‹ La Divine comédie de Dante Alighiéri (volume 5)Chapitre 40 sur 64 · Le pain des Anges, la contempla- l'être · texte numérisé non relu

Le pain des Anges, la contempla- l'être

lion de Dieu. 4. Le royaume de la céleste béati-

s. Les Argonautes , quand ils virent tude. Métaphore prise de l'opération

lue Jason domptait les taureaux qui d'un sculpteur qui coule ses premiers

étaient la flamme parle naseau, et plâtres dans un moule. Dieu, selon

ju'll les forçait ensuite à labourer la Dante, est la forme où est coulé le ciel

erre , où il semait des dents du dragon erapyrée.

rable. Celle-ci, à qui aucune de mes pensées ne pouvait être cachée, se tournant vers moi, aussi gracieuse que belle, « Élève, me dit-elle, ton âme reconnaissante jusqu'à Dieu, qui nous a transportés dans la première étoile '. »

Il me paraissait qu'elle était recouverte d'un nuage lucide, épais, solide et poli, semblable à un diamant qu'aurait frappé le soleil. La perle éternelle nous reçut, comme l'eau reçoit un rayon de lumière qui ne trouble pas sa surface. On s'étonnera que je n'aie pas éprouvé ce contact qu'éprouve un corps qui choque un autre corps, et l'on en désirera plus vivemenl connaître cette essence où l'on voit comment notre nature s'unit à Dieu. Là, ce que nous croyons par la foi, sans démonstration, nous sera révélé d'une manière aussi parfaite, que la vérité première connue de tous les hommes 2. « 0 mon divin guide, répondis-je, aussi reconnaissant que je puis l'être, je rends grâce à celui qui, du monde mortel, m'a transporte dans ce séjour! mais, dites-moi maintenant quelles sont les taches de ce corps, qui là-bas font inventer des fables sut Caïn3. » Béatrix sourit, et parla ainsi: « La flèche aiguë de l'étonnement ne doit pas te frapper, si l'homme, chez qui la de; des sens ne peut ouvrir, est exposé, à se tromper : lorsque les sens conduisent seuls la raison, elle n'a que de courtes ailes Mais toi, dis-moi, de toi-même, que penses-tu ? » Je répondis: « La différence que j'aperçois ici me semble devoir être attri buée à des corps clairs et obscurs.»— «Non, répliqua-t-elle, ti verras combien ton sentiment est faux, si tu écoutes l'argu ment que je lui opposerai. La huitième sphère** a plusieurs étoiles de splendeur et de grandeur différentes. Si des corps

t. La première étoile, la lune, qu'il 4. Le ciel des étoiles fixes. Danle s*

appelle plus bas la perle éternelle. livre à des explications conformes a 1

2. La connaissance de Dieu. physique de son temps. Quelques-mie]

s. Du temps de Dante , le peuple de ces explications sont judicieuses

croyait que les taches qu'on voit dans d'aulres, plus obscures, ne peuvent pal

la lune n'étaient autre chose que Caïn, satisfaire nos physiciens actuels. E

chargé d'un fagot d'épines. Le poêle a général, Danle s'éloigne Ici un pe

déjà rappelé la même superstition dans trop de son sujet; mais il ne tarder'

le xx» chant de \' Enfer, page un, pas à redevenir poète, et poi'te sil

Itqte G, hlime.

