‹ La divine comédie traduite et commentéeChapitre 234 sur 314 · Le deuxième Ciel ou Ciel de Mercure · texte numérisé non relu

Le deuxième Ciel ou Ciel de Mercure

14. La lumière et la joie, le sourireetle rire augmententde Cielen Ciel ; plus la Théologie approche de Dieu, plus elle devient lumineuse (Fr). 1ci Dante observe que si une étoile (qui est immnable d'après Aristote, c'est-à-dire sans chargement de nature) subit un tel effet de la présence de Béatrice, l'effet produit sur Jui, qui est là corps et âme, c'est-àdire sujet à tant de changements, doit ètre bien autrement considérable, la nature de l'homme étant, comme dil Saint Thomas, essentiellement muable,

LE Paranis V 459

ainsi plus de mille splendeurs accoururent vers nous en disant « Voici qui augmentera nos amours ! »

et chaque esprit, en approchant de moi, exprimait sa joie en augmentant d'éclat.

Pense, lecteur, combien tu regretterais de n'en pas apprendre plus long si mon récit s'arrètait ici,

et tu comprendras mon vif désir de connaître leur condition.

« O toi qui es assez bien né — me dit un de ces esprits — pour avoir obtenu la grâce de contempler, avant de quitter le combat, les trônes du triomphe éternel,

< tu nous vois enflammés par la lumière répandue dans le ciel tout « entier, et prêts à satisfaire ta curiosité. »

« Parle, parle lui sans crainte, — ajouta Béatrice — et crois le < comme Dieu lui-même. »

Alors, me tournant vers cette lumière qui m'avait parlé la première : « Je vois bien — lui dis-je — que tu habites ta propre clarté, comme « un nid, et que tes yeux en rayonnent de joie ;

« mais, pourquoi donc, 0 âme digne, habites-tu cette planète dont « l'éclat secondaire est voilé aux yeux des mortels par d'autres « rayons ‘° ? »

À ces mots, la lumière devint plus brillante encore,

et, comme le Soleil, après avoir consumé les épaisses vapeurs qui le tempéraient, se cache lui-même par l'excès même de son éclat ‘6,

la sainte figure disparut dans les rayons de sa croissante joie, et, cachée, me répondit

dans les termes que chante le chant suivant.

NOTES COMPLÉMENTAIRES

(A) Dans tout le Paradis, Béatrice représente la Théologie, et rien que la Théolugie. Dans les passages même où son langage semble viser des faits d'amour terrestre, sinon matériel — comme celui-ci — elle ne parle que par allusion en empruntant un exemple à la vie humaine. Déjà il en était de même — à mon sens — dans les fameux reproches adressés à Dante, reproches qui ont pour objet les distractions scientifiques qui l'ont détourné de la Théologie, et non des distractions charnelles qui l'auraient rendu infidèle au souvenir posthume de Béatrice Portinari. (Voy. Purg., Ch. XXX et XXXI.) Il suffit d'ailleurs d'interroger Dante lui-même à cet égard pour clore toute controverse : « Béatrice représente la Science divine « resplendissant de tout l'éclat de son sujet, lequel est Dieu...; sur son « visage apparaissent des choses qui montrent les plaisirs du Paradis...; « dans ses yeux sont ses démonstrations par lesquelles on voit la vérité « avec certitude; dans son sourire sont ses persuasions où brille la lumière « intérieure de la Sagesse. »

45. Mercure (2° Ciel) n'étant séparé du Soleil (4° Ciel) que par Vénus (3° Ciel), sa lumière est amoindrie par les rayons plus forts du Soleil. Dans le Convito, Dante dit que Mercure est, de toutes les planètes, celle que le rayonnement solaire éclipse le plus (11, 14).

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