‹ La divine épopéeChapitre 11 sur 18 · SATAN · texte numérisé non relu

SATAN

« Écoute ton captif, Idaméel, écoute.

Du fond de mon cercueil je surveillais ta route;

Iti CHANT IX.

Et moi qui me repens, je puis, sans être roi, Faire, hors de Tablinè, un pas de ptus ^ue toi. Renonce à ton espoir, rends cette fiWe d'Eve Aux souffles éthérés dont le vol la soulève.

Tu vis, pour échapper à ta pro&ne ardeur, Des ombres de la mort se voiler sa pudeur; Pourquoi renouveler, dans la nuit où nous sommes, L'épreuve dont elle a triomphé chez les hommes? Laisse, plus' haut que toi, luire son front serein, ]S 'enchaîne pas son âme à tes ailes d'airain. Et ne profane plus d'un amour adultère Les beaux lys de ses pieds que ton regard altère. Son retour bien-aimé dans un autre horiz(m Réjouira le seuil de la sainte maison.

Et, veillant de bien loin sur sa parure blanche, Pour lui donn^ la main Fombre de Dieu se peiM^.

IDAHÉEL, sans cesser de regarder Sémida.

Tu redresses encor un front deux fois frappé,

Comme un pin que la foudre aurait mal écharpé.

As-tu rompu ton ban.î* est-ce Satan qui psfflse.^

Je croyais pour ramper qu'il fallait moins d'espace,

Esclave; je croyais que dans notre défi

A courber ta hauteur mon soufQe avait sufQ ;

Je croyais Lucifer tout brisé de la lutte.

Et que l'oubli des morts avait sceUé sa chute I

Ne force pas ici, pour fink l'entretien.

Le poids de mon regard à tomber sur le timi.

Fuis ; tu n'es pas heureux aux chances de la guerre;

La révolte, Satan, ne te réussit guère!

Fuis, accepte l'oubli que ton roi t'accorda.

Tu veux rendre au Seigneur l'^âan de Sémda ?

Sous les berceaux d'Éd^ ton odl, plein d'autres flammes. Veillait moins prudemment sur la pudeur des femmes , Quand tu venais, serpent cauteleux et yarmeil, De. deux enfants de Dieu séduire le sommeil ; De leurs rêves fleuris leur assigner le terme, Et leur cueillir un fruit ayant F^er pour germe. Crois-tu donc que Satan, maître en Fart de flatter, Soit le seul tentateur qui se fasse écouter.

Et qu'on s'arme au hasard d'un prestige inutile Si Fon n'a revêtu la forme d'un reptile ?

Esclave, cette femme est à moi. »

Mais Sata|i Sur le dos montueux du chaos haletant.

Pose un pied formidable, un moment s'y balance, Plus haut que son rival dans un autre air s'élance ; Ses ailes, déployant au nom de Jéhova Cette nuit que la foudre en leurs longs plis grava, Cachent la vierge aux yeux qui se posaient sur elle ; Sémida monte et fuit...

Ainsi la tourterelle Qui voit briller sous Fherbe un œil de diamant, Invitée à mourir quitte le firmament.

Le lézard, séducteur à la crête pourprée.

Fait reluire au soleil sa robe diaprée ; Il enchante sa proie, et Fœil fascinateur Voit du vol tournoyant décroître la hauteur.

A travers les rameaux où dort son nid de mousse, La victime descend, descend plaintive et douce ,

Avec le collier Weu, semblable à ses amours, Que, si près de son cœur, elle garde toujours ; Et ne pouvant briser la chaîne d'étincelles, Sent palpiter la mort au frisson de ses ailes. Mais si quelque autre oiseau passe, et coupe en passant Du charme empoisonné le rayon caressant, La tourterelle enfin s'échappe, libre et forte, Redemande la vie au souffle qui l'emporte ; Et dans l'Èther aimé, loin des marais brumeux, Purifiant son vol des regards venimeux.

Recommence, en chantant, la fête éblouissante Que donne le printemps à sa joie innocente.

Dans son funèbre espoir Idaméel trompé.

Se replonge aux eufers d'ombres enveloppé ; Et de cent nœuds d'airain charge, dans la nuit noire, Lucifer renversé du haut de sa victoire.

Superbe, il redemande à l'orageux séjour, A son sceptre brûlant l'oubli de son amour.

