Parole de Saint Jean (c
4. Dans le chant précédent, il est déjà parlé des pas rélrogrades (123) que font les hommes si la grâce divine ne vient les éclairer, les guider et les avancer. Le pain quotidien, le pain de vie, est une autre forme de la même idée (p;.
5. L'antique adversaire, c'est le démon, plusieurs fois appelé ainsi par Dante, conformément aux Ecritures, entre autres, Purg. VIII, 45; Enf. LE, 16.
302 La Divine CoMÉpiE
« l'adressons, ce n’est pas pour nous-mêmes, car désormais nous n’en « avons plus besoin, mais pour ceux qui sont restés derrière nous $ ».
C'est ainsi qu'ils priaient tous, implorant un bon voyage pour euxmêmes et pour nous. Plus ou moins torturés par l'écrasement du poids chargé sur leurs épaules ?,
ils suivaient le chemin tournant qui forme la première corniche, pour se dégager des ténèbres du monde, et semblaient de monstrueux fantômes dans un cauchemar douloureux.
Si, de là, leurs prières sont toujours en notre faveur, combien, d'ici, peuvent leur profiter les prières et bonnes actions de ceux dont le vouloir vient d’une bonne racine {‘ !
Combien elles doivent les aider à laver les taches du péché, et à s'envoler plus vite, purs et légers, vers les sphères étoilées !
« Hélas ! — s'écria Virgile — puissent la justice et la pitié bientôt « vous dégrever et vous permettre d'ouvrir enfin vos ailes vers le but « de vos désirs |
« Mais veuillez nous indiquer la plus courte montée, et, s'il y a plus « d'un passage, lequel est le moins malaisé,
« car celui qui m'accompagne ne va pas aussi vite qu'il le voudrait, «à cause de la chair d'Adam dont il est encore revêtu. »
A ces paroles répondirent les suivantes, que j'entendis sans qu'il soit possible de distinguer celui qui les prononça :
« À main droite, suivez avec nous le parapet; vous atteindrez le pas- « sage que peut gravir un vivant.
« Si cette pierre qui courbe l'orgueil de mon front, et m'oblige à « baisser la tête, ne m'en empéchait,
« je regarderais ce vivant, qui ne dit pas son nom, pour tâcher de « le reconnaître et de l’apitoyer sur mon sort.
« Je fus Latin‘! et fils d’un grand Toscan, Guillaume Aldobran- « deschi : je ne sais si vous avez jamais connu ce nom.
« L'antique noblesse de notre sang et les hauts faits de mes ancé- « tres me rendirent arrogant au point d'oublier notre commune « mère {2
« et de mépriser tous les autres hommes : c'est ce qui causa ma « perte. Les Siennois savent comment je suis mort, à Campagnatico, « où il n'est si pauvre hère qui ne le sache aussi,
6. Cette dernière strophe a trait. en effet, non pas à ces esprits qui n'ont plus rien à craindre du démon, mais aux âmes de l’Antépurgatoire (Voy. l'épisode du Serpent, (chant VIIL) et aux vivants, « restés derrière eux ».