‹ La divine épopéeChapitre 10 sur 18 · COMPLAINTE DE MADELEINE · texte numérisé non relu

COMPLAINTE DE MADELEINE

Mes soeurs, cherchez sans voiles,

A travers les étoiles ,

Mon soleil éclatant.

La goutte de rosée,

Sur la mousse posée.

Ainsi que moi l'attend.

Je laisse passer l'heure, Ma place est la meilleure.

Dans le firmament bleu.

A ramer inhabile, Ma nef est immobile.

Sur l'océan de Dieu.

Sans pensée indécise, Près de sa tombe assise, Autrefois j'attendis :

Il viendra , car il m'aime.

Ressuscitant de même Dans son beau Paradis.

Sur sa tige pliante, La superbe hélianthe Parfume l'air du soir :

Pour embaumer l'espace.

Où le bien-aimé passe, Mon âme est l'encensoir.

LE DRAME. Sd3

Pour lui seul ma pensée, Mollement cadencée, Vole, concert flottant; Partez , je me résigne.

Et mon cœur est un cygne Qui l'appelle en chantant !

Je suis de sa famille, Comme la grenadiUe Fleur de la passion.

Son amour seul m'enflamme ; Pour faire éclore une âme.

Il n'en faut qu'un rayon. »

Telles, sous l'amandier, les notes amoureuses Volaient comme l'abeille.

Or, les trois bienheureuses Saluèrent, avant leur voyage de l'air.

Le palais de Marie, orient de l'Éther.

Leur soif mystérieuse aux coupes d'argyrose Des sucs du nialeb boit les teintes de rose ; Et doublant son parfum, leur lèvre, en l'effleurant, Couronna de rayons le breuvage odorant.

Autour du front rêveur des trois tristes amies, Emblème de leur crainte , un réseau de ketmies Noua leur chevelure, et leur pied innocent Quitta de ses rubis l'éclat phosphorescent.

Pour un jour ; car, selon les célestes usages ,

af« CHANT IX.

La parure des saints , darast les longs voyages , Dit leur pensée, afin que l'ardtange et k fieur Bénissent leur recherdie et les suivant au cœur. La mère des humains au milieu des deux saintes, Comme un ast^ superbe entre deux hyacîntiies , S'élevait, et pourtant leur bel âge vermeil , L'âge du Paradis , sur leur front est pareil. Elles partent volant, volant sans aveâr d'ailes, Et l'ange Éloïm vole, invisiWe, afHrès dles.

N'avez-vous jamais vu de leur nid , dans les bois , Trois hermines sortir pour la première fois ? Au soleil du matin , sur la plaine embrasée, Leurs cercles ondoyants évitent la rosée, N'osent du clair ruisseau traverser la vapeur; Une fleur qui les touche en passant leur fait peur. Elles rêvent partout une tache... l'hermine, Sous sa robe de Jys que le jour illumine, De.Sc^ belle parure adore la fraîcheur.

Et donne quelquefois sa vie à sa blancheur.

Et plus timide encore part , sous trois auréoles , Le groupe éblouissant des belles célicoles.

Et leur v(d , d'orbe en orbe, errait depuis trois jours. Où donc est-il celui qu'elles cherdient toujours? Et sous leors pieds bénis le parfum des amdmes Disait : — De fleur en fleur trav«sfâ sept royaumes, Pour retrouver le roi de l'éternel printemps. — Et l'Éther leur ouvrait tous ses palais flottants. Les frontons de rubis , les murs de saphyrines Portaient ces mots... pâla^is des saintes pèlebinbs. L'agami leur parlait sous son Ixwclier d'or,

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Et Fon savait leur nom dans les nids du coldor.

Et le roi des oiseaux de TÉden, en hommage,

Accordait à leur voix sa lyre de plumage ;

Et, fleur impératrice aux jardins de l'éther.

Surpassant en rayons le disque de l'aster.

L'hélianthe splendide ouvrait sur la colline

Les gerhes de soleils qu'à leurs pieds elle indioe.

Mais sans voir ni la fleur, ni l'étoile germer.

Sans rencontrer d'amour qu'elles veuillent aimer,

Elles demandent Christ au séraphin qui veille.

Tel, cherchant l'arhre d'or de merveille en merveille,

Ce fameux arhre d'or que les rois d'Ispalian

Permettent au soleil de voir une fois l'an ;

Le voyageur admis dans les salles amhrées ,

Traversant, dédaigneux , les richesses sacrées ,

Ne veut apercevoir ni Fume de saphir

Qu'un griffon pour Xercès déroba dans Ophir,

Ni les jardins aux fleurs d'améthiste, qu'arrose

Un jet d'eau tout empreint de l'essence de rose ;

Ni le juguar d'argent, de perles tacheté,

Ni le paon dont la queue, à son extrémité.

Ouvre cent diamants énormes , et couronne

De ce bel arc-en-ciél le dais brillant du trône :

Il cherche l'arbre d'or, et vainement a lui

De palais en palais tout ce qui n'est pas lui.

