NOUVEAU GETHSEM ANI. SM
« Les rayons de ma tête blonde, « Afin qu'il grandit avec moi.
« Et la sainte Vierge Marie, « Beau lys qui vers toi s'élançait, « Dans son amour, cbaste et fleurie, « Sur son cœur joyeux me berçait, « Sur son cœur, veillant solitaire, A En des flots d'extase perdu:
« Saphir tout TOilé de mystère, « Le plus pur autel sur la terre « Où je sois jamais descendu.
« Et quand la pécheresse femme « Lavait mes pieds, efle prenait « Bien plus de myrrhe et de cinname « Pour son cceur, qu'elle n'en donnait !
« Et des tombeaux s'ouvrait la pierre « Sous une larme de mes yeux ; n Et tu venais à ma prière, « Et mon plus humble sanctuaire « Avait la grandeur de tes deux.
« Et tu ne viens plus! ! ! Ta puissance
« S'est diangée en verge de fer.
« Seigneur, pourrai-je, en ton absence,
« Briser les tombes de l'enfer?
« Lorsqu'au Gédron nous t'appelâmes,
« Ton ange vint nous raviver;
« Penses-tu donc que, dans ces flammes,
« Le poids du cadavre des âmes
« Soit plus facile à soulever ?
a L'heure ne pas0e^, SéigneiQrlIaltf^ immense, « Sans jamais s'apaiser, «ans cesse lecommence; « Le roc a bu longtemps le sang que j'ai sué. « Comme on vit le soktl, au eri de Josué, « S'arrêter dans U ciel, la mait ardente «t iiotïe <( S'arrête, poBT iaiisser «'a<$hever ma victoire.
« L'heure ne passe pas... le calice est amer! ft Ma lèvre n'atteint {Ans le fond de cette m^; « Mais toi, mon juge, toi, tu la mesures toute ; « Ta balance d'airain la pèse goutte à goutte, « Ton regard la sillonne, et le vase écumant « Déborde de colère et s'épanche en tourment.
« L'heure ne passe pas «t gémit étemel
<t Sous le poids de tes pieds qui sont posés Sur elle.
« L'enfer en moi palpite, et je porte à mes flancs
« Sa ceinture d'angoisse et de siècles brûlants;
« Et dans ces mêmes flancs, déchirés crime à crime,
« OEil rémunérateur, tu viens scruter l'abîme.
« La douleur ma oouché sots Talgu^on vainqueur ;
« La douleur a creusé le tombeau de mon cœur;
« La douleur a trois fois fait, saœ» être lassée,
« Comme d'un monde «n deuil ie ti«r de ma pensée;
« Et jamais {dus de feux dévcnrants n'ont rem^i
« Le cratère où ton ^ gérmt enseveli.
a Toi-même «i tes comptas^. Père, tu t*en ef&aies !
« Le crime universel s'iscerptice à mes plaies.
« Oh ! mêmeim de^^ndant jusqu'^m fond du malheur,
« L'homme et Fange n'avaient qu'essayé la douleur.
« Ils n'avaient qu'effleoné ce soi oà je tvépasie,
N0UVB14J GETmSBBIANI. MS
« Ce long aeiilier saignant où ta joitke pitte; « Et trop laibUi8to«sdraKponvee combat géant, « Leurs maux partieipaient oieer de Itor néantl « Mais moi je pui» aonfârir et te pajrar ta dtne: « Tu n-afton &ê ^'afin d'avoir une Ti(Stime; if Qu'afin que tout s'expie ei tout so^ racheté, « Sans sortir de toi-même et de ta Trinité.
« Chaque souillure appdle un cbarbon^d^lnûe.
