‹ La divine comédie traduite et commentéeChapitre 153 sur 314 · Paroles d'Isaïe (E · texte numérisé non relu

Paroles d'Isaïe (E

40. Les âmes du Purgatoire prient toujours pour les vivants, et ceux-ci, par leurs prières, peuvent les avancer grandement dans la voie d'expiation — ainsi qu'on l'a déjà vu (Voy.v. 8-9 ; IV, 133-135) — pourvu que la racine de leur vouloir soit bonne, c'està-dire émane de la grâce divine. (Voy. ci-dessus, 10-13).

11. Lalin, c'est-à-dire Italien. (Voy. Enfer [, v. 106, note C.)

12. Au point d'oublier que tous les hommes n'ont qu'une origine commune, notre mère Eve.

Le PurcaToire XI 303

« Je suis Humbert. Ce n'est pas seulement moi, mais aussi tous les « miens, que l’orgueil a perdus ‘5.

« Voilà pourquoi, n'ayant pas satisfait Dieu quand j'étais parmi les « vivants, je porte ce poids pour accomplir ma peine parmi les « morts. »

Comme je m'étais baissé pour l'écouter, un autre, tordu comme lui sous un poids écrasant, réussit à se tourner, suffisamment pour me voir.

M'ayant reconnu, il m'appela en maintenant ses yeux péniblement fixés sur moi pendant que je marchais tout courbé à côté de ces esprits.

« Oh! — lui dis-je — n'es-tu pas Oderisi, l'honneur d'Agubbio, et « l'honneur de cet art appelé à Paris l'enluminure ? »

« Frère, — répondit-il — les peintures de Franco Bolognese sont plus belles que les miennes ‘*. A lui tout entier désormais cet hon- « neur qui ne me revient plus qu'en partie {$,

« Certes, de mon vivant, je n'aurais pas été si courtois, car, par « amour-propre, j'aspirais, de toute l’ardeur de mon cœur, à toujours « exceller.

« Je porte ici la peine de cet orgueil, et je n'ai obtenu d'y venir que « parce que je me suis tourné vers Dieu, alors que je pouvais pécher « encore.

« O vaine gloire des forces humaines, que ta cime reste peu de « temps verte, lorsque ne surviennent pas des siècles grossiers {1

« Cimabuë se croyait, avec ses peintures, maître du terrain, et « voici sa renommée qui pâlit devant celle de Giotto, qu'on acclame « à présent.

« De même, un Guido a enlevé à l'autre la gloire de la langue et du « style 7... qui sait s'il n’est pas déjà né celui qui les chassera tous « les deux du nid ‘#?

« La mondaince célébrité n'est qu'un souffle qui passe, tantôt d’un « côté, tantôt de l’autre, et change de nom en changeant de direction.

13. L'orgueil des Aldobrandeschi. comtes de Santa-Fiora, les avait rendus insupportables. Humbert Aldobrandeschi fut tué par les Siennois, qu'il avait eu l'audace d'attaquer, à Campagnatico-sur-Ombrone, près Grosscto, dans la Maremme siennoisc, où se trouvaient ses propriétés patrimoniales.

14. Oderisi d'Agubbio, enlumineur du treizième siècle (Agubbio, aujourd'hui Gubbio, à vingt lieues au sud d'Urbin). Boniface VIIL lui confia, ainsi qu'à Giotto (dont il sera question plus loin), l'illustration de nombreux manuscrits du Vatican. Elève de Cimabuë, dont Dante va parler, il fut le maître de Franco Bolognese, cité aussi plus bas (F).

En partie parce que, si la gloire du Bolognese éclipse la sienne, il en rejaillit une partie sur Oderisi comme étant son maitre.

16. Dans les périodes artistiques ascendantes, la gloire d'un artiste est effacée par le suivant, tandis qu'en décadence elle conserve son éclat et sa verdeur.

17. Cimabuë fut aussi le maltre de Giotto. — Ces deux Guido sont Guido Guinicelli, poète bolonais, mort en 1276. (Voy. Purg. XXVI, 92), et Guido Cavalcanti, mort en 1401. (Voy. Enf. X, 60 et suiv.) (G).

18. Piquant compliment que Dante s'adresse visiblement à lui-même, et qui, du reste, est amplement justifié. L'exquise strophe suivante est comme un correctif à ce petit mouvement de légitime orgueil.