lairs ou obscurs étaient la cause de ce que tu as remarqué, lors il n'y aurait qu'une seule et même vertu distribuée dans outes ces étoiles. Or, des vertus diverses sont le fruit de rineipes créateurs; et, selon toi, tous ces principes se réuiraient à un seul. Si des corps clairs produisaient ces taches runes dont tu demandes la cause, alors, ou la planète de la une serait privée de sa matière en quelques points de son xtension, ou, devenue semblable au corps de l'animal, qui. ffre d'abord la partie grasse, et ensuite les chairs, elle chanerait ainsi de couleur dans quelque portion de son étendue. Éditeurs, si de> corps clairs étaient la cause de ces taches, n en aurait la preuve à chaque éclipse de soleil, parce que la jmière passerait à travers la lune, comme à travers tous les orps diaphanes, ce qui n'arrive pas. Il faut réfuter l'autre rgument, et si je parviens à le détruire, tu conviendras que in opinion n'aura pas été juste. Si la lumière ne traverse pas î lune, c'est qu'il y a un point où un corps dense ne la laisse lus passer, et alors le rayon revient sur lui-même, comme la ouleur revient par un verre auquel adhère le plomb caché '. 'u diras que te rayon paraît ici plus obscur qu'en d'autres arties, parce qu'il est réfléchi à une plus grande profondeur; îais l'expérience, qui vous est si utile dans vos arts, peut te élivrer de cette instance -. Prends trois miroirs, places-en eux à une même distance; mets au milieu le troisième, que i tiendras plus éloigné, fixe la vue entre les deux premiers, •urne directement vers eux; fais apporter derrière toi un îmbeau, dont la lumière, répercutt e par les trois miroirs, lisse revenir à toi; tu reconnaîtras, alors, que le miroir te us éloigné brille d'une lumière moins étendue, mais aussi vive lie celle des miroirs qui sont plus près de toi. Maintenant, 4nsi que des lieux que couvre la neige, sont privés de sa ajuleur et de sa froidure, à la première influence de la cha-

Voyez Enfer, chant xxur, p. 101. pelle instance la réplique qui est faite e *• contre la réponse donnée à l'objec-

rtans le langage de l'école, on ap- tlon.

leur, de même ton esprit, dégagé de sa fausse pensée, recevra un tel éclat, qu'il scintillera de la plus vive lumière.

« Dans le ciel de la divine paix » se meut un corps qui en sa vertu renferme tout son être : le ciel qui suit répartit cet être entre diverses essences, qu'il distingue et qu'il contient. Les cieux inférieurs combinent différemment leurs distinctions particulières, et les dirigent vers le but qui leur est marqué. Ces organes du monde, ainsi que tu le vois, descendent, de degré en degré, devenant successivement des effets et des causes. Observe bien comme je vais droit à la vérité que tu désires; tu sauras ensuite toi-même ne pas perdre le gué. Il convient que tu doives aux moteurs bienheureux la connaissance du mouvement et de la vertu des sphères, comme on doit au forgeron la connaissance de l'art du marteau.

« Le huitième ciel, que tant de feux rendent si beau, prend l'image que lui imprime la haute intelligence qui décide son mouvement. L'âme, dans votre poussière, se répand en différents membres et en diverses puissances 2 : c'est ainsi que cette

i. Dans l'Empyréc. Dante compte dix sphères : la Lune, Mercure, Vénus, le Soleil, Mars, Jupiter, Saturne, la huitième sphère où sont les étoiles fixes, le premier Mobile , enfin l'Empyrée. 11 faut admettre, avec cet auteur, de tels principes si l'on veut parvenir à le bien entendre.— Semeut un corps, le premier Mobile. — Le ciel qui suit , la huitième sphère.— Les cieux inférieurs sont ceux d2 Saturne, de Jupiter, de Mars, du Soleil, de Vénus, de Mercure et de ia Lune.

2. L'âme, dans votre poussière, se répand en différents membres et en diverses puissances. Milton fait dire à Adam , liv. X : « 11 serait de l'équité et de la justice de me rendre à ma poussière, moi qui suis prêt à tout résigner, moi qui ne désire que de rendre ce que j'ai reçu.» Le poète anglais a voulu aussi expliquer les taches de la lune. Il 's'exprime ainsi dans son ve livre :

Of cléments,

The grosser feeds the purer, carlh tlie sea ,1, fcârlh and the sea Icca air, tlie air thosc lires F.lhcrcal , and as lowcsl fins Ihe moon ;