« Et tu ne dfiseends pas, et ma plainte trahie a S'arrête, et nidle étoik à mes vegards ne Mt. a L'éclair aeul de ton glaive a travorsé ma mît ! l ! « Je t'appdie, sans f oir nul messager descente! a Le Dieu se toumeen rain sur sa cooche de cendre. « Del'eaioeittteoànNmfnmtbattesroesgémisniBii, « Te^ anges de la mort eux^néaies »wt absents. « Grâce! grâce! li nn rayon de toi dais. la tempôl»! « L'ivresse destourments fiait chanceler ma lits, « Et comme un champ qui doit porter des sà^phins, a J'ensemence l'enfer de ces tourments dbins. « Oui, pour donner la vie, en tes fureurs j'expire ; ce A leur immensité cette heure peut suffire. « Oui, sur mon pôle &QDt> dans l'ombre ag<»isant, • « Chaque crime a sa larme et sa goutte de sang; « Et tu ne deftc^ids pas^ Seigneur; etta eolère^ « Sur ma bouche mourante éteint ton nom de père ; « Et de ta Trinité le Verbe est foudroyé ! !
« Jésus-Christ orphelin, de ton sein renvoyé, « Ne sait plus où poser sa tête anéantie ; « Les pierres de l'autel ont croulé sous l'hostie. » Et Christ gémit toujours, immobile, et couché Dans le suaire ardent à son eoi^s attaché.
Pour nourrir les deux mers de leur flot tributaire,
Sat CHANT X.
S^^andMOt des hauteurs qui dominent la t«ne L'Amazone, anadiant aux entrailles de For, De sou sahle enrichi l'étincelant trésor ; Les lacs, où le OHmt Blanc jette les avalanches Qui s'écroulçnt le long de ses épaules blandies; Le Nil où, pour peupler ses temples odieux, L'Egypte en ses filets allait prendre des dieux ; Et TEuphrate, miroir des vierges d'Arménie ; Et le Mélès donnant son doux nom au génie; Et le TilHre qui vit la Rome d'autrefois.
Que tant de Jupiters écrasaient de leur poids. Sous les souffles du Nord tomber comme un vieil arfore, En jetant dans les flots son Olympe de marbre. Tous ces fleuves, ces lacs, ces torrents, ces ruisseaux, Portent, de chute en diute, au sein des grandes eaux, Leurs flots roulants, puisés au berceau des nuages Et grossis en passant sous l'urne des orages. Ainsi tous les tourments que l'enfer peut sentir. Dans l'âme de Jésus sont venus s'engloutir.
Enfin l'ange chanta dans la haute demeure :
« L'agonie a passé pour toi sa première heure, « Cette heure si féconde en douloureux bienfaits, « Emportant dans son vol dix mille ans de forbits. »
Mais bientôt, réveillés de caverne en caverne.
Les péchés, se dressant, entr'ouvrent leur œil terne ;
NOUVEAU 6ETHSBMANI. 3S7
Leur cri fait retentir la noire profondeur
De chaque conscience où dormait leur hideor.
Ils viennent, s'élançant tels qu'une horrible armée,
Des bois, d^ lacs profonds, de la nue enflammée;
Portant au jugement toute leur pesanteur.
Pour balancer le poids du grand médiateur,
£t faire tournoyer, dans la nuit sépulcrale,
Leur ronde accusatrice aux accords de son râle.
Sur la sueur de sang, afin de Fef&cer,
Le sabbat déicide en hurlant veut passer.
Et, dévorant de feux la semence bénie.
Stériliser le sol où germe l'agonie.
Les uns, sur le rocher, rampent comme les nœuds
Qu'entrdace au désert le cactus vénéneux ;
D'autres, le front levé, ressemUent par leurs tailles
A ces tours que portait l'éléphant des batailles ;
D'autres, épouvantés de l'horreur qui les suit,
N'osent pas se montrer même à l'œil de la nuit.
Et se sont recouverts des voiles implacables
Que la justice attache au front des grands coupables.
D'autres, au pas oblique, au rire douloureux.
Ressemblent à l'enfant rachitique et fiévreux,
Qui, traînant sous le ciel sa précoce impuissance,
Donne un air de sépulcre à son adolescence.
