L'Église prise pour tous les ministres de la religion
4. La ronde des substances qui avaient déjà tourné trois fois autour de Béatrix et du poète. (Voy. Parad., p. 59G, lig.7.)
CHANT XI
0 soin insensé des mortels ' ! Combien sont défectueux les syllogismes, qui leur font diriger les ailes en en-bas! L'un courait à l'étude du droit ou à la méditation des aphorismes ; l'autre suivait le sacerdoce; celui-ci aimait à employer la force etles sophismes; celui-là dérobait le bien d'autrui, ou spéculait avidement dans son négoce : l'un s'adonnait aux plaisirs cbarnels, l'autre à une coupable indolence, tandis que, méprisant ces vanités, j'avais été conduit par Béatrix au séjour céleste où les bienheureux me faisaient un accueil si gracieux. Les différents esprits : revenus à la place qu'ils occupaient auparavant, s'arrêtèrent, comme la cire reste immobile dans le flambeau, et l'esprit qui m'avait d'abord parlé3, devenant plus brillant, m'adressa ces mots : « En regardant la lueur éternelle, je m'allume de ses rayons , et j'y lis toutes tes pensées. Tu as un nouveau doute , et tu désires que je te rende plus sensibles les explications qui t'ont déjà été données. Je t'ai parlé plus haut de la nourriture délectable et de cet homme après lequel il ne s'en est pas élevé un second*. Ici
i. Venturi voit ici avec raison une 4. Je t'ai parlé plus haut de tout le
imitation de Lucrèce : bonheur que peuvent espérer les
. O miseras hominum mentes , o pec agneaux de Dominique , s'ils renoncent
aux vanités de la vie ; je t ai parle ensuite de cet homme en qui Dieu mit
tora caca
Oualibus m tenebrts? » , ,, , M ,
it- it .. . • , i une telle sagesse qu aucune autre ne
(Liv. II, vers m et suiv.) . . . '. i .... *■ ■
lui est comparable, c est-a-dire Salo-
2. Les esprits que Dante a vus dans mon. Ici il faut bien distinguer ces proie chant précédent, et parmi lesquels positions. Saint Thomas d'Aquin réponse trouvent saint Thomas d'Aquin , AI- dra d'abord à la première proposition bert de Cologne, Pierre Lombard, saint qu'il a avancée ; il expliquera plus tard Denis l'Aréopagite, Orosius, Boèce , pourquoi Salomon eut une sagesse qui Isidore, Bède, Richard de Saint- Victor ne fut pas égalée. Le poiitc vient de et Siger. faire entendre en quelque sorte qu'il va
s. Saint Thomas d'Aquin. présenter un panégyrique du fondateur
il faut bien distinguer ces propositions. La Providence, qui gouverne le monde par cette puissance qu'aucun être créé ne' peut approfondir, voulut que l'épouse , fidèle cà son seigneur, et sûre dans sa marche , ne s'éloignât jamais de celui qui s'unit à elle en versant son sang béni , et en jetant de grands cris : par bonté elle daigna lui accorder deux guides secourables. L'un fut rempli d'une ardeur séraphique ' ; l'autre eut en partage toute la sagesse des chérubins. Je ne parlerai que d'un seul : c'est les célébrer tous les deux en parlant de l'un ou de l'autre ; leur saint ouvrage n'eut qu'un même but.
