Pour Rice , diminutif de Béatrice
Il sait que c'est le nom d'amour qu'il
lnnait snr la terre à la fille de Foul-
ques. Voyez. Put g-, page 258 , dernière ligne de !a note ô. Venturi et Alfieri désapprouvent cette manière de dire Bice.
lfiagioli en juge autrement, et je trouve ses raisons fort bonnes : admis vivant au Paradis, le poète est toujours sou»
les influences de ses passions terrestres. 4. Adam, qui fut créé de Dieu immédiatement!
380 LE PARADIS, CHANT Vil.
sa race. L'espèce humaine infirme languit, pendant plusieurs siècles, abandonnée à l'erreur, jusqu'à ce qu'il piût au Verbe de Dieu de descendre. Par l'acte seul de l'éternel amour, il unit à la nature divine la nature humaine, qui s'était éloignée de son créateur. Maintenant fais bien attention à ce que je t'explique. Cette nature, unie à celle de son créateur, avait été d'abord pure et sincère , mais par elle-même elle se bannit du Paradis, parce qu'elle s'arracha de la voie de la vérité et de sa vie ' . Or, la peine que Jésus-Christ souffrit sur la croix, si l'on ne considère que la nature qu'il avait assumée, n'a jamais plus justement mordu ; mais aussi, en examinant quelle était la personne revêtue de cette humanité, on voit aisément qu'aucune peine ne .fut plus injuste. Du même fait résultèrent deux conséquences différentes : une seule mort plut et à Dieu et aux Juifs 2; par elle la terre a tremblé et le ciel s'est ouvert. Tu dois donc facilement comprendre qu'une cour juste a vengé une juste vengeance. Mais je vois que ton esprit, de pensée en pensée, est occupé d'un autre doute, qu'il désire' que j'éclaircisse. Tu dis, Je comprends bien ce que je viens d'entendre, mais je ne comprends pas pourquoi Dieu a choisi ce moyen pour notre rédemption. Frère, les motifs qui déterminèrent le Créateur à agir ainsi, sont cachés aux yeux de ceux qui ne sont pas embrasés du feu de l'amour divin : cependant, comme on pense longtemps en vain sur un tel sujet,1 je vais te dire pourquoi Dieu a trouvé ce moyen plus digne
i. La nature humaine se révolta con- demption, les cris des Juifs devienneni I
tre Dieu, de qui il est écrit : « Egosum un rapprochement peu noble. Lepoëte; |
via, veritas et vita. » {Joan., XIV.)|' cherché des oppositions; mais il y ;
s. La mort de Jésus-Christ plut aux certaines oppositions faciles qu'il fau
Juifs , qui demandaient opiniâtrement éviter. Le vers , comme vers, est d'ail
son supplice; età Dieu, devantqui cette leurs un prodige de concision.— Dri^
mort rachetait les hommes de la pre- cnur juste a vengé une juste vengeance
mière faute. Dante ajoute, suivant le Titus a vengé la mort de Jésus-Chrisl
commentaire de Lombardi : « La terre Par corte, M. de Romanis entend coorU
a tremblé par tendresse pour le Fils de Cette supposition est tout à fait noit
son Créateur; le ciel s'est ouvert, puis- velle. Biagioli entend, par corte, Diei
que la satisfaction donnée par J. C. la cour de vérité et de justice à Iî| "j
rouvrait aux hommes le Paradis.» II y quelle seule il appartenait de juger c
a un peu d'affectation dans tout ce pas- de punir. Je suis resté, sans périphrasi
sage. A côté du grand intérêt de la ré- dans l'expression simple du poète.
« La divine bonté ■ qui méprise toute jalousie, étincelle de sa propre ardeur, lorsqu'elle distribue ses beautés éternelles; ce qui coule immédiatement de cette divine bonté n'a plus de fin, et son impression une fois marquée, ne peut plus s'altérer. Tout ce que cette bonté produit immédiatement est libre, et n'est pas soumis aux lois qui règlent les choses secondaires. Plus un être est conforme à Dieu, plus il lui plaît. L'ardeur sainte de la charité qui répand ses rayons sur toutes choses, est plus vive dans les objets qui lui sont le plus semblables. L'humaine créature participe à ces avantages; mais si un de ces avantages lui manque, elle déchoit nécessairement de sa noblesse : il n'y a que le péché seul qui lui ôte sa liberté et l'empêche d'être semblable à son souverain bien, parce qu'alors elle ne se blanchit que peu de son éclat. Elle ne retourne pas à sa dignité première, si, par de justes peines, elle ne cicatrise les blessures qu'a causées le faux plaisir Votre nature, quand elle pécha tout entière, perdit ses dignités et le Paradis, et elle ne pouvait les recouvrer, si tu y fais bien attention, qu'en passant par un de ces deux gués. Il fallait que Dieu, dans sa courtoisie, remît la faute, ou que l'homme donnât une satisfaction personnelle pour sa folie ?.
