Le potHc a imité ce passage d'Ovide
Çuœ si non' cecidit, potuit cecidissc videri.
t.. Je n'ai lu dans aucun commentateur, le rapprochement qu'on peut faire entre la croix dont il est ici question, et celle qu'on a pu voir suspendue à Rome
le vendredi salut au milieu de l'église ae Saint-Pierre. Cette immense basilique n'était alors éclairée, après l'office du soir, que par une longue croix en illumination, d'un effet admirable. On sait à Rome que cette invention est duc à Michel-Ange. Je ne doute pas qu il n'aitemprunté cette idéeà Dante."!, altiste florentin était très-partial pour cepoBte, »dit Lanzi, t. I, p. i;i, édit. de Bassano, 1809. Michel-Ange avait même composé des dessins pour chaque chant d'un manuscrit de Dante qu'il possédait. Ce manuscrit ne se trouve plus, au grand regret ûc ceuv qui Aiment les
sou ruban , franchit toute cette ligne de lumière , et paraissait un corps de feu dans un vase d'albâtre. Ainsi l'ombre du pieux Anchise se fit voir à son fils dans l'Elysée , si nous ajoutons foi au plus grand de nos poètes '. L'esprit m'adressa ces paroles: — «O mon sang2, ô grâce surabondante de Dieu! à qui aura-t-on jamais , comme à toi, ouvert deux fois la porte du ciel ? » J'écoutai cet esprit avec attention ; ensuite, plein d'étonnement, je regardai Béatrix : ses yeux brillaient d'un sourire si doux, que je crus qu'avec les miens, je touchais le fond de ma grâce et de mon Paradis. L'esprit que je voyais et que j'entendais avec tant de plaisir, ajouta des paroles que je ne compris pas, tant elles étaient sublimes. Ce n'était pas par choix, qu'il se cachait ainsi à moi, c'était par nécessité. L'entendement d'un mortel ne pouvait s'élever sur-le-champ jusqu'à saisir de si hautes conceptions. Cependant, quand l'arc de sa divine ardeur eut lancé le trait, et que ses paroles descendirent au point où pouvait arriver notre intelligence, ses premiers mots furent ceux-ci: « Sois béni, 6" toi , qui en trois personnes ne formes qu'une seule essence, et qui combles de tant de faveurs mon heureuse famille ! » Il continua ainsi : « Mon fils, grâce à celle qui t'a donné des ailes pour le vol sublime, tu as mis fin , dans cette sphère où je te parle , à l'agréable et long jeûne que j'ai commencé3, en lisant dans l'immense volume où l'encre et l'écriture sont immuables. Tu as raison de croire que je dois à Dieu le don de deviner ta pensée , comme il est certain que cinq et six
arts et la poésie. Qu'il aurait été beau I. Dante cite directement Virgile.
de voir les pensées de Dante dessinées s. H y a ici trois vers latins, mais ils
par Michel-Ange ! Quant à cette croix ont la mesure et la rime des vers ita-
que je mentionne ici, Je l'ai encore vue liens.
ir Rome il y a quelques années : elle 3. Ceci est une Imitation singulière.
était suspendue en avant de la confes- ment poétique de ces vers si attendris
sion de Saint-Pierre, et haute de plus de sants du 6e livre de l'Enéide :
vingt-deux pieds romains. On traçait, ■fj'
avec des gardes, un cercle où le pape Venïsti tandem, tuaque exspectata j,"
venait, précédé de tous les cardinaux, parenti,
faire sa prière. Il est certain que je n'ai Vicit iter durutn pielas?, dutur oi'a #,
jamais vu cette croix sans penser à ce tueri,
passage du Paradis. Nate, tua
proviennent de l'unité. Mais tu ne me demandes pas à qui tu parles, et pourquoi, dans cette foule d'esprits joyeux , je suis celui qui te fais l'accueil le plus gracieux. Oui, sans doute, tous les esprits de ces sphères , à quelque degré de gloire qu'ils aient été destinés, lisent l'avenir dans ce miroir, où ta pensée s'offre avant que tu la connaisses toi-même. Cependant, afin de mieux accomplir le mystère de l'amour sacré qui me fait veiller, pour regarder perpétuellement en Dieu , et qui me pénètre de suaves désirs, articule en liberté ta volonté, articule tes demandes; ma réponse est prête. » A ces mots, je regardai Béatrix : elle me devina avant que je parlasse , et un sourire vint fortifier les ailes de ma volonté. Je commençai ainsi : « Aussitôt que la première égalité vous apparut, l'intelligence et l'amour vous furent donnés en si égale mesure , que deux autres objets ne sont pas plus égaux entre eux : ces dons sont tels en Dieu qui vous allume de sa flamme ; mais chez les mortels , comme vous le savez , ces facultés sont diverses et ne volent pas avec la même vitesse. Moi qui suis mortel, je sens cette inégalité, et mon cœur seul peut vous remercier de votre réception paternelle. Je t'en supplie cependant, ô topaze vivante qui ornes ce joyau précieux', fais-moi connaître ton nom ! » L'esprit me répondit : « O rameau de l'arbre dont je fus la racine, toi que je me plaisais à attendre, celui dont tu descends , et qui habita plus de cent années la première côte de la montagne que tu as déjà visitée2, fut mon fils et ton bisaïeul 3 : par tes bonnes œuvres , tu dois raccourcir le temps de ses souffrances. Florence, dans l'enceinte de ses antiques murailles, où est encore placée l'horloge qui règle la troisième et la neuvième heure, vivait en
i. Le petite ayanta décrire des /ueurî, s. Alighiéri. C'est Cacciaguida , père
des splendeurs qui se meuvent de tous d'Alighiéri, qui parle. Alighiéri étant
côtés dans le Paradis, leur donne tantôt bisaïeul maternel de Dante, Caccia-
le nom de topazes, tantôt celui de ru- guida était son trisaïeul. — La troisième
bis: dans le deuxième chant du Para- heure et la neuvième heure sont les
dis, page 586, il a appelé la lune, la heures des prières et des travaux. perle éternelle.