MÉHALA.

« Du dernier Paradis nous franchissons l'encdute,

Mes sœurs , et sous nos pas la grenadille sainte

A cessé de fleurir, et les anges voilés

Ne cueillent plus ici les épis étoiles.

Nous trouverions à peine aux rameaux des aurones

Assez de boutons d'or pour tresser trois couronnes ! Ici n'est point caché notre amoureux trésor, Jésus de Nazareth.

SÉMIDA.

Nous ne l'avons encor Demandé qu'aux sept cieux, ma soeur, dans sa famille. Penchons nos fronts plus bas, l'air ne peut les ternir.

ÈYE, k Méhala.

Avec tes grands yeux noirs, dis, que vois-tu, ma fille .^

MBHALA.

Plus noire que mes yeux je vois la nuit venir.

BVE.

/ Regarde encor.

MÉHALA.

Je vois un cygne en deuil qui vole ; Et son plumage obscur des cygnes blancs l'isole.

àVE , à Sémida.

Toi , que vois-'tu , ma fille, avec tes grands yeux bl^is?

Je vois un cygne aussi qui de blancheur m'inonde. Il m'entoure, en chantant, de son vol onduleux. Je vois deux chérubins dont la parure est blonde.

MÉHALA.

Oui, je les vois passer ; mais détournons nos pas ,

Puisque les chérubins ici ne parlent pas.

Us n'ont pas même dit : — Soyez persévérantes !

Ou béni les chemins que nous suivons errantes.

SÉMIDÀ.

Non , mais ils ont laissé leur trace de rayons Devant nous , et voilà leurs bénédictions.

Les sentiers lumineux pour nous n'ont rien d'étrange: La sainte peut aller aux lieux d'où revient l'ange.

EVE

La femme doit trembler, enfant , je te le dis, A chaque pas nouveau fait hors du Paradis !

Christ n'est point ici...

SiMIDA.

Non ; mais, si loin parvenues, Essayons en priant ces routes inconnues , O ma mère! en priant ; qui sait, qui peut savoir A quelle œuvre d'amour nous conduirait l'espoir ? Peut-être en avançant dans la sphère isolée , Nous entendrons, de loin, quelque plainte voilée , Et nous l'enfermerons dans notre sein aimant. Pour la porter ensemble au roi du firmament.

EVE

Que dis-tu, que dis-tu ? C'est un crime peut-être.

SÉMIDA.

Reporter dans son nid l'oiseau qui vient de nattre; Rendre sa perle à l'onde; à son rameau doré.

Sans blesser ses couleurs , l'astiale pourpré ;

Sa goutte de rosée à la fleur dcmi-ciose,

Ou le soupir à Dieu, n'est-ce pas même chose ?

EVE

Mais ces soupirs, TÉdeu ne les écoute plus !

SEMIDA.

Noos les ajouterions aux hymnes des élus.

Ob ! qtCvm seni souTeoir rend la prière tendre! Oh! n'est-il pas des voix que tu voudrais entendre!

BIEHALA.

Ma sœur ! œa sœur!! *

SEMIDA.

Des voix qui manquent dans le ciel?

MÉHALA.

Oui, cdie d'un époux.

EVE

D'un ais.

SÉMIDA.

D'Idaméel!!!»

Elles parlaient encor, et leur essor profane Fuit du beau Paradis les murs de cymo^^ane.

Des horizons divi&s le reâ^ transparent Ne vient ^w qu'à demi dorer leur front errant.

LE DRAME. a»9

Chaque pas est marqué par Fadieu d'une étoile. A peine on voit, ainsi qu'une veuve au long voile, Quelque pâle comète, astre au yçà ineertain^ Passer entre les cieux et le chaos lointain.

MEHALA.

« J'ai froid!... du jour, de Tair, les anges, la patrie! Allons prier, ma mère, au palais de Marie.

Viens.

SEMIDA.

Entends loin de nous une voix t'appeler.

Ma mère, viens toujours, viens, allons consoler !

MEHALA.

Moi, je veux retourner où le Seigneur habite. »

Et du côté des cieux son vol la précipite.

Loin d'Eve et Sémida qui, dans un air moins bleu, S'éloignent, en priant, des ouvrages de Dieu; Et qui ne savent pas si sur leur front modeste Reste assez de blancheur pour la maison céleste.

EVE

« Je n'entends, sous nos pieds, aucun gémissement.

SÉMIDA.

Non, nom sommes encôr trop près du firmament.

800 CHANT tX.

EVE

Pourrons-nous remonter^ ma fille, à la lumière?

IsÉMIDA.

Nous laissons après nous un sillon de prière.

EVE

Abel!!!

SÉMIDA.

Ce n'est pas lui qui soufire.

EVE

Abel!

Non, non, Tes rêves de pitié sont pleins d'un autre nom. Viens.

EVE

Je veux retourner où le Seigneur habite. »

Et du côté des deux son vol la précipite.

