‹ La divine comédie. Traduction d'Artaud de MontorChapitre 3 sur 38 · DELL' INFERNO · texte numérisé non relu

DELL' INFERNO

Nel mezzo « del cammin di nostra vita.

Mi ritrovai, per una « selva oscura,

Che la diritta via era smarrita :

E quanto a dir, quai era, e cota dura,

« Questa selva « selvaggia, ed aspra, e « fone;

Che nel pensier « rinnuova la paura ».

U La Divine Comédie, dit Ozanam, est la Somme littéraire et philosophique du moyen âge, et Dante est le saint Thomas de la poésie. » )

■(( C'est l'âme du moyen âge qui est comprise et se manifeste dans celle dô-Dante, v répète un publiciste anglais, Thomas Carlyle.

Résolu d* élever à Béatrix, objet de son amour mystique, un monument digne d'elle, le poète fut d'abord sous l'empire d'une vision qui lui montra de nouvelles routes à parcourir et le transporta hors du monde sensible dans la région de l'enfer et du ciel. Mais si puissante que fût son imagination elle ne fit cependant que refléter les croyances populaires du xiii° siècle, où le sort des âmes après la mort occupait fortement les esprits. Des légendes merveilleuses, les scènes du Jugement dernier écrites sur la pierre des cathédrales, la représentation des mystères si goûtés au moyen âge, tout disposait Dante à l'œuvre dont il n'a pas conçu tout d'abord le vaste plan.

Il commença même à écrire l'Enfer en vers latins hexamètres ; mais, sentant sa force et obéissant à une inspiration hardie, il abandonna ce projet et, le premier, osa faire de la Jangue vulgaire d'Italie une langue épique, un instrument de haute poésie. :

« La Divine Comédie, a écrit un de ceux qui l'ont le mieux aimée, un de ses plus consciencieux biographes, Henri Dauphin, est un poème sans modèle et resté sans imitateurs. On peut, au point de vue classique, trouver cette composition bizarre, mais ceux qui l'ont condamnée comme une œuvre informe et monstrueuse n'en avaient certainement pas saisi le majestueux ensemble ni mesuré la haute portée. Ils n'avaient vu sans doute dans ce voyage à travers les régions de la mort qu'une fanstamagorie capricieuse et sans but. Il y a cependant un but bien marqué, annoncé tout d'abord au lecteur attentif. »

« Le véritable sujet du poème, versifié par tercets, est la régénération du poète, de Dante lui-même, qui, égaré par ses passions, ne rentrera dans la droite voie que par des chemins inaccessibles aux vivants. Il ne s'agit pas ici de la délivrance du tombeau du Christ, mais du rachat d'une âme opéré par de merveilleuses pérégrinations. »

' La Divine Comédie est à la fois une encyclopédie religieuse et une épopée où le moyen âge se reflète tout entier comme dans un miroir, avec ses arts, ses idées et ses mœurs, j

— L'obscurité reprochée à Dante accuse souvent l'ignorance du lecteur peu versé dans les profondeurs de la théologie scolastique. I Plus il est sublime lorsqu'il expose la doctrine de saint Thomas, plus est abstraite sa théologie personnifiée en Béatrix\ Mais ce qui est ténèbres

pour les uns est lumière rayonnante pour les autres, grâce à la beauté du vers, à la propriété de l'expression et à la richesse de la forme.

— Heureuse obscurité que celle qui se dissipe au flambeau de l'étude et de la raison, si elle n'enlevait pas au premier poète de l'Italie la gloire d'en être en même temps le plus populaire ! tlu'on songe d'ailleurs, si l'on veut rendre son style responsable de quelques passages obscurs, aux immenses difficultés qu'il avait à vaincre, ayant entrepris de tout exprimer dans un poème véritablement encyclopédique, au moyen d'un langage aussi imparfait que la langue vulgaire italienne, au commencement du xive siècle>Le travail qu'il a dû faire sur cette langue, pour l'assouplir, pour l'étendre -au besoin de sa pensée, se dérobe à nous aujourd'hui et nous sommes moins frappés des qualités d'un style simple et naturel, énergique et concis, plein d'éclat et d'harmonie, que nous ne sommes choqués de la crudité de certains détails qui nous semblent accuser l'enfance de l'art. On lui rendra plus de justice après l'avoir mieux étudié.

Dante, comme Pascal et Corneille, a porté du premier bond l'art du style aussi loin qu'il peut aller ; et quant à son vocabulaire, qui contient peu de mots vieillis et d'autres en plus grand nombre dont il a doté la langue italienne, c'est assez dire, pour sa gloire, qu'il a passé tout entier dans le dictionnaire de l'académie délia Crusca.