« Entre le Tupino 2 et cette onde qui tombe de la colline où le bienheureux Ubald avait choisi son séjour, au pied d'une haute montagne qui, suivant la direction des vents, envoie à Pérouse, vers la porte du soleil, la chaleur ou le froid, est une côte fertile, à l'oppose de Nocera et de Gualdo si mal situés; sur cette côte, dans la partie où la pente est plus douce , naquit au monde un Soleil semblable à celui où je suis maintenant et que l'on voit quelquefois sortir des eaux du Gange : si l'on veut parler de ce séjour, qu'on ne l'appelle pas Assise, mais qu'on le nomme précisément Y Orient. Ce
des Dominicains: il fait dire à saintTho- François au soleil , et veut qu'on apraas (TAquinque Dieu accorda à l'Eglise pelle l'Orient l'endroit où est né ce redeux guides secourables , François et ligieux. Venturi s'écrie : «< Cor.cetto di Dominique. Tout à coup, par une transi- tre quattrini. » (Proverbe qui répond a tion rapide, il s'attache seulement à faire peu près à celui-ci: Propos de trois l'éloge de François. Ce sera saint Bona- sols.) Il ajoute : «Je ne le cède à perventure , Franciscain , qui fera l'éloge sonne en estime pour ce poète incomde Dominique dans le chant suivant. parante, et je crois l'avoir suffisammeet
t. Saint François. L'autre eut en par- prouvé quand j'ai entrepris l'ennuyeux
tage toute la sagesse des chérubins, travail de ce commentaire; cependant,
saint Dominique. je ne crois pas devoir dissimuler les
2. Ici commence l'éloge de saint petites taches de ce soleil. Je dirai ainsi, François. Le Tupino est une petite ri- pour ne pas quitter l'allégorie dont se vière près d'Assise. L'eau qui tombe de sert le poëte lui-même dans ce pasla colline , etc. , est l'eau de la Cl.ias; , sage.»
qui descend des montagnes où s'était Lombardi trouve que cette réflexion
retiré saint Ubald , dans le territoire de Venturi est déplacée , et il dit , plus
d'Aggobbio. La porte qui de l'erugia bas : «Si Dante appelle avec raison
conduit à Assise s'appelait la porte du saint François un soleil (et en effet il
Soleil. — Nocéra, ville, et Gualdo, chû- l'appelle ainsi avec très-grande raison ) ;
teati , sont situés de l'autre côlé de la si saint Bonaventure , dans la Vie du
montagne, et quelquefois exposés à des saint patriarche d'Assise, lui applique
vents furieux. Le poëte compare saint ces paroles de l'Apocalypse, vidi allé-
soleil ' était au commencement de sa carrière; déjà, il montrait à la terre l'éclat de sa haute vertu. Malgré la répugnance de son père, jeune, il aima cette femme à qui, comme à la mort, les hommes n'ouvrent jamais la porte du plaisir. Il l'épousa devant l'autorité spirituelle, et en présence même de son père. De jour en jour il l'aima davantage. Cette femme, veuve de son premier époux depuis mille et cent ans et plus, avait vécu jusqu'alors dans la retraite et l'obscurité. En vain elle avait tenu compagnie fidèle à Amiclas 2, et n'avait , comme lui, éprouvé aucune crainte, au son de la voix du héros qui faisait trembler l'univers; en vain, pleine d'une patience admirable et d'une noble constance, elle était montée, avec le Christ, sur la croix dont Marie avait embrassé le pied 3. Je ne vais pas continuer un langage trop mystérieux : Fra7içois et la pauvreté sont les deux amants que t'indiquent mes paroles diffuses.
« Leur concorde , leurs visages d'allégresse, l'amour, la merveille, leur doux regard devenaient la cause de saintes
rttm angelum ascendentem ab ortu solis, habentem signum Dei vivi, le poëte demande, avec fondement, qu'on n'appelle pas Assise , mais l'Orient, le le lieu où est ne saint François. •>
M. Porlirelli , qui n'a pris parti ni pour Vcnturi, ni pour I.ombardi, borne son commentaire à ces mots : « Dante , comparant saint François au soleil, appelle l'Orient le lieu où est né ce saint.» il est certain que , pour les personnes qui ont approfondi et attentivement observé le style hardi de Dante, cette comparaison ne doit pas beaucoup étonner.
Saint Thomas dit : « Un soleil semblable à celui où je suis maintenant. » Il ne faut pas oublier que le saint est dans le séjour que Dante appelle la planète du soleil. — Dans l'été, le soleil semble sortir des eaux du Gange, c'est-à-dire se lève, relativement à IItalic, dans la partie des Indes orientales où coule le fleuve du Gange.
