I.E PARADIS
férences. 0 rayonnement véritable du Saint-Esprit! comme il devint tout à coup si splendide, que mes yeux vaincus ne purent le supporter ! Mais Béatrix s’offrit à moi si belle et si riante, qu’il faut mettre cette apparition parmi les choses dont mon esprit n’a pas gardé le souvenir.
Lorsque mes yeux eurent la force de s’ouvrir, je me vis transporté seul avec la femme de mon cœur dans une sphère plus élevée. Je m’aperçus bien que j’étais monté, à l’aspect enflammé de l’étoile, qui me sembla plus rouge qu’auparavant.
Avec l’élan de toute mon «âme, et avec ce langage qui est le même pour tous, je rendis grâces à Dieu pour les nouvelles faveurs qu'il m’accordait ; et l’ardeur de mon sacrifice n’était pas encore éteinte dans mon cœur lorsque je connus que mon offrande avait été reçue et agréée. Des splendeurs m’apparurent si éclatantes et si rouges dans deux rayons, que je m’écriai : — O Hélios ! comme tu les ornes !
De même que la voie lactée, parsemée de petites et de grandes étoiles, forme un trace blanche de l’un à l’autre pôle, grand sujet de doutes pour les savants, ainsi, dans la profondeur de Mars, ces rayons constellés formaient le signe vénérable que produit dans le cercle la réunion des cadrans.
Ici le souvenir l’emporte sur l’art ; le Christ flamboyait sur cette croix, et je ne saurais trouver de comparaison pour la décrire. Mais celui qui prend la croix et qui suit le Christ excusera bien mieux encore pe que je laisse, en songeant que Jésus lui-même
Ô58 LA DIVINE COMÉDIE
brillait dans cette splendeur. D’un bras à l’autre de celte croix et de sa cime à sa base couraient des lumières scintillant avec force, lorsqu'elles se rencontraient et qu’elles passaient outre. C’est ainsi qu’on voit des atomes courant ou tourbillonnant, rapides ou lents, longs ou courts, se mouvoir dans le rayon qui sillonne l’ombre de la chambre, cet abri que l’homme s’est fait par son art et par son adresse. Et comme une lyre et une harpe avec leurs cordes tendues rendent un son doux à ceux-là mêmes qui ne distinguent pas les notes, ainsi les lumières que je vis formaient dans cette croix une mélodie dont j’étais ravi sans que j’entendisse l’hymne. Je compris bien que c’étaient des louanges sublimes, parce que ces paroles : — Lève-toi et triomphe ! — venaient à moi comme à quelqu’un qui ne comprend pas et qui entend. J’étais tellement transporté d’amour, que jamais chose au monde ne m’enchaina avec de plus doux liens. Peut-être que ma parole paraîtra téméraire, en préférant ce bonheur à celui que me font éprouver ces beaux yeux où mes désirs s’apaisent quand je les contemple ; mais si l’on songe que les empreintes de ces beautés célestes de- ' viennent plus profondes à mesure que l’on s’élève, et que je ne m’étais pas tourné vers les yeux de Béatrix, on excusera ce que j’avoue moi-même pour en obtenir le pardon, et l’on verra que je suis sincère; car je n’exclus pas le saint plaisir que je puise dans ce regard, parce que lui aussi devient encore plus pur quand il s’élève.
LE PARADIS
CHANT XV
Celte bonne volonté, par laquelle se manifeste toujours l'amour droit, de même que la cupidité se manifeste dans la mauvaise, imposa silence à cette douce lyre et fit reposer les saintes cordes que tend et que détend la main du ciel. Comment seraient-elles sourdes à de justes prières, ces pures substances, qui, pour m’inspirer le désir de les interroger, furent si unanimes à se taire? Il mérite bien d’avoir des regrets sans fin, celui qui, par amour des choses passagères, se prive de cet amour. Ainsi que sous l’azur tranquille et serein court parfois une lueur subite qui attire les yeux distraits çt semble une étoile changeant de place, si ce n’est qu'aucune clarté ne s’éteint du côté où elle s’allume et qu’elle dure peu ; ainsi du bras droit au pied de la croix courut un astre de la constellation qui resplendit dans celte sphère. Et la perle ne s’égraina pas de son fil, mais elle glissa le long du rayon et sembla un feu qui luit à travers de l’albâtre. L’ombred’Anchise montraautant d’amour, s’il fauten croire notre plus grand poète, lorsqu’elle aperçut son fils dans l’Élysée :
— O sanguis meus , o super infusa — Gratia Dei, sicut tibi, cui — Bis tinquam cœlijanua reclusa (1) ?
Ainsi parla la lumière, et je portai mon attention vers elle, puis je ramenai ma vue sur Béatrix, et je restai muet d’étonnement après les avoir regardées
l’une et l'autre ; un tel sourire brillait dans ses yeux, que je crus avoir atteint le dernier degré de mon bonheur et de mon paradis.
