‹ La Divine comédie de DanteChapitre 53 sur 77 · CHANT VINGT ET UNIÈME · texte numérisé non relu

CHANT VINGT ET UNIÈME

Déjà devers le front de ma céleste Dame

Je reportais mes yeux, avec mes yeux mon âme,

Absorbé tout entier et comme ensorcelé.

Le souris avait fui de sa lèvre, et de dire : « Si je ne retenais à présent mon sourire. Cendre tu deviendrais, semblable à Sémélé *.

Pour ce que ma beauté qui, le long de Téchelle

De l'éternel palais, d'autant plus étincelle

Que Ton monte plus haut, comme tu Tas bien vu.

Si je ne tempérais son éclat, serait telle Que devant sa splendeur ta faiblesse mortelle Semblerait un rameau par la foudre abattu.

Nous sommes parvenus à la septième sphère ' Qui, sous le signe ardent du Lion, vers la terre Projette en ce moment un éclat plus vermeil.

Mets ton âme en tes yeux : de leur double fenêtre Fais-toi comme un miroir pour ce qui va paraître Dans cet .astre, miroir lui-môme du soleil I »

Si l'on pouvait savoir quelle exquise pâture Donnait à mes regards cette sainte figure, Lorsque j'en détachai mes esprits enchantés.

Conoscerebbe quanto m' era a grato Ubbidire alla mia céleste scorta, Gontrappesando V un con V altro lato.

Dentro al cristallo, che '1 vocabol porta, Cerchiando '1 mondo, del suo caro duce, Sotto cui gîacque ogni malîzia morta,

Di color d' oro, in che raggio traluce, Vid' io uno scalèo eretto in suso, Tanto, che nol seguiva la mia luce.

Vidi anche per li gradi scender giuso

Tanti splendor, ch' io pensai, ch* ogni lume,

Che par nel Ciel, quindi fosse diffuso.

E come per Io natural costume

Le pôle insieme al cominciar del giorno

Si muovono a scaldar le fredde piume ;

Poi altre vanno via senza ritorno, Altre rivolgon se onde son mosse, E altre roteando fan soggiorno ;

Tal modo parve a me, che quivi fosse In quello sfavillar, che insieme venne, Si come in certo grado si percosse :

E quel, che presso più ci si ritenne,

Si fe* si chiaro, ch' io dicea pensando,

Io veggio ben V amor, che tu m' accenne. "

Ma quella, ond' io aspetto il come, e '1 quando Del dire e del tacer, si sta; ond' io Contra 1 disio fo ben, s' io non dimando.

On comprendrait Combien aussi j'étais avide D'obéir à la voix de mon céleste guide, Passant de joie en joie, heureux des deux côtés.

Dans Tastre transparent, roulant autour du globe Sous le nom vénéré de ce monarque probe Qui, dans son règne heureux, écrasa le péché ',

Je vis, de couleur d'or, au soleil rayonnante. Une échelle si haute et si resplendissante Que 1*. faite à mes yeux en demeurait caché.

Et je vis, descendant les échelons de gloire.

Des millions de splendeurs, tant, que j'en vins à croire

Que tous les feux du Ciel s'étaient là répandus.

Et comme, par instinct, dès que le jour s'allume, S'agitent les corbeaux pour réchauffer la plume Sur leurs membres transis que le froid a mordus ;

Puis ceux-ci de partir pour toujours ; dans l'espace Ceux-là de s'élancer, puis revenir ; sur place Ceux-là de tournoyer volant en tourbillon :

Telle s'offrit à moi la bande étincelante. Jaillissant en éclairs sur l'échelle brûlante, ' Sitôt qu'elle touchait à certain échelon.

Près de nous un des feux du radieux cortège Se posa plus brillant. Je reconnais, pensais-je. L'amour, aux clairs rayons que je te vois darder.

Mais celle dont j'attends qu'un ordre me permette De parler ou me taire* est encore muette ; Je crois donc faire bien de ne rien demander.

28fi CANTO XXI.

Per ch' ella, che vedeva il tacer rfiio Nel veder di Colui che tutto vede, Mi disse : Solv iil tuo caldo disio.

Ed io incominciaî : La mia mercede Non mi fa degao dclla tua risposta.

Ma, per colei, che il chieder mi concède :

Vita beata, che ti stai nascosta Dentro alla tua letizia, fammi nota La cagion, che si presso mi t' accosta :

E dl perché si tace in questa ruota

La dolce sinfonîa di Paradiso,

Che giù per V altre suona si devota.

