‹ La Divine comédie de Dante Alighiéri (volume 5)Chapitre 5 sur 64 · INTRODUCTION. XV · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. XV

parmi les Gibelins florentins et les autres républiques gibelines répandues de loin en loin dans l'Italie.

C'est dans l'exil que le poëme de la Divine Comédie a été composé. Les notes de cette traduction expliquent souvent toutes les phases de la vie de l'exilé.

Vers 1505, il composa un ouvrage appelé le Convito; il s'en occupait en même temps que de la Cantica de YEnfer.

«La nourriture de ce banquet (l) sera ordonnée de «quatorze manières, c'est-à-dire, qu'elle se composera « de quatorze canzones qui auront pour sujet l'amour et « la vertu. »

Dans l'analyse que j'ai offerte de quelques passages du Convito , j'ai tâché de rester le plus près que j'ai pu de l'original écrit en langue vulgaire, de conserver les images, et surtout de ne pas altérer une sorte d'étrangeté vagabonde, à laquelle se livre l'auteur qui n'a pas devant lui un but fixe et arrêté.

Nous trouvons dans le chapitre xv de ce traité du Convito que Dante ne savait pas le grec , et n'avait pas la prétention de le savoir.

M. Letronne, mon savant confrère, m'a donné, en ce qui concerne particulièrement un passage sur la voie lactée, des notes pleines d'érudition et de netteté, qu'on ne lira pas sans plaisir, page 156 et suivantes de Y Histoire de Dante.

Dans ime définition de ce même traité , Dante défend à un auteur de se louer. « Les louanges que l'on se donne , dit-il , sont des paroles faites pour montrer ce que l'on ne sait pas. » Plus bas, il fait un pompeux éloge de la langue

(i) Histoire de Dante, p. i5i

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atine. Malheureusement, il se contredira dans le traité De Vulgari eloquio , dont nous parlerons plus tard. Quoi qu'il en soit, voici ce qu'il dit du latin : « Il est perpétuel et non corruptible; le vulgaire est non stable et corruptible (l). » Dante composa ensuite, en prose latine, un livre qu'il intitula : De Vulgari eloquio. L'auteur trouve moyen, dans cette circonstance, en parlant des divers langages de la Péninsule, d'aimer avec passion toute l'Italie, sans aucun détriment de tendresse pour sa ville , et il faut le louer en cela plus que ceux qui semblent ne pouvoir aimer l'Italie sans désaimer leur propre province , comme s'ils pouvaieut être Italiens sans avoir été précédemment Piémontais , Lombards , Toscans , Romagnols, Vénitiens, Romains, et Napolitains (2).

Nous n'oublierons pas d'observer ici que ce traité ne contient aucune injure personnelle contre les Florentins. L'auteur est souvent un homme qui voyage, qui compare , qui , s'apprêtant à écrire en langage vulgaire , rassemble partout des matériaux. L'éloge qu'il fait d'une langue, illustre, aulique, cardinale et de cour, est

(i) Cette définition me rappelle les opinions sages de mon confrère M. Hase, qui les a exprimées avec une grande clarté, dans une lettre qu'il m'a fait l'honneur de m'écrire, parce que je lui avais demandé si l'on devait choisir le français ou le latin, pour une inscription à mettre sur les tombeaux, élevés à Toulouse par la libéralité reconnaissante de mademoiselle Sarazin de Belmont , en l'honneur du célèbre Gros et de sa femme. (Voyez, relativement à mademoiselle de Belmont, la note 2 de la page 23o.) Je donnais la préférence au latin, parce qu'en Italie j'étais accoutumé à ne voir que des inscriptions latines. M. Hase m'adressa sur ce sujet des réflexions qu'il avait trouvées dans son esprit orné d'une grande science, et dans son expérience éprouvée, réflexions qui élaieut, aux termes près , les mêmes que celles de Dante.

(2) Je dois cette remarque généreuse à M. le comte César Balho, auteur de la Vita di Dante, 2 vol. in-8°. Turin, i83o,.

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l'annonce du prodige qu'il cherche, du succès qu'il ambitionne, du but qu'il veut atteindre (l).

Il paraît que Dante , quand il est venu en France , avait terminé le poëme de Y Enfer. Dans les ouvrages qu'il a composés après ce voyage, il reste des traces de prévention , de colère contre la France , et qui doivent faire penser que le poète ne fut pas heureux à Paris.

Vers 1312, de retour en Italie, Dante y publia son traité De Monarchiâ. Ce livre, composé en latin , a été traduit en italien par Marsile Ficin (j'ai donné avec détails l'analyse de ce traité dans Y Histoire de Dante, page 297 ).