Ensuite cet esprit, qui était si doux à entendre et à voir, ajouta à ce qu’il avait dit des choses que je ne compris pas, tant elles étaient profondes. Et il ne me les cacha point avec intention, mais par nécessité, parce que sa pensée dépassait le niveau de l’intelligence humaine. Mais lorsque l’arc de son ardente émotion fut assez détendu pour que ses paroles descendissent à la portée de notre intelligence, la première chose que j’entendis fut : — Béni sois-tu, ô toi qui es un dans ta Trinité, puisque tu as été si favorable à ma race 1
Et il ajouta : — Tu as apaisé, ô mon fds ! au sein de cette lumière d’où je te parle, un doqx ef long désir, puisé dans la lecture de ce grand livre où les pages blanches et noires ne changent jamais, et j’en dois rendre grâces à celle qui t’a donné des ailes pour voler jusqu'ici. Tu crois que ta pensée arrive jusqu’à moi réfléchie par la pensée divine, comme de l’unité que l’on connaît résultent le cinq et le six, et c’est pour cela que tu ne me demandes point qui je suis, ou pourquoi je parais plus joyeux qu’aucun autre dans cette troupe joyeuse. Tu crois ce qui est vrai ; car les petits et les grands de ce royaume regardent le miroir sur lequel même avant de les fermer, tu répands tes pensées. Mais afin que l’amour sacré dans lequel je veille en perpétuelle contemplation, et qui m’altère d’une douce ardeur, se puisse mieux contenter, que
LE I'ARADIS.
ta voix rassurée, libre et joyeuse, fasse entendre ta volonté et tes souhaits, pour lesquels ma réponse est déjà toute prête.
Je me tournai vers Béatrix, et elle, qui m’avait compris avant que j’eusse parlé, m’encouragea par un sourire qui donna plus d’essor à mon envie, et je parlai ainsi :
— La charité et la sagesse sont devenues pareilles en vous, depuis le moment où vous avez contemplé l’égalité première, car elles sont si égales dans ce soleil qui vous éclaire et qui vous embrase avec son ardeur et avec son éclat, que toute comparaison serait impuissante. Mais la volonté et le pouvoir des hommes, pour la raison qui vous est connue, ont des forces inégales à leurs ailes. Moi qui suis mortel, je sens les effets de cette inégalité; aussi n’est-ce qu’avec le cœur que je vous rends grâce pour cet accueil paternel. Je te supplie donc, vivante topaze qui ornes ce précieux joyau, de daigner m’apprendre ton nom.
— O mon rejeton, dans l’attente duquel je me suis complu, je fus ta tige I Ainsi commença-t-il à me répondre. Puis il ajouta : — Celui duquel ta race tire son nom, et qui depuis cent ans et plus a parcouru le premier cercle autour de la montagne, fut mon fils et ton bisaïeul ; il est bien juste que tu abrèges sa longue fatigue avec tes œuvres (2).
Florence, enfermée dans cette antique enceinte, qui lui sonne encore tierce et none, vivait en paix, sobre et pudique ; elle n’avait pas de collier ni de couronne, ni de femmes parées, ni de ceintures plus belles
à voir que celles qui les porlaient. La fille ne faisait pas encore peur à son père en naissant, car la dot et le temps du mariage restaient dans de justes limites. Il n’y avait pas de maisons vides d'enfants. Sardanapale n’y était pas encore arrivé pour montrer ce qu’on peut faire dans une chambre. Montemalo n’avait pas encore été vaincu par votre Uccellàlojo, qui sera surpassé dans sa chute , comme il l’est aujourd'hui dans sa grandeur. J’ai vu Bcllincion Berti s’en aller avec une ceinture de cuir et d’os, et sa femme revenir de son miroir sans avoir peint son visage. J’ai vu ceux de Nerli et ceux du Vecchio être contents de leur peau nue, et leurs femmes ne songer qu’à leur fuseau et à leur quenouillée. O heureuses qu’elles étaient! chacune d’elles était sûre de sa tombe, et aucune, à cause de la France, n’était restée dans son lit désert ! L’une veillait au soin du berceau, et consolait l’enfant avec ce tendre langage qui fait la joie des pères et des mères; l’autre, tirant la chevelure à sa quenouille, contait des histoires avec sa famille sur les Troyens, sur Fiésolc et sur Rome. Alors c’eût été une merveille qu’une Cianghella et un Lapo Salterello, comme le seraient aujourd’hui Cincinnatus et Cornélie. Dans ce doux repos, dans cette belle vie de citoyens, dans cette loyauté civique, dans cette chère patrie, Marie inc fit naître, appelée à grands cris, et dans votre antique Baptistère, je fus à la fois chrétien et Cacciaguida. Moronto et Eliseo furent mes frères, ma femme, vint du Val de Pado, et c’est de là que fut pris ton surnom. Je suivis ensuite l'empereur Conrad, et il me ceignit
jogle
LE PARADIS
<le l’ordre de sa milice, tant je lui devins cher par mes œuvres. Je marchai avec lui contre laloi impie de ce peuple qui, par la faute de votre Pasteur, usurpe les lieux qui vous appartiennent. Là je fus délivré par cette race honteuse des liens du monde trompeur, dont l’amour avilit tant d’âmes, et je passai du martyre au milieu de celte paix.
