une fuis qu'elle ne sourira plus. Est-ce pour

taire naître de cette opposition un effet En parlant de la lune, le barde s'ex-

imprévu que Dante a tant multiplié prime encore ainsi :

les sourires de Béalrix? Il ne faut pas Fille aimable Ju ciel.

croire un si grand homme capable d'un yue iumu loin de noua, quand l'aube blanchi». (cl artifice. Cependant, il faut se souvenir de sa douleur un jour que , sur la terre, la fille de Foulques ne lui adressa

pastie salut. Voyez Purg., chant xxx, fiante aura trouvé cette image dans

page 529. note' D'ailleurs , Dante re- d'autres auteur» anciens.

présente toujours Béatrix comme un 2 l/air et le feu. Nouvelle preuve en

soleil qui l'éclairé dans sa marche; et faveur de l'opinion de Vellulello et de

oans le poème de Cartuon nous lisons : I.ombardi. I.e poète ne comprend pa»

comment son corps, matériel et pesant,

t . . , , . , ,. peut s'élever au-dessus de l'air et du

Roi du inuii.l,- et <lu Jour, EUCITK r au* cfaevroj .1 -T. *"

feu.

où.nd le. ,e.ts (ont rouler , au milieu .1 » . . i . n , -. l.Vffnrt éternel, Dieu.

354 LE PARADIS, CHANï I.

« L'une porte le feu vers la lune r , l'autre est un moteur qui agit sur le cœur des humains ; celle-ci resserre et rassemble la terre en elle-même; celle-là bande l'arc qui lance la flèche non-seulement sur les créatures qui n'ont pas d'intelligence, mais encore sur celles qui ont le don de la raison et de l'amour. La Providence, qui l'ordonne ainsi, fait sans cesse briller sa lumière dans le ciel au-dessous duquel est le mobile qui a le plus de rapidité 2. C'est là que nous porte en ce moment cette même vertu de l'arc qui, en suivant des lois qu'on ne voit jamais s'interrompre, dirige sur un BUT de joie céleste^ tout ce qu'il décoche.

« 11 est vrai que les choses terrestres et matérrelles-.sont quelquefois sourdes à la voix de cette puissance : alors la créature qui a la faculté de ne pas toujours obéir, abandonne la juste direction; elle est entraînée loin du vrai chemin par l'attrait d'un faux plaisir, comme la foudre est précipitée vers la terre par le choc d'un nuage.

« Tu ne dois pas plus être étonné d'avoir été élevé si haut, que tu ne le serais de voir un fleuve descendre d'une montagne; et ce serait un prodige, si, n'éprouvant aucun obstacle, tu t'étais arrêté plus bas, comme il y aurait lieu d'être surpris, si la flamme restait attachée à la terre. »

Béatrix se tut, et reporta ses yeux vers le ciel.

i. Par la première nature que décrit la nature qui donne la vie aux animaux

Dante, il entend celle qui porte le feu et aux plantes.

sous la concavité du ciel sublunaire ; 2. Ce ciel est l'Empyrée', au-dessous

parla seconde , il entend celle qui di- duquel est le premier mobile. Dante

rige les inclinations des hommes ; par la parle ici de l'Empyrée, dont il ne sera

troisième; il entend celle qui détermine d'ailleurs question que dans les derniers

les lois delà gravité. Ici, son expression chants. Avant de se faire une idéepré-

a du rapport avec ce passage d'Ovide : cise de la marche de Dante dans cette

. . . . „ 7„,„„„/„„, „ Canticd, il faut comprimer toutes ses

Densior lus telhts , elementaque . f. , v , . .

«mnâin trnrit impatiences , s'avancer vers le but que

Vietnam 11 axa l'mi^ir v/>ni atbinHr. «i h» i/. -.,„„

Et pressa est gravitate sui

l'auteur veut atteindre , et de là reve-

lÈëtam liv ]'s"'o) mr sur ses pas, pour ne juger qu'après

Ijubuff/t., 11Ï..J, *. -.; avoir entcndu toutc |a défense du

Enfin, par la quatrième, Dante entend poète.

CHANT II

0 vous, qui, montés sur une frêle barque, suivez la marche de mon vaisseau , désireux d'écouter mes chants, retournez revoir vos rivages, ne vous avancez pas en pleine mer, de peur de vous égarer si vous perdiez mes traces ! On n'a jamais parcouru les ondes où je m'engage aujourd'hui. Minerve enfle mes voiles, Apollon me conduit, et les neuf Muses me signalent les Ourses '. Mais vous, en petit nombre, qui, de bonne heure, avez levé la tête vers le pain des Anges 2, nourriture dont on vit ici, sans pouvoir s'en rassasier, hasardez-vous dans le haut océan, et suivez le sillon que trace mon vaisseau sur l'onde, qui reprend d'elle-même son niveau. Les héros qui passèrent à Colchos 3, quand ils virent Jason devenu laboureur, ne furent pas émerveillés autant que vous devez l'être.

Le désir continuel et créé avec nous de voir le royaume dont Dieu est la forme 4, nous emportait avec cette vélocité que vous voyez au ciel lui-même. Béatrix avait les yeux fixés en haut; je regardais en elle, et peut-être, en aussi peu de temps qu'un trait est placé, se détache de la noix et vole, je me vis arrivé dans un lieu où je fus frappé d'un spectacle admi-

i. La giande et la petite Ourse que dont il avait été vainqueur, ne furent

l'on voit au nord dans le ciel. pas émerveillés autant que vous allez

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