‹ La divine comédie traduite et commentéeChapitre 195 sur 314 · Septième et dernier Cercle, les Luxurieux · texte numérisé non relu

Septième et dernier Cercle, les Luxurieux

Le PuncaroimEe XXV 389

Il nous fallait donc, encore ici, avancer l’un après l’autre en longeant la partie extérieure. D'un côté je craignais d’être brûlé, de l'autre d'être reprécipité dans le Cercle précédent.

«Ici, — dit mon Guide — serre ferme le frein de tes regards, car il en < faut peu pour tomber dans le péché ‘2! »

Du sein de ces ardentes flammes montaient des voix qui attirèrent vivement mon attention. Elles chantaient : Summæ Deus Clemenliæ ‘3.

Des esprits marchaient au milieu de ce brasier, et mes yeux se portaient tantôt sur eux, tantôt sur le chemin qu'il me fallait suivre.

L'hymne finie, ils s'écrièrent : « Virum non cognosco !#, » puis, à voix basse, ils recommencèrent l'hymne.

L'ayant achevée de nouveau, ils s'écrièrent encore : « Diane courut « dans le bois et en chassa Hélicé, blessée de l'atteinte de Vénus. »

Puis ils reprirent leur chant, et célébrèrent les époux qui accomplissent chastement les saintes lois du mariage.

Tel est le seul supplice imposé dans ces flammes; telles sont les tâches et les souffrances

qui cicatrisent les plaies du dernier Cercle.

NOTE COMPLÉMENTAIRE

(A) Malgré le caractère de vétusté du discours que Dante prête à Stace, on n'en saurait contester la belle ordonnance et la conduite si logique et si claire, en même temps que la vaste érudition. En effet, chacune des propositions dont il se compose, soit pour affirmer soit pour réfuter, s'appuie sur quelque texte païen ou chrélien, orthodoxe ou hétérodoxe. Ozanam a on ne peut mieux résumé l'opinion, en quelque sorte mixte — comme nous le disons plus haut, — que Dante s’est faite au sujet de l'âme, du corps, de leurs rapports ensemble et avec Dieu, avant, pendant et après la vie terrestre : « Dante —dit Ozanam — emprunte à Saint Thomas la notion de l'âme séparée « qui recueille ses puissances intellectuelles plus actives que jamais, sa sensi- « bilité comme endormie ; à Saint Augustin, à Origène, la notion de l'ombre « ou du corps subtil. »

12. Virgile signale à Dante, au moment d'entrer parmi les Luxurieux, le danger des regards imprudents.

13. Commencement de l'hymne qu'on chante aux matines du samedi, choisie parce ce qu'on y demande le don de la pureté : luxu remolo pessimo.

14. Réponse de la Vierge à l'Archange Gabriel (Saint Luc, 1,34), exemple de chasteté. Autre exemple de chasteté. Il s'agit de la nymphe Calisto, séduite par Jupiter et changée en la constellation de la Grande Ourse, appelée en grec Hélicé.(Cf. Par., XXXI,) 39-33.)

CHANT XXVI

Septième Cercle : les Luxurieux (fin).

je

ARGUMENT. — Exemples de luxure : Sodome et Gomorrhe; Pasiphaé. — Guido Guinicelli. — Arnaud Daniel.

Pendant que nous marchions l’un après l'autre, en longeant le bord du chemin, mon bon Maitre me répétait fréquemment : « Prends bien « garde | Tiens compte de mes avertissements‘! »

Le Soleil, qui me frappait l'épaule droite, emplissait déjà de ses rayons l'Occident tout entier, et donnait une teinte pâle à l’azur du ciel 2.

Comme l’ombre de mon corps accentuait le rouge des flammes, un grand nombre d'âmes, l'ayant remarqué,

se dirent en parlant de moi : « Celui-ci n'a pas un corps impal- « pable!»

Puis, quelques-unes d'entre elles s'approchèrent de moi autant qu'elles le purent, mais en ayant bien soin de ne point sortir des flammes qui les brûlaient à.

« Otoi qui marches le dernier, non par paresse, mais sans doute « par respect, réponds à une ombre que dévorent et la flamme et la soif.

« Tu satisferas ainsi, en même temps que moi-même, toutes mes « compagnes, avides de ta réponse comme un Indien ou un Ethiopien, « d'eau fraîche.

« Explique nous comment il se fait que ton corps coupe le rayon « du Soleil. La mort ne t’aurait donc pas encore pris dans ses filets ? »

J'allais satisfaire aussitôt à la demande de cet esprit, lorsqu'un spectacle, aussi nouveau qu'étrange, vint détourner mon attention.

4. Virgile renouvelle ses recommandations du chant précédent, 118-1920.

2. Le soleil frappe l'épaule droite de nos voyageurs parce qu'ils ont presque achevé le tour de la montagne qu'ils gravissent en spirale. Ils ont donc à leur droite le couchant, de mème qu'ils avaient à leur gauche le levant lorsqu'ils étaient encore au bas de la montagne, dans l’Antépurgatoire (Voy. 1V,57; et, plus loin. XXVII, 65-66).

3. On a déjà vu qu'à l'inverse des damnès de l'Enfer, les pénitents du Purgatoire recherchent le châtiment (Voy. XXII, 73-75).

Le PureaToIRE XXVI 391

Au milieu de la route enflammée, une autre multitude s’avançait, à la rencontre de celle qui venait de m'occuper;

et chacune des ombres qui la composaient, en embrassait rapidement une autre en passant, et sans plus insister.

C'est ainsi qu’on voit les fourmis, à la rencontre de leurs noirs bataillons, se flairer, museau à museau, peut-être pour s'informer mutuellement de leur route ou de leurs travaux.

Aussitôt après cette rapide accolade, elles se séparent, mais, avant d'avoir fait un seul pas, s’évertuant à l'envie,

les nouveaux venus crient aux autres : « Sodome et Gomorrhe* ! » A quoi ceux-ci répondent : « Pasiphaé s'enferme dans la génisse pour « attirer le jeune taureau! »

Puis, comme les grues s'envolent, les unes vers les monts Riphées, les autres vers les sables du désert, celles-ci fuyant le froid et celleslà la chaleur,

ainsi ces deux troupes s'éloignent l'une de l'autre, en reprenant le chant éploré, interrompu par des cris appropriés à leur pé-: ché 8,

Alors ces mêmes âmes qui m'avaient si instamimnent interrogé, se rapprochèrent encore de moi, exprimant de nouveau par leur physionomie un ardent désir d'entendre ma réponse.

Et moi, qui avais deux fois remarqué leur envie, je leur dis : « O « âmes, assurées d'obtenir un jour la paix suprème,

< mes membres, verts ou mûrs, ne sont pas restés là-bas : ils sont « ici comme moi, avec leur sang, avec leurs jointures,

« et c'est pour guérir mon aveuglement que je gravis cette mon- « tagne. Une Dame, qui est là-haut, m'a obtenu cette grâce d’appor- « ter dans votre monde mon enveloppe mortelle*.

« Puisse votre plus grand désir être bicntôt satisfait, et le Ciel le « plus vaste et le plus rempli d'amour vous être enfin ouvert‘,

« si, afin que je l’écrive, vous me dites qui vous êtes et quelle est « cette foule qui marche en sens contraire au vôtre ? »

Comme un montagnard rustique et grossier qui entre en ville regarde tout dans un muet étonnement;

&. It Nigrum campis agmen!'Enéid, VI, 403).

5. Villes de Palestine, punies égalemeut par le feu céleste: exemple de luxure. (Voy. à propos de Sodome, Enf., XI, 50.)

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