Familles nobles de Florence
618 La Divine CoMÉbDiIE
« saque de peau sans ornement ; j'ai vu leurs femmes tenir la que- « nouille et tourner leurs fuseaux.
« Heureuses épouses, vous étiez sùres de reposer un jour dans la
« sépulture familiale ‘, et votre lit n'était pas encore déserté pour la « France‘!
« L'une, veillant avec amour près du berceau, empruntait au petit
« enfant, pour le consoler, ce gentil babil qui charme tant papas et « mamans;
« l’autre, au milieu de sa famille, répétait, en filant, des récits sur les « Troyens, sur Fiesole et sur Rome ‘?. | « En ce temps-là, une Cianghella ou un Lapo Salterello ‘$ aurait
« paru aussi extraordinaire que le serait aujourd'hui un Cincinnatus « ou une Cornélie ‘{,
« Ce fut pendant cette belle existence, douce, vertueuse et fidèle, « cntre concitoyens d’un commerce honorable et sûr,
« que la grâce de Marie, invoquée à grands cris par ma mère ‘”, « m'ouvrit le monde, et, dans votre antique Baptistère ‘, me fit chré- < Lien : on me nomma Cacciaguida.
« J'ai eu pour frères Moronte ct Eliseo ; ma femme, qui était du Val « de PÔ, m'apporta l'origine de ton surnom *’.
« J'ai suivi l'empereur Conrad : il récompensa mon zèle en me faisant « chevalier dans sa milice ‘$.
« Sous ses ordres je suis allé combattre l’inique spoliation commise
« par ce peuple à qui la faute du Pasteur abandonne ce qui vous ap- « partient, de droit ‘?.
« C'est là que ces vils ennemis m'arrachèrent aux déceptions ter- « restres et aux séductions qui souillent tant d'âmes ;
<et cest de là que je fus conduit par le martyre à la paix dont je jouis «ici.X
10. C'est-à-dire sûres d'être ensevelies à Florence et non en exil.
11. Le lil déserté est une allusion aux fréquents voyages en France, entrepris par tant de Florentins dans un but d'avidité mercantile.