‹ La Divine comédie de Dante Alighiéri (volume 5)Chapitre 51 sur 64 · La première côte de la montagne du Purgatoire · texte numérisé non relu

La première côte de la montagne du Purgatoire

paix, au sein de la pudeur et de la sobriété : ses femmes ne connaissaient pas les chaînettes, les colliers, les brodequins, les ceintures et ces parures qu'on regarde avec plus d'attention que celles qui les portent '. A la naissance de sa fille, le père ne craignait pas d'être* obligé de la marier trop tôt, ou de lui donner une dot trop considérable. Les maisons n'étaient pas désertes. Sardanapale 2 n'était pas encore venu montrer ce qui se peut dans une chambre. Montemalo n'était pas encore vaincu par votre Uccellatojo , qui, vaincu lorsque l'on monte sur ses hauteurs, le sera aussi pour ses ruines3.

« J'ai vu Bellincion Berti* ne pas dédaigner une simple casaque de cuir, bordée de boutons d'os; j'ai vu sa femme

i. Ovide avait dit : « Pavs minima est ipsa puella sui. »

2. Sardanapale n'était pas encore venu montrer les excès auxquels on peut se porter en secret, dans une chambre. Le poète prend Sardanapale, roi des Assyriens , pour le type de la débauche la plus effrénée.

5. Le père d'Aquin, qui a fait, comme J'ai dit, une traduction latine de liante, Irès-estimée , assure que le poète a voulu désigner par Montemalo , le Mont-Marins, Monte Mario, où est actuellement la villa Millini, d'où effectivement l'on découvre les somptueux édifices de Rome. Cette explication- paraît satisfaisante. D'autres commentateurs soutiennent que Montemalo est une montagne entre Rome et \iterbe.

Mais à trois lieues de Rome, de ce côté, on ne peut plus rien voir de cette ville ; ce n'est qu'à une plus grande distance qu'on peut encore la découvrir, et de si loin on n'aperçoit pas distinctement les édifices. Quant'àll'allération du mot, il est probable que Dante aura mis Montemalo pour Monte Mario, à cause du vers et de la rime. Ce n'est pas la première fois qu'il force les mots à prendre la forme et la quantité de lettres qui lui conviennent. C'est Sardanapalo peut-être qui a été cause de cette licence. — Uccellatojo, montagne sur la route de Bologne. On découvre, de cette montagne, le coup d'oeil des fabriques de Florence. Le poète veut dire : Monte Mario (Rome) n'était

pas encore vaincu par l'Uecellatojo (Florence); il n'y avait pas encore d'aussi beaux édifices à Florence^ qu'a Rome. Depuis, Florence a présenté plus de magnifiques édifices que Rome : mais autant Florence, en sa grande prospérité, a surpassé Rome, aulant Florence aura le dessus dans sa ruine. Car dans peu de temps on verra de l'Uecellatojo, plus de ruines dans Florence , que de Monte Mario on ne verra de ruines dans Rome.

■s. Bellincion Berti était de l'illustre famille des Raviguani, et père de la belle Gualdrada , dont il est question dans le xvic chant de V Enfer, à l'occasion de son petit-fils Guido-Guerra (voyez page so). Cette jeune Florentine, remarquable par sa beauté, se trouvait un jour dans une fête, en présence do l'empereur Othon IV. L'empereur demanda qui elle était: Bellincion répondit, assez étourdiicent du reste , que, c'était une personne qu'il était assuré de lui faire embrasser. Gualdrada rougit à ces paroles et dit : « Mon père, ne soyez pas si libéral de ce qui ne regarde que moi : je ne me laisserai embrasser que par celui qui sera mon époux.»

L'empereur, charme de cette réponse, se chargea de la marier, lui fit épouser un seigneur nommé Guidon , et lui donna pour dot tout le Casentin et une partie de la Romagne. Dante, qui loue tant Bellincion, ne connaissait peutêtre pas ce fait.

LE PARADIS, CBANT XV. 42o

quitter son miroir sans être fardée. J'ai vu un Nerli, un del Yeechio vêtus de peaux sans ornement; j'ai vu leurs épouses occupées de leur rouet et de leur fuseau. O femmes fortunées ! vous étiez toutes assurées d'obtenir la sépulture dans votre patrie! on n'abandonnait pas votre couche, pour la France : l'une se livrait au soin de ses fils au berceau, et pour les apaiser, répétait ces mots enfantins qui font le premier bonheur des mères et des pères ' ; l'autre, tirant la chevelure à sa quenouille, discourait avec sa famille sur les Troyeus, Fiésole2 et Rome. On eût été aussi étonné de voir alors une Cianghella3, un Lapo Salterello, qu'on le serait aujourd'hui si on revoyait Cincinnatus et Cornélie. Au milieu de ce repos , de cette vie si honorable des citoyens , dans une ville si heureuse, Marie, invoquée à grands cris par ma mère, facilita les travaux de son eniantement : dans votre antique baptistère, je devins chrétien, et je reçus le nom deCacciaguida. J'eus pour frères Moronto et Elisei. Tu dois le surnom que tu portes à la famille de mon épouse, qui vint de la vallée du Pô ^. Je suivis ensuite l'empereur Conrad5, qui m'arma dans sa milice, tant mes services obtinrent ses faveurs. Sous ses ordres je marchai contre la méchanceté de

i. L'idée de ce passage est à peu près celle de ce morceau de Juvénal :

I'rxUabat cjsUs humilia forliioa Latines OiiunJam, nec vitiis conlingi parva iincbanl Tccla, Ubor. somniqne Lnra ,

(V. lir. II, aal. ïi, ters 26/ et suii.)

mais l'idée est différemment exprimée.

Ces mot'; enfantins, qui font le premier bonheur des pères et des mères, présentent une scène qui émeut.

On se figure Dante berçant dans ses l/ras un de ses fils; on peut croire que te grand homme, ce législateur de la poésie italienne, a balbutia avec lui ces paroles â demi formées qui nous charment dans la bouche de nos enfants.

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