Cf. Purg., XX
46. Ce Baptistère, où son trisaieul fut baptisé, où Dante et moi-même nous reçûmes aussi l'eau sainte, c'est cet admirable Saint-Jean « mio bel San Giovanni », comme dit Dante (Enf., XIX, 17).
17. La femme de Cacciaguida venait de la vallée du P6, puisqu'elle était de Ferrare. Elle appartenait à la famille Alighieri, et c'est son nom qui est devenu patronymique pour sa nouvelle famille.
18. 11 parle ici de la 2 croisade, prèchée par Saint Bernard, et entreprise par Conrad 111, empereur d'Allemagne (1247).
19. La spoliation des Lieux Saints, commise par les Sarrazins, et que devrait venger et faire cesser le Pasteur, c'est-à-dire le Pape.
20. Cacciaguida est mort pendant cette croisade ; c’est pourquoi Dante le place dans ce Ciel de Mars au nombre des héros qui donnèrent leur vie en combattant pour la Foi.
Le Paranis XV 519
NOTES COMPLÉMENTAIRES (A) Venisti tandem, tuaque exspectata parenti Vicit iter durum pietas ! Datur ora tueri, Nate, tua, et notas audire et reddere voces ! Enéid., VI, 687-689.
Cf. Purg., XVI, 42-48; Enf., II, 13-27 et IX, 64, où se trouve une allusion à la descente de Thésée aux Enfers.
(8) On s'est souvent demandé pourquoi Dante ne parle qu'ici de cet aïeul, qui est au Purgatoire; et comment il 8e fait qu'il ne l'ait pas rencontré dans ce premier Cercle, où Cacciaguida nous apprend son long séjour parmi les Orgueilleux. C'est évidemment à un sentiment de respect familial qu'il a obéi en évitant de montrer au lecteur son coupable grand-père, mais en ne le citant qu'incidemment et après coup. Quant au péché d'orgueil qui l’a fait placer au Purgatoire, c’est l'orgueil de race, de noblesse, auquel Dante lui-même n'échappe pas plus que, ses aïeux, car il se vante, à plusieurs reprises, de ses origines aristocratiques, ainsi qu'il le démontre — en s'en excusant — dès le début du chant suivant et, de nouveau, aux vers 43-46.
Cacciaguida eut donc pour fils Aldiguieri, nom dont on a fait ensuite, par euphonie, Alighieri; Aldiguieri fut père de Bellincione,lequel eut pour fils Aldighieri II, père de Dante Le nom primitif de sa famille paternelle était Eliseo.
Les vers de Dante :
. Quel da cui si dice Tua cognazione (91-92)
rappellent ceux de Virgile :
Est locus.… Italiam dixisse, ducis de nomine gentem.
Enéid., II1, 163-166.
(c) Cette église dépendait du monastère bénédictin, dont Benvenuto da Imola parle en ces termes: « Abbatia Monasterii Sancti Benedicti ubi certius et ordonatius pulsabantur horæ, quam in aliqua alia ecclesia civitatis. » — A propos de la simplicité des mœurs florentines d'alors, Villani dit:
« Ï cittadini di Firenze vivevano sobrii e di grosse vivande e con piccola spese. »
(bp) C'est ici un des rares passages où Dante parle — et encore tout à fait incidemment — des monuments de Rome. On s'est maintes fois étonné — non Sans raison — d'un pareil silence sur un si riche sujet, de la part d'un poète descriptif par excellence. Deux raisons expliquent cette fâcheuse lacune. La première, c’est que les antiquités romaines, si elles étaient plus nombreuses au treizième siècle qu'aujourd'hui, étaient, en revanche, moins en évidence. Ainsi, le Colisée, forteresse prise par Frédéric III aux Frangipani, ascendants romains de Dante, pour la donner aux Annibaldi, puis rendue par Innocent IV aux Frangipani, ne frappait, ni les regards ni l’imagination. Il en était de même pour le Tombeau de la femme de Crassus, devenu le château fort des Gaetani; pour l'Arc de Septime Sévère, obstrué par l'église de Saint Sergius et Bacchus, dont il dépendait.