Et Sémida descend; elle descend toujours.

L'ange qui sur la terre avait gardé ses jours, L'accompagne invisible; et d'une lueur vaine, Une comète errante, ainsi qu'une âme en peine. Effleure l'imprudente en son vol hasardeux ,

£t Fastre et Sémida se regardât tous deux.

SBMIDÂ.

« O toi ! des mains de Dieu lointaine créature, Où vas-tu, soleil sombre, avec ta chevelure!

ÉLOlM, 86 dévoilant.

Et toi, ma jeune étoile, à la nuit souriant.

Pourquoi donc brilles-tu si loin de FOïient Et si près du chaos, que ta blanche auréole En est pâle à ton front?

SÉMIDA.

Mon ange avec moi vole. Je ne suis donc pas seule, ô bel ange gardien ! Sous tes ailes de feu tu me cacheras bien.

ÉLOÏM

Je viens te sauver, toi qu'un songe m'a ravie,

Sémida, te sauver, car j'ai gardé ta vie

Et ta paix dans le ciel, bandeau de diamant.

Trempé d'extase sainte et de ravissement.

Tous tes trésors de joie, innocente merveille,

Pour te les conserver, enfant, je prie et veille.

Le bon ange, vois-tu, prie et veille sans fin.

Quand Dieu lui dit : « Cette âme est à toi, séraphin,

« A toi... sous tes regards qu'elle s'épanouisse,

a Que ta création moi-même m'éblouisse !

« Garde cette colombe ainsi qu'un oiseleur;

« Mets une perle au fond de cette belle fleur,

« Une perle visible, et sous tes mains modestes

« Que cet arbre émondé n'ait que des fruits célestes !

« Chaque noarel éclat à cette âme ajouté

« Luûfa sur nos soleils et te sera compté.

« Prends en moi des rayons pour toutes ses pensées.

« Écartant de son sein les ombres insensées

« Qu'elle imite ta voix pour apprendre à parler,

« Et contemple à genoux ton vol pour s'envoler!

« N'adorant, ne venant que ce que tu regardes,

« Qu'on lise sur ton front que c'est toi qui la gardes l

« Qu'elle sente toujours, s'ils voulaient l'enchaîner,

« Entre elle et tes désirs ton aile frissonner !

« Prépare- lui, de loin, sa moisson d'asphodèle,

« Sois l'horizon de Dieu calme et pur autour d'elle;

« Et même, s'il le faut, prot^-la, jaloux,

« Veillant d'amour ainsi que l'œil d'un jeune époux.

« Pour l'enfant sois le jour ; deviens un pâle cierge

« Pour la veuve ; un doux rêve au lit blanc de la vierge ;

« Pour l'humble fiancée, à sa main gauche encor

«« Étincelant d'espoir, so» le chaste anneau d'or,

« Et du sein de sa mère au sein qui l'a créée,

(t Ange, rapporte Fâme entre tes mains livrée ! I »

Oh ! combien de ces fleurs toutes pleines de miel.

Ont fleuri, sous mes yeux, pour l'abeille du ciel !

Combien mon aile heureuse et forte et qui flamboie,

Porta d'âmes en pleurs dans l'étemelle joie !

Et toutes à présent parent mon beau jardin.

Toi seule, Sémida, tu languis dans l'Éden,

Et tu fuis, imprudente ?

SÉMIDA.

O mon ange, pardonne!

Pardonne.

ÉLOÏH.

Que veux-tu qu'Éloïm ne le donne ?

SEMIDA.

Si je te le disais, serais-tu désarmé ?

Tu sais combien il souffre et combien je l'aimai. Moi, sur terre autrefois son amante gardienne, Aurore de sa nuit comme toi de la mienne , Rose, du bien-aimé parfumant le sommeil.

Moi, créée à la fois son ombre et son soleil ! ! !

BLOÏM.

Tais-toi, les cieux pourraient fentendre...

SÉMIDÂ.

Oh ! dans Fespace Cherchons Idaméel avec l'astre qui passe.

Viens toi-même, ange saint, ineffable témoin, £t nous lui parlerons d'en haut et de bien loin.

fiLaïM.

Non, il est dans la mort.

SfiMIDA.]

La vie est sous ton aile.

ÉLOÏM

Eve a fui vars les deux.

SÉHIDA.

Tu fi'dfi pas âii, comme elle.

ELOÏM.

Dans un même trépas vous seriez réunis.

SÉMIDA.

Il ne peut pas monter jusc[u'aux astres bénis.

ELOÏM.

Non, mais tu peux descendre : il éteindrait ton âme.

SÉMIDA

Crois-tu la sainte plus fragile que la femme? Plutôt que d'offenser le Dieu qu'il faut chérir, Autrefois dans tes bras je volai pour mourir. Viens, la comète en feu, dans son vol, nous emporte.»