304 La Divine CoMÉpi£

« Si tu ne quittes ta chair que quand tu seras vieux, au lieu d'en « avoir été dépouillé alors que tu balbutiais encore des mots d'en- « fant, laisseras-tu, avant qu'il soit mille ans,

« une plus grande renommée ? Et, ces mille années elles-mêmes « passent, plus rapides dans l'éternité qu'un clin d'œil, comparé au « plus lent des cercles du ciel ‘ ! |

« Tiens, regarde celui qui, là, devant moi, marche si lentement. « Naguëre son nom était célèbre dans toute la Toscane, et maintc- « nant, oublié déjà, c'est à peine, si, à Sienne même, il effleure rare- « ment une lèvre dédaigneuse !

« Pourtant il y était seigneur, quand fut brisée la rage florentine ?*, « aussi superbe alors, qu'elle est prostituée aujourd'hui.

« Votre gloire est éphémère comme la verdure, car Celui qui fait « pousser l'herbe, bientôt lui retire sa fraîche couleur. »

« Les vérités que tu me dis — répondis-je — m'inspirent une sage « humilité et dégonflent l'orgueil dont mon cœur était plein?! < Mais qui est-il, celui que tu viens de me désigner ? »

« C'est Provenzano Salvani ??. Sa présomption en voulant courber « Sienne entière sous sa main l’a conduit ici.

« Il marche ainsi depuis le jour de sa mort: telle est la monnaie « que payent dans ce cercle les présomptueux de la terre. »

« Mais — demandé-je — puisque ceux qui ne se sont repentis qu’à « leurs derniers moments restent au-dessous d’où nous sommes,

« pendant autant d'années qu'ils en vécurent — à moins qu’une « bonne prière abrège leur stage — comment lui fut-il permis de « monter aussitôt jusqu’à ce cercle # ? »

« A l'époque la plus glorieuse de sa vie, ayant appris qu’un ami « qui lui était très cher était en danger dans une prison de Charles,

« il vint résolument sur la place de Sienne, et là, oubliant toute sa « fierté et tremblant de tout son corps, il s’humilia jusqu'à s’age- « nouiller pour tirer son ami de peine ?{.

19. Le ciel le plus lent est celui des Etoiles Fixes, dont l'évolution a lieu en trentesix mille années (Ptolèmée). Voir la Description de la Divine Comédie, pages 44 et 45 et le Préambule du Paradis, page 433.

20. Par la’ rage florenline brisée, Dante fait allusion à la défaite des Florentins par les Siennois, à Monte Aperto, commandés par Provenzano Salvani, dont il va être parlé plus loin.

21. Quels admirables vers, et avec quel tact Dante fail succéder à l'orgueil et aux vanités de la gloire mondaine la modestie et la philosophique constatation du peu de durée des choses d'ici-bas!

22, Provenzano Salvani,ardent gibelin, homme de haute valeur, comme on le verra par le trail que va citer Oderisi. {l périt en 1259 à la bataille de Colle de Valdesa. (Voy. XIII, 106-120 )

23. Dante se souvient de ce que Belacqua lui a expliqué au sujet des repentirs tardifs qui nécessitent un stage dans l'Antépurgatoire (1V,130-135), et il demande comment il se fait que ce stage ait élé épargné à Provenzano Salvani.

24. Un nommé Vigna, grand ami de Provenzano Salvani, avait été fait prisonnier de guerre par Charles I d'Anjou, roi des Deux-Siciles. Ce prince menaçait de le mettre à mort si une rançon de dix mille florins d'or ne lui était fournie. Provenzano, tout gouverneur de Sienne qu'il était, vint se mettre à genoux sur la place publique de Sienne, appelée encore aujourd'hui, comme en ce lemps-là, Campo-di-Siena, pour demander à tous de lui apporter autant d'argent que possible afin de compléter la rançon exigée.