529 La Divine CoMEbiE
La seconde raison. c'est que le senlimen! des ruines et le goût des restitutions. exagérés même de no= jours et devenus la manie du vieux et du bihelo', ne se sont guère éveillés qu'au dix-neuvième siècle. Cerendant, malgré ces ercuses, l'indifférence de Dante pour les beautés quil pouvait contempler à Rome, constitue une tache regrettable dans la Divine Comédie. Si ce maltre peintre nous avait légué une description de Rome. quel inappréciable monument c'eùût été ! Chose triste à dire, les barbares ont moins vandalisé Rome — et toutes les villes où ils passèrent — que les civilisés depuis deux où trois siècles, c'est-à-dire depuis que les architectes ne sont plus des artistes mais des entrepreneurs qui ne songent qu'à démolir pour reconstruire suivant leurs ténébreux desseins ! Sans les écrivains, les poètes, les gens de goût, qui vinrent énergiquement au secours de tant d'œuvres admirables, menacées par ces rapaces vers rongeurs de toutes les beautés de la nature, de l'histoire et des arts, que nous resteraitil, grand Dieu! des anciens monuments ? N'est-ce pas Victor Hugo qui sauva la Tour Saint-Jacques, déjà attaquée par les architectes?
(E) Ce Lapo Salterellu était un jurisconsulte florentin, éminent mais querelleur et médisant. Par une singulière fortune. il fut englobé avec Dante dans la sentence d'exil prononcée le 10 mars 1302 sous le podestat de M. Cante Gabrielli da Gubbio
CHANT XVI
Cinquième Ciel, Mars : Ceux qui sont morts en combattant pour la Foi, 111.
se
ARGUMENT. — Cacciaguida continue sa peinture de Florence au douzième siècle. — Quereile des Buondelmonti et des Amedei, origine des partis guelfe et gibelin. |
O mirage de la noblesse du sang, comment m'étonner désormais de tant de vanités excitées par toi sur la Terre,
quand je viens de me glorifier de mes origines, jusqu’au sein même du Ciel, où pourtant l'on n'aime que le seul Bien ?
Oui, tu es comme un manteau qu'il nous faut sans cesse rallonger, sans quoi le Temps, circulant sans relâche, ses ciseaux à la main, le raccourcirait chaque jour davantage.
De même que la suivante de Ginevra toussa pour signaler à sa maitresse la première faute qu'elle commettait, de même, averti par un sourire de Béatrice, qui se tenait un peu à l'écart,
je me servis, en reprenant la parole, de ce vous que Rome employa la première, et la première aussi abandonna?.
« Vous êtes mon père, — dis-je à Cacciaguida — vous me per- « mettez de vous parler hardiment; vous me ravissez hors de moi- « même,
« et mon âme, inondée d’allégresse, est surprise de n'en pas suffo- « quer |!
1. Quelle jolie comparaison entre la noblesse du sang, qu'il faut sans cesse augmenter par de nouveaux mérites, el un manteau qui s'use, diminue, et disparaitrait si l'on n'y ajoutait de l'étoffe nouvelle !.
2 Dans le roman de Lancelot et Ginevra, la suivante de la jeune reine l'avertit, en toussant, du danger auquel elle s'expose en écoutant Lancelot ; de méme ici, tout en engageant Dante à continuer l'entretien. Béatrice l'avertit qu'il a eu tort de lutoyer Cacciaguida (Voy. XV, 85-88: (4). Béatrice reste un peu à l'écart parce que la Théologie est presque tout à fait étrangère à l'entretien de Dante avec Cacciaguida, mais son sourire l'a engagé à le continuer. — Obéissant à l'avis de Béatrice, Dante ne dit plus tu, mais vous à Cacciaguida — Suivant une tradition. c'est à Rome que le roux fut employé pour la première fois à l'adresse d'une seule personne, et à Rome aussi que cet usage fut abandonné le plus tôt (8).
529 La Divine CoMÉD'E
« Dites moi donc, Ô vous qui fûtes les prémices chéries de ma « famille, quels ont été vos ancêtres, et quel millésime a marqué « votre naissance;
« dites moi donc comment se comportait alors le bercail de Saint « Jean3, et quels citoyens y étaient dignes des hauts emplois. »
Comme un souffle léger avive l’ardeur d’une flamme, ainsi la caresse de mes tendres paroles augmenta l'éclat de sa lumière, et l'embellit à mes yeux.