Et la vierge, infidèle à la voix qui l'exhorte, Descend seule... Éloïm jette un cri déchirant, La bénit du regard et remonte en pleurant, Abandonnant ensemble à leur course effarée Et l'errante comète et la vierge égarée.

Un voyageur qui part pour l'Éther, au printemps, Charge de grands oiseaux, apprivoisés longtemps, (Aérien fardeau semblable à ses voyages) L'esquif prêt à voguer sur la mer des nuages. 11 part ; le peuple ailé regarde, et le ramier. En voyant fuir son nid étonné le premier.

N'ose égarer plus loin l'essor involontaire : Son aile en frissonnant redemande la terre,

11 s'élance et, fuyant l'esquif triomphateur, De ce vol gigantesque abdique la hauteur.

L'homme monte, eï bientôt sur la route inconnue, Le cygne intimidé redescend vers la nue.

Et l'homme monte, et seul avec le voyageur.

Vers ses Alpes de loin tournant son œil plongeur, L'aigle enfin s'épouvante ainsi que la colombe ; Car le ciel noir, sur lui, s'ouvre comme une tombe ! Noble fils du soleil qu'il croyait étemel.

Il ne reconnaît plus le blason paternel.

Ce soleil blanc et froid dont le front sans couronne. Comme l'astre des nuits d'étoiles s'environne ; Et son regard, devant le flambeau des hivers. Interrompt tout à coup son hommage d'éclairs. Il ne sait où poser ses ardentes prunelles ; L'air trop subtil lui fait un fardeau de ses ailes. Et vers ses monts lointains son vol jaloux a fui Son terrestre rival bien plus aigle que lui ! Et l'homme monte encor : sa poussière suprême N'avait jamais si haut cherché son diadème.

Il dote la science, explore avec amour Ce ciel de nuit, trouvé vers les sources du jour ; Il pèse l'air de glace où son esquif s'élance, Sans s'informer s'il met sa mort dans la balance ; Et son génie, ainsi qu'un astre à son réveil , Brûlant de tous les feux qu'a perdus le soleil. Affrontant de son vol les périls volontaires. Enlève un sceau de plus du livre des mystères. Ainsi dans un autre air Sémida se baignait, Après avoir vu fuir ceux qu'elle accompagnait ; Mais aux bords de l'abîme, incertaine, perdue. Au lieu d'être montée, elle était descendue.

Cependant, chef guerrier qui viske smi eamp,

Tel qu'un foehar que lance ua souffle de Yokaa,

Idaméd «mitait vers les pbges fameases

Où flotteol; du diaos les ensei^ws brumeuses.

Son «cil surveille au loin les moMes remparts;

Il rassemble sous lui leurs tonnerres é^ars ;

Et dans ses fortes mains, plus haut que les nuaflpg^

11 aime à soulever le sceptre des orages.

Il aime à voir venir leurs vagues à grand bnût,

Baigner ses pieds puissants plus glacés que leur suit

Il aime à promener dans leur lutte prc^onde

Son âme, autre cbaos, d'où pouvait naître un monde.

Mais, tandis que ce roi, troublé dans son (orgueil.

Se comparait lui-même à son royaume ^i deuil.

Une plainte passa, dans les vents absorbée.

Comme aux flots d'un torrent la jeune fleur tombée;

Plus douce que les sons vaporeux du kinnor.

Dont les cheveux d'un sylphe ^ït touché les fils d'or.

CHANT DE SBlflDÂ.

« Lorsqu'il m'appelait son amante^ Les anges m'aidaient sa soeur :

Il doit me reconnaître à cette {Mainte aimante, Si ma voix, dans le ciel, a gardé sa douceur.

Deux soufQes de l'Éden , dans mon vol, m'ont suivie : Le premier pour baiser ses yeux avec langueur,

L'autre pour arroser de vie Le rameau fané sur son cœur.

Je porte trois papésents à ses ^ ieis, en hoQniaages ;

Dm» flaoB sein renfermés trois souvenirs de lui, Attendant oonune les pois m»§e»

Qu'en mon ciel son étoile ait lui.

Les heures de Fexil pour immis deux étaieeC douces ; Les lys ne mouraient pas quand il les regardait,

Ni sous le palmier, dans les mousses.

Les colombes qu'il me gardait.

Daas son g^e ardent se perdait ma pensée, Gomme un songe s'enfuit vers l'Onent vermeil ;

Comme une goutte de rosée

Quitte la ôeur pour le sdeil.

Je veux te faire reine avec mon diadème, Disait-il ; j'ai pour toi sauvé l'a^ape des jours. . . Ensuite il me disait : — Je t'aime! — Je mourus, pour l'aimer toujours.

En vain dans chaque lys de la sainte corbeille, Pour moi le Paradis a mis un rêve d'or :

Mon cœur, nosi send^lable à l'abeille,

Dans un seul calice s'endort.