« Maintenant fixe les yeux, du moins autant qu'il te sera possible en suivant mes paroles , sur les profondeurs du conseil éternel. L'homme, dans sa situation, ne pouvait jamais donner de satisfaction, parce qu'il ne pouvait pas faire par son humble obéissance autant qu'il avait fait par son indocilité. Cette raison suffit pour te prouver que, par lui-même, il ne pouvait donner cette satisfaction : il fallait donc que Dieu, pour ramener l'homme à la vie éternelle, employât ses oropres voies, ou l'une, ou les deux 3. Tu sais qu'une action
i. On lit dans Boèce(de Consol.phi- plutôt combiner ensemble l'action de su
lib. III ) un raisonnement a peu miséricorde et de sa justice; ce qu'il a
lires pareil. Ce n'est pas la première fait, dit Lombardi , en ordonnant le
|ois que Dante a imité Boèce. mystère de la rédemption, par lequel
i ï. llfallaitqueDIeueûtrecoursàsa ml- justifia et pax osculatœ sunt , ps. 84.
éricordeoiiàsajuslice:«t/m'tfersœt>ia: Je suis étonné que ces expressions si
\)oininimisericordiaetveritas.»Vs.,ii. douces et si tendres du Psalmiste aient
Dieu devait remettre la faute , ou '•(•happé à Dante.
est d'nutant plus agréable, qu'elle annonce plus la bienfaisance du cœur qui l'a dictée; aussi la divine bonté qui s'imprime en toutes les choses créées, se plut à employer tous ses moyens, pour vous relever au ciel . Il n'y a jamais eu, et il n'y aura jamais, depuis le premier des jours jusqu'à la dernière des nuits ', de la part de Dieu et en faveur de l'homme, aucune manière de procéder si haute et si magnifique. Dieu ne fut-il pas plus grand de se donner lui-même, pour permettre à l'homme de se relever, que s'il avait pardonné volontairement? Tous les autres moyens étaient insuffisants pour la justice, si le fils de Dieu n'eût été humilié jusqu'à l'incarnation.
•< Pour mieux te convaincre d'une autre vérité que je t'ai révélée 2, je vais encore mieux m'expliquer, afin que tu voies ce que je vois moi-même. Tu dis encore : Je vois l'air, je vois le feu, l'eau, la terre et tous les objets composés de ces éléments, se corrompre et n'avoir qu'une courte durée: cependant ces choses ont été créées, et si ce que j'ai dit est véritable, elles devraient ne pas pouvoir se corrompre. Je te ré: ponds : Frère, les anges et le pays sincère où tu te trouves, ont été créés par la puissance immédiate de Dieu , dans la totalité de leur être; mais les éléments que tu as nommés, et les choses qu'ils produisent, sont formés d'une nature inférieure déjà créée elle-même. Leur matière est née d'une substance créée; elle fut créée aussi la vertu informante dans ces étoiles qui les environnent. L'âme de toutes les brutes et des plantes tire le mouvement des feux sacrés d'une force soumise à une autre puissance; mais la suprême bonté créa directe ment notre came, et la remplit d'un amour qui ne peut finir Tu peux aussi en même temps comprendre le mystère de votn résurrection , si tu te rappelles comment fut produit le corp humain , lorsque Dieu créa vos premiers pères 3. »
l. Depuis le commencement jusqu'à Dieu forma Adam et Eve , il les forra
In fin du monde. directement de sa main divine et no
t. Il revient a ce qu'il a dit même par le moyen d'aucune antre vert
Pliant, page ssi, ligne .-. C.equi coule ira- créée, tu comprendras facilement qn
niédiatement de cette divine bonté n'a notre chair deviendra un jour ce qu'cll
plus de fin, etc. a été auparavant , et rentrera dans l'(
Si tu n'oublies pas que, lorsque tat de pureté qu'elle a perdu.
en \NT \ III.
Les peuples dans une périlleuse croyance avaient coutume de penser que la belle Cypris1, placée dans le troisième ciel, présidait aux folles amours ; aussi les anciennes nations , livrées à ces vieilles erreurs, ne se contentaient pas de lui offrir des sacrifices et des prières; elles honoraient Dioné2 comme sa mère, Cupidon comme son fils. Elles disaient que ce dernier était venu s'asseoir sur les genoux de Didon 3; elles appelaient du nom de Vénus l'étoile dont je parle en ce moment, et que le soleil regarde avec délices ou du côté de la nuque , ou du côté des cils *•.
Je ne puis pas dire comment je montai dans cette sphère; mais Béatrix devenant plus belle , je ne doutais pas que Je ne fusse arrivé dans cette nouvelle planète \ De même qu'on distingue l'étincelle à travers la flamme; de même que dans un concert on reconnaît une voix qui file un son prolongé, et celle qui va et revient, de même je découvris dans cette étoile une foule de lueurs qui se mouvaient en rond plus ou moins vite, en raison, je crois, de leurs mérites éternels. Les vents qui descendent de la nuée, visibles ou non, paraîtraient lents
i. Venus, élevée dans l'île de Chypre. tantôt à son levant, tantôt à son eou-
2 Dioné, nymphe, fille de l'Océan et chant, et qui , dans lu première supporte Thétis. Elle fut aimée de Jupiter, et sition , s'appelle Lucifer, et dans l'anil eut d'elle Vénus, surnommée Dionée, tre prend le nom à'Hesper, eette étoile du nom de Dioné, sa mère. est toujours l'étoile de Vénus. Le soleil
3. On lit dans le premier livre de voit tour à tour la nuque de Lucifer et
VÉncide que l'Amour s'offrit à Didon les cils A'Hesper. Cette explication a
sous les traits d'Ascagne , et inspira à quelque chose d'extraordinaire pour
cette princesse une passion pour Énée nous. Le vers italien n'en est pas moins
(vers i7n). charmant :
a. Dante veut dire que le soleil, tantôt « Cite il Sol vagheggia or da coppn or
précède et tantôt suit l'étoile de Vénus. da ciçilio- »
En effet , l'étoile qui regarde le soleil . 3. La planète de Vénus.