Le PurGatoiRe XI 305

« Je n’en dirai pas davantage : mes paroles sont obscures, il est « vrai; mais avant qu'il soit longtemps, tes voisins feront si bien que « tu te rendras compte par toi-même

« de l’action méritoire qui valut à Salvani d'éviter les confins de ce « mont”... »

NOTES COMPLÉMENTAIRES

(A) Dieu habite plutôt aux cieux, parmi les anges, parce que les cieux et les anges ayant été les premiers effets, suivant l'expression de Saint Thomas (Somme), de sa création, ont reçu et reçoivent le plus pur de son amour: Inprincipio creavit Deus cœlum. (Gen., 1,1. Voy. Par.,XIV,30et Convilo,1V, 9.;

(8) Omnibus enim mobilibus mobilior est sapientia ; attingit autem ubique propter suam munditiam. Vapor est enim virtutis Dei et emanatio quædam est claritatis omnipotentis Dei {sincera ; et ideo nihil inquinatum in eam incurrit (Sap., VIII, 24, 26).

(c) Nemo potest venire ad me, nisi Pater, qui misit me, traxerit eum. (Joan., V1, 44.) Gette idée est d'ailleurs maintes fois exprimée par Dante. C'est la nécessité primordiale de la Grâce Divine.

(D) Panis enim Dei est, qui de cœælo descendit et dat vitam mundo. Dixerunt autem ad eum : Domine, semper da nobis panem hunc. (Joan., VI,33-34.) — Sans ce pain de vie, — dit Dante — l'homme ne peut que reculer (Voy. Purg., X, 123, et plus loin, 33.

(E) Le mot dont s'est servi Dante et que nous avons traduit par fénèbres est caligini, expression qu'il a trouvée dans Isaïe... Quia ecce tenebraæ aperient terram, et caligo populos. (LX, 2.)

(F) Dante a groupé ici plusieurs des peintres les plus célèbres de l'Italie; Oderisi d’'Agubbio, Franco Bolognese — ou de Bologne. — Cimabuë et Giotto.

Cimabuë (Giovanni Gualtiere). peintre et architecte florentin, né en 1240; mort vers 1310, l’un des restaurateurs de la peinture en Italie. Son œuvre la mieux conservée est la Vierge et Jésus, à Santa Maria Novella (Florence). Pendant que Cimabuë peignait ce tableau, Charles d'Anjou traversa Florence et visita l'atelier du grand peintre, ce qui amena une telle affluence dans le quartier que la rue où habitait Cimabuë fut appelée Borgo Allegri, nom qu'elle a conservé. Le tableau, achevé, fut conduit en procession à l'église au son des cloches et des trompettes, au milieu des acclamations. Cimabuë était connu pour sa scrupuleuse conscience artistique : il détruisait tout ouvrage de lui, même avancé, dès qu'il s'apercevait qu'il ne venait pas bien. C'est en ramenant l'art à l'étude de la nature — comme avaient déjà commencé à le faire les écoles de Pise et de Sienne, mais comme il le fit, par son génie, avec bien plus d'éclat et de fruit — qu'il imprima à l’art ilalien ce mouvement magnifique, que Giotto continua, et qui devait aboutir à Raphaël.

Son émotion était si violente qu'il « tremblait de tout son corps ». La somme fut ainsi recueillie, et Vigna délivré. Tel est le beau trait — surtout de la part d'un si arrogant personnage — qui lui valut d'aller directement au cercle des Orgueilleux du Purgatoire sans être retenu dans l'Antépurgatoire pour cause de repentlir tardif (u).

25. Oderisi veut dire ici qu'il ne peut s'expliquer davantage, mais que Dante éprouvera bientôt par lui-mème ce qu'on souffre quand on en est réduit à s'humilier et à mendier. À rapprocherle fameux Tu proverai come sa di sule... (Pur., XVIII, 58 et suiv.).

306 LA Divine CoMÉéoDiE

Voici l'épitaphe de Cimabuë, curieuse à rapprocher des vers de Dante car elle exprime la mème pensée :

Credidit ut Cimabus picturæ castra tenerc Sic tenuit vivens, nunc tenet astra poli.

Giotto (Angioletto) di Bondone, peintre, sculpteur, né à Vespignano, près Florence, vers 1270. Il était pâtre lorsque Cimabuë, en le voyant tracer des dessins sur les rochers, découvrit sa vocation, l'attira dans son atelier et en fit un si brillant élève que, comme dit Dante, il surpassa son maitre. Etudiant la nature -de plus près encore, il donna plus de souplesse et de grâce au dessin. Le Louvre possède un de ses meilleurs tableaux : Saint François d'Assise recevant les stigmates. Il était grand ami de Dante et l’on a retrouvé, en 1841, le portrait du grand poète dù au pinceau de Giotto (Voy. la Nolice sur Danie, page 5). C'est une reproduction de ce portrait qui figure en tête du présent volume. Laurent de Médicis lui fit ériger un tombeau magnifique dans cette belle cathédrale dont Giotto avait dessiné le merveilleux

campanile. On y lit cette épitaphe :

Ille ego sum per quem pictura extincta revixit.