Whcncc, in her visage round thosc spots , unpurg'd Vapors'; not yct into her substance lurn'd. Nor dolh the moon ne nourishment exhale Front her moist continent to higer orbs. The son, that light imparts to ail, receives Kroin ail his alimentai recompense In humid exhalations, and at even Sups with the Océan

Voici la traduction littérale de ci passage :

«Des éléments, le plus grossier nourri le plus pur : la terre nourrit la mer; 1 terre et la mer nourrissent l'air; l'air, ce feux éthérés, et d'abord la lune comrn placée le plus "bas; de là, dans son visag arrondi, ces taches, vapeurs non put gées , non encore changées en sa subs tance. La lune ne manque pas non plu d'exhaler, de son moite continent, d la nourriture aux globes plus élevé Le soleil, qui communique à tous la 11 mière , reçoit de tous sa récoihpeni alimentaire en exhalaisons humides !

le soir soupe avec l'Océan. •> ( Discou; de Raphaël à Adam , liv. V, vers iix suiv.)

Si les Anglais reprochent à Dan

intelligence suprême développe sa bonté multipliée envers les étoiles, en se tournant sur son unité. Chaque vertu forme une ligne particulière avec le corps précieux qui lui fait opérer ses effets, comme la vie, en vous, se lie à votre âme. Cette vertu mêlée à chaque étoile, par la nature joyeuse dont elle dérive, brille comme la joie dans un œil satisfait. De cette vertu, et non de corps denses ou clairs, provient ce qui te. paraît différent entre une lumière et une autre nature de lumière. Cette vertu est le principe formel qui , d'accord avec sa puissance, produit ces corps remarquables par leur clarté et leur densité. »

(Tavoir employé le mot soupes (Purçi., chant xxxur. p. :.«, not. 2), voilà Milton qui «lit , pins de trois siècles après : « Le soleil soupe le soir avec l'Océan. » lt ne faut pas critiquer légèrement les grands génies d'nne autre langue, sans avoir avoir bien lu les grands génies de la sienne.

Dans le livre VIII, Milton parle encore des taches de la lune, et dit :

Her spots thou sccst

As cluu.ls , an.l clouds m-iy r.,in , and nia pro.lncc

«Tu vois ces taches comme des nuages ; ces nuages peuvent être de la pluie, et cette pluie produire des fruits dans son sol amolli , pour la nourriture

de ceux qui l'ont en partage. « Liv. vin. vers 143 et suiv.

Les deux poètes ont suivi une marche toute différente. L'explication donnée par Dante, quoique obscure, montre un esprit exercé a l'étude de la plus haute métaphysique, et se rattache en même temps à la théologie. L'explication générale de Milton est purement physique : chez lui, celle du huitième livre a quelque chose de plus satisfaisant que celle du cinquième.

Dans ce besoin impérieux de parler de la lune et de ses taches , ne peut-on pas reconnaître que Milton était rempli du poëme rie Dante , et que le poète anglais cherchait à lutter contre le poêle florentin?

CHANT III

Ce soleil qui nie brilla d'abord d'un si violent amour ' m'avait découvert, par ses explications, le doux aspect de hautes vérités, et, voulant me confesser vaincu et persuadé, je levai la tête, pour lui parler ; mais il s'offrit à moi un spectacle qui m'occupa tout entier, et je ne pensai plus à ce que j'allais avouer. Si nous regardons à travers des cristaux nets et transparents, si nous considérons une source nitide et tranquille, dont il soit facile d'apercevoir le fond, les images reviennent à nos yeux, a'faiblies comme l'éclat d'une perle qui orne un front éblouissant de blancheur; telles je vis des figures qui paraissaient prêtes à parler. Je tombai alors dans l'erreur contraire à celle qui alluma l'amour entre l'homme et une fontaine 2. Aussitôt que je les eus remarquées, pensant qu'elles étaient réfléchies par un corps lucide, je tournai les yeux, pour savoir de qui je rencontrais l'image ; mais ne voyant rien, je les ramenai sur mon guide fidèle, qui souriait, et dont les regards étincelaient d'une splendeur sacrée.

