‹ La Divine comédie de Dante Alighiéri (volume 5)Chapitre 46 sur 64 · Le zodiaque. veut parler du soleil. Suivant le système · texte numérisé non relu

Le zodiaque. veut parler du soleil. Suivant le système

5. Le plus grand ministre de la na- qu'on suivait alors, le soleil tournait

ture. Le Soleil était entré dans le signe autour de la terre, du Bélier. Dante a bien rappelé qu'il

LK l'AHADIS, CHAUT X. o'JJ

umière, était joint au signe dont j'ai parlé déjà, et sous equel les heures se présentent plus tût. J'avais été transporté [ans ce signe, et la manière dont on m'avait enlevé, ne n'avait pas été plus connue qu'on ne prévoit la pensée que on va concevoir. Béatrix devenait toujours plus resplendisante, et toujours par un mouvement subit hors de la mesure lu temps. Pour expliquer l'éclat dont elle brillait , dans le ioleil où nous étions entrés ensemble , éclat qui n'était pas effet d'une couleur ordinaire ' , mais d'une lumière tout a oup devenue plus vive et plus divine, en vain j'appellerais esprit, l'art et le style, je ne me ferais jamais assez entendre : [u'on se contente donc de me croire , et qu'on se borne à lésirer voir de tels prodiges. Lorsqu'à tant de hauteur, notre magination est si faible, doit-on s'étonner que les sens t'arrivent pas au delà du Soleil? Du même éclat dont avonnait Béatrix, brillait également la quatrième famille du 1ère souverain 2, qui toujours la rassasie du spectacle de son ils, et de celui de son amour. Béatrix alors parla ainsi: ; Bemercie , remercie le Soleil des anges , qui par sa grâce 'a élevé à celui-ci que peuvent contempler tes yeux. » famais le cœur d'un mortel n'éprouva un sentiment de dévoion et de gratitude semblable à celui que firent naître eu noi ces paroles , et ma tendresse se dirigea vers Dieu , au >oint que Béatrix même fut éclipsée dans l'oubli. Mais cette lensée ne lui fut pas désagréable: elle en rit, et le feu de ses 'égards joyeux dirigea vers plusieurs objets mon esprit qui l'était fixé que sur un seul. J'aperçus des lumières3 plus iclatantes que le Soleil , qui firent de nous un centre , et l'elles-mêmes une couronne. Leurs voix étaient encore plus

Cet éclat ne provenait pas de ce Dieu rassasie de la présence de Jesun-

l'une couleur semblable aux couleurs Christ et de l'Esprit-Saint. — Le Soif..

ù peuvent tomber sous nos sens se des anges, Dieu qui l'a élevé à conte:i;-

•ésentuit au poëte, mais de ce qu"unc pler le soleil, visible pour les yeui des

raière apparaissait à ses yeux. mortels.

». La réunion de bienheureux qui se t.. D'autres substances qui vont s'ap-

ve dans la quatrième sphère que procher de Dante.

douces que leur éclat n'était resplendissant. C'est ainsi qu'on voit quelquefois des nuages environner la fille de Latoue, et l'entourer d'un cercle de la couleur qui leur est propre. Dans la cour du ciel dont je reviens , sont des joyaux si précieux qu'on ne peut les exporter. Tel était le chant de ces splendeurs. Que celui qui n'obtient pas des ailes pour voler là-haut en attende des nouvelles d'un muet ! Ces substances brûlantes tournèrent trois fois autour de nous en chantant , comme les étoiles tournent autour des pôles en repos : il me sembla voir ces femmes dansant en rond , qui suspendent leur danse en silence , pour écouter les nouvelles paroles qu'une autre va chanter. J'entendis un de ces esprits me dire : « Le rayon de la grâce dont s'allume le véritable amour qui s'accroît encore en aimant, brille multiplié en toi de toutes parts, et t'a conduit dans cette sphère qu'on ne quitte jamais sans y revenir'. Celui qui refuserait à ta soif le vin de sa fiole, ne serait pas plus en liberté , que l'eau qui ne tomberait pas dans la mer. Tu veux savoir de quelles plantes est fleurie cette guirlande que tu vois autour de la femme brillante qui t'a amené dans le ciel. Je fus un des agneaux du saint troupeau que conduisit Dominique dans la voie où l'on trouve une nourriture délectable, si Vojl renonce aux vanités de la vie1. Celui qui est le plus près , à ma droite , fut Albert de Cologne 3, mon frère et mon maître : moi , je suis Thomas d'Aquin.