Puis, sans employer ce moderne langage, il me dit d'une voix plus douce et plus gracieuse :
« Depuis le jour où fut dit Ave, jusqu'au jour où ma mère — une « sainte maintenant ! — se soulagea du fardeau que j'étais pour elle,
« l'astre où nous sommes est venu cinq cent cinquante-trois fois ral- « lumer son flambeau sous les pieds de son Lion.
« Mes ancêtres et moié, nous naquimes à l'endroit par où, dans « votre jeu annuel, le coursier pénètre d'abord dans le dernier ses- « tier?.
« Je ne t'en dirai pas plus long sur nos aïeux, car il est plus con- « venable de ne pas s'étendre davantage sur un tel sujets.
« Entre Mars et Baptiste”, les hommes capables de porter les armes « étaient cinq fois moins nombreux de mon temps qu'aujourd'hui.
« Mais les Florentins d'alors, restés purs jusqu’au moindre artisan, « n'avaient pas subi, comme aujourd’hui, le mélange des nouveaux « venus de Campi, de Certaldo et de Figghine‘!.
8. Le bercail de saint Jean, Florence, placée sous le patronage de Saint Jean Baptiste. (CF. XXV.)
&. Sans employer ce moderne lanyage. == Au chant précédent, Cacciaguida s'est exprimé en latin qui était le noble parler. Il continue ici de même, mais Dante nous averlit que désormais il traduit ce que lui dit son trisaleul. Cf. XVII, 35.
Le jour où fut dit Ave, l'Annonciation. Cf. XIV, 36.
5. Depuis l'Annonciation jusqu'à la naissance de Cacciaguida, l'astre où nous sommes, c'est-à-dire Mars, avait accompli 553 fois sa révolution (c). Quant au flambeau de Mars rallumé sous les pieds du Lion, ce n'est qu'une figure poétique emprunté à l'association d'idées qui existe entre le dieu guerrier Mars et le Lion, symbole de la guerre, mais sans corrélation avec la constellation du Lion.
6. Les ancétres de Cacciaguida — et par conséquent de Dante — élaient les Elisei.
7. Florence était autrefois divisée, non en quartier comme aujourd'hui, mais en sesliers, numérotés en suivant le cours de l'Arno. Le dernier était celui de la porte Saint-Pierre près du Marché-Vieux, au centre de la ville. C'était le sestier aristocratique. Aux fêtes annuelles de la Saint-Jean, on court le Palio. Ce sont des courses très pittoresques de chevaux en liberté qui suivent une piste-itinéraire tracée au moyen de légers barrages ne laissant ouvertes que les rues que doivent prendre les chevaux engagés dans la course, et dont la piste est dirigée en sens inverse à celui du cours de l'Arno. Par conséquent, le 6° et dernier sestier était celui dans lequel ces chevaux entraient d'abord. Ils passaient — dit Cacciaguida — devant sa maison paternelle.
&. Nouveau retour de modestie introduit pour racheter le péché d'orgueil nobiliaire, déjà avoué par Dante.
9. Entre Mars et Baptiste, c'est-à-dire entre la statue de Mars (Voy Enf., XIII, 14$ et suiv.), qui se trouvait sur le Ponte-Vecchio' — au sud de Florence — et l'église Saint-Jean (Voy. Enf., XIX,16-18), qui est au nord. C'est une façon de désigner l'ensemble de la population florentine. Cette population qui n'était que de 14.000 habitants au XLI+ siècle, était de 70.000 à l'époque de Dante. Elle atteint aujourd'hui le chiffre de 200.000
10. Campi, entre Florence et Prato, Certaldo, dans la Valdelsa ; Figghine, au N.-E.; petits pays, près de Florence.
Le Paranis XVI 528
« Ah! combien il eût mieux valu que ces gens-là restassent nos « voisins, et que Florence eût conservé pour limites Galluzo et Tres- « piano‘!