Le péché de Judas les conduit. . , ( Tel le Juif
(Conduisait les bourreaux vers l'olivier plaintif. )
Et spectres fraternels, les m^ins entrelacées,
Semant, l'un des poisons et l'autre des pensées,
Ils viennent étaler, sous de jaunes flambeaux,
La tache de leur pourpre ou bien de leurs lambeaux;
Ils viennent, peuple à peuple, ils viennent, mondeàmonde;
Du Dieu, sans les blanchir, chaque pleur les inonde,
Et Jésos-CAirist flor «n M eiaw d*im«M Son odl de liiaitiif qn s^me à les compter .
Ainsi pkme lingtcaipfi la Manche jerae ffle, Quand, des ctiflMt InmaiBB Ma^^bémânle famSIe, La chaîne am dm aimeasi des noîis gs^ériens Passe au soLefl, de?aBt sea traita aériom.
Elle cberelie enBoieBl, dans Sis profondes trames, La grande âme de mal a pris toutes ces âmes; La grande âmt ds mal qui, pour Toiler nos yeux, Ouvrant sa triple ant ^und nous tombons des creux. Nous reçoit sur son sein, eonme «bo âusse amie, Et nous ânt de ma bras im bateau dimÊnnie.
Le crime apponntit f anr qm flotta aalowr d'evx, Il tnaspireaa tsareirt de lears haillons bideax; Le crime est asr leurs mains ; le ernsie à leur mage, En entrant daaB kar oœmr, fit aocmter son image, (Pommela foudre, aufrontd'onjeimehommeeosafleup, En le firappmt es mort fait monter la plâeur. La daine ItwifmiHante où le r^fard se pkmge, De meurtre CB mairtre au loin, vers le bagne s'allonge: Fangeuse cararane ou serpent sinu^ix, Dress^rt à cinqae éeaiâe un forfait mcmstroeux; Fleuve sonore, eotralaaiit chaque fioctm immonde Surpris par Tieil des lois dans Féeume du rnoxnàd f ! l Promis à Véduitmâ, tous ces élus du mal.
Des visions qu'enfante mi sommeil sépulcral, ÉpouvaîrteBt, la nvit, leur oreiller de pierre. Le rire atroee court soi» lemr fauve pmipvère, Et leur âme de plomb les courbe eneor plus bas, Qm le poids du b<mk!t qt^cm attache à le«rs pas. La jeune fiik piemre, à leurs yeux se dérobe,
NOUVEAlf «BXHSEMANI. Wm
Et, secouant Veois lois ks flis blwKS de sa wbt. Reprend set» d^x pestera, hMrnioAieuxeisnin, . Chaste ca&cert du cM résooiust éxas «ou fldn*
Mais éteruellemeiit dans le profond espace La chaîne des péchés, sous ton «il de lyni:, ^oflie, O Jésus ! ! ! et voilà qu'en leur cercle maMdit;, Une omhre lamentabie et eon&ise grandst, Comme un spectre évoqué de la chaudière impie, Que conjure en chantant la gnomide acc^upîe.
Le cercle des péchés ti^ssaiUe et s'est coui^.. . Comme un peuple pieux autour d'un roi tombé.
Leur foule l'enviroBne et forsie, adulatrice, Une cour funéraire à Tomhre tmpéra^ce.
L'ombre en devient ^us noire ; 0t tels que des eorbeiui Aux bras d^un arbre mort planté sur d«s tonbenix S'attachent... les péchés, libres dans leur rc^aume, Ont posé leur vol lourd sur les bras du fintôme; Se collent à son sein, à ses flancs ulcérés ; Par un horrible instinct toujours pto attirés. Semblent en lui se fondre, ^, pareils de natuDe, Du grand spectre ébauché compléter la structure. Pour s'unir à son cœur la haine a palpité.
Comme une chevelure, à sa tête ont flotté Les hydres dont l'envie ^n hurlant s'enfironne ; L'cHTgueil devient son front ou pend ui^ ccmroiÉfiiB. Sa lèvre se noircit du fiel des trahisons.
