‹ La divine comédie traduite et commentéeChapitre 182 sur 314 · Ces 500 ans sont expliqués plus loin · texte numérisé non relu

Ces 500 ans sont expliqués plus loin

« tourment, c'est seulement à l'instant même que j'ai senti ma volonté « libérée me porter vers un meilleur séjour.

« Voilà pourquoi tu viens de sentir ce tremblement et d'entendre « les pieux esprits de la montagne louer le Seigneur afin qu'il les « appelle bientôt à Lui. »

Je ne puis exprimer combien l'ardeur de ma soif fut satisfaite par cette réponse à mon Maître, car plus on a besoin de boire, plus on éprouve de jouissance à se désaltérer.

Mon sage Guide reprit: « Je vois désormais dans quel filet vous « êtes retenus ici, et je comprends comment on s’en dégage ; je com- « prends aussi la provenance de ce tremblement et la cause de votre « Joie. |

« Qu'il te plaise maintenant me dire qui tu fus, et m'expliquer « pourquoi tu es resté gisant ici depuis tant de siècles{3. »

L'ombre répondit : « A l’époque où le vertueux Titus, aide du Tout- « Puissant, vengea les blessures d'où s'échappa le sang vendu par « Judas !{,

« je portais — là-bas — le titre le plus durable et le plus glo- « rieux {°. J'étais déjà fameux, mais je n'avais pas encore été éclairé « par la Foi.

« Si doux étaient mes vers que, convié de Toulouse à Rome, j'y « méritai la couronne de myrte.

« Surterre,on me nomme encore Stace. J'ai chanté Thèbes et le grand « Achille... mais, sous ce dernier fardeau, en route j'ai succombé !.»

« Un divin flambeau, qui embrasa des milliers d'admirateurs, m’en- « flamma de ses étincelles; |

«une mère, une nourrice généreuse, m'a donné son sein, où j'ai « sucé le lait poétique, sans lequel je ne pèserais pas une drachme : « je parle de l’Enéide!

« Ah! pour avoir vécu au temps de Virgile, je consentirais à rester « encore ici pendant toute une révolution solaire !? ! »

A ces mots, Virgile se tourna de mon côté en me faisant signe de ne rien dire, mais la volonté n’est pas toujours la plus forte,

car un sourire, comme une larme, suit de si près l'émotion éprouvée, que le plus sincère, le plus vérace, en est moins le maître.

Je ne pus donc retenir un sourire à l'adresse de Virgile; l'ombre, surprenant mon regard, se tut, et pour y surprendre ma pensée, plongea ses yeux dans les miens, en disant :

« Puisses-tu parvenir heureusement au but de ton difficile voyage. « mais, pourquoi ton visage vient-il de s’éclairer d'un sourire ? »

13. La réponse à cette deuxième question sera donnée au chant suivant, v. 19-54, 73-93.

14. Titus Vespasien, fils et lieutenant puis successeur de l'empereur Vespasien, termina la guerre de Judée par la destruction de Jérusalem, qui coûta la vite à 600.000 Juifs (70 ap. J.-C.) (Voy. Flavius Josèphe.)

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