t. Il veut dire qu'on n'obtient jamais disait : « Toile Thomam , et ecclesiam

de monter une fois au ciel, même dans Romanam snbvertam. »

une vision , sans avoir la certitude d'y 3. Albert, le fameux maître de S. Tho-

revcnir après sa mort. — La femme mas, était appelé Albert de Cologne,

brillante, Béatrix. non parce qu'il était né dans cette ville,

2. C'est S. Thomas d'Aquin qui parle. mais parce qu'il y avait vécu un grand

Ce saint, né en 1227, d'une famille illus- nombre d'années et y avait terminé sa

tre , à Aquin , petite ville de la Campa- vie. Il était né en 1203 , à Lawingen , en

nie, s'était fait dominicain en 1245 : il Souabe. Albert de Cologne, a dit Albert

est mort en 1274. S. Thomas fut pour le Grand, professait à Paris, en 1248 :il

la théologie ce que Oescartes a été pour avait été provincial des dominicains,

la philosophie dans le XVIIe siècle. On — Gratien était un bénédictin du mo»

appelle ce religieux Ange de l'école, nastère de Saint-Félix de Bologne , na-

Docteur angélique , Aigle des théolo- tif de Chiusi, en Toscane. A l'imitation

giens. Le P. Rapin ( Rëflex.sur la phi- de Bouchard de Worms, d'Ives de Char-

losopk. , page 24s!) prétend que Martin très, et de tant d'autres, il avait fait un

Bucer, ministre luthérien à Strasbourg recueil de canons intitulé : Concorde

LE PÀBADIS, CHANT X. 397

Si tu veux savoir qui sont les autres , suis nies paroles avec tes yeux; je te ferai connaître toute la couronne bienheureuse. Ici tu vois sourire Gratien , qui écrivit sur l'un et l'autre droit; il a ainsi mérité le Paradis. Cet autre , plus éloigné, dont ce chœur est orné, fut Pierre, qui, comme la veuve, offrit son trésor à la sainte Église. La cinquième splendeur ', qui est la plus belle parmi nous , brûle d'un tel amour, que là-bas le monde entier est avide de connaître son sort. Dedans, est le haut esprit qui contint un si profond savoir, que si le vrai est vrai, il ne s'en est pas élevé un second, doué d'autant de sagesse. Plus loin , tu vois cette lumière , qui , sur terre , a le mieux approfondi la nature des anges et le ministère sacré. Dans une lueur moins éclatante , sourit cet avocat des temples chrétiens 2 : Augustin s'est aidé de ses dissertations latines. Si tu avances , avec l'œil de l'esprit , en suivant mes éloges, de splendeur en splendeur, tu dois brûler de la soif de connaître la huitième3. Là jouit, en voyant le premier bien, l'âme sainte qui prouve à celui que persuadent ses leçons, combien le monde est trompeur. Le corps dont

des canons discordants.— Cet autre. lumière, etc. S. Denis l'Aréopagite. plus éloigné, dont ce chœur est orné , philosophe d'Athènes , qui embrassa le est Pierre. Il était né près de Novare.en christianisme, après avoir entendu saint Lombardie : après avoir étudié à Bolo- Paul. On lui attribue l'ouvrage de Cagne, il vint en France, recommandé à lesti hierarchid. Venturi dit que saint S. Bernard , qui le combla de bienfaits. Denis n'est pas l'auteur de cet ouvrage ; Tierce lit de tels progrès dans les scien- Lombardi parait croire qu'on a eu raices , principalement dans la théologie , son de l'attribuer à ce saint, qu'il devint le plus fameux docteur de 2- Dante, selon Vellutello, veut parler l'école de Paris. Il est principalement de S. Ambroise , archevêque de Milan ; connu sous le nom de maître des sen- mais Grangicr, Venturi, Lombardi et tences , à cause de l'ouvrage qu'il a Portirelli pensent qu'il s'agit de Paul composé sous ce titre , parce que c'est Orosius, auteur de sept livres contre les un recueil de passages des Pères dont il gentils qui calomniaient la religion concilie les contradictions apparentes. chrétienne. Ces livres furent dédiés Il fut élu évéque de Paris, mais il ne à saint Augustin. Ce dernier fait mer.tint pas ce siège longtemps : il a été tion de Paul Orosius dans son livre de enterré à Saint-Marcel de Paris. Ratione animœ.

