Cf. XIX
Le Paranis XXXII 603
« a créé tous les esprits dans l'heureux rayonnement de son regard « et les a diversement doués de sa grâce, suivant son bon plaisir: « cela, il faut l’accepter purement et simplement,
« ainsi que certains faits, clairement rapportés par la Sainte Écri- « ture, comme, par exemple, ces jumeaux déjà irrités l’un contre l'au- « tre dans le sein de leur mère ‘*.
« La sublime Lumière n'est-elle pas libre de poser une couronne « sur certains cheveux par la seule raison que leur nuance convient à «sa Grâce ‘3?
« Par conséquent, ils occupent des rangs différents, non pas en « vertu du mérite de leurs œuvres, mais par la volonté primordiale « qui les a doués de vues plus ou moins puissantes.
« Dans les temps primitifs, la Foi des parents suffisait pour assurer « le salut des innocents ;
« Plus tard, la Circoncision leur devint nécessaire,
« mais depuis la Rédemption accomplie, il leur faut le parfait « baptême du curisr ‘* pour n'être pas retenus sur la terre ‘".
« Et maintenant, lève les yeux vers le visage qui ressemble le plus « à celui du cxrisr, car sa lumière peut seule te donner la force de « contempler le CHRIST. »
Alors je regardai Marie : les saints esprits, créés pour voler à ces hautcurs, l’inondaient d’une telle allégresse,
qu'aucune des splendeurs admirées jusque-là ne m'avait à ce point émerveillé, car aucune ne m'avait paru ressembler autant à Dieu.
Devant elle, vint déployer ses ailes l'Ange qui, le premier, descendit sur Terre pour chanter Ave, Maria, gralia plena ‘.
A cette divine cantilène, toutes les voix de la Cour bienheureuse répondirent, en mème temps que tous les visages redoublaient de sérénité.
« O Saint Père, toi qui as bien voulu quitter ton siège d'éternelles « délices pour descendre jusqu’à moi,
« dis moi quel est cet ange, si joyeux de plonger ses regards dans « les yeux de notre Reine, qu'il semble embrasé par l'amour ? »
En ces mots je recourus encore à la science qui est embellie par Marie comme l'Étoile du matin par le Soleil.
« Noble franchise, gracieuse beauté — me répondit-il — et tout ce
12. Ces deux jumeaux, Esaû et Jacob, qui se battaient déjà dans le ventre de Rebecca (Gen. XX, 22). Voy. dans le chant VIII une dissertation sur un sujet semblable,
13. On n'est jamais parvenu à découvrir une explication pleinement satisfaisante de cette très obscure et bizarre tersine. Peut-être, la qualité du poil étant considérée comme une indication caractéristique — ainsi que dans le cas d'Esaü et de Jacob — celte qualité est-elle attribuée par Dieu comme signe de ce que doit ètre un mortel... mais tout cela reste bien vague !
14. Quatrième et dernier emploi du nom de curisr mis en fin de vers et ne rimant qu'avec lui-même. (Voy. XII, 71, 73, 75; XIV, 104-106-108; XIX, 104, 106, 108.)
15. Toute cette doctrine, appuyée sur la Bible (voy. Gen. XVII), est puisée dans la Somme.
16. Cet Ange, c'est l'Archange Gabriel. (Voy. XXIII, 94 et suiv. Cf, Purg., 34; Par., IV, 47; IX, 138; XIV, 36.;
« qui peut coptribuer à l'accomplissement d'un Ange et d'une âme, « est réuni en lui : telle est notre volonté,
« car lorsque le Fils de Dieu consentit à se charger de notre poids « mortel, c'est lui qui porta la palme à Marie.
« Maintenant, suis du regard les indications que te fourniront mes « paroles ; tu vas contempler les grands patriciens de ce très pieux et « très juste Empire.
« Les plus heureux sont ces deux qui siègent le plus près de notre « auguste Reine, comme deux racines de cette Rose.
« À gauche est celui dont la dent téméraire a causé tant d'amertumes « à l'espèce humaine ‘’ ;
« à droite est le vénérable Père de la Sainte Église : c'est à lui que « Dieu a confié les clés de cette belle fleur ‘#.
« Près de lui est celui qui connut et prédit les épreuves de la belle « épouse conquise par la lance et les clous ‘?.
« De l'autre côté, voici le prince qui procura la manne à son peuple « ingrat, versatile et rebelle *.
« En face de Pierre, c'est Anne qui est assise, si heureuse de con- « templer sa fille qu'elle chante hosanna ! sans la quitter du regard *
« En face du premier des pères de famille siège Lucie, qui t’a en- « voyé Béatrice alors que tes yeux baissaient vers le goufre *#.
« Cependant le temps fuit, la vision approche de son terme. Comme « un bon tailleur, qui taille l'habit suivant l’étoffe dont il dispose, fai- « sons un point #3.
« Dirigcons nos regards vers le Premier Amour, de toutes nos farce « pénétrons sa splendeur,
« implorons le secours de sa grâce, car tu en as besoin afin qu'en « agitant tes ailes tu ne recules pas quand tu croirais avancer.
« Invoque Celle qui peut te venir en aide. Enfin, de tout ton « cœur, suis mes paroles afin de t'unir à ma prière. »
Alors, il commença la sainte oraison suivante :
17. Le Père Adam, qui, comme les autres, que Dante a rencontrés dans les divers Cieux du Paradis, a repris sa place ici. (Voy. XXVI, 82 et suiv.)