‹ La divine comédie traduite et commentéeChapitre 204 sur 314 · Cf. XXX · texte numérisé non relu

Cf. XXX

6. 11y a dans le texte : la merveilleuse variélé des Mais, rameaux offeris aux fiancées, ou arbres plantés en l'honneur de quelqu'un, le 1°" mai.

7. Lorsque Proserpine, fille de Jupiter et de Cérès, fut enlevée par Pluton, elle était en train de cueillir des narcisses qu'elle laissa tomber aussitôt. Double allégorie au printemps qu'elle quitte sur la lerre et à sa virginité.

8. Cupidon, en embrassant sa mère, l'ayant sans le vouloir piquée d'un de ses traits, 1a rendit amoureuse d’Adonis. (Ovid., Afét., X, 125.)

9. Léandre habitait Ahydos (Asie) et Héro, Sestos (Europe). Pour se rendre auprès d'Héro, Léandre traversait l'Hellespont à la nage : il périt dans un de ces voyages.

10. Allusion à la défaite de Xerxès, battu à Salamine par Thémistocle (480 av. J.-C.), après le passage de l'Hellespont sur un pont de bateaux, Ce pont ayant été détruit

« Vous êtes — dit-elle — nouveaux venus en ce lieu d'élection, nid « de l'humanité, et peut-être, en me voyant rire,

« me soupçonnez-vous d'ironie; mais le psaume Delectasti fera la « lumière dans l'obscurité de votre entendement **-

« Toi donc, qui marches le premier, et qui m'as adressé une prière, « dis moi ce que tu veux savoir : je me suis approchée pour satisfaire « à toutes tes questions, »

« Cette eau — lui répondis-je — et les bruits de la forêt contre- « disent ce qui m'avait été expliqué au sujet de cette montagne ‘? ».

« Écoute ce que je vaiste dire — reprit-elle — ; la cause de ton éton- «nement va disparaitre et les nuages qui entourent ton esprit vont « se dissiper.

« Le Souverain Bien qui ne se complaît qu'en lui-même, créa « l'homme bon, et lui donna ce séjour comme arrhes sur la paix « éternelle promise.

« Mais, par sa faute, l'homme resta peu de temps ici‘$; par sa faute, le rire honnête et les plaisirs purs se changèrent en plaintes et gémissements.

« Afin que les troubles que cause là-bas la chaleur produite par les « exhalaisons de l'eau et de la terre n'aient plus ici d'effet nuisible,

« cette montagne a été dressée assez haut pour que leur atteinte « n'en puisse dépasser l'entrée.

« Or, comme l'air entier tourne sous la seule impulsion du Premier « Mobile — à moins de se heurter à une force contraire —, « la montagne se trouve de toutes parts environnée de pure atmosphère, et c'est le mouvement imprimé qui frappe la forèt et fait bruire ses feuilles.

« A leur tour, les plantes imprègnent l'atmosphère des vertus qu'elles possèdent, et que l'air entraîne dans sa course circulaire, « pour les répandre sur notre terre. Là, elles germent et grandissent en diverses espèces suivant leur essence, la nature du sol et le climat qu'elles rencontrent.

« Si l'on savait cela, on ne s’étonnerait plus de trouver des plantes « dont on ne connaît ni la semence ni l'origine,

« puisque la campagne sainte, où tu es en ce moment, pleine de

par les Athéniens, armée et navires, tout fut perdu, et Xerxès réduit à revenir dans une barque de pécheur. (Cf. Par., VIII, 130-132.)

11. Dans ce psaume (XCIT, 5) le Psalmiste dit que l'Eternel l'a réjoui par ses œuvres. Le rire de la Dame est donc un rire de joie divine — comme celui de Béatrice et des bienheureux — et nullement un rire moqueur. Ou verra plus loin (Ch. XXXIII, 119) que cette Dame est Mathilde, symbole de la Vie active, comme la Lia du chant précédent.