Tu hai r udir mortal si come '1 viso, Rispose a me : perô qui non si canta Per quel, che Béatrice non ha riso.

Giù per li gradi délia scala santa

Discesi lanto sol per farti festa

Col dire e con la luce, che' m' ammanta :

Ne più amor mi fece esser più presta : Chè più e tanto amor quinci su ferve, Si come il fiammeggiar ti manifesta.

Ma r alta carità, che ci fa serve

Pronte al consiglio, che il mondo governa,

Sorteggia qui, si come tu osserve.

Io veggio ben, diss' io, sacra lucerna, Come libero amore in questa Corte Basta a seguir la providenza eterna.

Béatrix, qui voyait mon silence pénible Dans les yeux de Celui pour qui tout est visible, Me dit : « Que ton désir ait satisfaction I »

Et moi je pommençai : «Je n'ai rien qui me fasse Digne d'un mot de toi; mais au nom, par la grâce De celle qui me pousse à cette question,

O Vie heureuse l 6 toi qui demeures voilée Au sein de ton bonheur l Splendeur immaculée ! Dis-moi ce qui t'a fait venir si près de nous ;

Et dis aussi pourquoi dans ta sphère bénie. On n'entend plus du Ciel la tendre symphonie Dont, plus bas, les accents retentissaient si doux? »

— « Aussi bien que tes yeux ton ouïe est mortelle, Et l'on ne chante plus ici, répondit-elle, Pour ce qui fait qu'ici Béatrix ne rit plus.

De l'échelle sacrée abandonnant le faîte, Si je descends si bas, c'est pour te faire fête Par ma voix, par les feux où mon corps est reclus.

Je n'ai pas plus d'amour, moi qui viens la première : Autant et plus d'amour bouillonne là derrière. Comme ce flamboiment à tes yeux en fait foi.

La haute charité qui nous donne en servage

Au monarque du monde, en ces lieux nous partage

Assignant à chacun le rang où tu nous vois. »

— «Je comprends, repartis-je alors, ô lampe sainte l Comment le libre amour dans la divine enceinte Suffît pour obéir au monarque éternel.

Ma quest* è quel, ch' a cerner mi par forte ;

Perche predestinata fosti sola

A questo uficio tra le tue consorte.

Non venni prima ail* ultima parola, Che del suo mezzo fece il lume centre, Girando se come veloce mola.

Poi rispose V amor che y* era dentro ; Luce divina sovra me s' appunta, Penetrando per questa, ond' io m' inventro :

La cui virtù col mio veder congiunta Mi leva sovra me tanto, ch' io veggio La sommaessenzia, délia quale è munta.

Quinci vien V allegrezza, ond' io fiammeggio, Perché alla vista mia, quant' ella ô chiara, La chiarità délia fiamma pareggio.

Ma queir aima nel Ciel che più si schiara, Quel Serafin che 'n Dio più V occhio ha fisso, Alla dimanda tua non soddisfâra :

Perocchè si s' innoltra neir abisso Deir eterno statuto quel che chiedi, Che da ogni creata vista è scisso.

E al monde mortal quando tu riedi, Questo rapporta, si che non presumma A tanto segno più muever li piedi.

La mente, che qui luce, in terra fumma :

Onde riguarda come puô laggiùe

t^uel che non puote, perché 1 Ciel V assumma;

CJIANÏ XXI. 289

Mais ce qui me paraît difficile à comprendre, C*est pourquoi tu fus seule appelée, âme tendre ! A ce poste, entre ceux qui partagent ton Ciel? »

Je n'eus pas prononcé la dernière parole Que, sur place soudain tournoyant, l'auréole Vola comme une roue autour de son essieu.

Puis l'amour répondit, enfermé dans l'étoile ; « Pénétrant le rayon lumineux qui me voile. Sur moi darde d'aplomb la lumière de Dieu.

Sa vertu de mes yeux augmente la puissance, Et m'exalte à ce point que j'en perçois l'essence Et la source suprême au fond du Paradis.

De là mon allégresse et ma flamme splendide ; Car plus ma vision devient claire et lucide, Et plus de claire flamme aussi je resplendis.

Mais le plus éclairé de la céleste sphère,

Le premier séraphin, inondé de lumière.

Son œil plongeant en Dieu, ne te répondrait pas.