Lorsqu'il m'appelait son amante, Les anges m'appelaient sa soeur :

Il dmt me reconnaître à cette plainte aimante, Si ma voix, dans le câel, a gardé sa douceur. »

Ce chant ne tombait pas dans la nuit sans aurore, Comme on chant de poète an fond d'an cœor sonore ; Mais yague, mais brisé, mais presque inentendu D'Idaméel, an sein dn noir chaos perdn.

Un jeone colibri , pour changer de délice,

D'un nictantès, le soir, vient baiser le calice;

Et de son nid d'azur par la nuit séparé.

Il s'endort dans la fleur d(mt il s'est' enivré.

Dans la fleur inconnue, et dont les couleurs sombres ,

Étrangères au jour, s'entr'ouvrent pour les ombres.

Et d'un souffle jaloux le nocturne zéphir

Dans son lit de parfums berce l'oiseau-saphir.

Imprudent, voici l'aube, et toi, tu dors encore

Au calice où jamais n'a regardé l'aurore !

Il se ferme en silence, et de la fleur en deuil

Un rayon de soleil vient te faire un cercueil.

Et laissant sa couvée aux rameaux du palmiste.

Prolongeant son voyage à chaque fleur plus triste.

Ton amante t'appelle, et du baume au santal

Parcourt tous les parfums du ciel oriental ;

Et pour les lys de feu désertant la ketmie,

Arrive enfin auprès de la plante ennemie :

« Pourquoi quitter un nid qui tressaillait d'amour.^

« Pourquoi chercher les fleurs qui n'aiment pas le jour?

« Oh ! combien j'ai pleuré, dit-elle, en mes alarmes ;

« 1/œil d'un oiseau peut-il contenir tant de larmes ?

« Méchant, dans ce cercueil pourquoi te renfermer?

« Les jours d'un colibri sont si courts pour aimer!

« Ton vol est enchaîné, ma plainte faible et vaine

« A travers ta prison vers toi descend à peine.

« £t Fombre qui te voile, ô mon sylphide amant !

u De ta brillante aigrette éteint le diamant.

« Et tristes comme moi , l'aster et Tamaranthe

« Se penchant, tout le jour, vers ta tombe odorante,

« Imploreront la nuit qui doit te la rouvrir.

« Ma voix t'empêchera d'achever de mourir,

« Et je t'emporterai sur mon aile pourprée

« Que ma longue douleur aura décolorée ;

tt Et nous remonterons vers le palmier en pleurs

« Où nos petits aimés dorment dans d'autres fleurs ! ! !

« Espère... » Etjusqu'au soir voltige, désolée.

Autour du nictantès la jeune amante ailée.

Telle, volant autour de la nuit sans fanaux ,

Autour de son amant prisonnier du chaos ,

Sémida gémissait.... Idaméel s'étonne

De ces soupirs portés par l'ouragan qui tonne.

« Quel être pr^ de moi prend l'accent du malheur,

« Sans que j'aie imposé sa tâche de douleur,

« Et des afflictions vient boire le calice,

« Sans qu'à ma soif ici ma main le lui remplisse ? »

Il dit , et vers la voix qui soupire et qui fuit

Monte comme une trombe au sommet de la nuit.

Devant les régions où pour son sein coupable

L'atmosphère du mal n'a plus d'air respirable,

U s'arrête, et plus fier, semble, roi de ses flots ,

Poser en s'arrétant la borne du chaos.

Comme dans le sommeil on croit voir, loin des grèves, Un beau cygne sortir du lac changeant des rêves,

Idaméel t'a vue, ô fiOe da Seigneur,

Te pencher sur son front pour contempler mm cœur.

Il doute de lui-même... ^ le chaos respire

Le baume caressant de ton chaste sounve,

Et tressaille d'amour, et ses souffles errait

Ont pris tous les parfums de tes pieds transparents.

(Après un long sileDce.)

« Cest moi, la bienheur^ise et ta sœar affligée. L'auréole du cid à tes yeux m'a changée; Idaméd se tait, et peut-être aujourd'hui Ne me reconnaît plus, quand je descends pour lui?

IDAMÉEL.

Je te reconnais... oui... ma blessure cachée Se rouvre et s'élargit , par ton souffle touchée ; Et je te reconnais, fiUe de Dieu... C'est toi Qui fis d'un monde à naître une hostie à ta foi ; Qui , pour fuir mon amour t'exilas de la vie.

SEMIDA.

L'amour était sans fin , si tu m'avais suivie.

IDAMÉEL.

Te suivre sur les pas d'Élolm... jeune amant. Dans tes bras autrefi)is tombé du firmament ! Voir tes cheveux si beaux dont j'adorais les tresses , Épancher sur son cœur leurs flottantes caresses , Et , comptant tes soupirs de femme à son autel. Voir comment une vi^ge épouse un immortel ! . Que fait-il, ce rival à l'aile grande et forte.

LE DRAME. 3tl

Quand si prè3 âe ma nuit ta cotnète fappcgrte? Il va venir peut-être, et moi je l'attendrai ; Parce que tu Faimas , je l'anéantirai.