On voit à Assise, dans l’église de la haute ville, des fresques de Cimabuë et de Giotto ; malheureusement celles de Giotto, qui représentaient l'Enfer, ont élé détruites par un acte inouï de vandalisme, pour être remplacées par un ensemble de l'Enfer, du Purgatoire et du Paradis, confié à quelque obscur pinceau (elles sont signées Sermei), et considéré comme plus convenable et plus décoratif! Si encore cet ensemble valait l’étonnante et si intéressante reproduction de la Divine Comédie tout entière qui se trouve à Santa Maria Novella de Florence !

Fort heureusement, Giotlo a peint sur le mème sujet les remarquables fresques de l'Arena, chapelle bâtie par les Scrovigni (Voy. Enf., XVII, 64). Mais Giotto étant contemporain de Dante ne pouvait encore le considérer comme le firent les peintres qui lui succédèrent, alors que le génie de l’Alighieri et la célébrité de son poème en firent, pour ainsi dire, le guide de tous les pinceaux qui voulurent peindre les mondes surnaturels. C'est ainsi qu'on retrouve toute la pensée dantesque, avec ses moindres détails, dans plus d’une fresque des églises italiennes, mais ces fresques, postérieures à Giotto, sont d'Orcagna (Padoue), de Guariento (église des Eremitani, à Pa-

doue), etc.

Giotto est mort en 1336. (G) Après les peintres, voici les poètes, mais deux seulement sont cités

ici, et encore, comme Dante ne donne que leur prénom, plane-t:il un certain vague sur ceux qu'il a voulu désigner, ce prénom étant commun à nombre d'Italiens, et particulièrement à beaucoup de poètes. Cependant, il y a de fortes probabilités pour que ceux que nous indiquons soient, en effet, ceux auxquels Dante fait allusion.

En ce qui concerne Guido Cavalcanti, il est à remarquer que, bien que le déclarant son primo amico dans la Vila Nuova, Dante le traite assez mal dans la Commedia, puisqu'il met son père en Enfer (X, 60), et l'accuse lui. même d’avoir décrié Virgile et l'Enéide (X, 63). Comme c'est en partie sur l'instigation de, Guido Cavalcanti que Dante a écrit son grand poème en langue vuigaire, c'est-à-dire en italien, et non en latin, il est supposable que c'est plutôt contre la langue latine qu'en avait Guido que contre Virgile, mais cela aurait suffi pour provoquer dans l'esprit de Dante un amoiadrisse-

Le PURGATOIRE XI 307

ment d'enthousiasme envers Guido, qui, de premier ami qu'il avait été à l'époque de la Vie Nouvelle, se sera trouvé relégué à un numéro plus éloigné à celle de la Divine Comédie. Cependant, le compliment qu'il lui adresse ici, comme à Giotto, ne saurait être que flatteur. Sans doute n’at-il pas oublié que Guido était devenu, comme lui, ardent gibelin.

(4H) La mauvaise humeur de Dante contre les Siannois qui nous vaut la fameuse boutade sur la vanité française (Enf., XXIV, 123) le rend injuste pour Provenzano Salvani qui était un très grand personnage, plein de cœur, ainsi que suffirait à le prouver l’anecdote racontée ici. Il fut le glorieux vainqueur de la bataille du Monte Aperto, gagnée sur les Guelfes de Florence.(Voy. Enf., X, 32; XXXII, 81),et rien, dans l'histoire, n'autorise à l’accuser d'avoir voulu 8e rendre maître de Sienne. L'église Santa Maria di Provenzano, à Sienne, a été bâtie en remplacement de celle que Provenzano avait fait construire et dont le nom a été conservé.

CHANT XII

Premier Cercle : les Orgueilleux (fin).

te ARGUMENT. — Les dalles gravées : Lucifer, Briarée, Thymbrée, Pallas, Mars, Nemrod, Niobé, Saül, Arachné, Roboam, etc. — Montée au deuxième

Cercle : etfacement du premier P.