« Ne t'étonne pas, dit Béatrix, de me voir sourire de ton

i. Béatrix, cette femme qui, sur la terre , alluma dans mon cœur une si vive passion; ou . s'il entend parler de la théologie, comme le soutiennent tant de commentateurs , cette science à laquelle je m'étais livré sur la terre avec tant d'enthousiasme. Je me rappelle Ici que Talleyrand, la dernière fois qu'il parla dans l'Institut , ramena plusieurs fois son discours sur les charmes, l'attrait irrésistible des études théologiques: il alla Jusqu'à dire que si, dans ta longue carrière, il avait eu occasion

de développer la justesse de son esprit' c'était aux premières leçons de théologie reçues au séminaire de Saint-Sulpice, qu'il devait cet avantage.

2. Narcisse regardait comme une figure différente ce qui n'était que sa propre figure. Dante croyait que les figures des bienheureux qu'il aperceveit n'étaient que l'image de quelques âmes placées derrière lui, tandis que ces figures étaient de véritables substances placées devant ses yeux.

jugement puéril : tu n'as pas encore appuyé le pied sur la vérité, et comme il t'arrive souvent, tu as trébuché.

« Les figures que tu aperçois sont de vraies substances, reléguées ici pour n'avoir gardé leurs vœux qu'imparfaitement. Parle avec elles, écoute-les, et apprends que la lumière véritable ' qui les éclaire ne les laisse jamais s'égarer. » Et moi je m'adressai à l'ombre qui semblait la plus disposée à converser, et, du ton d'un homme que trop de précipitation embarrasse, je parlai en ces termes : « 0 toi, splendeur si heureusement née, qui dois aux rayons de la vie éternelle une douceur qu'on ne sait pas comprendre, quand on ne l'a pas sentie, daigne m'être gracieuse et me dire ton nom et le sort de tes compagnes.» Et elle, empressée et avec les yeux riants : « Tsotre charité ne ferme jamais la porte à une volonté raisonnable. Elle est conforme à celle de Dieu, qui veut que toute sa cour lui ressemble. Dans le monde, je fus sœur religieuse. Si tu m'examines bien, je ne te serai pas inconnue, quoique devenue plus belle : tu reconnaîtras que je suis Piccarda 2. J'ai été placée ici avec ces autres bienheureux, dont je partage la félicité dans la sphère la plus tardive3. Nos affections, enflammées seulement d'une charité et d'un amour qu'elles doivent à l'Esprit-Saint, sont joyeuses du séjour que Dieu leur a destiné, et ce sort, qui paraît si peu favorable, nous est réservé à cause de notre négligence, et parce que nous avons manqué en partie à nos vœux4. »

Je dis à Piccarda : « Sur vos figures admirables brille je ne sais quoi de divin, qui les change au premier abord. Ma mé-

i. Dieu. A mesure qu'on avancera ses vœux dans un couvent ; mais Messer dans la lecture de cette partie du poë- Corso la fit sortir par force de son moine, on entendra plus facilement ces di- nastère pour la rendre à la vie sécuverses périphrases. liére.

2. Florentine , sœur de Forèse et de s. La lune. Dante suit le système de

Messer Corso, de l'illustre famille des Ptolémée, et suppose que la lune , qui

lionati. 11 a déjà été parlé de Forèse au est voisine de la terre , est la sphère

chant xxiii du Purgatoire , page qui opère sa révolution autour de notre

291. C'est à tort que plusieurs corn- globe avec le plus de lenteur,

tuentateurs ont dit que Piccarda était *. Comme Daoteestici théologien ans.