». Ce soleil, saint François.— Malgré la répugnance de son père : malgré son
père, Bcrnardone, marchand de laines à Assise. — Cette femme, etc.. La pauvreté. Les hommes n'aiment pas plus la pauvreté que la mort. — - Voici des détails sur saint François , qu'on trouve dans Y Abrégé de l'Histoire ecclésiastique, tome V, page B42 :<< François naquit à Assise, en Ombrie, l'an ii8î; l'enfant fut nommé Jean au baptême, mais on lui donna ensuite le surnom de François, à cause de la facilité avec laquelle il avait appris la langue française, nécessaire alors aux Italiens pour le commerce. — Cette femme veuve de son premier époux , veuve de Jésus- Christ.
2. Amiclas , pêcheur, qui reçut Jules- César et le transporta d'Épire en Italie. ( Pharsule de Lucain, chant v.)
5. La pauvreté était montée sur la croix avec J. C, son époux, tandis que Marie, propre mère de J. C , s'était contentée d'embrasser le pied de la croix.
-102 LE TARADISj CHANT X[.
pensées1. Le vénérable Bernard , frappé de cet exemple , se déchaussa le premier; il courut à un si doux bonheur, et il se reprocha d'y avoir couru si tard. 0 richesse inconnue.! ô bien fécond ! Égide se déchausse3, Sylvestre se déchausse à la suite de l'époux , tant l'épouse a de charmes ! Ce père , ce maître s'en va avec cette épouse, et la famille qui se liait le corps avec un humble cordon^. Il ne se sentit pas humilié, parce qu'il était fils de Pierre Bernardone, et parce qu'il paraissait vivre dans le mépris. Il manifesta rovalement à Innocent5 le plan de sa règle si sévère . et il obtint de ce pontife la confirmation de ses statuts. Le nombre de ces pauvres religieux continua de s'augmenter : leur vie fut si admirable que la gloire du ciel seule pourrait la chanter.
« Honorius6, inspiré par l'Esprit Saint, orna d'une seconde couronne le front sacré du nouvel Archimandrite.
« Bientôt, dans la soif du martyre, François alla prêcher le Christ et la doctrine de ceux qui le suivirent, en la présence du farouche Soudan. Il ne trouva pas les nations mûres pour
i. L'amolli' mystique emprunte quelquefois tout le langage de l'amour physique.
». « Bernard , un des principaux citoyens d'Assise, résolut de quitter le monde , et demanda conseil à saint François pour exécuter son dessein :
«C'est à Dieu, répondit saint François, « qu'il faut le demander.» Ils entrèrent dans l'église de Saint-Nicolas; et, après avoir prié .'François ouvrit trois fois le livre de l'Évangile. La première fois, il trouva ces paroles : « Si vous voulez «être parfait , allez et vendez tout ce «que vous avez.» La seconde fois : «Ne « portez rien en voyage.» La troisième fois : « Que celui qui veut venir après «moi renonce à soi-même; qu'il porte ,< sa croix et me suive. » •• Voila , dit le saint homme, ma règle et celle de ceux qui voudront se joindre à moi.»
....«François envoya Bernard prêcher, avec l'ierre , dans la Bomagne ; et il l'envoya ensuite dans la iMarche d'Ancone prêcher avec Gilles. » {Abrégé
de l'Histoire ecclés. , t. V, p. S46 , 547.
3. Egidius, en français, Cilles, le troi sième disciple de saint François, qui l'envoya en Afrique , et qui l'appelait. notre Héros. — Sylvestre suivit aussi saint François. Sylvestre était déjà prêtre quand il s'attacha à ce saint.
4. Venturi observe que le mot capestro , employé par le poète , veut dire la cordeavec laquelle on lie les animaux ou celle avec laquelle on pend les hommes, et il observe que cette expression est peu obligeante. Lombard i répond qu'on lit dans la Vie de saint François, par saint. Bonayenture , chap. e, que François appelait son propre corps un âne, et voulait qu'on le traitât comme tel. Biagioli appuie l'opinion de Loinbardi.
s Au pape Innocent MI.
g. Honorius III permit aux religieux de Saint-François de recevoir l'ordre de la prêtrise. — Du nouvel Archimandrite; mot dérivé du grec r 'Apytuavôp£xY)ç, chef de bercail.)
la conversion , et afin de ne pas rendre ses travaux inutiles, il revint cueillir les fruits des plantes d'Italie ; et là , sur un âpre rocher, entre le Tibre et l'Arno', il reput du Christ ces marques célestes dont il porta l'empreinte pendant deu\ ans.