384 Lfc PABADIS, CHANT VIII.
et embarrassés à celui qui aurait vu ces substances accourir à nous, et abandonner le mouvement de rotation qu'elles reçoivent des hauts séraphins '. Derrière celles qui s'approchèrent le plus de nous, on chantait Osanna, avec tant d'harmonie que depuis j'ai toujours désiré entendre une autre fois ce divin concert. Une d'elles s'adressant à moi, me dit : « Nous sommes prêtes à ton plaisir, pour que tu jouisses auprès de nous. Ici , nous participons au même tour, au même mouvement, et à la même soif que les princes célestes, à qui dans le monde tu as dit : « Vous qui, comprenant la gloire de Dieu, connaissez le mouvement du troisième ciel*; » nous sommes si remplies d'amour, que, pour te plaire , nous ne regretterons pas de nous être arrêtées un moment. » Je portai sur Béatrix mes regards respectueux, et quand elle les eut rendus contents d'elle et assurés, ils se tournèrent vers l'esprit qui s'était tant promis, et je parlai ainsi, avec la plus vive émotion : « Dis, qui es-tu? » A ces mots, comme je vis s'animer sa splendeur par la joie nouvelle qui accrut son allégresse ! il répondit après cette sensation subite : « Le monde me vit peu de temps3; si ma carrière avait été plus longue, il y aurait beaucoup de malheurs qui n'arriveraient pas. La joie qui m'environne me cache à tes yeux,
». Qu'elles reçoivent d'une sphère tel, couronné roi de Hongrie du vivant
plus élevée, comme, par exemple, est de son père, Charles II le Boiteux, roi
celle où le poète trouvera les sera- de Napies et comte de Provence. Ro-
phins. bert, second fils de Charles II, lui suc-
s.« f'oi,cheintendendo ilterzo ciel céda à l'exclusion du fils de Charles
movete. » Martel , qui avait droit à la succession.
C'est le premier vers de la première Charles Martel et Dante avaient vécu
('anzone du Convito de Dante. Ce à Florence dans une sorte d'intimité.
Convito était un commentaire en prose, Charles dit : « Tu m'as beaucoup aimé ,
que le poète s'était proposé d'é- et si je ne fusse pas mort si jeune, tu
crire sur quatorze des vingt Canzones aurais vu les fruits de mon amitié.» Il
morales ou amoureuses qu'il avait com- faisait bon rencontrer, même pendant
posées. Villani dit, liv. IX , chap. 133, un instant de sa vie, ce Dante, ce grand
que Dante n'acheva pas cet ouvrage, et distributeur de renommées. Que de
que, quand il fut surpris par la mort, il noms il a illustrés et que l'histoire au-
n'avait composé que les commentaires rait passés sous silence , satisfaite d'ail-
des trois premières Canzones. — Le leurs de ce qu'elle avait à dire de l'ho-
Irnisième ciel est le ciel de Vénus, monvme, l'aïeul de Charlemagnc ! Voyez
5. L'esprit qui parle est Charles Mar- Hist- de Dante, page 420.
comme la soie entoure l'animal industrieux qui la produit. Tu m'as beaucoup aimé, et tu avais raison de me chérir. Si je fusse resté plus longtemps sur terre, tu aurais vu autre chose que les feuilles de mon amour. Je devais gouverner le pays situé sur la rive gauche du Rhône % à l'endroit où les eaux de ce fleuve sont mêlées à celles delà Sorgue, et cette aile de l'Ausonie où sont placés Bari , Gaète et Catona, et d'où le Tronto et le Verde se lancent dans la mer. Déjà brillait sur mon front la couronne de cette contrée que baigne le Danube lorsqu'il abandonne les rives de l'Allemagne . La belle Trinacrie, qui , près du golfe soumis plus particulièrement à l'influence de l'Eurus, entre Pachino et Peloro2, se couvre d'un épais brouillard , non pas à cause du supplice de Tiphée , mais parce que c'est là que commencent à paraître les lits de soufre, la belle Trinacrie aurait reconnu pour ses maîtres mes descendants, nés par moi, de Charles et de Rodolphe3, si les gouverneurs, abusant de leur autorité, ce qui a toujours irrité les peuples , n'eussent forcé Palerme à crier, Meure, meure4. Mon frère5 devait être prudent, et, par égard pour ses sujets,
i. La Provence, où coule la Sorgue, de ses trois promontoires, Pachino,
qui prend sa source dans la fontaine de Peloro et Lilvbée, qui font face chacun
Vaucluse. — Cette aile de l'Ausonie, le à une partie du monde , et qui donnent
' royaume de Naples, où sont situés Bari, à la Sicile une forme triangulaire. —
| ville de la Pouille ; Gaète , port de mer Tiphée, l'un des géants qui escaladèrent
! entre Cività-Vecchia et Naples; et Ca- le ciel, et sur lequel Jupiter jeta l'Etna,
iltona, ile de la Calabre, où l'on prenait suivant Pindare et Ovide. Virgile dit
des bateaux pour passer en Sicile. — que ce fut sur Encelade que fut Jetée
IDante appelle le royaume de Naples cette montagne.