Ce n'est pas mon amant, c'est mon ange.

IDAMEEL.

Mensonges!

Pièges profanateurs où se prenaient mes songes! ! Ta mort me réveilla , je n'aime plus enfin.

Amante agenouillée aux pieds d'un séraphin , J'ai de ma royauté séparé ton naufrage; Au creuset des enfers j'ai passé ton image.

De tous mes souv^rs l'or le plus épuré, Mes regrets , mes transports , il n'est rien demeuré ! ! î femmes ! sous nos pas embûche si profonde , Flot le plus orageux de l'océan du monde, Pour vous livrer son sort qu'il faut être insensé ! Le désespoir habite où la femme a passé.

Artisans de malheur «atre tout ce qu'on aime, De la déception votre charme est l'emblème, Et votre doux regard, sur nos fronts arrêté, Est déjà le rayon de l'infidélité.

A tout rêve nouveau vous vous laissez conduire; Autant que le démon l'ange peut vous séduire. Vos regrets n'ont qu'une heure. On voit briller les pleurs Moins longtemps à vos yeux que la rosée aux fleurs ; En vain à consoler la pitié vous invite.

Près des grands dévoûments vos pieds froids passent vite! Sœurs de l'ingratitude et reines de l'oubli , Vos cœurs dans la constance ont toujours défailli !

31â CHANT IX.

Le mien est un tombeau, je n'aime plus...

SÉMIDÂ.

Je t'aime.

IDÀMEEL.

Et qu'as-tu fait pour moi sous le soleil lui-même, Sous le soleil mourant qui, pour se ranimer, Ne te demandait rien que de vivre et d'aimer? Qu'as-tu fait pour l'amant qui t'avait encensée, Et qui posait sur toi l'œuvre de sa pensée?

Après m'avoir séduit, après avoir voulu Interrompre ma course à travers l'absolu ; Après avoir voulu, décevante ironie, En jetant ton écharpe, entraver le génie, Craintive et me cherchant, me fuyant tour à tour. Ta mystique frayeur a dégradé l'amour.

Bien plus coupable qu'Eve, oh ! sa dernière fille. Éteignant par ta mort le jour et la famille.

Sans flamme et sans bonheur ton sein a refusé De rajeunir en lui le vieux monde épuisé !

Et l'on te vit jeter, perdant la race humaine. L'univers au néant, ton amant à la haine ; A la haine implacable, et je m'en suis fait roi : Cette royauté-là peut se passer de toi.

Je règne, Sémida, sans rival, sans partage; Je règne plus que Dieu, car je hais davantage; Et ne changerais pas mon empire agité ,

Contre le lourd sommeil de son éternité !

SÉMIDA.

Et c'est moi, moi, ta sœur, moi, qui t'ai fait descendre

A ce trône du mal que je ne puis comprendre ! Mais tu m'as adorée à la clarté du jour, L'enfer ne suffit pas pour ôter tant d'amour! Et tu m'aimes encore et je viens te l'apprendre. Que je sente tes yeux sur les miens se répandre ! Regarde-moi, je suis bien la même, et je veux Pour te voiler d'amour dénouer mes cheveux . J'ai raconté ma peine aux étoiles craintives Du palais bleu du jour, comme moi fugitives.

Au bonheur de te voir j'ai voulu m'exposer :

On peut toucher les fers qu'on espère briser.

IDAMBEL.

Sémida.MSémida!!!

SEMIDA.

Oui, ma persévérance Cultive, pour l'enfer, la fleur de l'espérance. Abbadonna sortit en pleurs de ta prison, Et toute âme qui pleure atteint notre horizon ! Et tes larmes seront le second diadème Dont tu te pareras pour la vierge qui t'aime. Tu ressusciteras, de haine désarmé, Car un germe de vie en ta mort fut semé ; Car la langue angélique, harmonie et mystère, Ne veut plus me nommer l'épouse solitaire ; Car je mets sur ton front, ô mon Idaméel, La paix et le pardon, ces deux baisers du ciel !

IDAMEEL.

Comme un fleuve de lait sur ma douleur rui^elle Ton r^rd caressant et ta douce voix, celle Qui, gémissant le soir sous les rocs de l'Arar,'

Savait des mots d'amour dans tune langue à psâ*t; Mais elle me trompait, la voix enchanteresse, Formant de ses soupirs une hymne d'allégresse ; Elle peut me tromper encore aujourd'hui...

Non!

IDAHÉEL.

Alors viens à mes pieds demander ton pardon ; Je croirai ton amour, te voyant descendue Jusqu'à moi, Sémida, ma Sémida perdue!

Je voulais autrefois, roi du monde et du temps, Pour joyau sur ton front arrêter le printemps ; Et je veux aujourd'hui, mon immortelle amante, Sentir veiller mon cœur sous ta tête dormante. Avant que loin de moi ton rêve t'égarât.

