I.E PARADIS
d’elles avec l’aspect qu’elle aura au dernier jugement.
De même qu’un éclair subit brise les forces visuelles et rend l’oeil impuissant à apercevoir les plus forts objets, ainsi je fus entouré d’une vive lumière, et elle me laissa tellement couvert du voile de ses rayons, que je ne pouvais plus rien voir.
— L’Amour duquel naît la paix de ce ciel accueille ceux qui viennent avec un pareil salut, afin de préparer le cierge à brûler de sa flamme.
Je n’eus pas plus tôt entendu ces courtes paroles, que je me sentis élevé au-dessus de mes forces, et je fus doué d’une vue nouvelle tellement puissante , qu’il n’y avait aucune clarté si pure dont mes yeux ne pussent supporter l’éclat. Et je vis une lumière qui était comme un fleuve éblouissant de splendeurs, entre deux rives émaillées par un printemps merveilleux. De ce fleuve jaillissaient de vives étincelles, qui s’éparpillaient de tous côtés sur les fleurs, comme des rubis enchâssés dans l’or. Puis, comme enivrées de ces parfums, elles se replongeaient dans le fleuve admirable , et lorsqu'une y entrait, une autre en sortait.
— Le profond désir qui maintenant t’enflamme et qui te presse de comprendre ce que tu vois , me charme d’autant plus qu’il se montre [dus ardent; mais il faut que tu boives de cette eau avant qu’une si grande soif puisse être apaisée.
Ainsi me parla le soleil de mes yeux ; puis il ajouta :
— La rivière, et les topazes qui entrent et qui sor-
lent, et les gazons qui sourient, ce sont des préludes par lesquels t’est voilée la vérité. Ce n’est pas que ces choses soient en elles-mêmes difficiles à voir, mais la faute en est à toi, qui n’a pas encore la vue assez perçante.
11 n’y a pas de petit enfant qui se jette plus rapidement avec ses lèvres sur le lait maternel, s’il s’est réveillé beaucoup plus tard qu’à l’ordinaire, que je ne lis pour fortifier encore mon regard, en me penchant sur ces eaux, qui coulent pour qu’on y puise plus de perfection. Et lorsque le bord de mes paupières s’y fut plongé, je vis ce fleuve, de long qu’il était, devenir rond. Puis, comme des gens cachés sous le masque paraissent autres qu'ils n’étaient d’abord, s’ils dépouillent l'aspect étranger sous lequel ils étaient couverts, ainsi se transformèrent en une plus grande joie les fleurs et les étincelles, et j’aperçus sans voile les deux cours du ciel.
O splendeur de Dieu ! par laquelle je fus témoin du triomphe sublime du royaume de vérité, donne-moi la force de le raconter comme je le vis.
11 est là-haut une lumière qui rend le Créateur visible à ces créatures dont la paix consiste à le contempler, et elle s'étend en une ligure circulaire si démesurée, que sa circonférence serait une ceinture trop grande pour le soleil. Ce qui apparait d’elle n’est qu’un rayon réfléchi sur le sommet du premier mobile, qui en reçoit sa vie et sa puissance. Ainsi qu’un coteau se mire dans l’eau qui baigne ses pieds, comme pour s’y voir embelli de l’herbe et des fleurs dont il est