CHANT XVI
O petite noblesse de notre sang, si tu es pour les hommes une cause d’orgueil, ici bas où nos affections languissent , je n’en serai plus étonné désormais, puisque là où les passions sont droites, je veux dire au ciel, je m’en glorifiai. Tu es véritablement un manteau qui raccourcit bien vile, et si l’on n’y ajoute pas de drap tous les jours, le temps le ronge tout autour avec ses ciseaux.
Le mot vous, que Rome admit la première, et dont l’usage n’a pas bien persévéré jusqu’à présent , fut celui par lequel commencèrent mes paroles.
Et Beatrix, qui était un peu écartée, se mit à sourire en me regardant, comme cette femme qui toussa à la première faute que commit, dit-on, Genèvre (1).
Je dis : — Vous êtes mon père, vous me donnez toute hardiesse à parler, vous m’élevez tant, que je suis plus que moi-même. Mon àme se remplit d’une allégresse qui y coule de tant de ruisseaux, qu’elle se réjouit en elle-même de la pouvoir contenir sans se
briser; dites-moi donc, mon cher aïeul, quels sont vos ancêtres et quelles furent les années remarquables de votre enfance. Dites-moi la grandeur qu’avait alors le bercail de saint Jean, et quels étaient ceux qui y méritaient le rang le plus élevé.
Ainsi que le charbon dans sa flamme se ravive au souffle des vents, ainsi je vis cette lumière resplendir à mes caresses, et comme elle se fit plus belle à mes yeux, elle me dit aussi avec une voix plus douce et plus suave, mais non dans ce langage d’aujourd’hui :
— Depuis le jour où il fut dit : Ave , jusqu’à l’enfantement par lequel ma mère, qui est aujourd’hui une sainte, fut délivrée de moi, cette planète vint se rallumer sous les pieds du Lion cinq cent cinquantetrois fois. Mes ancêtres et moi nous naquîmes en ce lieu où commence le dernier quartier delà ville pour celui qui court dans votre fête annuelle (2). Qu’il te suffise de savoir cela sur mes aïeux; ce qu’ils firent et d’où ils vinrent, il vaut mieux se taire que d’en parler. Tous ceux qui étaient en ce temps capables de porter des armes , depuis la statue de Mars jusqu’au Baptistère, étaient le cinquième de ceux qui sont vivants; mais la bourgeoisie, aujourd’hui mêlée d’hommes de Campi, de Certaldo et de Figghine, était pure jusque dans le dernier ouvrier. Oh qu’il vaudrait mieux être les voisins de ces hommes dont je parle, et avoir vos frontières à Galiuzzo et à Trespiano, que de voir ces hommes chez vous et supporter la puanteur du paysan d’Aguglionc et de celui de Signa, qui ont déjà l’œil ouvert pour escroquer. Si la race qui dégénère le plus
LE PARADIS
«nu monde n’avait pas été une marâtre pour César, au lieu de lui être tendre comme une mère à son enfant, tel s’est fait Florentin, et échange et trafique, qui se serait tourné vers Simifonte, là où son aïeul allait mendier. Les Conti seraient encore à Montemurlo, les Cerclii dans la juridiction de la Piève d’Àcone et peutêtre les Buondelmonti seraient-ils à Valdigriève. La confusion des hommes fut toujours le commencement delà ruine des cités, comme dans le corps les aliments qui se prennent sans mesure. Entre le taureau et l’agneau aveugles, le taureau tombe le premier, et souvent une seule épée coupe plus et mieux que cinq. Si tu regardes comment s’en sont allés Luni et Urbisaglia, et comment s’en vont après elles Sinigaglia et Chiusi, il ne te semblera ni neuf ni étonnant d’entendre que les familles se détruisent, puisque les villes ont une fin. Vos choses ont toutes leur mort, comme vous-mêmes ; mais elle se dissimule en quelques-unes qui durent beaucoup, tandis que la vie estcourle.