Le meurtre dans son sang passe et brôk ^t poisons. Tel qu'un disque d'airain qu'on forge sur l'oidunie. Son oeil dur et hagard de luxure s'allume.
L'adultère à son col, comme un carcan de f^, S'enlaœ, et Jésus-Christ reçonnait Lucifer!
L'archange Lucifer si longtemps infidèle, Qui, traînant ses liais, cache sous sa grande aile Ses membres de péchés et le bandeau flottant R^oué, malgré lui, sur son front repentant; L'archange Lucifo, comme une herbe fauchée, Arrachant les aspics de sa tête penchée.
Et qui s'efforce en vain de change dans ses flancs La forme de son cœur entre ses doigts sanglants.
« Christ ! de quelle nuit comme moi tu te voiles !
« Qu'as-tu fait, Dieu sauveur, de ta gloire d'étoiles?
« De ton beau vétem^t d'hyacinthe et de lys,
« Illuminant le jour aux feux de ses longs pb's ?
« Pourquoi viens-tu, les yeux si chargés de nuages,
« A ce cratère éteint rendre d'autres orages?
« Où sont tes chérubins fidèles, et pourquoi
« IVe vois-je pas leur glaive entre mon crime et toi?
« O Christ! oh ! que je puisse abaisser dans la poudre
« Ce front où brûle encor la place de ta foudre
« A travers les remords dont il s'est couronné...
« Durant la longue nuit de pleurs, où prosterné
« Sous les sept oliviers, dont le tronc solitaire
« Égala sa vieillesse à l'âge de la terre,
« Tu ressentis au cœur, de péchés en péchés,
« Tous les tourments du monde en prière épanchés;
« Durant cette nuit sainte, un ange au vol de flamme,
« Sur ton Père invoqué vint appuyer ton âme,
« Et, pour quelques instants, à ton humanité
« Rendre sa part de force et de divinité.
« Aujourd'hui, quel silice autour de ton supplice! ! !
« Nul ange, en l'apportant, n'adoucit le calice.
« Aujourd'hui, c'est Satan qui vient, ô Rédempteur!
NOUVEAU 6BTHSBM ANI. 3il
« Juge de Tabandon par le consolateur! ! !
« Et puisque ta prière, au fond de cette tombe,
« Comme un aigle blessé loin du Seigneur retombe
« Avant d'avoir franchi le gouffre spacieux ,
« Juge de la distance où nous sommes des cieux !
« Oh ! pourras-tu dans l'ombre, où ta charité brille,
« Des premiers-nés du mal te faire une famille,
a Et de notre calvaire atteindre les sommets?
a Dans ton cœur de martyr, oh ! pourras-tu jamais ,
« Soulevant les tourments dont j'ai forgé la chaîne,
* Prendre, pour ton amour, ma mesure de haine?
« Pourras-tu, Dieu clément, forcer ta charité
« A changer l'avenir de notre éternité?
« De tes flancs de Sauveur rouvrir la cicatrice ;
« Et, portant jusqu'à nous ton œuvre expiatrice,
« Dans les rouges sillons de tes mourantes chairs
« Trouver assez de sang pour laver les enfers?...
« Fuis, le gouffre est trop grand pour que tu le remplisses!
« Satan a déposé le sceptre des supplices ;
« Mais dans les profondeurs des lieux où nous souffrons,
« La couronne du mal pèse sur tous les fronts.
« Va, je connais mes fils par leur nom d'anathème,
« Et ma main des forfaits leur versa le baptême ;
« Je les vois tous passer en remords sous mes yeux ;
« Nul n'est encor marqué d'un signe pour les cieux,
« Et du vin des fureurs nul encore ne sèvre
« L'intarissable soif de sa fumante lèvre ;
« Et nul n'a dépouillé son vêtement d'orgueil,
« Et de son Dieu perdu nul ne porte le deuil.