« Quand il plut à celui qui l'avait appelé à de si grands biens, de lui accorder la récompense qu'il avait méritée en se faisant si humble, François recommanda son épouse chérie à ses frères, comme à ses héritiers légitimes; il leur ordonna de l'aimer ardemment : et lorsque sa belle àme retourna au ciel , sa patrie , il ne voulut pas d'autre bière que la terre.
« Mais quel fut le digne collègue qui l'aida à gouverner la barque de saint Pierre dans la haute mer? Ce fut notre patriarche . Celui qui est fidèle à la règle de ce dernier, voit bientôt qu'il charge une bonne marchandise; mais ses successeurs sont si avides d'une autre nourriture qu'il est difficile qu'ils échappent aux écueils qui peuvent se rencontrer sous leurs pas; et quand les brebis vivent ainsi sans ordre et vagabondes, elles n'ont plus de lait lorsqu'elle reviennent au bercail. Il en est qui redoutent le péril et se serrent contre le pasteur, mais elles sont en petit nombre ; peu de drap suffit pour leur faira des capuchons.
« Maintenant, si mes paroles ne sont pas obscures, situ m'as écouté avec attention, et si tu te souviens de tout ce que je t'ai dit. tu dois être en partie satisfait, tu sauras dans quel bois j'ai taillé , et celui qui porte la courroie comprendra la justesse de ce raisonnement : On trouve une nourriture délectable, si l'on renonce aux vanités de la vie 3. »
i. Sur la montagne dAlvcrnia, en la mer Méditerranée à leur droite, etia
Toscane , où saint François reçut les mer Adriatique à leur gauche,
stigmates. J'ai visité cette montagne : 2. Ce fut notre patriarche. Il ne faut
on y montre encore aujourd'hui le ro- pas oublier que c'est un dominicain
cher où François s'était retiré. Prés de qui parle : aussi saint Thomas d'Aquin,
là, on jouit d'une vue qui s'étend à plus dit notre patriarche . c'est-à-dire saint
ie trente lieues, et des religieux du Dominique.
:ouvent qui a ete bâti dans ce site pit- r. Saint Thomas retient ù ce qu'il a
.oresque m'ont assuré que, dans les dit, chant x, p. ôw, et chant xt p.sas. aeaux jours, ils pouvaient apercevoir
CHANT Xll
A peine la flamme bienheureuse ' eut-elle dit ces dernières paroles, que la meule sacrée commença à se mouvoir; mais elle n'avait pas fini un tour, qu'une autre ronde l'environna en conformant mouvement à mouvement et chant à chant. Leurs voix, dans ces orgues suaves, surpassaient en mélodie celles de nos muses et de nos sirènes, comme la lumière directe surpasse en éclat celle qui est réfléchie. Tel que deux arcs parallèles et de même couleur, qui, se formant dans la nuée transparente, quand Junon l'ordonne à sa messagère , et naissant l'un de l'autre , comme naît d'une autre voix la voix de cette belle que l'amour consuma ainsi que le soleil consume la vapeur, annoncent au monde le pacte que Dieu fit avec Noé 2, pour lui promettre qu'il ne se formerait plus le lac immense, telles circulaient autour de nous les deux guirlandes de ces roses éternelles , la seconde répondant aux agitations de la première. La danse qu'avaient commencée ces âmes pleines d'allégresse , en s'accompagnant de leurs chants et en flamboyant d'un même éclat, ayant cessé
f. Saint Thomas d'Aquin , le même qui vient de dire à la tin du chant xi, que le correggier, le franciscain qui se ceint d'un cordon, comprendra ce raisonnement. " V bens' impingua, etc.»
On trouve une nourriture délectable, etc.
2. Arcum meum ponam in nubibus, etc., et non erunt ultra aquœ diluvii, etc. Genèse, 9. — Le lac immense, l'effet du déluge. —Telles circulaient autour de nous, etc. La comparaison eût eu quelque chose de plus satisfaisant, si les deux guirlandes qui signi-
fient ici les deux rondes n'eussent pas "tourné, parce qu'on ne peut pas coin-' parer les lignes de couleurs différentes' de l'arc-en-ciel qui restent immobiles/ à des rondes qui tournent sur ellesmêmes. Plus bas , le poëte emploierai une comparaison beaucoup plus juste, quand il dira que les danses des Ames. pleines d'allégresse cessent dans le même moment, et par l'effet de la même volonté, comme on voit chez les hommes les deux yeux s'accorder à s'ouvrir e{ j se fermer ensemble.
