Ce portrait figure en tête du présent volume
tion. La vie respire dans cette incomparable image ; on voit le sang palpiter dans les veines qui sillonnent la tempe du poète. Là, Dante a perdu son expression d'aimable bienveillance et de calme : l'exil a déjà creusé ses rides ; sur son front soucieux, la sévérité domine. Son regard perçant, ses lèvres un peu serrées où se lit un amer et ironique mépris, montrent bien l'exilé aux prises avec les haines furieuses de ses persécuteurs. On devine, en voyant cette physionomie transformée par l'infortune, que derrière ce front vaste se cache cet implacable ressenliment qui devait prendre, devant le tribunal de la postérité, la plus éclatante revanche qu'aucun poète ait jamais oblenue.
Quant au second portrait placé en tèle du présent volume, bien que n'étant qu'attribué à Musaccio, c'est un des plus remarquables que l'on possède, tant par l'expression vivante de la physionomie que par la souplesse, l'énergie et la pureté du trait.
La Divine Comédie , ce poème unique, reslera comme un des : plus étonnants témoignages de la puissance du génie humain. L’admiration ou l'indifférence pour le poème de Dante marquent le progrès ou la décadence des lettres et de la poésie à chaque époque. Non seulement Florence, non seulement l'Italie, mais l'humanité tout entière a droit d’être fière de ce poème sublime, dont les vers seront répétés d'âge en âge comme ceux de l’Iliade, de l'Odyssée et de l'Enéide, et rediront aux échos du monde lettré le nom de Dante Alighieri.
1. On sait que l’épithète de divine ne fut ajoutée que par la postérité. Dante n'avait intitulé son poème que Comédie. Imprimé pour la première fois en 1472, dans l'édition de Fuligno, le chef-d'œuvre de Dante parut sous le titre de La Commedia di Dante Alighieri, di Fiorenza. C'est dans l'édition de Venise, précédée du commentaire de C. Landino (29e édition) et parue en 1516, que le poème de Dante fut pour la première fois intitulé La Divina Commedia.