Il convoque ses chefs. Leurs majestés vassales Aux sons tartaréens des trompes colossales, Viennent vers le monarque... il veut les consulter Sur les nouveaux tourments qu'il lui faut inventer : Car depuis que le Christ souffre dans son domaine. L'infini des douleurs est trop p^u pour sa haine ! ! f

LES TROIS HEUBES DU NOUVEAU GETHSEMANI.

Tandis qul^méel par ses hérauts appelle Au Pandéimmium rhomme et Fange rebelle ; Tandis que la comète, au vol échevelé, Astre toujours sanglant, de tempêtes Toilé, Qui tient lieu de soleil aux voûtes infernales, Sous la mer de bitume éteint ses rayons pâles ; Les geôliers de Jésus, fantômes ennemis, Insultent le captif à leur garde commis :

Et des restes du vin de l'infernale orgie.

Autour du dieu priant, leur lèvre s'est rougie. Et sous un lourd sommeil, au bord du lac fumant. L'ivresse au front de feu les couche pesamment.

Quelquefois, lorsqu'un bufQe américain s'abreuve. Le boa, comme un pin, couché le long du fleuve. Siffle et saisit sa lèvre; un fort mugissement Jeté par la douleur répond au sifflement.

Et le buffle, d'un bond, a cru fuir la morsure

Des deux crocs venimeux rivés dans la blessure.

Vain espoir!... Le serpent ne l'abandonne pas.

Déjà, pour accomplir l'incroyable repas,

Sa gueule s'ouvre et fumt ainsi qii\in incendie.

Rouge, élastique, horrible et sans cesse agrandie;

Et le buffle, aspiré par l'ennemi rampant,

Sent sa tête gonfler la gorge du serpent.

Ses cris n'arrivent plus aux troupeaux de la plaine ;

Plus avant dans sa tombe il plonge , à chaque haleine.

On voit, libres eneor, stur la savons tn fleur.

Ses quatre pieds tendus tressaillir de douleur.

Et le monstre siGOant triomphe dans S9 joie ;

De sa bave sanglante il ramollit sa proie.

Ses yeux verts, contemplant les convulsife frissons,

Sortent de leur orbite, allumé» de potsooâ;

Et, membre à membre, après une lutle inittitef

Le buffle, tout entier> glisse dans le reptBe,

Dans le boa repu, dont les ûancs moatueux

Dominent pesamment les replis toituemi:;

Et qui vaincu d'effcnrts, six mois, au.bord de ronde,

Sous rénorme festin dort d'un sommeil immonde,

Invincible, profond; moins pro&md cependant

Que celui des geôii^s au h&tû du hc a^enl.

Libre de ses gardiens dont la soaibre paupière Prend l'immobilité de ee sommeil de pierre, Arrachant de son sein d'autres gémissements, Fran^isswBit d'us seul pas neidf cercles de tounnorts, Le divin Rédesifiteer cherebe un. rœ solitaire) Où d'un volcan éteint fume eocor le eratèr».

Il y descend, chargé du supplice infnii ; Il veut que les eidem aîAut lewr Gethsemimi I

NOUVEAU GETHSEMANL 3iT

Il s'aEine dans sou cœur pour la terrible veille : Combat désespéré, formidable merveille, Dont jadis le Cédrou, tout grossi de ses pleurs. Ne vit qu'un faible essai dans Thomme de douleurs.

Car dans le saint des saints le jugement s'exerce;

Car c'est l'heure suprême et terrible où Dieu verse

Sur la tête du fils le calice apprêté,

Et qui, pour s'épancher, n'a plus l'éternité.

Le saint des saints voilé dans sa majesté tremble.

Tout à coup une voix du fond du ciel rassemble

Les mille chérubins épars, que le Dieu fort

Avait nommés du nom des anges de la mort,

Quand elle triomphait, et que sur leurs fronts sombres

S'étendait, pour bandeau, la terreur de ses ombres.

« Reprenez votre deuil et le nom redouté

« Dont la mort surchargeait votre immortalité,

« Dit la voix... Le Seigneur attend et vous regarde,

« £t veut au saint des saints vos ténèbres pour garde.»

£t tous ces chérubins, blancs sous leurs ailes d'or,

S'épouvantent, ainsi que les femmes d'Endor,

Lorsque sur le trépied chargé de noirs présages

Elles allaient du dieu revêtir les orages.

