‹ La Divine Comédie de Dante AlighieriChapitre 31 sur 44 · LE I* U II G A TOI R E · texte numérisé non relu

LE I* U II G A TOI R E

de mon sommeil, et j’entendis ce cri : — Lève-toi ; que fais-tu?

Tels qu’en voyant les lleurs de cet arbre qui rend les anges avides de son fruit, et qui sert dans le ciel à un banquet éternel, Pierre, Jean et Jacques, conduits sur la montagne, vaincus et renversés, se relevèrent à la parole qui avait rompu des sommeils bien plus profonds, et virent leur troupe diminuée de Moïse et d’Élie, et la robe de leur maître changée ; tel je me réveillai, et je vis cette femme compatissante qui avait guidé mes pas le long du fleuve; et, tout ému de crainte, je dis : — Où est Béatrix?

Et elle : — Regarde-la sous le nouveau feuillage, assise au pied de l’arbre; vois la compagnie qui l environne. Les autres s’en vont au ciel après le griffon, avec des chants plus doux et plus sublimes encore.

Et si elle parla plus long-temps, je l'ignore, car j’avais déjà dans les yeux celle qui m’empêchait d’entendre autre chose. Elle était seule, assise sur la véritable terre, comme laissée là pour la garde du char, que j’avais vu lier par la bête à deux formes. Les sept nymphes l’enfermaient dans un cercle, ayant dans les mains ces flambeaux qui ne craignent ni l’Aquilon ni l’Auster.

— Tu seras peu de temps habitant de ce bois, et tu seras éternellement avec moi citoyen de cette Rome dont le Christ est également citoyen. Aussi, pour l’avantage du monde qui vit coupable, fixe tes yeux sur le char, et quand tu seras retourné sur la terre, écris ce que tu auras vu.

291) LA DIVISE COMÉDIE

Ainsi parla Beatrix; et moi qui étais prosterné devant ses commandements, je portai mon attention et mes yeux là où elle m’avait dit. La foudre ne descend jamais plus ra|ûdement à travers les nuages épais, lorsqu’elle vient des régions les plus éloignées, que je ne vis tomber l’oiseau de Jupiter à travers les branches, déchirant l’écorce et brisant les fleurs et les feuilles nouvelles; et il frappa le char de toute sa force, et le char plia comme un navire en péril, battu sur les deux flancs par les ondes. Puis je vis s’élancer au-devant du char triomphal un renard qui semblait avoir toujours été privé d'une bonne nourriture. Mais en lui reprochant des fautes honteuses, la femme de mon cœur le lit fuir aussi rapidement que le lui permit son corps décharné. Puis je vis l’aigle descendre dans l’arche du char, par le lieu d’où il était venu, et la laisser rempli de ses plumes, et une voix comme celle qui part d’un cœur gémissant sortit du ciel et dit : — O ma nacelle ! comme tu es mal chargée !

Puis il me sembla que la terre s’ouvrait entre les roues, et j’en vis soi tir un dragon qui enfonça sa queue dans le char. Et comme une guêpe qui retire l'aiguillon, en retirant à lui sa queue venimeuse il arracha une partie du fond, et s éloigna en serpentant. Ce qui resta, comme la terre vivace se couvre de gazon, se couvrit des plumes apportées peut-être avec une pure et chaste intention, et les roues et le timon s’en revêtirent, en moins de temps qu’un soupir ne tient une bouche entr’ouverte. Ainsi transformé, le char sacré fit paraître plusieurs têtes en scs diverses

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