Sache que je fus l'un des successeurs de Saint Pierre
15. Siestri (on Sestri) et Chiaveri, petites villes maritimes, à l'Est de Gènes, entre tesquelles se jette, dans la Riviera, le fleuve appelé le Lavagna, d'où est tiré le titre de comtes de Lavagna, porté par les Fieschi. L'ombre qui parle ici est celle d'Ottobono de Fieschi, pape sous le nom d'Adrien V.II ne régna que pendant quarante jours, (1276).
16. À propos du manteau papal qu'il faut garer de la fange, voy. XVI, 127-199.
« Ma conversion fut tardive, hélas ! mais pendant que j'étais pas- « teur romain, j'ai compris le mensonge de la vie!
« J'ai compris que sur Terre, on ne pouvait ni trouver la paix du cœur ni s'élever plus haut qu'où j'étais ; c’est pourquoi l'amour de la vie future m'enflamma.
« Jusque-là mon âme avait été misérable, séparée de Dieu, souillée « d'avarice : c'est ce péché que j'expie ici;
« c'est l’avarice qui nous vaut d'être ainsi gisants sur le sol, comme tu vois tous ces pécheurs: il n’est pas sur cette montagne de peine « plus amère ‘|
« L'Avarice ayant détourné nos yeux des hauteurs, et les ayant « fixés sur les matérialités de la Terre, ici, la Justice nous courbe le visage jusque sur le sol;
« l'Avarice ayant éteint en nous l'amour du bien et annihilé le mobile de toute action sur la Terre, ici, la Justice nous enchaîne, « pieds et poigs liés, et nous maintient étendus et immobiles tant qu'il plaira au Très Juste #. »
Alors, m'étant agenouillé pour lui parler — témoignage de respect dont il ne s’aperçut que par l'ouie, »
« pourquoi, me dit-il, t'agenouilles-tu ? » « Un sentiment de juste « respect pour votre dignité... »
« Relève-toi, mon frère — reprit-il — et reviens de ton erreur: « comme toi-même et comme tous, je ne suis que le serviteur d’une « seule Puissance ‘*.
« Si jamais tu as entendu cette parole évangélique Neque nubent, tu « comprendras pourquoi je te dis cela ?.
« Maintenant, retirc-toi : je ne veux pas que tu restes plus long- « temps près de moi, car ta présence suspend dans mes paupières les « larmes qui doivent mürir ce fruit dont tu viens de parler ?!.
LS
AR
17. Dante ne manque jamais, tout en respectant la hiérarchie orthodoxe des péchés de stigmatiser d'une manière particulièrement sévère l'avarice, le plus vilain de tous. Ce n'est donc pas une phrase banale qu'il met ici dans la bouche d'Adrien quand il lui fait dire qu'il n'y a pas sur la montagne de peine plus amère que celle qui est infligée aux Avares. En cffel, elle est réellement la plus amère de toutes puisqu'ell les prive de la vue du Ciel, vers lequel s'élancent sans cesse leur amour et leur espoir. (Voy. la Louve, au premier chant de l'Enfer ; voy.aussi Enf., VIL, 7-8, et, dans le mème chant, le supplice des Avares (4° Cercle). Enfin, l'Avarice est le gros reproche, maintes et maintes fois adressé à la Curie Romaine, où il a été engendré par le pouvoir temporel. C'est aussi l'avarice que Hugues le Grand reprochera à toute la race capétienne dans es virulentes apostrophes du chant suivant,70 et suiv.
48. L'Avarice tuant en nous l'amour du bien, qui seul rend une action méritoire, ilen résulte que, mème ce que nous faisons de bien est pour nous sans profit faute de mobile honorable et de but vertueux.