Car dans ses profondeurs la Sagesse éternelle, Ce que tu veux savoir, si fort avant le cèle. Que tout être créé, pour y voir, est trop bas.

Et lorsque tu seras revenu sur la terre, tiapportes-y cela pour qu'à si haut mystère /homme ne tende plus de son regard mortel*

Votre âme, flamme ici, sur la terre est fumée; Comment donc pourrait-elle, en bas, cendre animéç^ (".e qu'elle ne peut pas dans les hauteurs du Ciel? »

IT

Si mi prescrisser le parole sue,

Ch' io lasciai la quistione, e mi ritrassi

A dimandarla umilmente chi fue.

Tra duo liti d' Italia surgon sassi, E non molto distanti alla tua patria, Tanto che i tuoni assai suonan più bassi :

E fan no un gibbo, che si chiama Gatria, Disotto al quale è consecrato un ermo, Che suoF essor disposto a sola làtria.

Gosi ricomînciommî '1 terzo sermo :

E poi continuando disse : Quivi Al servigio di Dio mi fei si fermo,

Che pur con cibi di liquor d' ulfvi Lievemente passava caldi e geli, Contente ne' pensier contemplativi.

Render solea quel chiostro a questi CieU Fertilemente, ed ora è fatto vano, Si che tosto convien, che si riveli.

In quel loco fu' io Pier Damiano :

E Pietro peccator fu nella casa

Di Nostra Donna in sul lito Adriano.

Poca vita mortal m* era rimasa,

Quando fui chiesto, e tratto a quel cappello,

Che pur di maie in peggio si travasa.

Venue Cephas, e venne il gran vasello Dello Spirito Sanfo, magri e scalzi, Prendendo '1 cibo di qualunque ostello :

Ce que disait la voix était si péremptoire Que, bornant humblement mon interrogatoire, Du nom qu'elle portait je m'enquis seulement.

« Frère, entre les deux mers qui bordent TUdlie, II est d'âpres rochers, non loin de ta patrie. Élevés au-dessus des colères du vent :

Ils forment une bosse énorme qu'on appelle Catria, vaste croupe au-dessous de laquelle Est un cloître fondé pour la prière et Dieu. »

Pour la troisième fois ainsi l'âme immortelle Recommence à parler : « Or là, poursuivit-elle, Au service divin je fus d'un si beau feu,

Que sans jautre aliment que le suc de l'olive, Et tout entier à mon ardeur contemplative. Je traversais l'hiver, l'été, le cœur joyeux.

Jadis rendait au Ciel une moisson fertile Ce lieu saint, aujourd'hui devenu si stérile *" Que le voile bientôt devra tomber des yeux.

Je fus Pierre Damien, différent de ce Pierre Appelé Peccator, qui fut au monastère De Notre-Dame, au bord de la mer Adria.

Il ne me restait plus que peu de jours à vivre Lorsque, pour ce chapeau que maintenant on livre Aux plus indignes fronts, du cloître on me tira *.

Vase d'élection, le grand Paul, et saint Pierre, Maigres et les pieds nus, s'en allaient par la terre. Sous n'importe quel toit mangeant au jour le jour.

Or voglion quinci e quindi chi rincalzi Gli modemi pastori, e chi gli meni, Tanto son gra\i 1 e chi dirietro gli alzi.

CuoproD de' manti lor li palafrcui, Si che duo bcstie van sott' uua pelle : 0 pazicDzia, che tanto sostieni !

A qucsta voce vid' io più fiammeUc Di grado in grado scendere e girarsi, Ed ogni giro le facea più belle.

Dintorno a qucsta vennero, c fermàrsi, E ff}ro un grido di si alto suono, Che non potrebbe qui assomîgliarsi :

Nù io lo 'ntcsl, si mi vinse il tuono.

ourd'hui le pasteur veut, quand il se pro'mène, ilqu'un qui le soutienne et quelqu'un qui le mène, )ar derrière encor quelqu'un, tant il est lourd.

. long manteau couvrant sa haquenée, il semble i sous la môme peau deux bêtes vont ensemble : ience divine, en as-tu supporté! »

e mot-là, je vis mille petites flammes cendre en tournoyant de l'échelle des âmes, 5ur chaque échelon grandissait leur beauté.

se rangeant autour de l'âme, leur semblable,

3s firent entendre un cri si formidable,

on ne peut comparer rien au monde à ce cri :

sens m'en échappa, tant j'en fus ahuri.

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