Et comme le mouvement du ciel couvre et découvre sans cesse les rivages de la lune, ainsi fait la forlunc de Florence. C'est pour cela qu’on ne doit pas trouver surprenant ce que je dis des grands Florentins, dont la renommée se perd dans la nuit du temps. J’ai vu les Ughi, j’ai vu les Catellini, les Filippi, les Greci, les Or manni et les Alberichi, déjà près de leur chute, illustres citoyens, et j’ai vu grands et anciens avec ceux de la Sannella, ceux de l’Area, et les Soldanieri, et les Ardinghi et les Bostichi. Sur la porte qui maintenant est chargée d’une nouvelle félonie si lourde
5GG LA DIVINE COMÉDIE. '
<jue bientôt elle fera périr la barque, étaient les Ravignani, desquels est descendu le coinle Guido, et tous ceux qui ont pris ensuite le nom du grand Bellincione. L’aîné de la Pressa savait déjà comment il faut gouverner, et Caligajo avait déjà doré dans sa maison le pommeau et la garde de son épée. Grande était déjà la colonne de Vair, grands étaient les Sacclietti, les Giuochi, les Sifanti, les Barucci et les Galli, et ceux qui rougissent à cause du boisseau. La tige d’où naquirent les Calfucci était déjà haute, et déjà étaient montés sur la chaise curulc les Sizi et les Arigucci. Dans quelle grandeur n’ai-je pas vu ceux que l’orgueil a renversés ! et les boules d’or étaient la fleur de Florence dans toutes ses nobles actions ! Ainsi faisaient les pères de ceux-là qui, toutes les fois que l'Église vaque, s’engraissent dans le consistoire. Cette race téméraire qui se dresse comme un serpent quand on la fuit, et qui devient douce comme un agneau quand on lui montre les dents ou la bourse, s’élevait déjà, mais sortie de gens de peu, si bien qu’il déplut à Ubertin Donato que son beau-père l’eût fait leur parent. Déjà le Caponsacco était descendu de Fiésole dans le marché, et déjà Giuda et Infangato étaient de bons citoyens. Je vais dire une chose incroyable et pourtant vraie; on entrait dans la petite enceinte par une porte qui tirait son nom de la famille de la Fera. Chacun de ceux qui portent les armoiries du grand baron, dont le nom et la gloire se renouvellent à la fête de saint Thomas, reçut dans celte enceinte ses ordres et ses privilèges, quoique celui qui entoure
LE PARADIS
cet écu d’une broderie d’or ait pris le parti du peuple. Déjà étaient puissants les Gualterotli et les Importuni, etleBorgo serait encore plus tranquille, s’ils n’avaient pas eu de nouveaux voisins. La maison d’où est sortie votre infortune, par la juste colère qui vous a détruits et qui a mis fin à votre vie heureuse, était honorée, elle et les siens. O Buondel monte, que tu as eu tort de fuir son alliance par les flatteries d’autrui I Combien seraient joyeux qui sont tristes, si Dieu t’avait précipité dans l’Ema,la première fois que tu vins dans la ville! Mais il fallait que Florence t’immolât pour victime, dans ses derniers jours de paix, sur cette pierre brisée qui garde le pont. Avec ces familles et avec d’autres, j’ai vu Florence dans un tel repos, qu’elle n'avait aucun sujet de larmes. J’ai vu le peuple glorieux et juste , si bien que le lis n’avait jamais été porté renversé au bout d’une lance, et qu’il n’était pas encore devenu rouge par la guerre civile.
CI1ANT XVII
Tel que celui qui rend encore les pères sévères à leurs enfants vint trouver Clymène pour éclaircir des paroles dites contre lui (1), ainsi étais-je, et tel me voyaient Béatrix et la sainte lumière qui avait changé de place pour moi.
Et elle : — Laisse exhaler la flamme de ton désir, afin qu’elle porte bien l’empreinte de ton âme, non pas que nous devions mieux te comprendre par tes
LA DIVISE COMÉDIE
paroles, mois pour que tu t’Iiahilucs à faire connaître ta soif, afin que l'on te verse à boire.
— O tige chérie! qui t’élèves tant que, comme les esprits terrestres voient qu’un triangle ne peut pas contenir deux angles obtus, tu vois les choses futures avant qu’elles existent en elles-mêmes, en contemplant cet Être auquel tous les temps sont présents, pendant que j’étais avec Virgile sur la montagne où les âmes se purifient, et lorsque je suis descendu dans le monde des morts, des paroles graves me furent dites sur ma vie à venir, quoique je me sente ferme comme un cube contre les coups du sort. Aussi ma volonté serait-elle contente de savoir quelle fortune m’est réservée, car flèche prévue vient plus lentement.
Ainsi dis-je à cette lumière qui m’avait d’abord parlé, et, comme l’avait voulu Béatrix, je lui avouai mon désir. Et non point par ces mots ambigus dans lesquels s’engluaient les nations insensées, avant qu’on eut immolé l’Agneau de Dieu qui ôte les péchés du monde ; mais ce fut avec des paroles claires et d’un langage précis que me répondit celte affection paternelle qui se manifestait dans l’éclat dont elle était entourée
— Les choses contingentes (pii ne s’étendent pas au delà des limites de votre matière sont toutes présentes à l’œil de Dieu, et cependant ce regard ne leur • impose pas plus la nécessité que celui qui voit descendre un navire sur le courant d’un fleuve. Et de là, ainsi que vient aux oreilles la douce harmonie de l’orgue, s’offre à mes yeux le temps qui se prépare pour loi.