Artiste prodigieux, Dante a créé l'instrument et presque la matière de son œuvre, et/ce n'est ni une pensée de haine, ni une pensée d'amour qui a inspiré la « comédie », mais surtout une préoccupation religieuse. Il y a dans la vie morale de Dante une parfaite uilité ; sans abandonrvLi la philosophie, il inclina de plus en plus vers la théologie^

« Ce qui, dit en concluant un de ses critiques les meilleurs parmi les modernes, M. Alfred Jeanroy, £é qui constitue le grand mérite de son oeuvre capitale, c'est que nous y saisissons tout l'homme du xiv* siècle, avec ses passions, ses idées, ses préjugés, mais que toutes ces choses sont ressenties par un des esprits les plus droits et les plus élevés, traduites par un des artistes les mieux doués que l'humanité ait jamais produits, w

(Dante représente, comme il l'explique, l'âme humaine en général : celle-ci se trouve dans la sombre vallée de la vie, sans savoir comment elle y a été jetée ; elle voudrait en sortir pour gravir la montagne rayonnante, c'est-à-dire pour atteindre à la félicité, mais elle voit se dresser devant elle la luxure, le vice propre à la jeunesse, l'orgueil plus terrible qu'elle, enfin l'avarice, le plus redoutable des vices, parce qu'il s'accouple à tous. L'homme ne peut leur échapper qu'en se mettant sous la conduite de la raison qui lui en montre les funestes conséquences. Si Virgile est choisi

par Dante pour représenter la raison éclairée par la philosophie, c'est qu'il était considéré au moyen âge comme le type du sage et du savant (le peuple faisait de lui un magicien). Il faut ajouter aussi que sa ^^uatrième Églogue le faisait regarder comme un précurseur du christianisme et que le sixième livre de V Enéide le désignait comme un guide tout naturel pour un voyage dans les régions infernales. ]

Mais la raison humaine peut tout au plus nous faire comprendre la laideur du péché et nous en affranchir par le remords symbolisé par le purgatoire. La félicité éternelle, à laquelle l'homme aspire, consiste dans l'union intime avec Dieu, et cette union est la récompense de la foi dont la théologie nous révèle les mystères. \C'est bien la théologie en effet que symbolise l'idéale et angélique figure de Béatrice. /

Là, a écrit Moland, dans une remarquable préface, là est le « secret de sa force et de sa gloire; il n'a pas seulement une vigueur d'imagination incomparable, mais à cette faculté merveilleuse se joint l'art qu'ignorait le moyen âge primitif. Il unit la savante et sobre poésie antique à la grande et prestigieuse poésie des légendes et des symboles. Il parle un magnifique langage : son pinceau est aussi sûr que ses couleurs sont éclatantes. Pas un trait qui ne réveille une longue suite de pensées; un vers suffit à contenir tout un drame ; un mot suscite la complète vision de ce qu'il paraîtrait impossible de peindre et d'exprimer. »

On a souvent esquissé la figure du Dante : Boccace en a tracé le portrait le plus vraisemblablement ressemblant. « Dante fut d'une stature moyenne et, quand il parvint à l'âge mûr, il cheminait un peu courbé. Il avait la démarche empreinte de gravité et de mansuétude; toujours il était vêtu de draps assez fins, ajustés comme il convenait à son âge. Il avait le visage long, le nez aquilin, les yeux plus grands que petits, le menton allongé; sa lèvre inférieure débordait la lèvre supérieure. Il avait le teint brun, la barbe et les cheveux épais, noirs et crépus ; la figure était mélancolique et pensive...

« Dans ses habitudes publiques et domestiques, il était admirablement retenu et modeste, plus que tout autre courtois et civil. Il buvait et mangeait peu et constamment aux heures réglées ; il louait les mets délicats et s'alimentait de mets communs... Il parlait raiement à moins qu'on ne l'interrogeât, néanmoins, quand il le fallait, il était très éloquent, avec une prononciation excellente et prompte... »

Les peintres italiens ont maintes fois reproduit ce visage hautain, ce front penseur. Raphaël, dans une de ces fresques merveilleuses qui sont la gloire du Vatican, a retracé, en symboles, les illustrations et les bien-

LA OIVINE COMEDIE

faits du catholicisme. La plus belle de ces fresques, à cause cle la beauté parfaite du sujet et du bonheur de l'exécution, laisse voir des groupes d'anges dans le ciel entr'ouvert, et, sur la terre, une nombreuse assemblée de pontifes et de docteurs de l'Eglise. Au milieu de l'un des groupes on distingue un visage remarquable par l'étrangcté du caractère, la tête ceinte non d'une tiare ou d'une mitre, mais d'une guirlande de laurier.

C'est Dante Alighicri, à peu près tel que l'ont popularisé, à travers les siècles, les peintres italiens et français.

Brevankes.

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