J'étais Dieu sur la terre afin qu'on t'adorât ; Afin que ta beauté fût reine, et que timide Le lys à tes baisers (ÂMt sa perle humide; Que tout reçût de toi jeunesse, ^chantement, Que tout fût ta parure ou ton rayonnement.

Aujourd'hui ton r^ard étoile peut suffire A nous verser le jour qui manque à mon empire : Viens, et laisse au chaos ton beau voile argenté, Pour que son front lui-même ait sa part de clarté.

SÉHIDA.

Je suis trop descendue, hélas !

IDAMÉEL.

Pitié sublime !

Sans voir le criminel, descends vers la victime!

Tes pieds d'ange essayant les sentiers douloureux

Te porteront ici vers les cœurs malheureux,

Comme autrefois, alors que nous marchions ensemble,

L'un àfautre attachés, car la pitié rassemble.

Oh ! viens, viens, Sémida ; ce n'est plus un bandeau

De reine qui t'attend, mais un pieux fardeau

A charger pesamment tes épaules de sainte,

A consacrer encor ta robe d'hyacinthe.

Viens, tu sanctifieras nos sombres repentirs :

Nous sommes des damnés, nous serons des martyrs!

Viens sceller le pardon sur mon sein, viens, je t'aime.

SÉMIDA.

Si tu m'aimes en Dieu^ viens me chercher toi-même. Il me doit ce miracle... Un seul élan de foi! En t'éievant à lui, tu monteras vers moi.

IBAMEEL.

Mon royaume étemel est au gouffre où j'habite.

SEMIDA.

Au royaume de l'âme â n'est pas de limite.

L'Éden, où je t'atteads, ne peut-il t'ébkmir ?

IDAMEEL.

Je vois un ciel pias beau dans tes regards bleuir.

SÉMIDA.

Entends gémk les sons de la lyre étoilée.

UIAMÉEL.

J'entends Vïxymne qu'épanche ea {^furs ta v<hx aHée.

SEMIDÀ.

Les fiUes du Seigneur, même pour consoler, Ne peuvent du saint lieu plus d'un jour s'exiler. Pour adorer, je dois monter avec l'aurore.

IDÀHÉEL.

Tu dois descendre, enfant, où c'est toi qu'on adore.

SÉMIDA.

Non, mais je te regarde et je tombe à genoux, £t je te tends les bras pour que ton vol soit doux. Je t'enseigne à prier...

IDAMÉEL.

Fuis, fiiis, tu n'es pas eUe, Puisque si loin de moi tu refermes ton aile.

Tu n'es pas elle, non, tu n'es qu'un rêve, éclos D'un sommeil orageux trouvé dans le chaos; Mes désirs ont tissu le voile de ta tête.

Tu n'as que les couleurs du songe qui t'a faite , Et tu n'as pas de cœur, et ton souffle léger D'un accord de mon âme est l'écho mensonger.

Belle ombre couronnée, ô souvenir, ô rêve, Portant le plus doux nom des jeunes filles d'Eve! Fantôme insaisissable, et sur mon front brûlant Entre le jour et moi dans l'espace volant; Enfant des longs amours d'un cœur mélancolique. Pourquoi me poursuis-tu de ton œil angélique ?

SÉMIDA.

Un seul remords qu'à Dieu je puisse présenter !

IDÀHEEL.

Je ne veux rien de lui que de pouvoir monter. Beau fantôme, il me doit tes vœux, ton esclavage, La réparation de mille ans de veuvage !

Il me doit le sommeil d'une vierge aux cils d'or Pour ma couche de fer où l'humanité dort.

Oui, j'irai le combattre , et par ma seule force Entre l'ange et la femme apporter le divorce ! !

SÉMIDA.

Oh! Dieu!!! ..

JDAMÉEL.

Je suis le Dieu par tes cris attesté !

L'autre au fond de ton coeur tombe de vétusté; Tu ramasses en vain, avec ta foi peu sûre, La poussière du Dieu pour fermer ta blessure ; Elle grandit toujours, et saigne abondamment, A réjouir les yeux de ton fidèle amant.

Tu m'aimes, Sémida, tu te penches, tu tombes..,

SEMIDÀ.

Je regarde en pleurant la largeur de vos tombes ! Idaméel...

IDAMÉEL.

Ton cœur te jette dans mes bras.

Sans les ailes du cœur on ne remonte pas. De mes joyaux de feu sois à jamais parée :

Des mystiques langueurs sois à jamais sevrée. Idaméel et toi sont unis... Je t'obtiens :

Par les droits de l'abîme enfin tu m'appartiens... Du réseau des enfers ma volonté t'enlace!

SÉMIDA.

Éloïm! Éloïm!

IDAllBEL.

C'est moi qui le remplace, C'est moi seul...

SÉMIDA.

Jésus, 6 divin rédempteur!

Rends à mon vol mourant sa première hauteisr!

IDAMSEL.

