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INT II 0 1) liCTl ON.
terre aux régions pures et splendides de l'empyrée, la science s’élève avec lui des plus simples éléments de l’histoire naturelle jusqu’aux plus hautes conceptions de la théologie . On dirait que l’artiste est revenu sur son œuvre pour la polir, pour la ciseler à son gré, pour l’enrichir après coup de mille pierres précieuses, tant les ornements scientifiques se détachent nettement sur le fond de l’épopée.
L’Enfer, la partie souterraine du poëmc, embrasse particulièrement la géologie, les lois du règne minéral, les propriétés curieuses des pierres et des métaux, les secrets de l'alchimie, les observations météorologiques, les notions plus ou moins complètes qu’on avait à celte époque sur les volcans, sur la pluie, sur la foudre, sur le vent, sur toutes les perturbations de l'atmosphère. La botanique et la physiologie dominent dans le Purgatoire ; toutes les questions qui ont quelques rapports au règne animal et au règne végétal y sont traitées dogmatiquement ou ramenées par des comparaisons et des images. L’astronomie, la métaphysique, la théologie et scs mystères sublimes, trouvent naturellement leur place dans le Paradis. Ainsi la poésie et la science marchent ô côté l’une de l’autre comme deux sœurs, avec le même ordre, et du même pas : passibus æquis.
Mais l’astronomie est de toutes les sciences celle qui a subi peutêtre la transformation la plus complète. Tous ces beaux systèmes planétaires dont l’ascétisme s’était emparé pour y loger ses visions, tous les rêves des philosophes et des poêles, toute celte science terrible de la divination que l’Église a combattue avec le fer et le feu, sont tombés devant la brutale réalité d’une lunette.
Dante a suivi le système de Ptolémée, amendé en quelque sorte par saint Thomas. Le Paradis est divisé en neuf sphères ou neuf cieux, ce qui s’accorde avec l’expression du psaume : •< Les cieux racontent la gloire du Seigneur '. »
Transporté au delà des bornes tracées à la nature humaine par une puissance inconnue, Dante s'élève de soleil en soleil à la contemplation de l’Être suprême. Après avoir traversé la sphère du
‘ Ezech. xliii.— Eccl. xlii. — Dante, Conr. ni, i i.
INTRODUCTION. \xxix
feu, sou déplacement devient instantané, car d'après l'opinion de saint Augustin et d'autres Pères, le mouvement des corps bienheureux dépassera en rapidité la pensée elle-même1. Aussi ne s’aperçoit-il de son passage d’une planète à l’autre qu'au sourire et au regard de Beatrix, qui redoublent d’éclat et de douceur. On entre dans les cercles de l'abùne par des gémissements et des blasphèmes ; on monte aux degrés expiatoires par des paroles de consolation et d'espérance; on -parvient aux sphères célestes par des chants d'amour et de gloire. Dans l'Enfer on rencontre «les ombres, dans le Purgatoire des âmes, dans le Paradis des splendeurs, des esprits, des substances*.
Quoique tous les bienheureux habitent le même ciel, immense océan de lumière et d’amour, «pioiqu'ils jouiss nt tous, selon leur capacité, d’un bonheur complet dans la vision divine, plusieurs esprits viennent au-devant du poète, dans les sphères «ju'il traverse, pour lui donner une idée de la hiérarchie des mérites et de la grâce, et pour habituer sa vue mortelle h soutenir l’éclat de la gloire céleste. Chaque esprit choisit la planète qui s’accorde le mieux avec la vertu qu'il a préférée sur la terre*. Ainsi les souvenirs du monde viennent se mêler aux joies ineffables du Paradis, comme le bruit lointain du tonnerre aux harmonies des astres, et toutes les scènes de ce dernier acte vraiment divin sont coupées de magnifiques épisodes. Les discussions les plus arides font place à des images d’une grâce et d’un charme inimitables. Puis à l'enseignement austère des vérités catholiques succèdent de foudroyants anathèmes sur l'abjection des chrétiens et sur les turpitudes des pasteurs qui les égarent.
La sphère de la lune, comme les premiers cercles du Purgatoire et de l’Enfer, est destinée aux âmes lièdes, arrachées par la violence d'autrui à l'accomplissement de leurs devoirs. Leur faute
1 S. Thomas, prima quæst., 89, 7, 8.
4 S. Acgcst. de Civil. Dei. — S. Thomas, Contr. gent. iv, 79. S. Eovavext. Compendium, vu, ‘28, ‘29.
r> Qui reele curriculum vitæ confeceiit,ad illud aslrum quo cum aplus fuit, revcrlitur. Cic. — Voyez Abist. de Anim. i.
