Le limon du cher du Soleil. Voy. Purg , IV
43. L'Oriflamme, suivant la légende, était un étendard, portant une flamme sur champ d'or, qui fut apporté sur la Terre par un ange. Elle deviut le signe des Rois de France qui l'allaient prendre en personne des mains de l'Abbé de Saint-Denis, pour partir en guerre. Dante appelle ici la Vierge : divine oriflamme (c). L
saient une situation tout exceptionnelle. En eflet, s'il place Marie au plus haut des Cieux, inondée de la plus lumineuse, de la plus rayonnante clarté, il n'aurait pas dù oublier que la Vierge, par le fait de son Assomption, est montée au Ciel, corps et âme, la seule presque assimilée ainsi au Christ. Or, Dante nous la montre comme une lumière impalpable, une âme supérieure aux autres, j'y consens, mais de méme nalure. Il eût été à la fois plus juste et plus intéressant de 6e servir de ce miracle pour faire d'elle une substance à part, car la Vierge est seule au milieu de tous les bienheureux et bienheureuses qui n'ait pas à attendre le Jugement Dernier pour être complétée par la réunion de son corps à son âme. Par conséquent, son corps — tout lumineux qu'il soit — pouvait ètre décrit sous un aspect spécial, comme a soin de nous expliquer Dante à tant de reprise, que son propre corps seul interceptait les rayons du soleil. En traitant la Vierge ainsi que je l'indique, il se serait conformé aux plus rigoureux enseignements de la Foi la plus pure, de la plus impeccable doctrine, et son génie n’en eût que profité pour ajouter de nouvelles oppositions de nuances à l'admirable peinture de son Paradis.
Il est vrai que nous allons assister, dans le chant suivant, à la plus brillante des apothéosss, et entendre, au début du Chant dernier, le magnifique panégyrique de Saint Bernard en l'honneur de la Sainte Vierge, mais, non seulement l'un n'eût pas empêché les autres, mais, au contraire, il les aurait complétés. |
CHANT XXXII
Dixième Ciel : l'Empyrée, 111.
ARGUMENT. — Les deux Milices et la Rose (suite). — Saint Bernard désigne les principaux bienheureux et bienheureuses : Rachel, Béatrice, Sarah, Lucie, Saint Jean, Moïse, etc. — Explication sur les enfants bienheureux.
Le regard toujours fixé sur l'objet de son pieux amour, l’illustre contemplatif ‘ assuma, nonobstant, le rôle de Docteur, en m'adressant ces mots :
« Vois-tu, aux pieds de la Vierge, cette femme d'une si admirable « beauté? C'est elle qui fit, et qui aggrava la blessure, fermée et « ointe ensuite par Marie*.
« Sur les sièges du troisième rang 3, Rachel et Béatrice sont assises « au-dessous de Marie.
« Puis, descendant de degré en degré, suivant les feuilles de la « Rose que je t'indique,
« voici Sarah, Rebecca, Judith, et la bisaïeule du chantre qui < exhala son repentir en s’écriant miserere mei"!
« Voici les femmes hébreuses, l'une au-dessous de l’autre, depuis « la première rangée de pétales jusqu'à la septième, en une ligne ver-
1. L'illustre conlemplatif, Saint Bernard (Voy.la fin du chant précédent).
2. C'est Eve, que désigne Saint Bernard, Eve, qui blessa l'humanité par son péché, aggrava la blessure, d'abord en induisant Adam à participer à ce péché, ensuite, en cherchant à s'excuser par sa réponse à Dieu, laquelle blessure fut soignée et guérie par la coopération de la Vierge au mystère de la Rédemption. (Voy. Genèse, III, 6 et 13.)
: Dante veut qu'Eve ait été admirablement belle, conformément à la Genèse, comme ayant été créée par Dieu directement. (Voy. XIII, 38.)
3. Pour bien comprendre la description qui suit, il faut tout d'abord se figurer cette Rose symbolique avec la disposition d'un cirque. Chaque siège est un pétale, et tous sont disposés en assises horizontales. Ce cirque est divisé en deux hémicycies, l'un occupé par les bienheureux qui vécurent avant le Christ, l'autre pour ceux qui vécurent après. La ligne de démarcation, qui sépare un hémicvele de l'autre, est formée, d'un côté, par des Saintes, assises par conséquent l’une au-dessous de l’autre, et de l'autre côté — leur faisant vis-à-vis — par des Saints. Les uns comme les autres vont être énumérés.
4. Dans le chant II de l'Enfer, il est déjà dit que Béatrice siège à côté de Rachel, la Théologie à côté de la Vie contemplative (102).
$. La bisaïeule de David, Ruth la Moabite.
« ticale qui divise la Rose en deux parties, comme la raie d'une che- « velure,
« et, sur ces marches sacrées, forment un mur séparant les deux « regards de la Foi, qui se fixent sur le Christ, de deux hémicycles « opposés :
« dans l'un — où les pétales sont tous occupés — se trouvent ceux qui crurent au Christ avant sa venue; « dans l’autre — où tu vois, au contraire, des sièges vides — sont placés ceux qui crurent au Christ après sa venue ; « Cette séparation, dominée par le glorieux trône de la Reine du « Ciel,a pour vis-à-vis une ligne semblable, « dont le siège le plus élevé — faisant face à la Vierge — est celui du grand Saint Jean, qui, toujours saint, souffrit dans le désert, fut : « martyrisé, et resta deux ans dans l'Enfer °. « Au-dessous de lui, s'étagent — comme les Hébreuses au-dessous de la Vierge, — François, Benoît, Augustin et d'autres ? « Admire ici la sagesse de la Providence Divine qui remplit égale- « ment ce jardin avec les deux Faces de la Foi. « Quant aux sièges des gradins inférieurs à cette séparation, ceux qui les occupent ne les doivent pas à leur mérite, « mais sous certaines conditions, au mérite d'autrui, car ils furent dégagés de leurs corps avant d'avoir atteint l'âge de raison, « comme te l’indiquent leur frais visage et leur voix juvénile 8. « Cependant, comme je lis un doute en ton esprit, je vais dénouer « le lien dont ces pensées subtiles t’enserrent fortement. | « Pas plus que la tristesse, la faim ou la soif, le hasard ne saurait se glisser en ce vaste Royaume, « Tout ce que tu vois est réglé par une loi éternelle, aussi précise « que l’anneau, forgé pour le doigt qui le porte ?.
« Ce n'est pas sine causa que ces âmes hâtées vers la vie véritable, « occupent respectivement des rangs différents, bien qu'elles ne « paraissent pas plus ou moins méritantes les unes que les autres ‘.
« Le Roi, qui comble ce Royaume d'un tel Ron et d’une telle « joie qu'aucune volonté n'oserait aller au-delà, :
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6. Saint Jean-Baptiste, le plus grand des mortels, comme l'appellent Saint Matthieu et Saint Luc. (Voy. Purg., XXII, 151 ad fin.) Il est resté, deux ans dans les Limbes parce qu'il est mort deux ans avant la mort de N.-S.
7. Saint François d'Assise : voy. XI note c. (43 et suiv.) Cf. Enf., XXVII, 112 et Par. XXII, 90. Saint Benoit : Voy. XXII, 38 ct sulv. Saint Augustin, évêque d'Hippone, et non plus Augustin dont parle Dante dans le chant XII, 130.
8. Cette opinion est empruntée à la Somme. Saint Thomas dit, en effet, que le mérile du Rédempteur sauve les enfants lorsqu'ils ont été circoncis avant la Rédemptlion, ou baptisés après. (Cf. Enf., 11, 52.)