« Elle n'aurait pas à subir aujourd'hui le puant contact de ce vilain, « venu d'Aguglione‘?, et de cet intrus, originaire de Signa, dont les « yeux sont si perçants quand il s’agit de baratterie'3 |
« Au lieu d'agir en marâtre vis-à-vis de César, si la grande cou- « pable s'était montrée bonne mère"{,
« tel qui, devenu Florentin, échange et trafique aujourd'hui, s'en « serait retourné à Sinifonte, où son grand'père allait mendiant ‘ ;
« Montemurlo appartiendrait encore aux Guidi ‘; les Cerchi seraient « restés dans [a paroisse d’Acone ‘’ et les Buondelmonti n'auraient « peut-être pas quitté Valdigrieve ‘,
« Le mélange des races fut toujours une cause de ruine dans un État, « de même que trop d'aliments disparates font dépérir le corps ‘?.
« Aveuglé, un taureau tombe plus vite qu’un agneau; et souvent < cinq épées taillent moins, et moins bien, qu'une seule *,
« Considère la décadence de Chiusi et de Sinigaglia, qui vont suivre « dans leur ruine, Luni et Urbisaglia *!,
«et tu te rendras compte que si les cités elles-mêmes périssent, il « n'est pas étonnant que les familles disparaissent **,
« Comme nous-mêmes, toutes les choses humaines ont leur mort, « mais cette mort est dissimulée par une durée qui paraît longue à « votre existence.
41. Galluzo, à deux milles de Florence, et Trespiano, à trois milles, bourgades plus rapprochées de la viile que les trois qui viennent d'être désignées.
12-13. Ce vilain, venu d'Aguglione, et cet intrus de Signa désignent Baldo, d'Aguglione (Voy. Purg., XII, note, x) près Florence, et Bonifazio, de Signa, également près de cette ville. Tous deux étaient connus pour leurs vols, et surtout pour leur trafic des choses publiques. — Cette corruption, introduite à Florence avec l'intrusion d'étrangers à la ville, est déjà signalée dans l'Enfer, à propos de Fiesole, chant XV, 73-78 (bp).
14 — La grande coupable, c'est la papauté, qui, en ne favorisant pas l'empereur, mettait obstacle à la réalisation du système si souvent préconisé par Dante.
15. Aucun renseignement sur cet habitant de Sinifonte, ville du Valdelsa, en Toscane, détruite par les Florentins en 1202.
16. Montemurlo, domaine des comtes Guidi, entre Pistoia et Prato, qu'ils furent contraints de vendre à la commune de Florence, en 1208, moyennant 5.00 florins, ne pouvant le défendre contre les Pistoiens.
17. Acone, dans le Val di Sicve. Les discordes des Cerchi et des Donati furent une véritable calamité pour Florence.
18. Les Buondelmonti, de Montemurlo, dans le Val di Grieve, amenèrent à Florence la querelle des Guelfes et des Gibelins. |
19. Théorie hasardée, ou du moins insuffisamment expliquée : est-ce trop de nourriture ou trop de diversilé dans la nourriture que Dante considère comme nuisible ?
20. Autres théories, formultes en manicre de proverbes, mais vagues et peu compréhensibles. On dirait qu'ici la haine voile la lucidité ordinaire de Dante, et que le Gibelin étouffe le poète, mais cette éclipse sera courte. Tout ce passage de haincuses récriminations est ici déplacé.
21, Villes déjà détruites ou amoindries à l'époque de Dante. L'une d'elles — Sinigaglia, dans la province, d'Ancône, sur l'Adriatique — est redevenue prospère et compte 12.000 habitants (E).
2%. Traduction de ce passage de Saint Thomas : « Perpetuo homo non manet: ipsa
civitas deficit. » — Dante retrouve dans les beaux vers qui suivent, toute la force de son génie.
524 La Divixe CoMéÉDIE
« À Florence, la Fortune amène et retire tour à tour ses habitants, « comme le Ciel de la Lune, dans son incessante évolution, couvre et « découvre le rivage des mers.
« Ce que je vais te dire au sujet des anciens Florentins — dont le « temps a déjà effacé la renommée — ne poura donc pas t'étonner %.
« Les Ughi, les Castellini, les Filippii, les Greci, les Ormanni, les « Albericchi, maintenant sur le déclin, je les connus illustres.
« Grands et nobles aussi étaient alors les Sannella, les d'Arca, les « Soldanieri, les Ardinghi, les Bostichi.
« Ancêtres des comtes Guidi, et de ceux qui prirent ensuite le nom « du grand Bellincione, les Ravignani habitaient près de cette Porte
« que charge maintenant une nouvelle félonie, dont le poids est tel « qu'il fera sombrer la barque *.