i aile de l'Ausonie, parce qu'il est situé 0. Charles Robert, fils de Charles
là une de ses extrémités. Le nom d'Au- Martel, et Rodolphe, gendre du même
||ionie vient d'Ausone, fils d'Ulysse, et Charles Martel , tous deux héritiers lé-
jui donna autrefois ce nom à l'Italie. — gitiraes du royaume de Kaples.
I^e Tronto et le Verde sont deux riviè- 4. Charles Martel veut parler ici de
I -es du même royaume. Portirclli assure l'insurrection de la Sicile contre les
|}(ue le Verde est le même fleuve que le Provençaux, à la suite de laquelle
Ijîarigliano , et il a raison. Le Tronto se Pierre d'Aragon s'empara de cette île :
■Jette dans l'Adriatique , et le Verde ou c'est le terrible événement appelé les
ïlîarigliano , dans la Méditerranée. — Vêpres siciliennes.
I '.elle contrée que baigne le Danube, 6. Robert, qui avait usurpé les États \' 1 Hongrie. — L'Eurus, vent de l'est, le de Charles Martel, que le fils de ce derijent qui apporte les fleurs. nier et Rodolphe, son gendre, auraient
II 2. Deux promontoires de la Sicile. — dû se partager entre eux. Ha Trinacrie est la Sicile, ainsi appelée
386 LE l'AUADIS, CDANT VIII.
ne pas autoriser la cupidité sordide de ses Catalans '. Il ne faut charger sa barque que de ce qu'elle peut porter. Cet avis serait utile à lui et à tout autre. Pourquoi ce prince avare, né d'un père libéral 2, n'a-t-il pas la sagesse de chercher des ministres moins empressés de remplir leurs coffres ? » — « O mon maître! dis-je alors, combien m'est agréable cette haute joie que me causent tes paroles ! Sans doute aussi tu vois la même joie en Dieu, qui est le commencement et la fin de tout bien: mais ce qui nie réjouit , c'est que tu connais mon bonheur, toi pour qui Dieu réfléchit toutes les images. Cependant éclaircis un doute qui me tourmente. Comment d'une bonne semence peut-il naître une semence amère? » .Te parlai ainsi à l'esprit , et il me répondit : « Si je puis te montrer une vérité, alors ce que tu me demandes, et qui est derrière toi, se trouvera devant tes yeux. Le bien suprême qui meut et comble de bonheur le royaume que tu parcours, ne prive jamais ces grands corps3 de sa divine providence. Dieu, qui est parfait, a non-seulement placé toutes les natures dans son esprit, mais il veuttoujours qu'elles soient entières et parfaites comme lui. Tout trait, que cet arc dirige, atteint le terme marqué, comme la flèche bien lancée arrive à son but. S'il en était autrement, dans ce ciel qui est sous tes yeux, au lieu d'admirer l'ordre qui y règne , tu n'y verrais que des monceaux d< ruines; ce qui ne pourrait arriver, que si les intelligences qui meuvent ces étoiles étaient imparfaites, comme le serait h premier moteur, qui ne leur aurait pas donné la perfection. Veux-tu que cette vérité s'éclaircisse encore plus ? — Non , dis-je , parce que je crois qu'il est impossible que la nature manque dans ce qui est nécessaire. — Dis-moi, l'homme, sur la terre, n'aurait-il pas une pire condition s'il ne vivait point en
i. Le même prince Robert avait été 2. Robert était, comme on l'a dit, fil»
envoyé en Catalogne, comme otage, de Charles II, que le poète représente
par son père. Charles II. I.a , il s'était ici comme un prince très-généreux,
lié avec plusieurs seigneurs catalans s. Ces grands corps, ces sphères.
qu'il avait ensuite attirés auprès de lui . lorsqu'il était monté sur le trône de A» pies.
société? — Oui , et je n'en demande pas la raison. — Cela peut-il être, si Ton ne vit pas d'une manière différente, si l'on n'est pas soumis à différents devoirs ? — Non , si votre maître n'est pas dans l'erreur '. » L'esprit suivit ses déduc" tions , puis conclut ainsi : « Donc ces divers effets doivent provenir de diverses causes. L'un naît Solon2, l'autre Xerxès, un autre Melchisédech , un autre, celui qui, en volant dans les airs, vit périr son fils. La nature des cercles célestes, qui s'imprime comme un cachet sur la cire mortelle , remplit sa fonction , mais sans avoir égard aux lieux où elle agit : d'où il arrive qu'Ésaù et Jacob3, quoique frères, eurent des inclinations différentes Ouirinus ■'», né d'un père obscur, passa pour le fils de Mars. Un fils ressemblerait à son père 5, si la providence divine n'en ordonnait autrement. Voilà que ce qui était derrière toi est passé devant; mais afin que tu connaisses combien j'aime à te contenter, je veux te revêtir encore d'un corollaire. Une graine tombée sur une mauvaise terre , ne peut germer heureusement; un naturel sur le sol qui ne lui convient pas , ne peut bien se développer.