LE PARADIS, CHANT XII. 40ô
dans le même moment et par l'effet delà même volonté, comme on voit chez les hommes les deux yeux s'accorder à s'ouvrir et à se fermer ensemble, du cœur de l'une des lumières nouvelles sortit une voix ' vers laquelle je me dirigeai, ainsi que l'aiguille se tourne vers l'Étoile J, et elle prononça ces mots: «L'amour qui me rend belle, meporte àt'entretenir de l'autre chef3, à l'occasion duquel on t'a parlé de celui dont je suivais la règle : lorsqu'on fait mention de l'un, il ne faut pas oublier l'autre. Tous deux ont combattu pour la même foi; la gloire de tous deux doit briller en même temps. La milice du Christ , qu'on ne réarma que par tant de sacrifices,suivait ses étendards , craintive , chancelante et en petit nombre. L'empereur qui règne toujours 4, pourvut aux besoins de ces milices, moins parce qu'elles s'en étaient rendues dignes, que par l'effet de sa grâce, et, comme on te l'a dit, donna pour protecteurs à son épouse, deux champions dont les paroles et les actions rallièrent le peuple égaré. Dans cette partie du monde5 où se lève le zéphyr qui ramène les feuilles nouvelles dont se revêt l'Europe , non loin du fracas de ces ondes, derrière lesquelles le soleil, dans sa longue fuite, se cache quelquefois à tous les hommes , est placée la fortunée Callaroga6, sous la protection du grand écu, sur lequel le
1. Sortit une voix : la voix de saint deux champions dont les paroles et les Bonaventure. Ce saint s'appelait Jean actions rallièrent son peuple égaré. Ces Fidenza, et il était né en 1221, à Bagno- deux champions sont saint Dominique reggio, aujourd'hui appelé Bagnorea. Il et saint François.
fut honoré de la pourpre en 1275. L'en- t>. En Espagne, non loin de l'Océan.
|voyé de Grégoire X, qui en portait les s. Callaroga, ville de la Castillc-
insignes à ce religieux, le trouva dans Vieille; les Espagnols l'appellent au-
on couvent, lavant la vaisselle. On l'ap- jourd'hui Calahorra. Elle porte pour ar-
pela le Docteur séraphique. Il mourut moiries de sable (la couleur noire; aux
:n 1273. deux lions accolés, affrontés, posés en
2. Comme l'aiguille de la boussole se barre, armés, allumés, tamponnes de lirige vers l'étoile polaire. gueules (couleur rouge), et couronnés
Saint Dominique. On a vu que saiiit d'or. Ainsi la position de ces figures hé-
Thomas, dominicain, a fait l'éloge de raldiques est celle-ci : « Deux lions po-
aint François. Ici saint Bonaventure, ses enbarre.» Or, la barre est une'pièce
ranciscain, va faire l'éloge de saint de blason qui part du haut de la partie
Jominique- gauche de l'écu pour aboutir au bas de
L'empereur qui règne toujours. la partie droite. Voilà bien les deux
)ieu donna pour protecteurs à l'Église, lions, et leur position ainsi déterminée,
oe Dante appelle ici l'épouse de Dieu, en barre accoles et affrontés, nousap-
lion s'abaisse ou domine. C'est là que naquit l'amant passionné de la foi chrétienne , le saint athlète si bon aux siens , si formidable aux ennemis. Quaud il fut conçu, Dieu remplit son esprit d'une telle vertu, que sa mère devint prophète1.
« Après qu'il eut contracté sur les fonts sacrés une sainte alliance avec la foi, alliance dans laquelle ils se dotèrent d'une délivrance réciproque , la femme qui donna pour lui l'assentiment2, vit en songe le fruit admirable qui devait sortir de lui et de ses héritiers.