« Le premier des Pressa connaissait l’art de gouverner ; et dans la « maison des Galigaï, on avait déjà garde et pommeau dorés *.
« La Colonne de vair % était déjà grande; on distinguait les « Sacchetti, les Giuocchi, les Fifanti, les Barucci, les -Galli, et ceux « que la vue d'un boisseau fait rougir * !
« La souche des Calfucci était puissante, et les Sizi, les Arrigucci « avaient occupé des sièges curules.
« Oh ! que je les ai vu briller, ces boules d'or, qui fleurissaient Flo- « rence de leurs nombreux hauts faits, mais qu'aujourd'hui l'orgueil « a renversées !
« Voilà ce que furent les pères de ceux qui s’assemblent à chaque « vacance de votre évêché, pour s'engraisser au consistoire “ !
« Mais, dragon pour qui la fuit, agneau pour qui la menace ou la « soudoie, la race outrecuidante grandissait déjà :
« Ubertin Donato se montrait mécontent d'une alliance, imposée « par son beau-père, avec des gens de si mince origine *.
23. Les nombreuses familles dont Dante cite les noms dans un intérêt d'actualité, n'en offrent plus guère. aujourd'hui. Plusieurs n'ont même pas laissé d'autre trace que la gloire de se survivre, grâce à la Divine Comédie.
23. Près de celle Porte, c'est-à-dire près de la Porte Saint-Pierre dans le sixième seslier de Florence, habitèrent, du temps de Cacciaguida, les Ravignani, puis Bellincion- Berti (Voy. XV,112), ensuite, les comtes Guidi de Modigliana, descendants des Ravignani, enfin, du vivant de Dante, les Cerchi, dont les querelles avec les Donati, ceux-ci blancs, ceux-là noirs, furent si funestes et que Dante traite des félons qui feront sombrer la barque de l'Etat (r).
25 Garde el pommeau dorés, épée de gentilhomme.
26. La Colonne de vair, allusion à la famille Cilli, puissante à l'époque, et qui portait de gueule à la colonne de vair.
27. Allusion à un parent des Chiaramontesi, qui avait falsifié la mesure d'un boisseau en en enlevant une douve (6).
28. Ces Boules d'or figuraient dans les armoiries de la famille Lamberti comme depuis dans celles des Foraboschi et des Médicis. Ceux que l'orgueil a renversés, ce sont aussi les Uberti. Mais la plupart de ces noms ont perdu pour nous tout intérèt.
29. Les Visdomini, les Tosinghi, les Cortigiani, familles issues de la même origine, avaient comme fondateurs et patrons de l’évèché de Florence, le privilège de s'installer, à chaque vacance au palais épiscopal, et d’y vivre aux frais du chapitre jusqu’à la nomination du nouvel évèque. Aussi disait-on qu’ils faisaient durer indéfiniment les négociations et s'arrangeaient pour n'accepter qu'un titulaire vieux et malade afin de venir bientôt se réinstaller à l'évéché.
3). Dante désigne ici les familles Cavicciuli et Adimari. Il leur en veut, non ssas
Le Paranis XVI 525
« Caponsacco, descendu de Fiesole, s'installait au Mercato Vecchio, « et Giuda, ainsi qu'Infangato, s'était signalé comme bon citoyen.
« Voici un fait incroyable, et cependant exact : dans la petite « enceinte de Florence, se trouvait une poterne à laquelle on avait « donné le nom de la famille Pera 5.
« Le droit de décorer son écusson des belles armoiries du grand « Baron — dont chaque année, à la Saint-Thomas, on célèbre le nom « et la gloire —
« est un honneur qui confère les privilèges de la chevalerie et de la « noblesse. Cependant, l'un de ceux qui possèdent cet avantage n'a « pas craint d’avilir son écusson bordé d’or, en embrassant la cause « du peuple ?!.
« Je citerai encore les Gualterotti et les Importuni qui auraient vécu « en paix si de nouveaux voisins n'avaient introduit la discorde dans « leur bourg 5.
« La juste colère de cette famille, honorée jusque dans ses alliances, « a mis fin à votre paisible existence, et causé tous vos malheurs !
« O Buondelmonte, combien tu as eu tort de suivre les conseils de « celle qui t'a détourné de tenir ta parole “ !