On recherche avec empressement les lettres que Dante écrivit alors, et qui tendaient à fortifier le parti de l'empereur Henri VII contre les Guelfes de Florence. Le Pape séjournait à Avignon; Dante s'adresse aux cardinaux italiens. « Rome, dit-il, exciterait la pitié d'Annibal. » Lorsque Dante s'obstinait à être aussi un écrivain politique, malgré lui, il restait poète.

C'est vers la fin de 1314 que Dante termina probablement la Cantica du Purgatoire.

En 1317, suivant M. de Witte, célèbre philologue allemand , Dante écrivit à un religieux qui avait profité des dispositions de douceur où un commencement de paix avait placé les esprits , depuis la mort de Henri VII , pour demander qu'on permît que Dante allât à Florence. Les conditions récemment acceptées par d'autres Florentins exilés, étaient celles-ci : le condamné devait se constituer quelque temps en prison ; puis, à un jour de solennité, il devait se présenter, une torche à la main , clans une des

(i) Histoire de Dante, p. 1 85.

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principales églises, et là se recommander à la miséricorde du comune.

On lit dans la réponse de Dante : « Ce n'est pas là un chemin par lequel on revienne dans la patrie; mais si vous ou vos amis , vous en entrevoyez un autre qui ne dérogé ni à la renommée de Dante ni à l'honneur, j'accourrai à grands pas pour l'accepter. Si l'on n'entre pas à Florence par une autre voie, je ne rentrerai pas à Florence. »

« Eh quoi ! ne pourrai-je contempler partout les miroirs du soleil et des astres? Est-ce que je ne pourrai pas admirer les plus douces vérités sous le ciel , si auparavant je ne me montre pas sans gloire et couvert d'ignominie, devant le peuple et devant la ville de Florence? Jamais le pain ne me manquera.... » *

Le reste de la lettre n'a pas été retrouvé. Réponse magnifique à jamais ! 11 est dur de ne pas revoir la patrie. Il est amer pour tous le pain étranger ! Mais la noblesse , la force , la dignité dans l'exilé , que l'on veut déshonorer, sont, de tout temps, des vertus du premier ordre, des titres de gloire ineffaçables , des sujets de louanges destinés à ne pas périr.

Douze chants du Paradis étaient terminés sans doute , vaant que cette lettre fût écrite.

Depuis quelques années, Dante résidait à Vérone, auprès de Can le Grand. En 1318, le poëte, à la suite de mécontentements , quitta cette ville. Au commencement de 1 3 1 9, âgé de cinquante-quatre ans , il visita Udine dont Pagano délia Torre , patriarche d'Aquilée , était seigneur, et il passa auprès de ce prince plusieurs mois.

Dante trouva son dernier asile à la cour de Guido V, seigneur de Ravenne. Il parait que ce prince était menacé de l'inimitié de Venise. Dante fut invité à porter des pa-

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rôles de paix et d'alliance; mais il ne réussit pas dans son ambassade. Il aimait tendrement Guido; cette contrariété affligea vivement Alighiéri, qui tomba malade quelque temps après son retour à Bavenne. Il remplit exactement les saints devoirs, et le 14 septembre 1321, jour où l'on célèbre l'Exaltation de la Croix , il rendit le dernier soupir.

Divers auteurs ont tracé le portrait du poète. Voici comment s'exprime Bocace : « Dante fut d'une stature moyenne , et quand il parvint à l'âge mûr, il cheminait un peu courbé. Il avait la démarche empreinte de gravité et de mansuétude ; toujours il était vêtu de draps assez fins , ajustés comme il convenait à son âge. Il avait le visage long, le nez aquilin, les yeux plus grands que petits , le menton allongé ; sa lèvre inférieure débordait la lèvre supérieure. Il avait le teint brun , la barbe et les cheveux épais , noirs et crépus ; la figure était mélancolique et pensive Dans ses habitudes publiques et domestiques , il était admirablement retenu et modeste, plus que tout autre, courtois et civil. Il buvait et mangeait peu, et constamment aux heures réglées. Il se contentait du nécessaire à ses repas : il ne montrait aucune gourmandise. Il louait les mets délicats, et s'alimentait démets communs Il parlait rarement, à moins qu'on ne l'interrogeât. Il répondait poliment et du ton qui convenait à la matière. Néanmoins, quand il le fallait, il était trèséloquent, avec une prononciation excellente et prompte. » (Bocace, in-12, 1723, tome III, page 29.)

Lorsqu'il passa dans un monde meilleur, le poète était âgé de cinquante-six ans, quatre mois et sept jours.

Ainsi mourut Dante (1). Homme malheureux dès son

(i) Histoire de Dante, p. 486.

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