« Un ange descendit du ciel, et pour manifester ce qu'était cet enfant, le nomma Dominique, du nom du Seigneur, auquel il appartenait tout entier, et j'en parle en ce moment , comme du jardinier diligent que le Christ élut pour l'aider dans sa vigne. On ne douta pasqu'ilnefût l'envoyé chéri du Christ, quand on vit le don du premier amour qui brillait en cet enfant, quand on vit comment il suivit le premier conseil que donna le Christ 3. Souvent sa nourrice le trouva éveillé et prosterné à terre ; il semblait dire : Je suis venu pour cela* O toi , Félix «S, son père, que tu fus dignement nommé ! O toi, Jeanne, sa mère , que tu méritais bien de porter ce nom , s'il s'interprète comme on le dit! Il ne se passionna pas pour le monde, comme quiconque étudie celui d'Ostie 5 etThadée; mais il chercha la manne véritable. En peu de temps il acquit une science étendue, et sut cultiver la vigne, qui languit quand le vigneron ne travaille pas. Il ne demanda pas au
prend que si l'un domine, l'autre s'a- une autre étoile qui éclairait l'occi-
baisse. - Je dois ces informations utiles dent.
a l'aimable bienveillance de M. le comte 3. Le couseil de se vouer à la pau-
de Courchamps, et je le remercie en- vrete.
core de la complaisance qu'il a mise à 4. Félix, mot latin qui signifie heu-
m'aider de ses lumières. reux : Jeanne, en hébreu, signifie favo- |
1. Dante fait allusion ù la révélation risée de la grâce. (Cagneius in Lucœ qu'eut la mère de Dominique, qui ap- Evang., cap. t.)
prit par un songe qu'elle mettrait au s. Ostiense, cardinal qui a écrit sur
monde un chien blanc et noir, portant les décrétales. On l'appelait, dit-on.
un flambeau dans la gueule. Ostiense, d'Ostie, parce qu'il était évê-
2. La femme qui avait tenu Dominique que d'Ostie, et né dans cette petite ville, sur les fonts de baptême, vit en songe — Thadce, grand médecin florentin, qui ce saint. Il avait sur le front une étoile fut surnommé plus quant commentaqui éclairait l'orient, et sur la nuque tor, plus que commentateur.
Saint-Siège, qui était autrefois plus favorable aux indigents (je ne parle pas ainsi pour le Saint-Siège, mais pour celui qui y est assis et qui dévie '), il ne demanda pas qu'on le dispensât de rendre six moyennant deux ou trois; il ne demanda pas l'assurance d'obtenir les premiers bénéfices vacants , ni les dîmes qui appartiennent aux pauvres de Dieu 2; il ne sollicita que le droit de combattre contre le monde dépravé pour la semence , dont tu vois vinct-quatre plantes autour de toi3. Ensuite ce savant et vaillant religieux se mit en mouvement avec la protection apostolique, comme un lorrent que des pluies considérables ont formé. Son impétuosité frappa les germes d'hérésie avec d'autant plus de force, qu'on opposa plus de résistance. De cette source naquirent plusieurs ruisseaux qui baignent le jardin catholique, et qui rafraîchissent ses arbustes. Si telle fut l'une des roues du char sur lequel l'Église, en défendant sa gloire, fut obligée de vaincre des ennemis qui avaient été ses enfants , tu dois, en même temps, reconnaître l'excellence de la seconde roue5, dont Thomas t'a parlé avec tant de courtoisie, avant que je fusse près de toi. Mais la trace des deux roues de ce char est maintenant abandonnée, et la moisissure a remplacé l'arôme. La famille qui suivait François avec zèle, paraît au jourd'huiretourner en arrière : à la récolte, on s'apercevra bientôt de la mauvaise moisson , quand l'ivraie se plaindra de n'être pas portée au grenier. Si l'on cherchait feuillet à feuillet dans notre livre, on trouverait peut-être un papier où pï lirait « Je n'ai pas dégénéré ; » mais ce religieux ne serait ni de Casai s ni d'Aqua-Sparta , où sont nés des hommes qui ,
In pape du temps : antre colère suffit. » Ici Dante est Jugé par Venturi
jibeline. comme poiite, et par Lombardi comme