sœur de François d'Accorso , célèbre tère ! Jurisconsulte. Cette Florentine avait fait

moire ne m'a pas servi promptement, mais ce que tu m'annonces vient m' aider, et il m'est plus aisé de te reconnaître. Réponds, toi et les ombres qui jouissent d'un tel bonheur, désirez-vous un lieu plus haut, pour mieux contempler Dieu, et posséder encore plus son amour? » D'abord elle sourit, ainsi que ses compagnes; ensuite, aussi joyeuse que dans le premier feu de l'amour divin, elle répondit : ci Frère, une vertu de charité guide notre volonté; elle ne lui laisse désirer que ce que nous avons, et ne nous donne aucune autre soif. Si nous voulions être plus élevées, nos désirs ne seraient plus en harmonie avec Dieu qui nous voit ici ; de tels désirs ne sont pas admis dans les sphères célestes. Remarque bien leur nature : il faut parmi nous vivre dans l'esprit de charité. La forme de l'être bienheureux demande que nous nous soumettions à la puissance divine, et toutes nos volontés ici n'en font qu'une. Dans ce royaume, nous sommes rangées de degré en degré ; ce qui plaît au roi qui nous gouverne, plaît à tout le royaume : sa volonté est notre paix ; elle est cette mer où se rend tout ce que sa grandeur a 'créé, et tout ce que fait la nature. » Je vis bientôt clairement que tout lieu dans le ciel était Paradis, quoique la grâce du bien suprême y laissât différemment pleuvoir ses faveurs.

On refuse le mets dont on est rassasié; on demande une seconde fois de celui qui plaît encore : ainsi mes gestes et mes paroles firent comprendre à Celle-ci que j'étais satisfait de sa réponse, mais que je voulais apprendre quelle fut la toile qu'elle n'avait pas achevé de tisser. Elle daigna me dire: « Une vie sainte, un mérite éminent enciellent plus haut que nous, une femme qui, sur votre terre ', a prescrit ce vêtement et ce voile qu'on adopte pour règle quand on a juré de ne plus veiller et de ne plus dormir, jusqu'à la mort, qu'auprès

i. Sainte Claire, sœur de saint Fran- lent pour me rapprocher à'inciela ,

Ouïs et fondatrice des Franciscaines, or- expression délicieuse restée dans i»

dre dans lequel Piccarda avait fait ses langue italienne. voeiiï. J'ai os<! n.isarder !e n;nl enciel-

de l'époux qui forme et accepte tous les vœux dictés par sa charité. Encore jeune, j'ai fui le monde pour suivre cette femme, je me suis enfermée sous son habit, et j'ai promis d'observer ses statuts; mais des hommes, plus accoutumés au mal qu'au bien, m'ont enlevée de ma douce clôture-, et quelle fut ensuite ma vie ? Dieu seul le sait. Cette autre splendeur qui se montre à ma droite, et qui brille de toute la lumière de notre sphère, a été, comme moi, une religieuse, et on lui a ôté de la tête l'ombre du voile sacré; mais quand elle fut rendue au monde contre tout bon usage, et contre sa volonté, elle ne quitta jamais le voile dans son cœur. Tu vois en elle, la grande Constance ' qui , du second orgueil de Souabe , engendra le troisième, et la dernière puissance de cette race. » Piccarda cessa de parler, et commença à chanter:/*? vous salue, Marie. En chantant elle disparut, comme un corps grave qui tombe dans une eau profonde. Mes yeux la suivirent quelque temps, et après l'avoir perdue, se tournant vers le signe d'un désir plus louable, ils se dirigèrent sur Béatrix. Celle-ci jeta de tels éclairs, que ma vue ne put les supporter, et cela me fit retarder une demande.

t. Cette princesse, fille de Roger, roi Muratori, dans ses Annales, tom. X,

de la Pouille et de la Sicile, était reli- page iss, prétend que Constance cons-

gieuse à Palerrue ; mais on lui avait fait pira contre son mari et le fil empoison-

quitter son couvent pour la marier à ner le îs septembre 1197. Comment

Henri VI (et non pas Henri V, comme Dante, qui écrivait en «soo, suivant ce

l'ont dit Venturi et Lorabardi), empe- qu'il fait entendre lui-même, et qui,

reur et fils de Frédéric lîarberousse, de dans le fait, a dû écrire sa troisième

la maison de Souabe. Elle mit au monde Cantica après ism, a-t-il ignoré un tel

Frédéric, qui fut le troisième et le der- fait, et a-t-il placé cette femme dans

nier empereur de cette famille. son Paradis ' Uante re serait-il trompé?