« Cesse d'interroger, descendu de ta gloire,
n Ce qu'il tient de blasphème au fond de leur mémoire!
« Fuis, tu succomberais... La mer d'iniquité,
Hi CflAKT X.
« Dâwrdant ta prière et ta dimité,
« Viendrak en sobinerger la sainte ignominie;
« Sa vague emporterait tes siècles d'agonie.
« Par ton nom, par les pleurs dont je souille tes pas,
« Fuis loin de mes remords, mais ne les éteins pas !
« Fuis, mais regarde-moi du r^ard qui c(msole
« Et de nos r^>entirs nous fait une auréole.
« Que je sente briller au fond de mes douleurs
« Le rayon de Tamour, ranimé sous tes pleurs ;
« Ce beau rayon perdu de ma gloire première
« Dont tes anges au cœur ont gardé la lumière :
« Qu'il descende du haut de ta rédemption;
« Qu'il soit dans mon enfer un flambeau de Sîon;
« Qu'il soit une pnère en mon sein déposée,
« Sur mes lèvres de feu pure et fraîche rosée.
« Un regard, un r^ard, ô Christ! !... » Et le maudit ^
Baisant le sol qui tremble à chaque mot qu'il dît,
Se traînait en rampant sur son aile ployée.
De son œil immortel l'orbite foudroyée
Laissait rouler des pleurs qui s'épanchaient amers.
Tels que des flots venus de l'abîme des mers,
Et, tombant sur la lave encor mal refroidie,
Fumaient ainsi que l'eau qu'on jette à l'incendie.
Lorsqu'aux pieds de Jésus sa douleur gémissait,
D'un seul de ses sanglots tout l'enfer s'emplissait.
Le remords sur son front, depuis son autre guerre.
Avait joint ses sillons aux sillons du tonnerre :
On s'étonnait que, roi de ces gouffres de feu,
Il eût été vaincu par un autre que Dieu ;
Et formidable encor, son aile ténébreuse.
Balayait des enfers la poudre sulfureuse.
NOUVEAU GETH8BMANI. 34»
Alors Jésus, d'un ml UM JmWuU de pardon^ £t soulevant le poids des beures d'âbaadoa, Le regarde, et du ciel d<mt il pleurait Tabsence, ( Tant ce regard au cœur peut verser d'iAuocence) Satan croit, dans sa nuit, respirer Tair natal. Remontant à genoux Téternité du mal, Il croit, enveloppé de leurs splendeurs noufidles, Secouer dans Féther la cendre de ses ail^s^ Et s'élancer d'un vol, de soleil en soleil, Jusqu'au matin fleuri de son premier réveil.
Enfin l'ange chanta, dans la hautedemeure :
« L'agonie a passé pour toi sa deuxième heure ; « Cette heure si féconde en douloureux bienfaits, « Emportant dans son vol dix mille ans de forfaits. »
Mère du Fils sauveur, et biai plus mère qu'Eve, La Vierge immaculée en tous ses f^urs se lève. Plus triste que Rach^ lorsque dans les replis Du suaire, ses mains enveloppaient ses fUs.
Mère du Fils sauveur, et bien plus mère qu'Eve, La Vierge immaculée en tous ses (Heurs se lève ; Et près d'elle se tient, sous ses six ailes d'or, Du silence de Dieu Gabriel pâle encor.
Mère du Fils sauveur, et bien plus mère qu'Eve, La Vierge immaculée en tous ses pleurs se lève :
Sa robe de lumière a pâli sur son sdn;
Le soleil de ses pieds a pris son deuil divin ;
Et sur son front penchés, les douze anges de flamme
Conforment leur étoile aux pensers de son âme.
Silence! ! ! La voilà, la mère du seul fils.
Du seul enfant de Dieu qui manque au Paradis.
Silence ! ! ! La voilà, l'inconsolable reine.