« Si le monde s'attachait aux occupations que dicte la nature , il serait meilleur : mais vous dévouez de force au ministère de la religion celui qui est né pour ceindre l'épée; vous faites roi celui qui devrait être orateur : ainsi votre marche s'éloigne de la vraie route. »
I. Arislo'te. Voyez la Politique de ce qui déclara qu'il •.'•lait le fils du dieu
philosophe. Mars. (Titc-Live, liv. I, ehap. 4.)
Dante cnlend ici par Solon tout j. Un (ils ressemblerait à son père ,
bon politique et tout grand législa- si Dieu, de qui nous tenons les qualités
tenr ; par Xerxès, lout roi puissant; et le caractère que nous devons avoir
par Melchisédech. tout prêtre propre à dans l'état de société, ne soumettait
icxcrccr dignement le saint ministère ; pas ces qualités et ce caractère à l'in-
I par celui qui perdit son fils (Dédale), fluenec des sphères célestes , qui distri-
|lout homme ingénieux et capable d'ac- huent aux créatures la puissance qu'el-
périr de grandes connaissances dans les ont reçue. Dante suit le système
es arts. qu'il a avancé plus haut, même chant,
Voyez dans l'Ancien Testament ce page 506, quand il a dit: Le bien suprô-
Jiui est dit sur la naissance d'Ésaii et me qui meutet comble de bonheur, etc.;
Hle Jacob, frères jumeaux. système qu'il continue de suivre dans
1. Ouirinus (surnom de Ronihlus) na- lout son ouvrage. Ce discours de Char-
it d'un père obscur; mais , étant de- les Martel offre une série non inter-
jenu un grand guerrier, on ajouta foi rompue de vas fermes, résolus et em-
la révélation de Rhcn Sylvia. sa mére. preints d'une haute poésie
388 LE PARADIS, CliANT IX.
CHANT LX
0 belle Clémence1, ton père Charles éclaircit ainsi mes doutes, et me prédit ensuite les tromperies que devait subir sa race. Mais il ajouta : « Sois discret et laisse voler les années. » Je dois donc me borner à dire que vos malheurs exciteront de justes regrets. Bientôt cette sainte lumière2 retourna vers Dieu qui la remplit , comme vers le souverain bien qui suffit à toutes les créatures. Ames ingrates , que vous vous abusez! Que vous êtes impies, lorsque vous dirigez vos pensées vers la vanité en renonçant à une félicité si parfaite !
Et voilà qu'une autre de ces lumières était venue vers moi :. s'étant approchée en étincelant, elle me montra qu'elle avait l'intention de m'être agréable. Je remarquai en même temps que les yeux de Béatrix , qu'elle fixait sur moi , comme auparavant, assuraient à mon désir un doux assentiment. Je lui dis : « Ame bienheureuse , satisfais ma volonté , et prouvemoi que tu peux la contenter sans que je te l'explique. » Alors cette lumière qui de loin proférait ses chants et que je ne connaissais pas encore, commença ainsi , d'un ton qui annonçait de la complaisance : « Dans cette partie de la coupable Italie, située entre Bialto 3 et les sources de la Brenta et de
i. Clémence , fille de Charles Martel commit toutes sortes de crimes. Cunizza et épouse de Louis X, roi de France ; naquit , ainsi qu'Ezzelin, sur la colline elle vivait encore quand Dante écri- qui s'élève entre Venise et les sources vait son poème. Voilà un hommage de la Brenta et de la Piave. Elle dit enbien naturellement amené en l'honneur suite qu'elle n'a pas obtenu un plus d'une reine de France. Cet éloge, tom- haut degré de béatitude, parce que, bé en passant, est du meilleur goût. vaincue par l'influence de Vénus, elle a
a. Charles Martel. conçu, dans sa vie, de folles amours.