LE PARADIS
Tel qu’IIippoly te sortit d’Athènes parla perfidie de sa marâtre dénaturée, ainsi faut-il que tu sortes de Florence. C’est cela qu’on veut, c’est cela que déjà l’on demande, et celui qui le prépare réussira bientôt dans ce lieu où chaque jour on trafique du Christ. On dira, comme de coutume, que te tort est aux vaincus, mais la vengeance de Dieu rendra témoignage à la vérité, qui l’aura suscitée. Tu abandonneras toutes les choses les plus tendrement aimées, et c’est le premier trait que lance l’arc de l’exil. Tu éprouveras combien est amer le pain d’autrui, et combien c’est un dur chemin de monter et de descendre par l’escalier d’autrui. Et ce qui semblera le fardeau le plus lourd à tes épaules, ce sera la compagnie perverse et stupide avec laquelle tu tomberas dans cette vallée, et qui, tout ingrate, toute folle et impie, se lèvera contre toi ; mais bientôt elle, et non toi, en aura le frontrouge. Sa conduite sera la preuve de sa brutalité, et cela te sera un honneur d’avoir été ton propre parti à toi-même. Ton premier refuge et ton premier asile sera la générosité du grand Lombard, qui porte sur son échelle le saint oiseau (2), et il aura toujours sur toi un regard si favorable, qu’au rebours de ce qui se fait entre les autres, le bienfait entre vous précédera la demande. Avec lui tu verras celui sur lequel cette . planète a tellement mis son sceau, que ses actions en deviendront ctÿèbres. Les hommes ne s’en sont pas encore aperçus à cause de son jeune âge, parce que ces sphères n’ont accompli leurs révolutions que neuf ans autour de lui. Mais avant que le Gascon ait trompé
le grand Henri, on verra briller des étincelles de sa vertu qui lui fera mépriser l’argent et les fatigues. Ses magnificences seront tellement connues, que ses ennemis eux-mêmes ne pourront pas s’en taire. Attends-toi à .lui et à ses bienfaits; par lui plusieurs hommes, riches et -pauvres, verront changer leur condition. Et emporte de lui, dans ton esprit, ces souvenirs; mais garde-toi de les révéler; et il me dit des choses que trouveront incroyables ceux qui eu seront témoins.
Puis il ajouta : — Mon fils voilà l’explication de ce qui te fut dit, et voilà les embûches que pou d'années te cachent encore. Cependant je ne veux pas que lu portes envie à tes voisins, puisque ta vie doit durer assez pour voir punir leur perfidie.
Lorsque l’âme sainte eut montré par son silence qu’elle avait mis la trame à la toile que je lui avais donnée ourdie, je dis comme quelqu'un qui, en conservant quelque doute, désire les conseils d’une personne clairvoyante, sensée et affectueuse :
— Je vois bien, ô mon père ! que le temps se hâte vers moi, pour me porter un de ces coups d’autant plus graves qu'on leur résiste moins. Il fautdoneque je m’arme de prévoyance, afin que si le lieu le plus cher m’est enlevé, je ne perde pas tous les autres à cause de mes vers.
— Dans le monde aux abîmes éternellement tristes et sur la belle montagne du haut de laquelle les yeux de Beatrix m’ont enlevé et mis dans le ciel de lumière, j’ai appris des choses telles que, si je les redisais, elles
LE PARADIS
auraient pour beaucoup une saveur qui semblerait trop amère. Et si je me montre ami trop timide de la vérité, je crains de ne pas vivre parmi les hommes pour lesquels nos temps seront antiques.
La lumière dans laquelle souriait le trésor que j’avais trouvé en ce lieu se fit d’abord aussi rouge qu’un miroir d’or frappé des rayons du soleil, puis elle répondit :
— Une conscience chargée de sa honte ou de la honte d’autrui trouvera de l’aigreur dans tes paroles. Mais toi, écartant tout mensonge, raconte fidèlement ta vision, et laisse les gens se gratter où ils ont la gale. Si ta parole semble un peu âpre au premier goût, elle laissera une nourriture salutaire quand elle aura été digérée. Le crique tu vas pousser sera comme le vent qui frappe les plus hautes cimes, et ce ne sera pas pour toi une petite cause d’Iionneur. C’est pour cela qu’on t’a montré sur ces sphères, sur la montagne et dans la vallée de douleur, les âmes marquées par la renommée. Car les esprits de ceux qui écoutent ne se contentent et ne se persuadent jamais avec des exemples sortis d’une source inconnue et cachée, ni avec des faits qui ne sont pas assez éclatants.