Tous les saints, à genoux, ont adoré sa peine,
Et baisé sur ses pas ses voiles épanchés.
Et dans leurs longs plis blancs les miracles cachés.
Voyez comme en son cœur sa douleur se retire.
Sous son pur manteau bleu de reine et de martyre.
Grandissez pour la voir, arbres du firmament!
Et rouvrez sous ses yeux vos fleurs de diamant,
Afin de recueillir, s'il se peut, pour ondée.
Le flot des chastes pleurs dont elle est inondée.
Regardez, regardez, ô femmes de Sion !
Et redoublez après de lamentation.
Ses deux bras maternels, croisés sur sa poitrine.
Enfoncent dans son coeur la couronne d'épine.
Seul gage de son Fils à sa douleur resté,
Dont chaque fleuron porte un monde racheté;
Trésor de nos autels, trésor dont la lumière
Entoura de rayons l'espérance en prière ;
Touché par nos remords, baisé par nos douleurs,
Sous le pardon du Père et sous un ciel de pleurs.
Don sacré ! travaillé de grâces et d'oracles.
Et durant six mille ans tout usé de miracles! ! !
Or, sous ce cher fardeau, Marie, avec douceur, A sainte Madeleine a dit : ~ Venez ma sœur. —
NOUVEAU 6BTHSEMANI. 845
Elle a penché son front sur la divine amante,
Presque autant que Marie en ses remords aimante.
Et le ciel de gémir et de crier sept fois :
« Laissez, laissez passer la mère de la croix,
« Qui porte sur son deuil, sur ses traits adorables,
« Toute la majesté des pleurs immesurables,
« Et vient, quand dans nos yeux la frayeur les tarit,
« Au pied du jugement prier pour Jésus-Christ. »
Elle avance à pas l^ts sous le profond nuage;
La blancheur de ses mains illumine l'orage.
Et la terrible nuit qui, flottante, a jeté
Autour de Jéhova trois cieux d'obscurité.
Elle avance, elle avance, et les trois rangs funèbres
Des anges de la mort entr'ouvrent leurs ténèbres,
Et la foudre se range au saint des saints en feu.
Pour laisser s'approcher la mère de son Dieu.
« Seigneur, en Bethléem, notre ville chérie,
« L'enfant-dieu voulut naître et naître de Marie ;
« Voulut que l'Orient à genoux l'encensât,
« Mais surtout qu'une femme en ses chants le berçât ;
« Que pour le révéler brillât la sainte étoile,
« Mais surtout qu'une femme en pleurs, sous sonlong voile
« L'emportât au désert pour accomplir la loi,
« Et défendre l'enfant contre l'édit du roi.
« J'implore, en ce moment, votre grâce vivante
« Qui me fit de Jésus la mère et la servante.
« Oh! Seigneur! ! ! par ce sein virginal, assez fort
« Pour enfanter neuf mois le Sauveur et la mort;
« Par ce sein transpercé de la lance brûlante ;
« Ces pieds qui l'ont suivi sur la route sanglante ,
« Aux rocs de Golgotha comme les siens blessés ;
Mê €HANT X.
« Ces yeux qui sous sa croix ne se sont pas baissés ; « Par toutes mes douleurs, et par le grand miracle « Qaï de mon cœur de mère a fait son tabernacle^ <i Vers notre unique enfant, expirant loin de nous, « Laissez Marie encor redescendre à genoux, « Et lui porter encor, quand sa voix les réclame, « Les soins qu'avec respect l'ange cède à la femme. « Ces soins, qui sont à moi, peut-on me les ravir? « Mes mains ont eu déjà l'honneur de le servir. « Il les baisa souvent, et même, par sa grâce, <« Toujours de ces baisers elles gardent la trace, « J'essuierai doucement la sueur de son front, « A rbeure de la croix mes bras le soutiendront. « Oh ! laisse-moi descendre aux ombres étemelles « Par les mille degrés des douleurs materndles! ! ! « Déchirer mes genoux aux échelons de fer, « Et consoler celui qui console l'enfer.