Ils voudraient s'envoler ; car, si doux et si beaux.

Ils n*ont plus souvenir du chemin des tombeaux ;

Car, pour couvrir leur £ront de la sombre parure,

Il leur faut dénouer les lys de leur ceinture,

La couronne cueillie aux célestes vallons,

Et les feux s'enlaçaiU au vol des cheveux blonds;

Et la moire aux plis purs, sur leurs pieds blancs croisée. Où scintille dans l'or la perle opalisée.

Et ces Toiles légers, flottants, inaperçus, Qu'en passant dans Téther une étoile a tissus. Chérubins dévoués à des splendeurs funèbres.

Anges brillants que Dieu transfigure en ténèbres, Que le juge demande, et qui ne savent pas Contre qui vont marcher les anges du trépas.

Chaque rayon se voile et chaque fleur se &ne, Et leur robe a perdu son printemps diaphane; L'éclair de leur regard s'éteint... leur aile en deuil, Ressembleauxlongsdrapsnoirs qui, sur un haut cercueil Où la gloire a posé des fleurons et des armes, Flottent au catafalque avec leurs blanches larmes. A travers cette nuit, présage de malheur.

Leur front triste et terrible a dressé sa pâleur. En tonnerres plaintifs l'orgue du sanctuaire, Accompagnant le bruit de leur vol mortuaire.

D'un deuil majestueux voile ses saints transports. Tout l'orchestre divin, sous un crêpe d'accords. Gémit en leur présence, et, plus lent d'heure en heure, L'arpège nuageux avec leur âme pleure.

La coupole d'Ëden comme un miroir d'Ophir, Réfléchit leur fantôme en son large saphir.

La tristesse avec eux, signal de grands désastres. Pour remplir les sept cieux passe d'astres en astres. Pareils à ces oiseaux de nuit, malheurs errants. Dont l'aile obscure bat nos vitraux transparents. Sur l'autel des parfums ils renversent les vases ; Volent, plaintive éclipse, à travers les extases; Longtemps sans s'arrêter, comme un peuple banni. Ils tournent en pleurant autour de l'infini.

NOUVEAU 6ETHSEMANI. 839

Et de grands cercles noirs ont remplacé leurs gloires £t leur glaive allumé jette des flammes noires, Et, comme en un faisceau, rassemMe dans leur main Tous les coups dont la mort frappa le genre humain. Glacés, il ne bat plus de cœur sous leur armure. Tout le sang des martys baigne Imr chevelure, Même le sang du Christ qu'ils vinrent, à genoux. Recueillir par torrents aux blessures des clous , Lorsqu'au jour du Calvaire et de la grande attente, Frappant du Dieu vivant chaque chair palpitante, Sur le corps dont la robe était jetée au sort, Leur glaive défaillant divinisait la mort!

Aussi triste aujourd'hui se lève leur phalange. Dont l'ombre armée autour du saint des saints se range.

Les vierges, les enfants, ce beau groupe d'âus Qui, dans les lys du ciel, repose et ne meurt plus. Comme un nid de colombe en frissonnant s'envole. Un nuage d'effroi court sur chaque auréole; Et Sémida raconte au ciel épouvanté Son voyage à travers l'azur illimité.

Et du Christ descendu les paroles lointaines; Et ses pleurs ont coulé comme l'eau des fontaines; Et d'esprits en esprits la terreur va croissant ; Et le martyr, caché sous sa robe de sang.

Craint de voir se briser dans l'ineffable enceinte. Quelque lien d'amour de la famille sainte.

Seul sous les anges noirs Gabriel s'arrêta.

U crut voir dans leurs yeux la nuit du Golgotha

Se lever; il sentit éclore une pensée

Du fond de la tempête en son cœur amassée :

3M CHÂHT X.

Elte raoAte, ifiDodant son passage d'éclairs.

Ainsi que le soleil fiMttte éXL sein «les iDers ;

Et tout à coup giaadit, si ^éaate ed sî forte.

Qu'elle £ait chanceler Tarchasge qui la porte.

On eût dit que sur lui l'esprit de Dieu passait;

Du frisson des terreurs son pied hkapc Meuissait.

Comme un immense orage ouvrast toutes ses ailes

Dont le deuil de son àme endort les étincdles,

Il vole vers le juge» a dans les eieux vermeils

Sa chev^ure sombre a voilé trms soleils.