CHANT IV

Tel qu'un homme placé entre deux mets ' qui excitent également l'appétit, et libre de choisir celui qui lui plaira, mourra souvent de faim avant d'avoir porté un de ces mets sous la dent; tel qu'on voit un agneau, entre deux féroces loups en arrêt, ne savoir lequel des deux il doit le plus redouter ; tel qu'on voit un chien incertain entre deux daines, de même, je gardais le silence entre deux doutes qui me tourmentaient, et je ne puis me blâmer ni m'en louer, parce qu'un tel état devenait nécessaire; je me taisais, mais mon désir était peint sur ma figure, et elle interrogeait plus vivement que je n'aurais pu le faire avec des paroles. Béatrix agit comme Daniel 3, lorsqu'il apaisa la colère qui avait rendu Nabuchodonosor injuste et méchant : « Je vois bien, me dit-elle, que tu es occupé de désirs différenis, et qu'une inquiétude fatigante t'oppresse et t'agite; tu argumentes ainsi : Si la bonne volonté dure toujours, par quelle raison la violence des autres me fait-elle perdre le fruit de mes mérites ? Ton autre doute vient de ce que tu crois, suivant la sentence de Platon 3, que les âmes

i.Biagioli lit dans le texte duo brame, 2. Nabucbodonosor, roi d'Assyrie, duo dame; Lombardietla Bartoliniana avait eu un songe dont il ne se souvelisent due brame, due dame. J'ai suivi nait plus. Il fit assembler tous les decette dernière version. Dn critique m'a vins de la Chaldée, et leur ordonna de reproché un jour d'avoir traduit un l'expliquer. Ceux-ci n'ayant pu le faire , cane, intra due dame, par un chien en- il les condamna tous à mort. Mais Datre deux biches, réassurant qu'il fallait niel expliqua le songe du roi , et il obdire: «Un chien entre deux dames. » tint qu'on révoquât la sentence portée Dante , qui riait peu , aurait eu de la contre ces derniers. {Dan. , chap. 2. ) peine à garder sa gravité, en entendant s. Voyez le Timée de Platon et ce un pareil reproche. Je dois être per- que saint Augustin, en parlant des opisuadé qu'on a voulu faire une plaisan- nions de ce philosophe, rapporte , à cet terie. Aujourd'hui, je crois qu'on peut égard, dans le livre XIII de 13 Cité de employer le mot daine, puisqu'il est Dieu, ebap. 19. dans le Dictionnaire de l'Académie.

retournent vers les étoiles. Voilà les questions qui te tiennent en suspens : je traiterai d'abord celle qui paraît avoir le plus de fiel '. Celui des Séraphins qui participe le plus à la lumière de Dieu, Moïse, Samuel, Jean, celui que tu voudras2, je ne dis pas Marie, n'ont pas, dans un autre ciel, des places différentes de celles des esprits qui t'ont apparu, et ne doivent pas y demeurer plus ou moins d'années. Tous embellissent le premier ciel, et leur douce vie n'a de différence que dans le bonheur de participer plus ou moins à l'esprit éternel. Ces ombres se sont montrées ici, non parce que cette sphère leur est spécialement réservée, mais pour te faire voir quelle est celle de toutes les sphères du ciel, qui est la moins élevée. Il faut parler ainsi à votre esprit : il ne comprend que ce que Ton soumet à ses sens; c'est pourquoi l'Écriture condescend à vos facultés, en entendant toute autre chose, quand elle donne à Dieu des pieds et des mains. C'est ainsi que la sainte Église représente aussi avec une figure humaine, Gabriel, Michel, et l'ange qui guérit Tobie 3. Ce qu'on voit ici n'a aucun rapport avec ce que Timée pense des âmes 4. limée sent comme il parle. Il dit que chaque âme retourne à son étoile; il croit que l'âme en est provenue, quand la nature lui a donné la forme d'un corps. Peut-être Timée exprime-t-il mal son opinion, et ne faut-il pas la combattre avec dérision. S'il entend que les bonnes ou les mauvaises influences retournent aux étoiles comme à leur principe, son arc touche le but en quelques vérités. Cette opinion mal interprétée a troublé presque tout le monde qui a couru adorer Jupiter, Mars et Mercure 5.

