Grates persolvere dignas Non opis est nostræ
Di tibi..… Præmia disna ferant!
Enéid., I, 600, 601, 603, 605.
LE Paranis IV 456
l'a trouvée, et elle y parvient #, sans quoi, vaines seraient toutes nos aspirations 24,
« qui font surgir, comme autant de rejetons, tous nos doutes au pied de la Vérité, pour qu'ensuite la Nature nous pousse, de degré « en degré, jusqu'au sommet 2.
« Tel est, Ô ma Dame, le mobile qui m'invite et m'enhardit à vous « interroger respectueusement, sur une autre vérité qui me parait « encore obscure.
« Je voudrais savoir si l’on peubatisfaire à des ruptures de vœux «au moyen de bonnes œuvres dont votre justice estimerait le « mérite. »
Les yeux pleins d'étincelles d'amour et de rayons divins, Béatrice me regarda... alors, comme éperdu, je me sentis défaillir, et mes yeux éblouis s'inclinèrent,.
NOTES COMPLÉMENTAIRES
(A) Nabuchodonosor, furieux de ce que les magiciens, astrologues sorciers et Chaldéens ne pouvaient ni lui rappeler ni lui expliquer un songe qu'il avait eu et dont il ne se souvenait plus, ordonna qu'ils fussent tous coupés en morceaux, que leurs maisons fussent réduites en amas de fumier et qu'enfin tous les sages de Babylone fussent mis à mort. Daniel arrêta l'exécution commencée, en révant lui-même ce que le roi avait rêvé et en lui donnant l'explication qu’il demandait. — Daniel devina donc la pensée du roi comme Béatrice pénètre celle de Dante. (Daniel, II, 2, 6, 12, 19, 24 ad fin.). (Voy. pour le songe mème de Nabuchodonosor et de Daniel, En/f., XIV, 108.)
(8). Dans son Timée, Platon parle des âmes au propre, tandis que ce que Dante voit ici n’est qu'au figuré, ainsi que Béatrice l'explique. Ce n'est qu'au figuré que Dante désigne les planètes par les noms de Jupiter, Mercure, Mars, etc., tandis que les anciens les appelèrent ainsi parce qu'il les croyaient le séjour réel de ces dieux. Nous suivons leur coutume et employons leurs vocables, mais, comme dit encore Béatrice, nous n'ajoutons plus foi à ce qu'ils croyaient.
93. Et elle y parvient, c'est-à-dire que l'homme est capable de parvenir à la Vérité, contrairement à ce que prétendaient les sceptiques et les stoïques en disant que « l'homme est incapable de découvrir aucune vérité ».
24. Toutes nos aspirations seraient vaines, ce qui est inadmissible, puisque Dieu a mis dans l'homme le désir de savoir et, comme a dit Aristote, « Deus et natura nihil frustra operantur ».
25. De degré en degré jusqu'au sommet. Comparaison avec la pousse d'un arbre et allusion à l'Echelle de Platon qui conduit, de degré en degré — d'image en image — d'une vérité à une autre, du connu à l'inconnu, jusqu'au sominet, c'est-à-dire le souverain bien.
CHANT V
Premier Ciel, Ja Lune : les Vierges dont les vœux furent violés malgré elles, IV. — Deuxième Ciel, Mercure : les Héros vertueux, mais trop épris de gloire terrestre, I.
Je
ARGUMENT. — Discours de Béatrice sur les vœux. — Passage du 1°" au 2° Ciel. — L'éclat de Béatrice augmente. — Dante interroge une âme.
« Ne t'étonne pas si je t'éblouis par l'ardeur d'un amour, tel qu'il n’en peut être d'aussi grand sur la Terre.
« Cela provient de ce que ma vue, perfectionnée par l'approche du Bien, se hâte vers lui de plus en plus, et avec une croissante fermeté.
« Déjà, dans ton esprit, je vois resplendir l'éternelle Lumière, dont « une seule contemplation suffit pour ètre enflammé d'un amour
« qui ne saurait êlre délourné par aucune attraction, autre que le « reflet d'une trace laissée par la suprême Vérité !. »
Ainsi parla Béatrice ; ainsi je commence ce chant. Puis sans s'interrompre, elle continua son saint discours en ces termes :
« Le don le plus précieux, le plus conforme à sa bonté, le plus res- « semblant à son image, que, dans sa générosité, Dieu fit en créant le
CS
4. Dans ce magnifique début du Ve chant, Béatrice parle en théologienne, mais en même temps elle fait une discrète et indirecte allusion à Ja passion terrestre inspirée à Dante par ja jeune Portinari. Cependant, sous ce lèver voile allégorique. et en faisant abstraction du côté humain, mais platonique, de l'amour terrestre, cette phrase signitie : si la Théolacie (Béatrice) te semble ici éblauissante d'une splendeur inconnue sur terre, ne t'en Ctonne pas : cela provient de ce qu'elle voit et comprend le but qu'elle va atteindre, qui est Dieu, avec des veux et nne intelligence clairs, une marche assurée, car plus on approche du Bien plus on se hâte vers lui d'un pas ferme : son attrait irrésistible rend fort et si l'on se laisse délourner de lui, ce ne peut être que par quelque émanalion de son essence ou par quelque illusion qui nous montre sa vaine iniage ou sa fausse ressemblance, aucun attrait n'exislant que par lui ou par usurpation... (A).
2. On a bien écoulé quand on se rappelle ainsi, dit Virgile à Dante dans le chant XV de
l'Enfer (99), probablement, comme ici. en imitant Cicéron : nihil scimus nisi quod memoria tenemus,
Le Parants V 457
« monde, c'est une volonté libre. Seules les créatures intelligentes en « furent toutes dotées.
