‹ La Divine comédie de Dante Alighiéri (volume 5)Chapitre 56 sur 64 · La grâce, etc · texte numérisé non relu

La grâce, etc

« La grazia , che donnea Con la tua mente , la bocca f aperse Insino a qui coin' aprir si dovea.»

H s'est élevé , en Italie , une grande contestation sur ce mot donnea. Veutil dire : domine ou fait l'amour? Gran-

gier dit que donnea est ici pour domina. Venturi , au contraire , veut que ;e mot donneare soit pris ici dans ce sens : «La grâce qui, en quelque sorte, fait l'amour avec ton esprit , et se complaît en lui.» Il continue en ces termes:

«Les académiciens de la Crusca, dans leur Vocabulaire , assurent que le mot donneare signifie faire l'amour avec les femmes, et trouver du plaisir à s'entretenir avec elles. Ils le prouvent par plusieurs exemples et par ces vers de Dante (Paradis, chant xxvn, vers 88) :

« La mente innamorata che donnea Con la mia donna. »

« Mais , dans le passage dont il est ici question, les mêmes académiciens soutiennent que ce mot veut dire dominer, régner. Presque tous les autres commentateurs pensent ainsi. Cependant, il ne faut pas chercher à éloigner ce mot de sa vraie signification. Qu'aurait donc d'étrange un poëte qui dirait que la grâce était enflammée d'amour, et conversait avec l'âme d'un enfant , comme , par exemple , serait sainte Catherine? Saint Denis, en parlant de Dieu , ne s'exprime-t-il pas en ces ter mes ? «Aversos et resilientes à se amatoriè sequitur. » N'avons-nous pas dans les Écritures cette expression de la bonté de Dieu pour les hommes? Dellciœ meœ esse cum flliis hominum. »

Lombardi approuve en son entier ce raisonnement de Venturi, et il ajoute seulement que les académiciens de la Crusca, dans leur nouveau Vocabulaire de 1729, se sont prononcés pour la même opinion défendue ici par Venturi .

LE PARADIS, CHAUVI MX1V. 17 1

amour, t'a ouvert l'a bouche comme elle devait te l'ouvrir, .l'approuve tout ce que tu as dit: mais il faut maintenant m'expliquer ce que tu crois et pourquoi tu crois. — 0 saint père, répondis-je, ô esprit, toi qui vois ce que tu as cru, tellement que tu as vaincu , au sépulcre , des pieds plus jeunes que les tiens ', tu veux que je te manifeste la formulent la cause de ma croyance. Voici ma réponse : « Je crois en un seul Dieu éternel, qui met le ciel en mouvement, et qui demeure immobile lui-même, plein d'amour et de charité.

« Je n'ai pas seulement des preuves physiques et métaphysiques de son existence; j'en trouve la vérité qui pleut par Moïse , par les prophètes , par les psaumes , par l'Évangile, et par vos ouvrages , ô vous qui écrivîtes , après que l'Esprit- Saint vous eut donné la vie.

« Je crois en trois personnes éternelles ; je les regarde comme une essence parfaitement une, et comme une telle Trinité2, qu'on peut dire de l'essence de chacune de ces personnes, elles sont, et elle est.

« Plus d'un texte de l'Évangile empreint encore mon esprit de cette existence divine dont je te parle.

« Voilà le principe de ma foi, voilà l'étincelle qui se dilate

Les Italiens sont peut-être moins se- corps de J. C, sortirent de Jérusalem vères que nous sur le choix des images et coururent vers le sépulcre. Saint que peuvent offrir leurs poètes. JNe Jean, plus jeune , y arriva le premier; raillons personne, comme on voudrait le mais, voyant le sépulcre ouvert, il faire, pour de pareilles questions. Ne ju- n'osa y entrer. Pierre, arrivé plus geons pas légèrement les passions, les tard, osa y entrer le premier, et ainsi habitudes etle génie littéraire d'un peu- il obtint de la grâce divine une faveur pie sensible et exalté , et les hardiesses que n'avait pas obtenue saint Jean, de Dante, qui établit les privilèges de (Saint Jean l'Évangéliste, chap. 20.) sa langue, et dont les écarts, s'il y en a 2. Une telle Trinité , etc. Venturi aui'ii, sont aujourd'hui pleinement justi- rait voulu que Dante, pour compléter fiés par deux respectables religieux et sa profession de foi, eût annoncé aussi par l'académie la plus célèbre de la na* qu'il croyait au mystère de l'incarnation. Contentons-nous de ne transporter tion. Lorcbardi répond, par un argude semblables images dans notre lan- ment tiré du poème : •< Puisque Dante, gue, si prude et si exigeante, qu'avec la avant d'entretenir saint Pierre, a vu, de plus grande circonspection. ses propres yeux, l'humanité divine de 1. Que tu as vaincu , au sépulcre , des j. C. , dès lors , l'action de la foi , pour pieds plus Jeunes que les tiens. Saint ce point, a dû cesser dans le poète, et Pierre et saint Jean ayant appris être remplacée par une expérience de Madeleine qu'on avait enlevé le oculaire. »

en une flamme plus vive, et qui brille en moi comme une étoile dans le ciel. »

Souvent le maître satisfait d'une heureuse nouvelle que vient de lui apporter son serviteur, l'embrasse en le félicitant, aussitôt qu'il s'est tu; ainsi la lumière apostolique qui m'avait interrogé , quand j'eus cessé de parler, tourna trois fois autour de moi1, en me bénissant dans ses chants, pour me manifester à quel point cette réponse lui avait été agréable.

t. Venluri veut qu'on dise m'embrassa trois fois. Lombard! fait, à ce sujet , la réflexion suivante : « Excepté dans le chant in, page 361 , le pol'te n'a jamais représenté les substances des bienheureux que comme des lueurs, cîcssplcn.

deurs, des lumières, des candeurs privées d'un corps: elles ne peuvent donc pas embrasser , mais elles se livrent à ce mouvement circulaire dans lequel on a vu déjà touLcs celles oui ont aoparu à Dante. »

LE PARADIS, Cn.VNT XXV.

CHANT XXV

S'il arrive jamais que ce poëme sacré ', dont le ciel et la terre m'ont fourni les couleurs, et qui m'a réduit à la maigreur2, pendant de longues années, apaise la colère qui me tient banni de la belle bergerie, où, ennemi des loups qui la désolaient , je dormais ainsi qu'un agneau r ce sera avec une voix plus harmonieuse et une autre toison 3 que je reviendrai , comme poëte, prendre la couronne de laurier4 dans le temple où l'on m'a donné le baptême. C'est dans ce temple que j'ai reçu la foi qui rend les âmes agréables à Dieu, et c'est pour la foi que Pierre a si honorablement tourné autour de mon front1. Puis, de cette ronde que le premier vicaire du Christ avait quittée, pour me parler, il sortit une lumière qui s'approcha de nous. Ma conductrice, pleine de joie, médit : « Regarde, regarde , voilà le Baron 6 en l'honneur duquel on visite la Galice. » De même que lorsque le pigeon se place à

i. Ce poL'me sacré, ce poëmc où j'ai traité un sujet sacré. Voila des vers où l'auteur a déposé la force , l'amertume et la tendresse de ses regrets et de celte vive douleur de se voir si injustement et si cruellement chassé de sa patrie.

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