‹ La divine comédie traduite et commentéeChapitre 306 sur 314 · Souvenir virgilien · texte numérisé non relu

Souvenir virgilien

que celle qui éloignait mes yeux de Béatrice... mais que m'importait, puisque son image descendait jusqu’à moi sans être altérée par le passage à travers aucun milieu troublant ?

« O Béatrice, toi qui as reverdi mon espérance ; toi qui, pour mon « salut, n’a pas craint de laisser en Enfer la trace de tes pas” ;

« toi qui m'as obtenu la grâce et la force de contempler tant de sublimes spectacles, oui, je le reconnais, c'est à ta puissance, à ta bonté que je le dois!

« Toutes les voies, tu les as suivies; tous les moyens tu les as employés pour m'arracher à la servitude et me conduire à la liberté !

« Continue moi tes bontés, achève de guérir mon âme, afin qu'elle devienne digne de te plaire, lorsqu'enfin elle dénouera le lien qui « l'attache à mon corps! »

Cette oraison, que je lui adressai, me valut, à travers l'immense espace, un sourire de ses yeux; puis elle se retourna vers la Source éternelle.

Alors le saint Vicillard : « Une prière et un pieux amour — me dit- «< il — m'ont envoyé pour aider à l’accomplissement de ton voyage.

« Fais donc voltiger tes yeux dans ce jardin : ils y puiseront les « nouvelles forces, nécessaires pour s'élever jusqu'au divin rayon.

« La jReine du Ciel, objet de mon amour, nous accordera toute « grâce, car je suis son fidèle Bernard * ».

Devant ce grand charitable qui, par ses pieuses contemplations, obtint un avant-goût terrestre de la paix qu'il savoure maintenant,

je restai muet, comme l'étranger qui, venu de bien loin pour voir notre Véronique, ne peut se lasser de la contempler, et se dit,

en songcant à une si antique renommée : mon Seigneur Jésus-Christ, Dieu véritable, voilà donc les traits exacts de votre visage ‘ ?

« Fils de la Grâce, — commença-t-il — si tu tiens les yeux ainsi « baissés vers les gradins les plus bas,tu ne pourras contempler l'Être « joyeux.

« Au contraire, élève tes regards, porte les vers les cercles les plus « éloignés jusqu’à ce que tu parviennes à voir la Reine à qui tout ce « Royaume est soumis et dévoué. »

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* 9. Béatrice vint chercher Virgile dans les Limbes pour l'envoyer au secours de Dante égaré (Enf., 11, 52-53), comme elle envoie maintenant cet esprit bienheureux — qui est Saint Bernard, dernier guide du poèle — pour achever son initistion.

30. Dante ne pouvait mieux choisir, pour être son dernier guide, que l'illustre Saint Bernard, la merveille du douzième siècle, surnommé le dernier des Pères de l'Eglise. Né à Fontaine, près Dijon, (1091), moine de Citeaux, fondateur de Clairvaux, prédicateur de la deuxième croisade (1146), il mourut en 1153, après avoir rempli un rôle des plus brillants et des plus importants dans les conciles et dans les querelles des Rois et des Papes. Il s'était spécialement consacré àla Sainte Vierge. Des quatre guides de Dante, Saint Bernard est le quatrième et dernier : Virgile, Stace et Béatrice l'ont pr$cédé dans cet office (Voy. Préambule de la Divine Comédie).

11. Véronique. — Le voile où l'on voit l'empreinte de la Sainte Face, est conservé à Rome, où il est l'objet d’un célèbre pèlerinage. Pendant la Semaine Sainte, on expose quelques instants ce saint suaire d’une des tribunes de Saint-Pierre. Le mot Véronique est formé des mots vera et elxwv, vraie image (8). (Voy. à propos du Santo Vollo, En/., XXI, 48, note 8.)

Le Paranis XXXI 599

Ayant aussitôt levé les yeux, il me sembla sortir d’une vallée, et gagner les hauteurs, car j'admirai, dans le cercle le plus élevé, une lumière si brillante,

qu'elle surpassait toutes les autres, autant que l’Aurore efface les clartés qui meurent à l'horizon là où décline le Soleil.

Et de même que le ciel s’enflamme de plus en plus à l'endroit où va paraître le timon que Phaéton n’a pas su diriger ‘*, et qui fait pâlir aussi les clartés d’alentour;

ainsi, la pacifique oriflamme #3 atténuait également les lumières qui se trouvaient à ses côtés.

Au milieu de ces vastes gradins, des milliers d'anges, les ailes déployées, célébraient leur fête par des feux, des jeux et des chants divers;

et Sa Beauté leur souriait et répandait la joie dans les yeux de tous les autres saints.

Quand même mes paroles seraient capables d'exprimer ce que j'éprouvai alors, je n'oserais encore tenter de peindre la moindre partie des délices que me causait sa vue.

Voyant mes yeux si attentivement fixés sur cette flamme éclatante, Bernard tourna aussi les siens vers Elle avec tant d'affection,

que l’ardeur de mon regard en fut redoublée.

(A) …. quæ quantum vertice ad auras Ætcheras, tantum radice in Tartara tendit,.

Georg., 11, 291-292.

Celui de qui la tête au ciel était voisine, Et dont les pieds touchaient à l'empire des morts. La Fontaine : le Chéne et le Roseau.

(8) 11 ne faut pas confondre le Saint Suaire — appelé Veronica à Rome, — avec la légende de Sainte Véronique. Le Saint Suaire enveloppait dans le tombeau le corps du Christ, tandis que l'épisode — joli et touchant, il est vrai — de Sainte Véronique, n'a pu qu'être imaginé après coup, comme l'indique le nom même de Sainte Véronique. D'après cette légende, la Sainte, se trouvant sur le passage du Christ portant la croix au Calvaire, posa un linge qu'elle avait à la main sur le visage de N.-S. afin d'essuyer la sueur qui l'inondait ; et lorsqu'elle ouvrit ensuite ce précieux voile, les traits du divin martyr s'y élaient reproduits.

(c) Certes la glorification, si justifiée, si attendue pour ainsi dire, de la Vierge devait tenter le magique pinceau de Dante, inspirer son ardente dévotion ; cependant, il faut l'avouer, arrivé à ce point capital, son génie a faibli, et il n'a pas su tirer parti des données orthodoxes qui lui fournis-

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