‹ La divine comédie traduite et commentéeChapitre 2 sur 314 · AU LECTEUR · texte numérisé non relu

AU LECTEUR

Ne m'aimez-vous pas de vous avoir appris l'italien ?

Mme DE SÉVIGNÉ.

Que de mal n'a-t-on pas dit des commentateurs ! Et cependant, que de services n’ont-ils pas rendus aux Letires, aux Sciences, aux Arls ! C'est surtout, quoi qu'on en prétende, la Divine Comédie qui doit plaider en leur faveur, car cet admirable poème serait, en beaucoup de parties, incompréhensible, et bien des beautés en seraient perdues aujourd'hui, pour les Italiens eux-mêmes, si de palienis el dévoués commentateurs, contemporains de Danle ou venus peu après lui, ne nous avaient donné la clé d'une foule d'allusions qui ne pouvaient être saisies que de son temps.

El ces pauvres traducteurs ! On ne leur a pas non plus épargné les injures, à commencer par l'aimable proverbe toscan !

Îl nous semble pourtant plus juste d'adresser ces sarcasmes à ceux qui n'apprennent point des langues dont la litlérature est si riche, qu'à ceux qui s'efforcent de faire apercevoir ces richesses aux tlrangers ou à leurs compatriotes, ne fût-ce qu'à travers un brouillard. Car, à choisir entre deux afflictions, celle de ne pas connaitre du tout l'Iliade, l'Enéide, Hamlet, Faust ou la Divine Comédie, eë celle de ne connaitre ces chefs-d'œuvre que par une traduction, cette dernière n'est-elle pas la moins fâcheuse ?

Vous donc, qui avez l'avantage de savoir la langue de Dante, laissez là toute traduction : les commentaires italiens vous suffiront.… el nous vous félicitons bien sincèrement. Mais vous, qui ignorez cette belle langue, lisez, au contraire, une traduction de la Divine Comédie. Vous y trouverez encore de nombreux reflets des innombrables splendeurs que l'Alighieri a répandues dans son

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immortel poème. ET vous tous, qui savez: ou qui ne savez pas la langue du si, garde:-vous de vouloir du mal aux commentateurs el aux traducteurs.

Les commentateurs de Dante sont innombrables, non seulement en Italie, mais dans toute l'Europe et jusqu'aux États-Unis.

Jusqu'au milieu du siècle dernier la France avait contribué grandement à l'éclaircissement de la Divine Comédie, ce poème si obscur, de l'avis même de son auteur. Uninexplicable arrét s'est produit chez nous depuis plus de cinquante ans. Il en résulte que si pour l'Italie, pour l'Allemagne, pour l'Angleterre, etc., la Vision dantesque est devenue parfaitement claire dans toutes ses parties, chez nous elle conserve encore son ancienne répultalion d'obscurilté.

Nous aidant de lravaux accomplis chez nos voisins, nous avons entrepris la lâche de mettre la crilique française au niveau des criliques étrangères et de mettre la Divine Comédie en pleine lumière.

Par des notes aussi concises que possible nous nous sommes efforcé de ne laisser dans l’obscurilé aucun vers du poème de Dante. Ces noles, placées au bas de chaque page, se trouvent préles à répondre aussitôl à toute question, suggérée par les vers du poète à l'esprit du lecteur.

Quant aux notes historiques, géographiques, etc., nous savons fort bien qu'elles ne fourniront à nos lecteurs, dans la plupart des cas, que des renseignements qui leur sont familiers ; de même que les rapprochements et les emprunts seront le plus souvent spontanément remarqués par eux. Mais souvent une date oubliée, un nom qui échappe, un fait qui n'est plus présent à la mémoire suffisent cependant et même sont indispensables pour éclaircir tel passage, éclairer telle pensée. De même, un trait, appartenant à un auteur grec ou lalin et que le temps aura effacé de l'esprit, mis en regard de tel vers de Dante qui le rappelle, offre un réel intérét. Nous avons donc placé les notes de ce genre à la fin de chaque chant : plus discrèles que les aulres, elles ne répondront que lorqu'on ira les interroger.

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