Mucius Scaevola. Martial dit : page :,fi3, note
diction. Frère, il arrive souvent que pour fuir un danger, ou t'ait, contre son gré, ce qu'il ne convient pas de faire, comme Alcméon « qui, sur la prière de son père, tua sa propre mère, et se montra coupable d'impiété pour ne pas méconnaître la piété. A cet égard, je veux que tu observes que la volonté, si elle se prête à la force, ne permet plus d'excuser les offenses. La volonté, quand elle est absolue, ne consent pas au mal ; elle y consent, en tant qu'elle craint que, par des résistances, elle ne se prépare plus d'affliction. Quand Piccarda s'exprime comme elle l'a fait, elle entend parler de la volonté absolue 2, et moi j'entends parler de l'autre volonté. Toutes deux nous disons vrai. »
Tels furent les flots du fleuve sacré, qui jaillirent delà source d'où émane toute vérité; et ainsi mes doutes furent éclaircis.
«O amante du premier amant3! ô divinité, m'écriai-je, dont l'éloquence m'inonde et me remplit du plus ardent enthousiasme, mon affection n'est pas si profonde qu'elle puisse te rendre grâce pour grâce ! Que celui qui voit et qui peut, réponde pour moi ! Je vois bien que notre entendement n'est jamais satisfait, s'il n'est éclairé de la vérité, hors de laquelle ne s'étend aucune autre vérité : lorsqu'il l'a découverte, et qu'il peut l'atteindre, il s'y retranche, comme la bête sauvage dans S4>n antre; sinon chacun de nos désirs serait inutile. Mais ensuite le doute naît au pied de la vérité, comme une
ispèce de rejeton, et naturellement ils s'élèvent tous deux, en
sntrelaçant leurs rameaux.
Alcméon, fils d'Amphiaraiïs et d'É- JVatus, erit facto pins et scelcratus
liphyle. Polynice ayant découvert, par t'odem.
l'indiscrétion d'Ériphyle , le lien où se {Mèt.,\\v. IX,s. il.)
Irouvait caché Amphiarans, son époux, Le mot npietato surtout , qui est au-
|(iii ne voulait pas aller à la guerre de Jourd nui une expression usée dans les
l'hèbes, Amphiaraiis ordonna à son fils opéras italiens , était une belle création
ilcni'oii de luer sa mère. Alcméon du temps de Dante. Voyez, sur Amphia-
lsa commettre ce crime pour ne pas raiis. Enfer, chant xiv, pag. 38, note />;
lésobéir à son père. Les trois vers de même Cantica, chant xx , p. 86, not. s.
liante sont plus beaux que ceux d'Ovide 2- Tout ce passage est discuté comme
|ir le même sujet : sur les bancs de l'école.
. ■ Ultusqve par ente parentem s. rte Dieu.
« Vos réponses m'invitent et m'encouragent à vous demander avec respect, ô femme bienheureuse ! l'explication d'une autre vérité qui n'est pas encore bien éclaircie pour moi. Je veux savoir si l'homme qui a rompu ses vœux, peut vous sa- ■ tisfaire par de bonnes actions qui fassent incliner votre balance. » Béatrix jeta sur moi des regards pleins d'étincelles d'amour et de divinité. Ma vertu vaincue lui céda, et je restai confondu, en baissant humblement les yeux '.
i. Le morceau qui termine cet alinéa offrait de grandes difficultés. En France, on ne me trouvera peut-être pas assez clair : les Italiens seront plus indulgents. On me répondra que ce n'est pas pour eux que j'ai entrepris une tâche aussi difficile que celle d'une traduction de Dante- Je me bornerai à
rapporter un mot assez singulier d'une dame de Florence qui, ayant appris que je traduisais Dante, me dit un jour :
« Vous êtes bien hardi de traduire notre poète! Savez-vous que nous ne l'entendons pas toujours? Ainsi, quelquefois , prenez garde qu'on ne vous comprenne.»
CHANT V
« Si les éclairs qui s'échappent de mes regards t'éblouissent plus dans le ciel ', au milieu du saint amour de Dieu, qu'ils ne t' éblouissaient sur la terre; si j'abaisse la puissance de tes yeux, ne t'étonne pas ; cet effet provient de ce que ma vue est plus parfaite : elle apprend bien, et ne meut plus le pied que dans ce qu'elle a bien appris. Je remarque cependant que l'éternelle lumière dont la seule vue embrase d'amour, brille maintenant dans ton intelligence. Si quelque chose l'égaré , ce n'est qu'un vestige mal connu de cette même lumière. Tu désires savoir si par des actions estimables on peut faire absoudre une âme qui a manqué à ses vœux. » Béatrix me dit ces paroles par lesquelles je commence ce chant, et sans s'interrompre, elle continua en ces termes les saintes explications : « Le plus grand don que Dieu ait accordé, en vous créant, le don qu'il apprécie le plus, et qui est le plus conforme à sa bienfaisance, est la liberté de la volonté. Ce bienfait a été accordé seulement à toutes les créatures intelligentes. Si tu admets ce point, tu sentiras la haute valeur d'un vœu, quand il a été formé par ton consentement et le consentement de Dieu. Quand un pacte est arrêté entre Dieu et l'homme, celui-ci, par cet acte, se fait victime de ce tré- Isor2, qui est tel que je le dis : donc, que peut-on rendre en [échange ? Si tu crois qu'il t'est permis de racheter par une œuvre
i. Ici, le pot'tc fait encore allusion à l'attrait irrésistible a toujours pinson
l'amour qu'il a éprouve sur la terre moins dominé son esprit.