Spii itus redeai ad Deuni. qui dédit ilium. Eccl, xii.
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est de deux natures : ou elles n’ont pas opposé assez de résistance à la force qui les entraînait malgré elles, ou elles n'ont pas repris la bonne roule aussitôt que la persécution a cessé. C'est pourquoi ces esprits faibles, indécis et d'une chasteté douteuse, viennent refléter leurs traits pâles et effacés sur la blancheur terne et froide de la planète de Diane. Beatrix explique à sou amant le système astronomique qui sert de cadre à celle partie du poème *; et passant des connaissances humaines à la science divine, elle déduit les admirables conséquences du principe de la charité, par lequel toute âme est contente de sa part de béatitude, sans en désirer davantage Elle parle ensuite de la persévérance nécessaire pour accomplir les saintes résolutions, de la gravité du vœu, pacte sublime entre l'homme et Dieu, et saisit celte occasion pour jeter un blâme sévère sur la légèreté des fidèles s, qui engagent leur liberté par des serments irréfléchis et souvent coupables, comme celui de Jephté *.
Les âmes énergiques et actives qui ont appliqué leur génie au bien, rayonnent dans la planète de Mercure. Ces messagers célestes, animés d’un zèle charitable qui les porte à fêler avec joie toute créature que Dieu appelle à partager leur bonheur, accourent vers le poète, comme des poissons dans un vivier transparent nagent avec rapidité vers la proie qu'on leur jette. C'est là que Justinien, le pieux législateur, trace rapidement l'histoire de l'Empire. Les esprits disparaissent en chantant dans les profondeurs de l'étoile, et Béatrix s'entretient sur les mystères de la Rédemption et de la Résurrection de la chair.
Dans la planète de Vénus brillent les âmes saintes qui de l'amour
1 Arist. Metaph. i. — Alu. Macs de Mineralibus,\. IF, tr.m.cap.ni. — S. Thomas, prima quæst. 108. — Dante, Conv. n, 3.
4 Deus charitas est, et qui manet in charitate, in Deo niauet, et Deuiii eo. Joan.
* Si quid vovisli Deo, ne moreris reddere : displicet enim ci inlidelis et stulta promissio : sed quocumque vriveris, redde : multoque melius est non voveres quam posl volum promissa non reddere. Eccl. v.
4 Quidam Patrum, ut Terlullianus, Ambrosius, l’rocopiusct S. Thomas, sensent peccasse hic Jephte. Tiris.
INTRODUCTION
de la créature se sont élevées à l’amour du Créateur *. Un de ces esprits, lié autrefois avec Dante d'une tendre amitié, blâme amèrement les hommes qui font avorter chez les autres les bonnes dispositions et entravent sciemment les desseins de la Providence. Au nombre de ces âmes si souriantes et si belles, est la pécheresse de Jéricho, souvenir vivant de la victoire de Josué. Sa vue inspire au poète une malédiction énergique sur l’avarice et la lâcheté des pontifes qui abandonnent le tombeau du Christ aux mains des infidèles.
Les âmes des docteurs * flamboient dans le soleil sous la forme de deux guirlandes entrelacées. A l’éloge de saint François, prononcé par l'Ange de l’école, succède celui de saint Dominique, dont la vie est racontée noblement par le Docteur séraphique. L'ardeur réciproque que monlrenl saint Thomas et saint Bonavenlure, en exaltant tour à tour les fondateurs des deux ordres rivaux, n’est pas sans reproche pour la jalousie ombrageuse et les misérables querelles qui ont régné de tout temps entre les dominicains et les franciscains. Saint Thomas concilie ensuite une contradiction apparente de deux textes de l'Écriture, en établissant une distinction subtile entre les trois personnes douées par Dieu de la plus haute intelligence : Adam, comblé de toutes les perfections dont l’humanité était susceptible; Jésus, la sagesse incarnée, et Salomon, le plus grand roi qui ait jamais existé sur la terre3. Cette digression amène le Docteur angélique à déplorer la coupable témérité des jugements humains.
Dans la rouge étoile de Mars, Dante rencontre les croisés que Dieu favorisa de la grâce du martyre- Ces vivantes topazes, enchâssées dans les deux branches d’une croix symbolique, jettent un éclat si vif qu'il fait pâlir toute autre lumière. Un esprit descend
1 Dante, Conv. n.
* Qui... docli fuerint, fulgebunt: quasi splcndor firmament! : et qui ad justitiam erudiunt multos, quasi stellæ in perpétuas ælcrnitates. Dan. xii.
s Dedi tibi cor sapiens et intelligens, in tantum,' ut nullus ante te similis lui fuerit, nec post tesurrecturus sit. IIeg. iii.