CHANT XVIII
Déjà cet esprit bienheureux jouissait tout seul de son verbe, et moi je me livrais à ma pensée, modérant le doux par l’amer, lorsque la femme qui me con-
duisait à Dieu me dit : — Change le cours de tes idées; songe que je suis près de celui qui redresse tous les torls.
Je me tournai à la voix affectueuse de celle qui me consolait, et ce que je vis alors d’amour dans ces yeux saints, je renonce à l’exprimer, non-seulement parce que je me défie de mes paroles, mais parce que l’esprit ne peut redire des choses si élevées au-dessus de lui, sans avoir quelqu’un qui le guide.
Je peux seulement répéter qu’en la contemplant mon cœur demeura libre de tout autre désir. Pendant que le plaisir éternel qui rayonnait directement sur Beatrix me rendait heureux par le reflet de sa beauté, me soumettant avec l’éclat d’un sourire, elle me dit : — Tourne-toi et écoute; car le Paradis n’est pas seulement dans mes yeux.
Ainsi que la passion se peint quelquefois dans nos regards, si elle est telle qu’elle domine l’âme tout entière, ainsi dans le rayonnement de la sainte splendeur vers laquelle je me tournai, je reconnus l'envie qu’elle avait de m’entretenir encore.
Et elle dit : — Sur cette cinquième branche de l’arbre qui vit par sa cime, qui porte toujours des fruits et qui ne perd jamais une feuille, il est des esprits heureux doués, avant de monter au ciel, d’une si grande renommée, que toute muse en serait riche. Regarde donc au bras de la croix ; celui que je te nommerai y fera ce que fait dans un nuage un éclair rapide.
Je vis une lumière courir sur la croix au nom de
l.E PARADIS.
Josué, aussitôt qu’il le prononça, et j’eus aussi vite aperçu la lumière qu’il eut prononcé la parole (1). Et au nom du grand Machabée, j’en vis une autre qui tournoyait, et la joie était comme le fouet sous lequel tournailla toupie. Ainsi aux noms de Charlemagne et de Roland, mon regard attentif suivit deux lumières, comme le chasseur suit de l’œil le vol de son faucon. Puis je vis sur cette croix Guillaume et Renaud, et le duc Godefroi, et Robert Guiscard.
Alors l’esprit qui m’avait parlé, se détachant de moi et se mêlant aux autres lumières, me montra quel artiste il était parmi les chanteurs du ciel.
Je me tournai à ma droite vers Béatrix pour qu’elle me dît, ou par un mot ou par un geste, ce que je devais faire. Et je vis ses yeux si purs, si radieux, que son éclat surpassait tous les autres, et jusqu’au dernier regard qu’elle m’avait jeté. Comme celui qui fait le bien s’aperçoit, au plaisir qu’il éprouve de jour en jour, que sa vertu s’augmente; ainsi je m’aperçus qu’en montant dans le ciel j’y parcourais un plus grand cercle, en voyant ce prodige devenu plus surprenant. Et aussi rapidement que disparaît sur la joue blanche d’une femme la rougeur de sa honte, je m’aperçus que j’avais changé de sphère, quand je fus enveloppé par la blanche lumière de la sixième étoile tempérée qui venait de me recevoir. Je vis dans la planète de Jupiter le rayonnement de l’amour des esprits qui l’habitaient, rendre visible à mes yeux notre langage.
Et comme des oiseaux qui se lèvent sur les rivières et qui, se jouant avec leur pâture, se forment tantôt
en cercle, tantôt en files, ainsi dans ces lumières les saintes créatures voletaient et chantaient, figurant dans leurs ébats tantôt un D, tantôt un I et tantôt un L. D'abord en chantant elles se balançaient en mesure, puis, en formant l’une de ces lettres, elles s’arrêtaient un peu et se taisaient.
O muse divine ! qui fais la gloire et la durée des génies dont les efforts éternisent avec toi les cités et les empires, illumine-moi de ta splendeur, afin que je révèle leurs figures comme je les ai conçues, et que ta puissance se montre dans ces vers. Ces esprits formèrent donc cinq fois sept voyelles et consonnes, et j’observais ces lettres selon qu’elles se montrèrent.
Diugite jostitiam, furent le premier verbe et le premier nom de toute l'écriture ; qui judicatis tehkam furent les derniers. Ensuite elles demeurèrent rangées dans l’M du cinquième mot, si bien que Jupiter semblait tout d’argent, orné de signes d’or. Et je vis descendre d’autres lumières sur le sommet de l’M, et s’arrêter là en chantant, je crois, le bonheur qui les attire (2).