Dante dit que Pierre , comme la veu- 3. Boèce , auteur du livre intitulé :

ve, offrit son trésor a l'Église, parce de Consolatione pliilosop/iiœ , dont le

que Pierre se compare , en pariant de poète a emprunté plusieurs idées. Bcèce

son ouvrage, à la veuve dont il est était sénateur à Rome sous Thcodoric.

question dans saint Luc, chap. si, v. 2. Il a été enterré à Pavie, dans l'église

1. Salomon. — Plus loin, ta vois cette de Saint-Pierre, dite Ciel Aureo.

398 LE PARADIS, CBANT X.

elle fut chassée , a été déposé dans l'église du Ciel d'Or, taudis qu'elle, après son exil et son martyre, est venue trouver ici une paix profonde. Vois maintenant briller l'esprit ardent d'Isidore', de Bède, et de Richard , qui , dans ses contemplations, fut plus qu'un mortel. Celui sur lequel je vois ton œil fixé, est un esprit à qui, dans ses graves méditations, il tarda longtemps de mourir; c'est l'éternelle lumière de Siger 2, qui, rue du fouarre, par des syllogismes évidents, excita l'envie de ses contemporains. »

Lorsque au matin sonne l'heure où l'épouse de Dieu3 se lève , pour adresser des prières à l'époux dont elle invoque la tendresse , de même que les deux roues de l'horloge se meuvent et titillent un tintement si doux , qu'un esprit saintement disposé se gonfle d'amour, de même je vis les roues glorieuses4 se mouvoir et se répondre avec une harmonie et un accord délicieux qui ne peuvent être connus que là où la jouissance est éternelle.

«. Saint Isidore, évoque de Séville , en eoi. — Bède, prêtre anglais, surnommé le vénérable, qui mourut en 733. Il est l'auteur de Y Histoire ecclésiastique des Anglais, et d'un ouvrage intitulé : des Six âges-du monde. — Richard , chanoine régulier de Saint-Victor. Noël Alexandre en parle avec éloge dans son Histoire ecclésiastique, chap. 6, article tb.

a. Siger. Les commentateurs italiens donnent peu de détails sur Siger.

M. Victor Leclerc , mon confrère à l'Académie des inscriptions, a réuni des recherches importantes sur ce professeur de la rue du Fouarre. M. Leclerc pense que le Siger dont il s'agit ici est Siger de Courtray. Les preuves données a l'appui de cette assertion sont convaincantes : je les ai mentionnées avec détails dans l'Histoire de Dante, p. 422 : elles méritent, comme ce qui a été dit par M. Raynouard sur Arnaut Daniel (voy. Purg., p. 309, note 3), d'être transportées dans toutes les prochaines éditions italiennes de la Divine Comédie.

Depuis, M. Leclerc a lu devant l'Académie un autre travail encoreplus étendu, sur celte question, et l'on y reconnaît

la science, l'érudition, la logique , qui ont présidé à la rédaction du premier Mémoire. Ce second Mémoire n'est pas encore publié. C'était la France qui devait recueillir des renseignements aussi complets sur un professeur de l'Université de Paris.

Saint -Foix ( Essais historiques sur Paris, pages i7o et 171) s'exprime ainsi à l'article de la rue du Fouarre, que Dante appelle vico degli Strami : « L'Université avait autrefois des écoles des deux côtés de cette rue. Elle prit le nom de la rue du Fouarre , vieux mot qui signifie de la paille , de la grande quantité qu'en faisaient apporter les écoliers. Ils n'étaient assis , dans les classes, que sur de la paille. Anciennement, il n'y avait aussi ni bancs, ni chaises dans les églises : on les jonchait de paille fraîche et d'herbes odoriférantes surtout à la messe de minuit et aux autres grandes fêtes.

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