(c Seigneur, as-tu jamais, dans ton pouvoir suprême,

« Voulant glorifier un autre que toi-même,

« A quelque ange admiré du bienheioreiix séjour,

<i Dit: — Vous êtes mcm fils ^igendré de oe joor! —

« Non, tu n'as salué de ce titre superbe

« Que celui qui le porte en sa splendeur de Verbe,

« Et dont l'oeuvre aux enf^s, de ce nom redouté

« Sur son front de martyr accroît la majesté ;

« Et moi, vers celui-là, vers son supplice étrange,

« Moi, néant d'immortel, moi, poussière d'arcbange,

» Sans savoir si jamais je pourrai remonter,

a J'ai besoin de descendre et de lui répéter

a Ton calice en ma droite et ta gloire à mes ailes,

« L'iiymne toujours vivant des sept douleurs morteUes,

« Qu'entendit le Cédron, et dont ma harpe d'or

» Depuis quatre mille ans frissonne et pleure enecnce.

« Me laisses-tu. Seigneur (qu'un signe m'avertisse],

« Précipiter mon vol à travers ta justice ?

« Je suis prêt... » Mais au lieu de ce signe cléraei^

Un soufQe, redoublant l'effroi du jugement.

Passe sur l'immortd dont l'aile se déchire.

Comme sous l'ouragan la voile d'un navire.

NOUVEAU GETHSEMANI. 3Sl

Dans son œil égtqpé ta prière s'éteint.

Un tourbillen tonnait, qui s'élance et Fatteiat,

Roula ses flots de feu s«r ee roi des arofaaages,

L'enveloppa d'éckirt eontaie ua enlanl de lai^^eg,

Brisa toute sa force, et le précipita

Jusqu'aux derniers aotoils ou Tamour l'arrêta. .

Tout le ciel en pâlit... L'enfer seAtk sa ebute. La montagne, où du Christ s'étaia»e la kitte. Tremble, ainsi qu'autr^dianotre globe mortel Tremblait au contre^ooup d» chutes de Babel.

Plus avant dans son cœur la vic^me exemplaire Du dard de Jéhova omt vibrer la colère ; £t tel qu'unnourrisson qui, dans un jour de deuil, Se sentant du berceau glisser dans le cercueil. Se retient en mourant aux voiks de sa mère, Le Christ tendit les mains et cria vers le père :

« Viens m'assister, mon Père, où je suis descendu, « Au milieu des brebis du grand troupeau peedu ; » Dans ces champs, où du mal chaque brûlmite épine « Toujours, de siècle en siècle, a jeté sa racine; « Dans ces champs réservés à la faux du d^on, « Dont nul épi du eceur ne dore la moisson, « Que nul soleil n'éclaire, et dont les noires herbes « Dressent encor trop haut les poisons de leurs gerbes, <i Pour qu'en ce sol impur, sans toi, puisse mûrir « Le remords, ou la fleur d'humilité s'ouvrir ! « Viens m'assister, mon père, au fond de la tourmente « Que mon âme en travail de ses cris alimente; « Dans ce gouffre de maux, dans oe feu de douleurs « Qui, brûlant sur mes pieds la trace de mes pleurs,

« Achève d'entourer Tholocaoste eéleste, « Et du Diea défaillant consume ce qui reste, « Et ne me laisse pas un instant ralentir, « Pour respirer en toi, ma course de martyr.

« Quand la terre voguait ^oore,

« Comme un navire oriental,

« Tu trempais des feux de l'aurore

« La p^le sous le flot natal.

« Sagn^r, tu gardais sous ton aile

« Ceux que ton soufQe avait bénis :

« Le lys blanc, des fleurs la plus belle,

« Les coeurs priant dans la chapelle,

« Les oiseaux priant dans leurs nids.

ft Et j'avais des âmes fidèles « Qui suivaient ma trace en tout temps, « Comme de douces hirondelles (i Le vol radieux du printemps.

« La plaine exhalait mes louanges « Sous les vents parfumés de miel ; « Et ceux qui regardent les anges, « Venaient lire en lettres étranges « Mon nom dans les pages du Ciel.

« Enfant, j'avais des tabernacles,

« Où tout un peuple réuni

« Respirait Tair pur des miracles,

« Avant le miracle infini.

« Dans les délices de ton onde

« J'abreuvais le pâtre et le roi ;

« Et je balançais sur le monde

Page 1