« Si la première fois que tu vins à Florence, Dieu t'avait jeté dans l'Ema #, beaucoup seraient heureux qui sont aujourd'hui dans la « peine.
« Mais arrivée au terme de ses jours fortunés, Florence devait une « victime à la pierre brisée qui garde le pont %.
« Au temps où vivaient ces familles — et d’autres avec elles — j'ai « vu Florence goûter une paix si profonde que jamais aucune larme « ne la troublait;
raison, car pendant son exil ils ne cessèrent de s'opposer violemment à ce qu’on lul restituât ses biens, occupés par un Adimari, et que celui-ci ne voulait pas rendre. — : Ubertin Donati avait épousé une fille de Bellincione Berti (Voy. XV, 112), et se trouva froissé qne son beau-père mariât une autre de ses filles à un Adimari.
31. Ce fait incroyable, cité comme trait de simplicité de mœurs, consiste à donner À une porte publique le nom d'une famille particulière. Cette porte était la porte Peruzza Elle se trouvait près de la chapelle actuelle de San Firenze.
32. Le grand Baron, Hugues de Brandebourg, vicaire en Toscane de l'empereur Othon II, mort à Florence en 1006, et dont la fête aunuelle se célébrait à la Saint-Thomas dans l'abbaye de Florence. Dante fait ici allusion aux familles italiennes alliées à Hugues de Brandebourg et écartelant par conséquent leur écusson des armoiries annoblissantes de Brandebourg : c'était les Pulci, les Nerli, les Gangalandi, les Giandonali, les della Bella. C'est Giano della Bella qui embrassa la cause du peuple contre la noblesse : il en fut mal récompensé car, bientôt trahi par ce peuple même qu'il avait favorisé et réduit à fuir,il mourut en France le 4 mars 1295.
33. Les Gualterotti et les Importuni, qui habitaient le bourg de Santi Apostoli, où vinrent s'établir les Buondelmonti et les Amedei, causes premières des discordes guelfogibelines.
34. Buondelmonte avait promis d'épouser une jeune fille de la maison des Amedei, mais, circonvenu par la mère d'une jeune fille de la maison Donati, il changea d'avis et se maria avec celle:ci, une Donati, soulevant ainsi une haine de famille qui fut l'origine des Guelfes et des Gibelins.
35. Pour venir du château de Montebuoni — où naquit Buondelmonte — à Florence, il faut franchir une petite rivière appelée l'Ema.
36. Buondelmonte fut assassiné par les Amidei auprès de San Stefano, à l'entrée du Ponte Vecchio, où l'on voit encore ie socle de la stalue de Mars, premier protecteur e la ville, qui s'y trouvait jadis.(Voy. Enf., XIII, 146.)
< j'ai vu son peuple si glorieux et si juste que jamais son lys blanc « n'avait été porté renversé à sa hampe :
« alors ce lys n'avait pas été teint en rouge par les divisions intestines 7
(A) Dante fait ici une nouvelle allusion un roman de Lancelot du Lac, dont il a déjà tiré un si merveilleux parti dans la célèbre scène de Françoise de Rimini (Enf., V, 128-138. Voy. aussi Purg., XXVI, 115-117). On a parfois accusé l'inconvenance d'un pareil rapprochement entre la suivante de Ginevra et Béatrice, mais c'est surtout parce qu'on s'est mépris sur le sens de ce passage. La suivante tousse, non pas, comme on l'a cru, pour attirer l'attention de sa maitresse sur Lancelot et l'engager à écouter les protestations d'amour annoncées par de brûlants regards, mais, au contraire, pour l'avertir du danger auquel elle s'expose en prétant une oreille complaisante aux propos du troubadour, dont Ginevra ne devine pas encore la passion, tandis que 8a suivante se rend parfaitement compte de l'effet produit par la beauté de sa maitresse. Malgré cette atténuation, Dante aurait fait preuve, en cette circonstance, d'un goût plus délicat s'il avait choisi un autre terme de comparaison.