5. Rialto, pris ici pour Venise.— Cuniz- Telle est l'explication de Venturi , con-
/a, sœur d'Ezzelin da Romano, seigneur firméc par Lombarrii. de Padtue et tyran de cette ville, où, Il
la Piave , s'élève uue petite colline d'où descendit le fléau qui désola cette contrée. Je naquis comme lui sur cette colline. On m'appelait Cunizza , et je brille ici, parce que j'ai été vaincue par l'influence de l'étoile où tu me trouves. Mais mon sort n'a rien de pénible pour moi , et je ne me repens d'aucune de mes actions; ce qui pourra sembler étonnant à votre vulgaire. Cet autre joyau i brillant et précieux de notre ciel qui est près de moi , a laissé sur la terre une grande renommée, et avant que sa gloire finisse, ce siècle se multipliera cinq fois. Vois donc si l'homme ne doit pas être vertueux 2, puisque la première vie doit être suivie d'une bien autre vie. On ne pense pas encore ainsi chez les peuples qui habitent entre le Tagliamento etl'Adige3; et quoique sévèrement punis, ils n'ont pas de repentir. Mais bientôt les Padouans^, qui répugnent à remplir leurs devoirs , changeront la couleur des eaux qui baignent Vicence. Celui qui règne là où le Sile et le Cagnan se confondent ensemble, porte la tête haute, et ne voit pas qu'on prépare une toile pour l'y envelopper. Feltre pleurera la déloyauté de son évêque tellement impitoyable , que pour une semblable perfidie on ne sera jamais entré à jMalta. Ce prêtre courtois5 pour appuyer son parti, livrera tant de sang ferrarais , qu'il faudrait un trop immense vase
I. Foulques de Marseille , qui, plus tard, va parler à Dante.
a. «Et dubitamus adkuc virtutem extendere factis.» (Énéid., liv. VI, vers 3os. )
s. Deux fleuves de l'ancien État vénitien.
4. Ce que Cunizza prédit ici arriva l'an i;i4, le 17 septembre. Can grande délia Scala, marquis de Vérone et seigneur de Vicence, remporta une mémorable bataille sur Jacques de Carrare , seigneur de Padoue. — Celui qui règne là où le Sile et le Cagnan, etc. Richard da Cammino commandait à Trévise, où se réunissent le Sile et le Cagnan. fleuves de la [Marche trévisane. — Feltre pleurera , etc. Feltre, de la Marche trévisane, avait alors pour évéque Alexandre de Plaisance. Ce prélat ayant or-
donné d'arrêter une grande quantité de Ferrarais qui lui demandaient asile, les avait remis à Piso délia Tosa , qui gouvernait Ferrare au nom de Robert, roi de la Pouille. Celui-ci avait sur-lechamp fait trancher la tète à plusieurs d'entre eux. — Malta est le nom d'une tour où les papes faisaient enfermer les clercs qui s'étaient rendus coupables de quelques délits. Elle était située [prés du lac de Bolséna. Du temps de Dante , elle s'appelait Malta; aujourd'hui, le lieu où elle était placée s'appelle M.irta. — Une bigoncia , dit Grangier, est la seizième partie d'un muid de vin.
s. « La bile du poète gibelin s'échauffe de plus en plus, et pour que, comme le crime, l'infamie soit éternelle , il l'imprime en paroles assurées contre tout outrage du temps. » (Note de T5ingin|i.;
pour le contenir, et qu'il serait promptement fatigué l'homme qui voudrait le peser once à once : mais des mœurs du pays, on doit attendre de tels présents.
« Au-dessus de nous, les êtres que vous appelez trônes , sont des miroirs qui réfléchissent les jugements de Dieu'. Ajoute donc foi à toutes mes paroles. » A ces mots l'esprit se tut, et il me sembla qu'il rentra avec les autres ombres dans le cercle où il était auparavant.
L'autre lumière2 dont on venait de me parler, me parut resplendissante, comme un fin rubis frappé des rayons du soleil. Là-haut, la joie se manifeste par un vif éclat, comme sur la terre , par le sourire ; mais en bas , où toutes les âmes sont plongées dans la tristesse, il n'y a que ténèbres et obscurité. Te dis alors à cet esprit bienheureux: « Dieu voit tout, et toi tu vois tout en Lui; aussi, comme à lui, tous les désirs doivent t'être connus. Pourquoi donc ta voix, qui réjouit le ciel , semblable à celle des splendeurs pieuses ornées de six ailes3, ne daigne-t-elle pas satisfaire ma curiosité? Je n'attendrais pas ta demande, si je pouvais entrer en toi, comme toi-même tu entres en moi.» L'esprit me répondit en ces termes : « Tu connais cette immense vallée où se répandent les flots d'une mer que la terre environne comme une guirlande 4, et qui est bordée de rivages habités par des peuples si différents. Si tu la parcours contre le cours
i. Regarde ce que je t'ai dit comme À. La Méditerranée, bordée de rivages;
une prophétie, parce qu'au-dessus de habités par des peuples île l'Europe, de
nous, les anges que , sur la terre, vous l'Afriqueetdel' Asie. —Elle forme le midi,
appelez trOnes, sont autant de miroirs là où auparavant était l'horizon. Gran-
fidèles dans lesquels se réfléchissent les gier dit : « Car, quand de l'Océan, elle
Jugements de Dieu. De ces anges, les entre dans le détroit de Séville, son
jugements de Dieu descendent jusqu'à horizon se fait jusqu'aux rivages de Sy-
nous dans la troisième sphère. Quand je rie, où sa course prend fin ; mais, étant
t'ai parlé, j'étais donc inspirée de Dieu. là arrivée , son horizon cesse parcillc-
2. l'otilques de Marseille, que Cunizza raent , et se fait le cercle méridien,
appelle plus haut cet antre joyau. parce que là où l'homme se trouve, il a
5. Le prophète Isaïc dit , chap. 6, que sur la tète un cercle méridional particules séraphins sont ornés de six ailes. lier et le cercle de l'horizon, puis, plus Saint Jean, dans son apocalypse, parle oultrc , où il voit naistre et coucher le aussi de quatre animaux qui avaient soleil.» Tout ce passage n'en reste pas chacun six ailes. ( Apacal. , ehap. 2, moinsobscur, quoique parfaitement rai- V. 8.) sonne, sous le rapport astronomique.