Puis, comme du choc de deux tisons embrasés jaillissent des milliers d’étincelles, d’où les sots tirent des augures, plus de mille lumières parurent s’envoler et monter plus ou moins haut, comme les avait distribuées le soleil qui les allume. Et lorsque chacune d’elles se fut posée en son lieu, je vis que ce feu représentait distinctement la tête et le cou d’un aigle. Celui qui trace ce signe n’a pas de maître; mais il l’est lui-même, et c’est à lui qu’appartient cette vertu qui
LE PARADIS
forme les oiseaux dans leur nid. Les autres bienheureux, qui paraissaient d'abord contents de couronner l’M de lis, d’un léger mouvement suivirent l’autre dessin.
0 douce étoile! combien de joyaux me montrèrent que notre justice est l’effet du ciel que tu embellis! Et je supplie l'esprit, dans lequel tu puises ton mouvement et ta vertu, de regarder d’où sort la fumée dont se voilent tes rayons, afin qu’il s’indigne de nouveau contre ceux qui achètent et qui vendent dans le temple, muré avec des miracles et des martyres. O Milice du ciel que je contemple, prie pour ceux qui sont sur la terre, tous hors de leur route en suivant le mauvais exemple. Jusqu’ici on avait coutume de faire la guerre avec l’épée, et maintenant elle se fait en ôtant tantôt d’un côté, tantôt de l’autre, le pain que Dieu ne refuse à personne.
Mais toi qui n’écris que pour effacer, songe que Pierre et Paul, morts pour la vigne que tu dévastes, sont encore vivants. Tu peux bien dire : J’ai, un si ferme désir de celui qui voulut vivre dans la solitude (3), et qui fut traîné au martyre par la danse, que je ne connais ni le Pécheur, ni Paul.
CHANT XIX
Je voyais devant moi, les ailes ouvertes, la belle image qui dans sa douce contemplation rendait heureuses ces âmes réunies. Chacune d’elles semblait un
petit rubis dans lequel un rayon du soleil aurait jeté de vives flammes et me les aurait réfléchies dans les yeux. Et ce qu’il faut que je retrace maintenant, jamais voix ne l’exprima, jamais encre ne l’écrivit, jamais imagination ne le rêva; car je vis, et même j’entendis le bec parler, et dire dans sa voix : moi et mien , lorsque sa pensée était nous et notre , et il parla ainsi :
— Pour avoir été juste et pieux, je me vois exalté jusqu’à cette gloire qui n’est vaincue par aucun désir, et j’ai laissé sur ferre une mémoire ainsi faite, que les hommes dégradés vantent l’-éclat qu’elle jette et ne suivent pas l’exemple qu’elle donne.
De même qu’une seule chaleur est produite par plusieurs charbons, ainsi, pour exprimer plusieurs amours, un seul son sortait de cette image. Et je dis :
— O fleurs impérissables de l'éternelle joie, qui m’envoyez tous vos parfums dans une seule odeur, apaisez par vos exhalaisons la faim qui me tourmente depuis longtemps, et pour laquelle je n’ai pas trouvé de nourriture sur la terre. Je sais bien que si la justice divine se montre aux autres sphères, ce n’est pas à travers un voile que votre ordre l’aperçoit. Vous savez avec quelle attention je m’apprête à écouter; vous savez quel doute ancien me dévore.
Comme un faucon qu’on déchaperonne secoue la tète et s’applaudit des ailes, en montrant son impatience et en se pavanant, ainsi vis-je faire à ce signe, qui était formé d’esprits célébrant les louanges de la grâce divine avec des chants que peuvent seuls com-
LE PARADIS
prendre ceux qui en jouissent là-haut ; et il commença à parler ainsi :
— Celui qui tourna le compas jusqu’à l’extrémité du monde, et qui distingua entre ses branches tant de choses occultes et manifestes, ne put pas imprimer assez profondément sa puissance sur tout l’univers, que son verbe ne restât infiniment au-dessus de lui. Et nous voyons par là que le premier orgueilleux, qui fut la plus éminente des créatures, pour n’avoir pas attendu la lumière, tomba avant d'avoir été mûri par la grâce; d’où il résulte que les créatures moins parfaites sont un réceptacle trop borné pour contenir ce bien infini, qui n’a sa mesure qu’en lui-même. Il faut donc que notre vue, qui n’est qu’un rayon de cet esprit dont toutes les choses sont pleines, soit trop faible de sa nature, et ne voie pas son principe tel qu’il est réellement. La vue qui vous est accordée pénètre dans la justice éternelle comme un œil dans les flots, lequel, quoiqu’il voie le fond près du rivage, ne le voit pas sur la haute mer; il existe néanmoins, mais sa profondeur le dérobe. Il n’y a pas de lumière, si elle ne vient pas de l’azur qui ne se trouble jamais; mais ce sont des ténèbres, ou l’ombre de la chair ou son venin.