(8) A quelle époque fit-on d’abord usage du vous à l'adresse d’une seule personne ? La question n'est pas entièrement élucidée, mais il semble probable que ce fut bien avant le moyen âge, lorsque les Papes employèrent dans leurs bulles les xpressions nous, noire, etc., auxquelles on répondit naturellement par vous, votre, etc. On attribue aussi à Jules César l'origine de cet usage ; on s'appuie enfin sur divers textes à l'adresse de divinités paiennes ou de souverains, trouvés dans Virgile, Tibulle, Suétone etc. Mais tout cela est assez vague et contradictoire. Uberti a écrit, dans son Dittamondo, en parlant de César :
E pensa ancor come perduto visse Colla gua Cleopatra oltre due anni Colui a cuil Roman prima VOI disse.
Quoi qu'il en soit, c'est certainement à Rome que, d'une manière ou d'une autre, cet usage prit naissance et se propagea; et c'est aussi à Rome — comme l'observe fort bien Dante — qu'il persista le moins longtemps, sinon dans les usages du Saint Siège, du moins dans ceux de la société.
(c) La révolution de la planète Mars était évaluée, déjà à l'époque de Dante, à 686 jours. Cacciaguida disant ici que 653 de ces révolutions se sont accomplies depuis le commencement de l'ère chrétienne (l'Annonciation) jusqu'à la date de sa naissance, il résulterait de ce calcul — en tenant compte, bien entendu, des années bissextiles et des jours grégoriens — que Cacciaguida serait né en 1090 ou 1091. Or, comme il assistait, ainsi qu'il vient de le dire à la fin du chant précédent, à la 2° croisade, qui eut lieu en 1148, cela lui donnerait, à l'époque de cette campagne, l'âge un peu avancé de 52 ans. Mais,
37. Jadis l'armée vaincue portait son enseigne à l'envers, comme aujourd'hui on porte les fusils la crosse en l'air et, à défaut de fusils, perdus ou jetés, les mains en l'air — HANDS up, suivant le sanglant et mérité sobriquet donné par les Boërs aux soldats anglais. Les armes primitives de Florence étaient le lys d'argent sur fond de gueule ; mais les Guelfes les transformèrent en un lys de gueule sur fond d'argent.
Le Paranis XVI 527
comme Dante, dans le Convilo, dit que la révolution de Mars s'accomplit en deux années environ (11, 15), soit 730 jours, il est probable que le poète aura pris, en gros, comme base de son calcul, deux années, ce qui fait naître Cacciaguida en 1106 et ne lui donne que 42 ans à l’époque de sa croisade, âge plus vraisemblable.
(bp) Aguglione — ou Aquilone — était une terre du Val di Pesa, aujourd'hui détruite, ainsi que Signa, qui se trouvait à sept milles de Florence. Dino Compagni cite Baldo et Maître Boniface Moruobaldini au nombre de ceux qui désertèrent les Gibelins et furent accueillis par les Noirs, uniquement en raison de leurs fourberies.
(E) Chiusi, l'ancienne Clusium étrusque du territoire de Sienne, autrefois puissante.— Sinigaglia, anciennement Senogallia — sur l'Adriatique, — faisait partie des États de l'Église, jadis importante, déchue au quatorzième siècle, aujourd'hui redevenue prospère. — Luni, anciennement Luna, dans la Lunégiane, (Enf., XX, 47-49), sur la Méditerrannée, aux bornes de la Toscane, détruite depuis bien des siècles. Urbisaglia, aussi des États de l'Église, près de Macerata, très amoindrie dès le treizième siècle,
(Fr) Villani rapporte en effet que les Ravignani habitaient près de la Porte Saint-Pierre (Livr. IV, chap. 10). Quant aux Cerchi, avant de s'y installer, ils habitaient près de Santa Maria del Campo, et, précédemment, contre l'église San Martino. La demeure des Donati était au Borgo des Abbizzi, tout près également de cette Porte Saint-Pierre, laquelle se trouvait où l'on voit aujourd'hui le Canto dei Pazzi.
(G) Ce Chiaramontesi avait la charge des biens publics, et particulièrement des grains. Il diminua la contenance du sfier en en faisant sauter une douve. Sa fraude découverte, il en fut puni, et c'est depuis qu'on nese servit plus comme mesure officielle que d'un stier en fer. Chiaramontesi est au Purgatoire, Chant XII, 1%, note N, où j'ai rapporté l'autre version relative à la même fraude.