du soleil, elle forme le midi là où, auparavant, était l'horizon. Je naquis sur les bords de cette vallée , entre l'Ébre et la Magra ' , à l'endroit où, par un court chemin, le pays de Gènes est séparé de la Toscane. Bugie * et la terre où je pris naissance, et qui vit son port inondé de sang, sont placées à peu près à la même distance de l'orient et de l'occident. Je fus nommé Foulques par cette nation qui connutbien mon nom. J'ai toujours vécu sous l'influence de la planète où tu me rencontres. Tant que l'âge me l'a permis , j'ai brûlé d'un amour plus vif que celui qu'éprouvèrent la fille de Bélus , qui donna tant de soucis à Creuse, en manquant de foi àSichée; cette Rhodopée que trahit Démophon; enfin Alcide lui-même, quand il tint Iole renfermée dans son cœur. Ici, on ne pense pas à se repentir de ses fautes; elles ne reviennent point dans la mémoire : on jouit de cette vertu qui a ordonné et prévu notre bonheur. Ici, on voit les effets admirables de la Providence, et l'amour qui règne sur la terre s'épure et se change
i. I.'Ebre . fleuve d'Espagne , se jette dans l,i mer Méditerranée , au-dessous DM Tin tosr, dans la Catalogne'. I.a Magra se jette dans ta même mer, près de I,érici, et de Sarzane.
2. ruigic , ville placée sur le rivage d'Afrique, presque vis-à-vis de Marseille. — La terre où je pris naissance , et qui vit son port inondé de sang, Marseille, que Jules César tenta d'assiéger et de prendre de vive force. — Finalement, Foulques veut dire : "Je suis né sur le rivage qui s'étend entre l'Èbre, fleuve d'Espagne, et la Magra, fleuve de l'Etat génois. Bugie , ville d'Afrique, et ma patrie, Marseille, ont en quelque sorte un même occident et un même orient , c'est-a-dire sont presque sous le même méridien . ont à peu prés en même temps le jour, comme en même temps la nuit II n'y a qu'un degré de longitude de différence entre Bugie , ville de l'Etat d'Alger, et .Marseille. » — Foulques mourut évéqtic de Marseille. — J'ai toujours vécu, etc. Foulques fait le même aven que Cuniz/i. Foulques , après avoir mené une vie passionnée, se lit prêtre et comme nous l'avons dit, de-
vint évêque : il compare ses passions à celles dont nous parle l'antiquité. — I.a ii lie de Belns , Didon , qui , oubliant son premier époux , Sichée , donna des soucis a l'ombre de Creuse, dont Énee était veuf. — Phyllis, fille de I.ycurgne et reine de Thrace , est nommée par les poètes lîhodopéc, du nom de la montagne Rhodopc , qui est en Thrace. Cette princesse ayant vu Démophon, fils de Thésée, roi d'Athènes, et allant dans l'île de Crète, écouta favorablement ce prince, qui lui promit de l'épouser, quand il reviendrait de Crète; niais Démophon tardant à reparaitre,il,hyllis se pendit, et fut métamorphosée en amandier. — Alcide lui-même, Hercule, aima Iole, fille d'Eurytus , roi d'Étoile. Ce prince l'avait promue a Hercule , et ensuite il refusa de tenir parole. Hercule tua Iphite , frère d'Iole , et il emmena cette princesse prisonnière. Il allait l'épouser, lorsque Déjanire , jalouse, lui envoya la tunique de Nessus.
Hercule, se sentant près de mourir, ordonna à Hyllns . qu'il avait eu de Déjanire, d'épouser Iole.
302 LE TARÀDIS, COANT IX. .
eu amour diviu. Je veux continuer de t'éclairer sur ce que tu as désiré savoir dans cette sphère. Tu veux apprendre quelle est cette âme qui étincelle près de moi, comme un rayon du soleil dans une onde pure. Cette âme qui goûte une douce paix, est celle de Raab *, qui, jointe à notre chœur, y occupe le premier rang. Le triomphe de Jésus-Christ ' l'a t'ait monter la première à ce ciel ,' où finit l'ombre de votre monde3. 11 était bien convenable que Dieu la laissât dans cette sphère, en signe de la haute victoire que son fils a remportée, lorsqu'il a laissé lier ses deux mains. N'est-ce pas cette femme qui a favorisé les premiers succès de Josué, sur cette terre i dont le pape se souvient si peu? La ville où tu es né 5 est le rejeton de l'impie qui , le premier, se révolta contre son créateur, et par sa détestable envie causa tant de pleurs. Cette ville produit et répand une fleur maudite 6, qui a éloigné de la voie les brebis et les agneaux, et fait un loup du véritable pasteur. C'est pour cette fleur qu'on abandonne l'Évangile et les docteurs immortels, et qu'on ne pense qu'aux décrétales7, comme on le voit à leurs marges. Telle est l'occupation du pape et des cardinaux, et leurs pensées ne vont plus à Nazareth, là où Gabriel étendit ses ailes. Mais le Vatican8, et les autres parties saintes de Rome
». Raab, femme de mauvaise vie tic papes, quoi qu'en dise Dante , n'ont ja-
Jéricho, qui cacha dans sa maison acs mais oublié que forcément les intérêts
espions de Josué. En reconnaissance de de la terre sainte,
ce service, la maison de Raab fut épar- s. Florence est fille de Satan. A quels
gnée quand Josué s'empara de la ville et excès le dépit ne peut-il pas entraîner
la livra au pillage. (Voyez Josué, chap. 2 un poète irrité !