12. Dante observe qu'il y a contradiction entre les phénomènes matériels qu'il constate ici (eau courante, bruissement de feuillage, etc.) et ce que lui avait expliqué Stace au chant XXI, 40-57. Mathilde va lui donner le mot de l'énigme en développant des théories aujourd'hui abandonnées, et dont il ne faut retenir que la grâce descriptive et la jolie conception du fleuve Eunoé, ajouté au mythologique Léthé, et qui fournit l'admirable fin de ce chant. ,

13. Adam n'a scjourné que sept heures dans le Paradis Terrestre, de l'aube à midi. Voy. Par., XXVI, 149-142.)

LE PurcatoRe XXVIII 408

« semences qu'on ne rencontre pas ailleurs, produit même un fruit qui « ne peut être cueilli sur votre terre ‘{.

« L'eau que tu vois ici n'est pas comme ces fleuves qui, jaillissant « d'une source, entretenue par des vapeurs plus ou moins condensées « par le froid, perdent ou reprennent haleine‘.

« Elle s’épand naturellement, suivant l'ordre de Dieu, d’une fon- « taine alimentée sans cesse dans la juste proportion nécessaire pour « que ses deux bouches versent régulièrement leurs ondes éternelles ‘6.

« De ce côté-ci, elle descend avec le pouvoir d'effacer le souvenir « du péché; de ce côté-là elle rend le souvenir de tous les bienfaits.

« Ici, c'est le Léthé; là, l'Eunoé; mais leur vertu n'agit que lors- « qu’on a bu de l'un et de l’autre ‘7.

< Leur saveur exquise est sans égale. — Mais maintenant, bien que « mon explication ait pu satisfaire ta soif de savoir,

« je vais te gratifier encore d'un corollaire... et ne va pas croire « qu'il ait moins de prix parce qu'il vient en supplément de ma pro- « messe.

« Les anciens poëtcs ont pu placer l’âge d'or et ses félicités sur le « Parnasse,

« mais c'est ici que fut la racine innocente de l'humanité‘8. Ici est le «< printemps éternel et ses fruits savoureux; ici le nectar tant vanté. »

Alors, m'étant retourné vers mes Poètes, je vis à leur sourire qu'ils avaient entendu ces derniers mots.

Puis je dirigeai de nouveau mes yeux vers la belle Dame.

144. Le fruit de la Science du Bien et du Mal. (Cf. XXIV, 115-117.)

45. C'est-à-dire que cette eau n'est pas comme celle des fleuves qui coulent lents ou rapides suivant l'abondance de leurs eaux, crues par les pluies ou abaissées par la sécheresse.

46. Souvenir des deux fleuves de l'Hélicon, l'Aganippe et l'Hippocrène. (Voy. XXIX, 40 et XX XI, 141.)

17. Dante transporte au sommet du Purgatoire, dans le Paradis Terrestre, le fleuve de l'enfer mythologique Létlhé ; mais il y joint l'Eunoe (étym. souvenir du bien). Dans le premier, on puise l'oubli, l'oubli du mal seulement (Voy. XXXI1, 11-12); dans le second, on retrouve le souvenir des seules bonnes actions. Rien de plus ingénieux et de plus poétique que cette aimable invention, dont l'allégorie prépare si bien ce qui va suivre le Paradis Terrestre représentant l'Eglise, ou plutôt le siège de l'Eglise, dont le cortège symbolique chrétien va paraitre.

18 La racine innocente de l'humanité : Adam.

CHANT XXIX

Le Paradis Terrestre (suite). — Cortège symbolique de l’Église.

ce

Cette explication achevée, la Dame se mit à chanter, sur un ton emflammé d'amour : « Beali quorum tecta sunt peccata* ».

Puis, semblable à une nymphe glissant sous un rustique ombrage, tantôt pour chercher le Soleil et tantôt pour le fuir ;

elle remonta le cours de l’eau, et je la suivis marchant à petits pas comme elle.

A peine en avions fait une cinquantaine, les deux rives tournèrent également, de sorte que je me lrouvai me dirigeant de nouveau vers le levant.