CHANT XVII
Cinquième Ciel, Mars : Ceux qui sont morts en combattant pour la Foi, 1V.
ee
ARGTMENT. — Cacciaguida explique à Dante les prédictions qui lui ont été faites dans l'Enfer et dans le Purgatoire et lui annonceses malheurs, son exil, mais en l'assurant qu'il finira par triompher de ses ennemis; il l’engage à raconter fidèlement tout ce qu'il aura appris dans son voyage surnaturel, sans craindre des représailles.
Mon avide curiosité fut aussi bien comprise par Béatrice et par la sainte lampe!‘ venue à ma rencontre, que l'avait été celle de Phaéton
— dont l'exemple met les pères en garde contre leur complaisance — lorsqu'il vint interroger sa mère Climène sur le mystère de sa naissance *.
« Bien que ta parole — me dit alors ma Dame — ne puisse avoir « rien à nous apprendre, habitue-toi, pour être abreuvé, à manifester « ta soif,
« et révèle l'ardeur de ton désir en y marquant d’une forte em- « preinte ta pensée intime. »
« O chère tige de ma famille, — dis-je à cette lumière — toi dont « le regard s'élève jusqu'au Point éternel $, pour qui tous les temps « sont présents;
« toi qui distingues l'avenir aussi clairement que les terrestres in- « telligences comprennent l'impossibilité de trouver deux angles « obtus dans un triangle; |
1. La sainte lampe : Cacciaguida. (Voy. les deux chants précédents.)
2. Ovide raconte (Mét., I, f. 20 v. 750 et suiv.) qu'Epaphos ayant contesté à Phaëton sa divine origine, celui-ci alla demander la vérilé à Climène, sa mère. La comparaison est juste et heureuse dans tous ses détails, car Béatrice et Cacciaguida savent ce que Dante veut demander, aussi bien que Climène connaissait le mystère au sujet duquel Phaëton venait l'interroger; et Dante est aussi anxieux sur son avenir que l'était Phaëéton sur sa naissance. (Voy. Mét., II, et Enf., XVII, 107 ; Purg., IV, 72, XXIX, 119; Par., XXXI1, 125.)
3. Ce Point éternel, Dieu, ou la Lumière divine. (Voy. XXVIII,16-18.)
LE ParaDis XVII 329
« écoute mon désir ! Conduit par Virgile dans le gouffre de la mort, « puis sur le mont de la purification,
« plusieurs prédictions m'y ont été faites 4... leur souvenir m'op- « presse... et pourtant je me sens solide contre les coups du sort!
« Dévoile, je t'en prie donc, l'avenir qui s'apprête pour moi, car « une flèche qu'on attend paraît moins cruelle ÿ. »
C'est ainsi, pour me conformer à la volonté de Béatrice, que je confessai ma curiosité à la lumière qui m'avait déjà parlé.
Avant que l'Agneau de Dieu eût versé son sang pour effacer les péchés, les oracles enveloppaient leurs mensonges dans des formules ambiguës ?.
Au contraire, en termes intelligibles, sortis du rayonnement émané du sein de sa propre allégresse, ce tendre père me répondit en clair latin * :
« La prescience divine inscrit, il est vrai, sur son éternel registre, « tous les événements futurs concernant votre matière;
« mais c'est sans plus peser sur leur cours qu’un simple regard n'influence la marche d’un navire qui vogue au fil de l'eau *.
« Voilà comment mes yeux, en contemplant les événements qui t'attendent sur Terre, en éprouvent cependant un charme semblable à celui que causeraient à nos oreilles la douce harmonie des orgues ‘!.
« Tel qu'Hippolyte chassé d'Athènes par la perfidie d’une marâtre impie, tu seras réduit à quitter Florence ‘‘.
« Déjà le complot de ceux qui trafiquent chaque jour des choses du Christ a décidé ton exil : bientôt il sera prononcé ‘:.
« Comme de coutume, c'est l’offensé que le cri public accusera, mais ton innocence aura pour vengeur Celui qui dispense les châtiments ‘*.
« Tu seras forcé d'abandonner ce qui t'est le plus cher, prenière blessure faite par la flèche de l'exil!
4. Voici les passages contenant les prédictions auxquelles Dante fait allusion : Enf., X, 79-81 ; XV, 61 et suiv.; Purg., VILLE, 133-139 ; XXIV, 43 et suiv.