Jésusî... c'est un ami que mon enler te garde; Tu veux revoir Jésus!.. ti«as, le voilà... regarde.. »

Il dit, et d'un s^l geste et sans s'y p^longer, Entr'ouvrant le chaos comme un rideau léger, Fait voir l'enfer, où Christ dans son humble puissance Passe aux feux étemels sa robe d'innocence.

IDAMEEL.

« Regarde, est-ce bien lui?

SEMIDA.

Oh ! Christ sauveur ! !

IDAMËEL.

SuisHUoi.

LE ORÀMB. Stf

Laisseras-tu ses pieds sans un baoer de toi?

Yiensu.. la rédemptkm de FaJc^me s'opère! ! !

SÉMIDA.

Je vole vers le fils.

LE CHRIST, da fond des enfers.

Remonte vers le père.

Dis-lui que tu m'as vu dans l'ombre agonisant, Au plus profond du cceur allant putsar mon sang Pour sa justice... Fuis, fuis, j'ai repris mes annes, Raconte quel combat se livre pour tes larmes. Je ravirai son peu^e à ton royal époux.

Tu n'en pleurais qu'un seul, je les sauverai tous. Mais écoute ma voix, fuis, vierge téméraire.

Ne viens pas de ton voile agrandir mon suaire. J'ai payé ton salut, ne viens pas m'af^orter Une seconde fois ton âme à racheter.

Ne viens pas joindre encore à ma tâche absolue Tout ce que pèserait le racliat d'une élue.

Crois-tu l'homme et l'archange un fardeau trop léger? Mon sillon de douleurs ne peut plus s'allonger. J'ai promis, j'ai donné cette moisson amère ; Je ne puis rien pour toi, quand tu serais ma mère ! ! ! Remonte, Sémida ! ! ! »

Mais il était trop tard ; L'imprudente trop près du flamboyant regard Avait baissé son vol; et superbe, inflexiMe, Armant de plus d'édairs ce regard invinciWe,

L'impie ose enchaîner tes efforts innocents.

Jeune vierge! aux soupirs chastes comme un encens; Vase de pureté tout embaumé de rose, Et brisé sur Fautel où ta blancheur repose.

Autrefois dans la nuit, sur les monts d'Israël,

Un tigre a vu brûler l'holocauste étemel;

n s'approche en silence, il se dresse, il s'allonge;

Son œil ardent comme eux, dans les feux sacrés plonge

Jusqu'à l'agneau fumant qu'il n'ose pas toucher.

D'un bond profanateur il franchit le bûcher;

Il s'éloigne, il revient, mâche la proie absente;

EfOeure les brandons de sa griffe puissante ;

Et la douleur alors, pour la première fois.

Par delà les vieux monts jette sa forte voix.

Dans un cercle hurlant il enferme sa proie,

Et sa robe royale autour des feux ondoie;

Et les reflets changeants de leur vive clarté

Illuminent de près sa sauvage Ijeauté.

Ouverte aux vents du soir, sa narine plus grande

Hume, avec volupté, les vapeurs de l'offrande.

Il se décide enfin, s'élance, et sans effroi

Sur l'agneau flamboyant s'abat... Le monstre-roi

Dépouille l'autel, fuit vers sa caverne sombre.

De l'holocauste saint la chair gémit dans l'ombre.

S'étonnant d'un repas pour sa faim étranger,

A la table de Dieu le tigre vient manger ;

Déchire la victime, et, dans son antre immonde.

Appauvrit d'un agneau les prières du moùde;

Et du bûcher encor luisent les feux ardents

►Sur les flocons de laine attachés à ses dents.

Tel, entraînant la vierge, et sur sa robe pure

Du mal, dont il est l'ange, imprimant la morsure, L'orgueilleux, en espoir, s'applaudit triomphant De priver le Seigneur de son plus bel enfant.

Mais, tout à coup, du fond de la nuit sépulcrale Voilà qu'une lueur, d'abord lointaine et pâle. Suivit, et, sillonnant le gouffre nuageux, Bientôt, forme terrible, ouvre un vol orageux. Ses deux ailes au loin, comme les fortes rames Qui font bondir la mer aux flancs armés des prâmes, Battent les flots sans nom de ce vague océan; Fendent les tourbillons, franchissent d'un élan L'espace que la terré en son orbe enchaînée.

Peut, autour du soleil, franchir dans une année. C'est Satan, non point tel que l'aperçut Milton, Alors que, s'évadant des feux du Phlégéton, Aux bornes de la nuit que ce fleuve traverse. Des portes de l'abîme il soulevait la herse ; Alors qu'il apportait, ténébreux tentateur, A travers l'ouragan, l'œuvre du malfaiteur; Nageait, rampait, volait de nuage en nuage; Ainsi qu'une comète égarait son voyage; Et semblait, balayant tant d'éléments confus, Ajouter au chaos un désordre de plus.

C'est Satan, sur son front, au lieu de diadème. Portant du repentir la majesté suprême; Et contre Idaméel, qui sourit de mépris.

De son éternité rassemblant les débris.

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