« Partant de ce principe, tu comprends la haute valeur des vœux « car ils impliquent le consentement de Dieu aussi bien que le tien.
« En concluant ce pacte avec Dieu, tu sacrifies ta précieuse liberté « en vertu de cette liberté même.
« Quelle compensation offrir ensuite? Annonces-tu la prétention « de bien employer ce que tu veux reprendre après l'avoir donné ? « Mais alors, ce ne sera toujours que faire bon usage d’un bien mal ac- « quis.
« Voilà donc résolu le point principal de la question ; mais comme « la sainte Église accorde à cet égard certaines dispenses qui pour- « raient te sembler en contradiction avec ce que je viens dete démon- « trer,
« il faut que tu restes à table jusqu'à ce que je t'aie encore servi « quelque chose pour t'aider à digérer la nourriture difficile que je « t'ai donnée.
« Ouvre donc ton esprit à ce que mes paroles vont te révéler et « garde les bien dans ton souvenir, car avoir entendu etne pas retenir, « ce n'est point savoir.
« Le sacrifice dont je parle se compose de deux choses : la matière « et la convention.
« Si la convention n'est pas observée, rien ne peut jamais l'annuler, « et c'est d'elle qu'il est parlé plus haut en termes si positifs.
« Aussi les Hébreux furent-ils obligés de proposer toujours une « nouvelle offrande en échange de la première, ainsi que tu dois le « savoir #. |
« En ce qui concerne la matière, elle peut être telle qu'il n'y ait pas « faute à la remplacer par une autre,
« mais pour changer ainsi le fardeau dont on a chargé son épaule, « il faut que la clé d'argent et la clé d'or tournent toutes deux *.
« Regarde d’ailleurs comme vain et illusoire tout échange par « lequel l’objet substitué ne contiendrait pas l'objet repris comme « six contient quatre.
« En conséquence, lorsqu'une chose est, par sa valeur, d'un tel « poids qu'elle fait toujours baisser le plateau de la balance où elle est « placée, il est clair qu'aucune autre ne lui peut être substituée.
« Mortels, ne faites donc pas de vœux à la légère. Soyez fidèles « à vos promesses, mais, si vous avez été inconsidérés, gardez-vous
3. Le sacrifice de volonté, accompli au moyen d'un vœu, se compose de deux choses distinctes, la matière, c'est-à-dire ce qu'on offre, et la convention, c'est-à-dire comment on offre.
$4. Voy. dans le chap. XXVILI du Lévitique, les lois sur les vœux, qui permettent, en certains cas, de se décharger d'un vœu par l'offre, en échange de ce qu'on avait promis, d'un objet de plus de valeur.
5. La clé d'argent et la rlé d'or dont, l'Ange se sert pour ouvrir la porte du Purgataire, symboles des deux permissions de l'Eglise immédiale et médiale.(Voy. Purg., IX, 139-1:, 417-196.)
« d'aggraver votre première faute — comme fit Jephté — par une « exécution plus coupable encore ‘, « car mieux eût valu, pour lui, reconnaître son premier tort, que faire pire en accomplissant un vœu. Insensé pareillement fut le grand chef des Grecs, « cause des larmes dont Iphigénie inonda son beau visage, et de « toutes celles qu'ignorants et savants versèrent sur un sort si « rigoureux :.
« Chrétiens, ayez plus de sagesse ; ne soyez pas comme une plume à tout vent, et ne croyez pas que toute eau vous purifie $. « N'avez-vous pas pour guides l'Ancien et le Nouveau Testament, et le Pasteur de l'Église? Cela doit suffire pour votre salut ?. « Si la voix des mauvais désirs vous crie autre chose, soyez hommes et non sottes brebis, afin que le Juif qui vous observe ne se moque pas de vous.
« N'imitez pas l'agneau naïf qu'un caprice éloigne du lait de sa « mère, pour folâtrer au hasard ‘°. »
Ainsi parla Béatrice; puis elle se tourna vers cette partie du monde où la vie est le plus intense ‘.
Son silence et sa transfiguration arrétèrent les questions que me suscitait déjà ma curiosité,
ct rapides comme une flèche, qui touche le but avant que la corde redevienne immobile ‘?, nous volàmes jusqu’au deuxième Ciel ‘3.
Là, sa joie illumina la planète d'un redoublement d'éclat,
et je vis l'immuable étoile changer et sourire! que ne dus-je pas éprouver alors, moi, avec ma nature de toutes façons transformable‘{!
Comme en approchant d'un vivier, on voit, dans l’eau tranquille et pe les poissons se précipiter, car ils croient qu'on leur apporte eur pâture ;
6. Allusion au vœu de Jephté. Dante n'hésite pas à déclarer que Jephté, en accomplissant son vœu barbare, a eu tort, car, au premier pêché commis par un vœu irréfléchi il en a joint un autre en immolant sa fille innocente et ainsi a déplu deux fois à Dieu (8).
7. A l'exemple de Jephté, Dante ajoute celui d'Agamemnon et du sacrifice d’Iphigénie (c).
8. C'est-à-dire ne croyez pas que toute offrande soit acceptée par Dieu pour laver vos péchés. (Voy. Ecclés. V, 2 à 6.)
9. Dans son Traité de la Monarchie Dante, a écrit : Omnis divina lex duorum Testamentorum gremio continetur (II, 13).
10. La comparaison avec les « sottes brebis », fut de tout temps classique, depuis la Bible, et mème avant, jusqu'à Rabelais, et même après(p).
11. La parlie du monde, où la vie est le plus intense, que désigne ici Dante, est, non pas l'Empyrée, mais le Soleil (&).