pour sa Béatrix. ou, si on le veut , 2. Ce trésor est la liberté de la vq-
ji l'étude de la théologie, à laquelle il lonté. Voyez, même page, ligne iç.
l 'ét-iit livré depuis longtemps, et dont
sainte le don auquel tu as renoncé, tu ressembles à celui qui voudrait faire un bon usage d'un bien mal acquis1 . Te voilà désormais convaincu du point principal : cependantlasainte Église donne à cet égard des dispenses qui paraissent en contradiction avec ce que je viens de te révéler. Il faut encore rester quelque temps à table : tu as pris une nourriture lourde qu'il convient de précipiter par quelque secours. Ouvre ton esprit à ce que je te dévoile, et renferme-le dans ta mémoire : il n'y a pas de science quand on entend sans retenir. Deux choses distinctes forment l'essence d'un vœu: la première est l'objet du sacrifice, la seconde est le pacte en lui-même. On n'est jamais relevé de ce pacte, si l'on n'y est pas fidèle, et c'est à ce sujet que, plus haut, je t'ai parlé d'une manière si précise. Les Hébreux, comme tu dois le savoir, furent toujours obligés d'offrir les sacrifices qu'ils avaient promis 2; seulement ils changèrent quelquefois l'objet de ces mêmes sacrifices. Ce qui constitue l'essence d'un vœu que tu connais sous le nom de matière du vœu, peut être tel qu'on n'ait pas failli en l'échan-' géant contre une autre matière; mais il ne faut pas qu'on transporte ainsi la charge sur une autre épaule, de sa propre autorité, et sans le commandement de la clef blanche et de la clef jaune3 : regarde tout changement comme insensé , si la chose qu'on abandonne n'est pas contenue dans celle que l'on prend, comme quatre est contenu dans six. De plus, on ne peut remplacer par un moindre avantage, la chose qui, avec sa valeur particulière, emporte la balance. Que les mortels ne
i. Venturl dit: «Il n'est pas permis des deux colombes ou des deux tourtc-
de voler les autres pour faire des au- relies que les femmes juives venaient
rnôncs , pour élever des autels et pour offrir, dans le temple, quand elles relc-
fonder des hôpitaux sur la porte des- vaient de couches. (Voyez Lévit.,
quels on pourrait mettre cette inscrip- chap. t2).
lion : Lombardi pense qu'il s'agit des sa-
Fonda questo spedal persona pia cr'Dfs e? gé"éra,1 «I'1'™ Promettait
Ma i poveri dastarci fece pria. a ?,c.n J 1^? ' Hiï h ?n ? zT""^ ■
r ■ .■ 3. Le poète a dit dans le Purgatoire,
«Une personne pieuse a fonde cet chant ix, page su, note 2, que 1 Église
hôpital, mais, auparavant , elle a fait avait deux clefs, une d'or et une d'ar-
les pauvres qui y seront reçus. » gent. Pour varier, le poëte dit ici la clef
2. Vcnturi croit qu'il est ici question blanche et la clef janne.
LE PARADIS, CHAST V. 371
se fassent pas un jeu de leurs promesses. Soyez fidèles, mais jamais inconsidérés, comme Jephté dans sa première générosité ! : à qui cependant convenait-il plus de dire, J'ai mal fait, et en accomplissant ma promesse, je ferai plus mal? Il ne fut pas moins insensé, le grand chef des Grecs 2 que ne fléchirent pas les larmes répandues sur le heau visage d'Iphigénie, et qui fit pleurer sur le sort de cette princesse, les fous et les sages qui entendirent parler d'un vœu si barbare.
« Chrétiens, apportez plus de gravité dans vos actions. Ne soyez pas comme une plume qui s'agite à tous les vents; ne croyez pas que toute eau puisse vous purifier. Vous avez pour guides , l'Ancien , le Nouveau Testament, et le Pasteur de l'Église •, qu'ils suffisent pour votre salut : si une passion coupahle vous crie autre chose, soyez des hommes et non des animaux sans raison. Que l'Hébreu qui est parmi vous, ne rie pas de vos dérèglements ; ne faites pas comme l'agneau qui laisse le lait de sa mère, qui folâtre et joue imprudemment avec lui-même. »
Béatrix parla ainsi comme je l'écris; ensuite elle se retourna toute désireuse, vers l'endroit où la lumière du monde est la plus vive 3 : son silence , son changement d'atiitude, firent taire mon esprit curieux qui allait lui soumettre d'autres questions.
Aussi vite qu'une flèche frappe le but avant que la corde jsoit en repos, nous courûmes au second royaume4. Je vis
i. Jephté avait fait vœu , s'il revenait l-ainqueur des Ammonites, de consacrer a Uieu, en holocauste, la première lersonne de sa maison qui viendrait à la rencontre. Ce fut sa fille qui, la première, vint au-devant du général victoieuï. Jephté , accablé par la douleur, écliira ses vêtements , mais se crut bligé de sacrifier sa fille- Terlullien , :int Ambroise, Procope et saint Thoas prétendent que Jcphte aurait dû lian.'er son vœu. Dante, dont on survend partout la profonde érudition , hâte d'ajouter : A qui cependant l'Dvenait il plus de dire : «J'ai mal
fait; et, en accomplissant ma promesse, je ferai plus mal?» Cette réflexion touchante a où lui être inspirée par la lecture des Pères cites plus haut : les mêmes principes se trouvent dans Cicéron {Traité des Lois, II), dont la murale éloquente est souvent fondue dans le vers rapide et précis de notre poète.
2. Le grand chef des Grecs, Agamemnon. H suffit ici d'avoir lu VJphigénie de Racine.