Maintenant, on t’a assez déchiré le voile qui te cachait la justice vivante et qui te faisait soulever tant de questions, que tu disais : Un homme naît sur le rivage de l’Indus, et là nul ne parle, nul ne lit, nul n’écrit sur le Christ. Toutes les volontés de cet homme et toutes scs actions sont honnêtes, selon le jugement
LA DIVISE COMÉDIE
de la raison, et il est sans péché dans ses œuvres et dans ses paroles; qu’il meure sans baptême et sans for: où'est la justice pour le condamner? où est sa faute s’il ne croit pas?
Or, qui es-tu, toi qui veux t’asseoir sur le tribunal, pour juger à mille milles avec une vue courte d’un pan? Certes, celui qui subtilise avec moi, si l’Ecriture ne vous éclairait pas, aurait de grandes raisons de douter. 0 natures terrestres! ô esprits grossiers! la première volonté, bonne en soi, ne s’est jamais écartée d’elle-même, qui est le souverain bien. Rien n’est juste que ce qui s’accorde avec elle, nul bien créé ne l’attire à lui, mais c’est elle qui le produit en rayonnant.
Ainsi que se retourne sur son nid la cigogne, après que ses petits ont reçu leur nourriture, et ainsi qu’ils la regardent après s’être repus, ainsi fit, comme je levai les yeux, la sainte image dont les ailes étaient soulevées par tant de volontés réunies. Elle chantait en tournoyant, et disait :
— Tel qu’est mon chant pour toi, qui ne l’entends point, tel est le jugement éternel pour vous autres hommes.
Lorsque ces flammes éclatantes du Saint-Esprit se furent reposées encore une fois dans ce signe qui rendit les Romains révérés du monde, il recommença:
— Dans ce royaume ne monta jamais celui qui ne crut pas au Christ, avant ou après qu’il fût cloué sur la croix.
LE PARADIS
Mais prends garde que plusieurs vont criant : Christ, Christ, qui au jour du jugement seront moins près de lui que ceux qui ne l’ont pas connu. Et l’Éthiopien condamnera ces chrétiens, lorsque les deux troupes se sépareront, l’une éternellement heureuse, l’autre éternellement misérable. Que ne pourront pas dire les Perses à vos rois, lorsqu’ils verront ouvert le volume dans lequel s’écrivent toutes leurs hontes! Là, on verra parmi les œuvres d’Albert celle qui poussera bientôt l’aigle à rendre désert le royaume de Prague (1). Là, on verra la douleur que cause sur la Seine, en altérant les monnaies, celui qui mourra frappé par un sanglier. Là, on verra l’orgueil qui rend avides et insensés l’Ecossais et l’Anglais, au point de ne pouvoir pas se tenir dans leurs limites. On y verra la luxure et la vie dissolue du roi d’Espagne, et de ce roi de Bohême qui ne connut ni ne souffrit jamais la valeur. On y verra la bonté du Boiteux de Jérusalem marquée avec un I, tandis que ses vices y seront marqués par unM. On y verra l’avarice et la lâcheté de celui qui règne sur l’île du feu, où Anchise finit sa longue vie, et pour faire connaître combien il vaut peu, sa note y sera gravée en lettres tronquées qui diront beaucoup en peu de mots. Et chacun y verra clairement les turpitudes de son oncle et de son frère, qui ont abâtardi une si grande nation et deux couronnes. Le roi de Portugal et celui de Norvège y seront connus, et ce Dalmate qui faussa les ducats frappés au coin de Venise. O heureuse Hongrie, si elle ne se laisse plus maltraiter! ô heureuse 'Navarre, si elle se cou-
vre des montagnes qui l’entourent ! Et l’on doit croire que c’est pour l’y engager que Nicosie et Famagoste crient et se lamentent contrôla bête fauve qui les gouverne, et qui ne s’écarte pas de l’exemple des autres.
CHANT XX
Lorsque celui qui éclaire le monde descend de notre hémisphère, et que le jour baisse de toutes parts, le ciel, d’abord embrasé seulement par cet astre, redevient tout à coup éclatant de mille lumières, dans lesquelles une seule resplendit. Et cet état du ciel me vint à l’esprit, lorsque le bienheureux signe du monde et de ses chefs garda le silence dans le bienheureux rostre ; car toutes ces vives clartés, en devenant plus brillantes, commencèrent des chants qui se sont éteints et effacés dans ma mémoire. 0 doux amour, qui té voiles d'un sourire! combien tu paraissais ardent au milieu de ces rayons qui ne respiraient que de saintes pensées !
Après que ces joyaux brillants et précieux, dont je vis étinceler la sixième planète, eurent fait taire leur angélique harmonie, il me sembla entendre le murmure d’un fleuve qui descendrait transparent de rocher en rocher, en montrant l’abondance de sa source. Et comme le son prend une forme au manche de la lyre, et comme le vent qui remplit la cornemuse devient harmonieux en s’échappant par les trous, ainsi ce murmure de l’aigle monta et s’exhala par son cou