Au bout de quelques pas encore, la Dame se tourna vers moi et dit : « Mon frère, regarde et écoute. »

Et voilà que la grande forût s’illumine tout entière d'une clarté si soudaine que je crus d'abord voir un éclair.

Mais, comme loin de disparaître, l'intensité en augmentait, au contraire, de plus en plus, je me demandais ce que ce pouvait être.

En même temps, une douce mélodie vibrait dans l'air lumincux... alors, pris d’un juste zèle, je reprochai à Eve sa faute déplorable !

Car tandis que la Terre et le Ciel obéissaient, seule et à peine formée, la femme ne pouvait déjà pas résister à sa curiosité ?!

Si elle eût été discrète, j'aurais joui plus tôt de tant d’'ineffables délices, et pour l'éternité !

1. Heureux ceux dont les péchés sont couverts par l'expiation et le pardon. Le dernier des P tracés sur le front de Dante est effacé et ce psaume XXXI sert, pour ainsi dire, de Béatitude ajoutée à celles de Saint Matthieu: (Voy. XI, 110.)

Dante marchait vers le levant (Vay. XXXII, 65-69) lorsqu'il fut arrèté par le ruisseau coulant vers la gauche, c'est-à-dire le Nord (XXVIII, 72-27). Il en remonte le cours, sur la rive gauche, en mèmetemps que Mathilde sur la droite. Tous deux marchent donc vers le Midi, Dante ayant pris à sa droite et Mathilde à sa gauche. Puis Île ruisseau faisant un coude vers l'Est (contre son cours), Dante se retrouve dans la mème direcuon qu'il suivait avant de rencontrer le ruisseau, c'est-à-dire marchant vers l'Est.

2, Cf. Par., 25-26.

LE PurGaToiRe XXIX 405

Déjà ravi par de telles prémices du suprème bonheur, et aspirant à des joies encore plus grandes, je continuai ma route.

Devant nous, sous les verts rameaux, l'air sembla s'embraser aux sons mélodieux du chant le plus doux.

O Vierges sacro-saintes 3, si pour vous j'ai jamais supporté la faim, le froid, les veilles, c'est maintenant que j'ai besoin de votre secours;

maintenant qu'il faut que l'Hélicon m'abreuve et qu'Uranie * et ses sœurs inspirent la vigueur à mes pensées et l'harmonie à mes vers.

A une certaine distance — qui m'avait empêché d'abord de me rendre un compte exact de ce que je voyais ct entendais, — j'avais cru apercevoir sept arbres d'or.

Mais quand cette distance fut assez diminuée pour corriger l'erreur de mes sens, la faculté qui prépare à la Raison l'aliment du discours 6 m'apprit que je voyais des candélabres et entendais des Hosannahs ?.

L’éclat de ces flambeaux, magnifiquement disposés, surpassait en pureté la lumière de la pleine lune de minuit.

Dans mon admiration, je me tournai vers le bon Virgile qui ne me répondit que par un signe non moins rempli d'étonnement.

Reportant mes regards vers ce merveilleux spectacle, je vis les flambeaux s'avancer lentement comme de nouvelles épousces.

Mais la Dame me réprimanda en ces termes : « Pourquoi tant ad- « mirer ces vives lumières ?\Que ne regardes-tu plutôt ce qui les « suit ? »

J'obéis aussitôt. Guidés par ces lumières, des personnages marchaient, vètus d'un blanc si pur qu'il n’en fut jamais de tel.

L'eau, toute lumineuse, coulait à ma gauche et quand Jje la regardais j'y voyais ce même côté de mon visage reflété comme par un miroir.

Arrivé à un point de la rive où je n'étais séparé du cortège que par la largeur du ruisseau, je m'arrêtai pour mieux regarder.

Alors les petites flammes se détachèrent du haut des flambeaux et se portèrent en avant, semblables à des banderolles flottantes. Leur trace laissait derrière elles l'air coloré comme par des traits de pinceau

et formant dans l'espace les sept couleurs dont se composent l'arc du Soleil et la ceinture de Délia#,

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