i. La seconde queslion.relative à l'o- 4. Timée est ici pour l'iaton. Le dia-

pinion de PlatoVi. logue dans lequel Platon traite cette

2. Ou saint Jean Baptiste, ou saint matière est intitulé Timée. Jean l'Évangéliste. Timée était un philosophe né à Lors. L'archange Gabriel se présenta cres en Italie, sous la figure d'un pèlerin devant le fils s.? Qui a couru se livrer aux erreurs du vieux Tobie, et lui enseigna corn- de l'idolâtrie- Dante explique bien ici ment celui-ci, qui était devenu aveugle, qu'il ne donne aux planètes le nom de pourrait recouvrer la vue. Voyez Tobie, ces dieux que pour se conformer à l'uchap. s et 8. sage universel reçu avant même qu'on

« L'autre doute l qui t'agite présente moins de venin, et sa malignité ne pourrait t'éloigner de moi. Que notre justice paraisse injuste aux yeux des mortels , c'est un argument que la foi peut hasarder, et ce n'est pas une coupable hérésie. Votre entendement pénètre jusqu'à cette vérité; aussi je vais te satisfaire comme tu désires.

« S'il n'y a de véritable violence, que lorsque la victime qui souffre n'accorde rien à celui qui veut la contraindre, ces âmes ne peuvent apporter aucune excuse. On ne peut éteindre une volonté qui résiste; elle est comme le feu, qui revient toujours à sa tendance naturelle, quoique mille fois on lui oppose des obstacles. Si la volonté se plie, ou peu, ou beaucoup, alors il semble qu'on cède à la violence. Ces ombres ont agi ainsi 2, puisqu'elles pouvaient retourner à leur sainte demeure. Suppose leur volonté entière, comme celle de Laurent sur le gril 3, ou celle de Mucius <, si sévère pour sa propre main, cette volonté les aurait ramenées, au premier moment de liberté, dans le chemin dont elles avaient été détournées; mais un caractère aussi énergique est trop rare. Cette explication, si tu l'as bien saisie, doit détruire l'argument qui t'aurait encore plusieurs fois embarrassé.

« Un autre doute vient à la traverse dans ton esprit, et tu n'en pourrais sortir seul sans une grande fatigue. Je t'ai appris qu'une âme bienheureuse ne pouvait mentir, parce qu'elle était sans cesse auprès de la source de la vérité. Constance a conservé l'affection du voile 5, suivant ce que t'a dit Piccarda : il semble donc qu'il y ait entre elle et moi quelque contra-

suivît le système de rtolémée , usage Urere quant potuit contempto Mutins

reçu encore aujourd'hui en ce qui con- igné

cerne les planètes. Hanc spectare manum Porsena, non

i. Cet autre doute, l'ar quelle raison, potuit.

si la bonne volonté règne toujours, la *

violence des autres me fait elle perdre La chronologie demandait que la ci-

le fruit de mes mérites? tation du courage de Scaevola précédât

2. Ont cédé plus ou moins à la vio- celle de la patience de saint Laurent,

lence. s. La même Constance dont il a été

s. Saint Laurent, martyrisé en «ss. question à la fin du chant précédent ,

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