Comme une paire de bœufs sous le joug, je marchai côte à côle avec cette âme, chargée d’un poids si lourd, jusqu’à ce que mon doux professeur m'eùt dit :

« Quitte le maintenant, et avance, car il est bon que chacun ici « pousse sa barque comme il peut, de la voile et des rames ?. »

Alors je me redressai pour marcher naturellement, mais ma pensée resta humblement baissée 3,

M'étant volontiers ‘ avancé sur les pas de mon Maitre, nous montrions déjà tous deux notre légèreté,

lorsqu'il me dit : « Baisse les yeux, car il te sera bon, pour alléger « ta route, de regarder le lit de tes pas. »

Comme sur les tombes planes $ on retrace la vie de ceux qu'elles recouvrent, afin de conserver leur mémoire, |

dont le souvenir vient souvent renouveler la blessure et les larmes des cœurs pieux, seuls atteints par les regrets;

ainsi le sol était orné de dessins, d'une ressemblance et d'un art supérieurs, couvrant en entier le chemin qui tourne la montagne.

1. Dante marche à côté d'Oderisi courbé par le poids qui l'accable,et se baisse aussi pour causer avec lui. (Chant préc. 52-54 ct 80.)

2. De la voiles el des rames, expression classique (Virgile, Ovide, Cicéron, etc).

8. Pauvre concetlo! C'est un de ces faux brillants, rares chez Dante, que Boileau conseillait avec raison de laisser à l'Italie (Art. poétiq.)(Voy. Enf., XIII, 95).

4. Dante appuie avec soin et à plusieurs reprises sur le bon vouloir (exprimé ici par le mot volontiers) qu'il met à suivre son guide, car dans la voie de purification il faut obéir avec joie et empressement.

5. Le lit des pas, comme le lit d'une rivière. (Voy. Purg., VII, 108).

6. Ce: tombes planes sont les tombes dallées et recouvertes de mosaïques comme on en voit souvent dans les églises, surtout en Italie. — Remarquer que les exemples d'humilité, exposés en bas-reliefs, sont dressés contre la paroi du mont {chant X) tandis que les exemples d'orgueil sont couchés sur le sol pour être foulés aux pieds.

Le PuncaromEe XII 309

D'un côté, la plus noble des créaturés tombait foudroyée du Ciel7; un

de l’autre, Briarée, $ percé du trait céleste, gisait glacé, écrasant la terre d'un poids alourdi par la mort.

Et Thymbrée, Pallas? et Mars, encore revêtus de leurs armes, entouraient leur père et contemplaient les membres épars des géants vaincus.

A Sennaar, au pied du monument de leur orgueil, Nemrod !° regardait ses complices avec égarement.

O Niohé, avec quelle douleur tes tristes yeux contemplaient tes sept fils et tes sept filles, massacrés autour de toi!!!

O Saül, percé par ton propre glaive sur le mont Gelboë, — qui depuis ne reçut ni pluie ni rosée — comme ton image était bien celle de la

mort !? !

O folle Arachné, toi aussi tu étais admirablement représentée, lors-

que, déjà changée en araignée, tu venais d’être précipitée sur tes fatals fuseaux 3!

O Roboam, dans ce char qui t’'emporte, ce n’est plus la menace arrogante qu'on lit sur ton visage, c'est l’'épouvante qui te fait fuir avant

d'être chassé 1, Sur le marbre de ce dur pavage on voyait encore : Alcméon faisant

payer cher à sa mère sa malheureuse parure !*; Sennacherib frappé mortellement par ses fils et abandonné dans le

temple t$;

Cyrus, défait par Thomyris et traité par elle avec tant de barbarie lorsqu'elle lui dit : gorge-toi de ce sang dont tu avais si soif‘!

la déroute des Assyriens après la mort d’Holopherne, et le carnage

de leurs troupes ; les ruines de Troic mise en cendres... O Ilion comme tu étais repré-

sentée abattue et misérable, sur cette pierre !°! Pour donner à tous ces personnages une telle intensité de vie, une

7. Lucifer, créé le plus noble des anges, rebelle à Dicu (4).

8. Briarce, l'un des geants rebelles foudroyés par Jupiter (8).

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