et 6.) Saint Paul ( Hébreux , chap. 2, fi. Le florin sur lequel était empreint
v. si) parle de Raab, et dit : .< C'est par un lis. On commença à frapper le flo-
la foi que cette femme de mauvaise vie, rin d'or de Florence en 1252.
ayant sauvé les espions de Josué, ne fut 7. Les décrétales contiennent les lois
pas enveloppée dans la ruine des incré- ecclésiastiques en cinq livres. Boni-
dules. » face VIII. qui était un pape très-savant,
2. Quand il revint des limbes avec yen avait ajouté un sixième. On s'aper- . les âmes qu'il avait délivrées. çoit de cette étude des décrétales , dit
3. Au ciel de Vénus. La fin de l'ombre le poète, aux marges des parchemins de la terre arrive jusqu'au ciel de Vé-- sur lesquels elles sont écrites. Ces roarnus , suivant ce que dit Ptolémée dans ges sont usées par le frottement des VAlmageste. Dante suit aveuglément le mains qui les touchent.
système de Ptolémée. 8. Landino pense que Dante veut ici
•». Sur celte terre, la terre sainte. I.e prédire la mort de lionifaee vin, qui
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où a péri la milice qui suivait Pierre, seront bientôt délivrés d'uu tel adultère. »
arriva en isos. Vellutello prétend que le poëte a l'intention d'indiquer les changements heureux qu'on attendait de l'arrivée de l'empereur Henri VII , qui voulait être médiateur entre les différents peuples de l'Italie. Venturi se trompe dans sa note sur ce passage ; il attribue à Vellutello l'opinion de Landino. Il parait aussi pencher à croire que Dante a en vue de préparer les esprits aux révolutions qu'occasionnera la présence de Henri VII. Lombardi rejette toutes ces opinions; il assure que le poëte a dû écrire ce chant en jsm, quoique, en plusieurs endroits du poëme, il s'obstine à déclarer qu'il a compose toute li Div:nc Comédie en 1500.
Lombardi rappelle ensuite que Boniface VIII n'est pas le seul pape qui ait déplu à Dante , et que l'empereur Henri VII est mort en isis. Il pense donc qu'il est question ici de la translation du saint-siége de Rome en France. Elle eut lieu en i;os, sous le pontificat de Clément V, qui s'établit définitivement à Avignon en IS09.
En parlant ainsi des papes français , je dois ajouter qu'ils n'eurent jamais à Avignon le pouvoir que le gouvernement pontifical avait obtenu, et obtint depuis à Rome. A Avignon, une foule de subalternes avides et de toutes nations s'étaient souvent rendus maîtres des affaires.
394 LE TARADIS , CHANT X.
CHANT X
La première et ineffable valeur ', en contemplant son fils avec l'amour qui naît de l'une et de l'autre, a fait avec tant d'ordre tout ce que notre intelligence peut comprendre et ce que nos yeux- peuvent considérer, que celui qui admire ce spectacle, ne peut en jouir, sans participer à l'excellence du créateur. Lecteur, lève donc les yeux avec moi vers ces hautes sphères, qui tournent près de nous en sens contraire; commence à te plaire dans la science de ce maître , qui aime tant son ouvrage, qu'il y attache continuellement ses regards. Vois d'où part ce cercle oblique2. Il porte les planètes , pour satisfaire au monde qui les attend : si leur direction n'avait pas cette obliquité, cette immense vertu serait inutile au* ciel, et là-bas toute espèce de puissance serait éteinte. Suppose que ce cercle s'étende en ligne droite plus ou moins loin , l'ordre qui règne dans l'univers serait incomplet. Maintenant, lecteur, si tu veux jouir d'un plaisir qui surpassera ta peine , pense seul, sur ton siéize , à ce que je t'offre pour que tu le goûtes; je t'ai servi , prends de toi-même ta nourriture : tous mes soins sont réclamés par cette matière dont je suis fait l'historien.
Le plus grand ministre de la nature3, qui imprime au monde la vertu du ciel, et qui mesure le temps avec sa
i. La première et ineffable valeur, était question du signe du Bélier, mais
Dieu. Dante l'appelle, plus bas, ce mai- il ne i'a dit positivement que dans le
tre qui aime tant son ouvrage, qu'il y premier chant de V Enfer , page 2. —
attache continuellement ses regards. J'avais été transporté dans ce signe ; il