‹ La divine comédie traduite et commentéeChapitre 310 sur 314 · CHANT XXXIII ET DERNIER · texte numérisé non relu

CHANT XXXIII ET DERNIER

Dixième Ciel : l'Empyrée, IV.

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ARGUMENT. — Prière de Saint Bernard à la Vierge. — Dante voit les trois Cercles de la Sainte Trinité. — Un éclair lui dévoile le mystère de l'union des deux natures, mais sa force et sa mémoire humaines restent impuissantes.. la vision s'évanouit.

« Vierge-Mère fille de ton fils ‘, humble créature, élevée plus qu'au- « cune autre, terme fixe de l'éternel décret;

« toi qui as tellement ennobli l'humanité, que le Créateur n’a pas « dédaigné de descendre s'y incorporer;

« toi qui as ranimé dans ton sein le foyer de la paix éternelle où « fleurit cette Rose; « toi qui représentes pour nous {ici le Soleil de la Charité à son midi,et, pour les mortels sur Terre, la source inépuisable de l'Espé- « rance; | « toi si grande, si puissante, qu'aspirer sans ton secours à la Grâce serait essayer de voler sans avoir d'ailes; « toi dont la bonté n'attend pas toujours une prière, mais parfois « la devance ; « toi qui réunis dans ta vertu, Miséricorde, Pitié, Générosité et tout ce qui est bon dans toutes les créatures; « jette un regard sur ce mortel. Du goufre le plus profond de l'Uni- « vers * jusqu'ici parvenu, il a contemplé une à une les vies spiri- « tuelles ;

« et maintenant il te supplie, par grâce, de lui accorder assez de « force pour permettre à ses yeux de s'élever plus haut encore et d'at- « teindre au Salut suprême!

« Et moi qui jamais n'aspirai au-delà de ce que je sollicite pour lui,

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4. Genuisti qui te fecit. — Dominus possedit me in initio viarum suarum.. ab æterno ordinata sum. (Prov. VIII, 22.)

2. Le plus profond de l'Univers, c'est le fond de l'Enfer, le centre de la Terre, où se trouve le Cocyte glacé. (Voy. Enf., XXIV.)

« j'appuie sa demande de toutes mes prières en te suppliant aussi de « ne pas les rendre vaines,

« car je souhaite ardemment que ton intervention achève de dissi- « per les derniers nuages 3 de sa mortalité et lui dévoile le suprême « bonheur.

« Enfin, 6 Reine Toute-Puissante, après une si grande faveur, j'ose « encore te prier de lui conserver la pureté de ses affections :

« défends le contre les passions humaines... Regarde, voici Béa- « trice et tous ces bienheureux qui joignent les mains ct s'unissent à « moi pour te supplier ! »

Les Yeux de la Vicrge, aimés et vénérés de Dieu, étaient fixés sur Bernard et me montraient combien une pieuse prière leur est agréable.

Ils se levèrent ensuite vers l'éternelle Lumière, où nul regard ne peut pénétrer avec autant de clarté.

Au moment d'atteindre la Fin de tous mes désirs ‘, je senks se manifester en moi un apaisement naturel.

Bernard me fit signe, en souriant, de regarder en haut, mais j'avais devancé son invitation,

car ma vue épurée plongeait de plus en plus dans le rayonnement de la sublime clarté, vraie par sa propre essence *.

Ce que je vis alors laisse toute parole impuissante et défie tout effort de mémoire.

Ainsi nous conservons l'impression d'un rêve évanoui, dont les détails nous échappent;

ainsi, maintenant que ma vision a presque entièrement disparu, j'en distille encore dans mon cœur la douceur éprouvée ;

ainsi la neige fond au Soleil; ainsi les oracles sibyllins dispersés en feuilles légères, s’envolaient emportés par le vent €.

O Suprême Lumière, toi qui domines de si haut l'intelligence humaine, communique à mon esprit un peu de ce que j'ai vu en toi,

et donne à ma voix une puissance assez grande pour que je lègue à la postérité une étincelle de ta gloire!

Si peu que tu daignes descendre dans ma mémoire, si peu que tu consentes à paraître dans mes vers, ma faiblesse rehaussera encore la gloire de ton triomphe aux yeux de l'humanité.

L'impression causée par cette Lumière fut si intense que si j'en avais détourné mes regards, je me serais probablement égaré;

et je me souviens que plus ma vue restait étroitement liée à son éclat, plus je puisais de vigueur pour la supporter.

3. Ces derniers nuages sont encore un souvenir virgilien, et, de plus, une expression de la Somme (Énéid. II, 604-606).

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