« Que de ton jugement les arrêts sont sévères! « Que ta large nuée enferme de calvaires !
« Tu comptas les soleils, mais pourrasrtu compter « Les mondes de tourments que tu viens d'enfanter? « Jamais nuit sur ton front ne fut plus ténébreuse!... « Quand l'ange, me nommant du nom de bienheureuse, « Vint m'annoncer im fils, ô juge redouté!
« A quel prix donnais-tu cette maternité ?
« A quel prix. Dieu terrible ! et pouvais-je donc croire « Que mes pleurs suffiraient à noyer tant de gloire \ « Et que mon sein un jour brûlerait, dans le ciel, « La fleur qu'en s'inclinant vint m'offrir Gabriel ?
« Et toi, Jésus mon fils, au moins souffrons ensemble, « Puisque le monde a dit : — La mère au fils ressemble. •—
NOUVEAU aCTflSGMANI. 3tT
« Mes auteîs sur la terre étaient tous prèsf de toi; A Dans l'abîme, à présent, il en faut un pour moi, « Et triomphe ou martyre, autel ou croix, n'importe, a Qu'on prenne ayec le lys la tige qui le porte ! « S'il fallait, ô Jésus! qu'on t'entendtt deux fois « Dire : — Buvez, ma mère, au calice où je bois ? — « Pourquoi dans ton beau ciel, sous tes haleines pures, « Cicatriser le flanc qui portait sept Messures ? « Et pourquoi n'as-tu pas, dans ce sein tout meurtri , « De ton premier Calvaire éternisé le cri?
« Pourquoi, n'habituant aux suprêmes délkes, « Mettre le paradis entre mes deux supplices?... « Et je suis loin de toi, mon enfant... AujourdTiui « La mère do Sauveur ne peut i^us rien pour lui, « Et ma prière monte avec ton agonie « Jusques aux pieds vengeurs du IMeu qui la renie. « La voix de tes douleurs redouble, et par moments « Éteint l'hymne éternel sous ses gémissements, « Et Dieu n'écarte pas le fer dont il me blesse; « Dieu ne m'exauce pas et dans le ciel me laisse ! « Loin du Fils, loin du Fils en son amour trompé ; « Et sans revoir sa mère ainsi qu'Abel frappé! F ! »
reine des cieux ! Vierge aux sept douleurs mort^es !
La prière a ployé ses ailes fraternelles
Sur ton coeur, et tu sens pour la première fois
De son vol retombé quel peut être le poids.
Miracle unique! ! ! Dieu rejeta tes alarmes :
Il permit seulement que l'une de tes larmes,
Pleine de cet amour qu'elle prit dans ton sdn,
Pût tomber aux enfers du fond du lieu très-saint.
Cette larme où Marie avait mis sa tendresse,
Où d'un cœur désolé s^épanchait la détresse,
Emportant dans son vol les mystiques odeurs,
Traversa les soleils où chantaient les ardeurs.
Et la voyant passer, les trônes, les louanges.
Et les petits enfants, frères ailés des anges.
Répétèrent en chœur : — Garde ton doux trésor.
Comme nous l'encens pur, au fond des vases d'or. —
Et la voyant passer, les princes séraphiques
Lui chantèrent, voilés, des hymnes magnifiques ;
Et les vierges de Dieu lui dirent à genoux :
— A?ec toi, chaste pleur, pour son désert prends-nous.
Mais l'ineffable pleur passa plus triste encor, ,
Et d'étoile en étoile, et d'aurore en aurore,
Et d*élus en élus, jusques à Sémida,
Qui la baisa tremblante, et dans son coeur l'aida
Pour achever sa route, en disant : « Sois bénie ! ! !
« Larme à qui Dieu donna cette grâce infinie,
« D'aller porter au Fils, à son oeuvre attaché,
« Tout l'amour de Marie en tes parfums caché.
« Diamant virginal, perle mystérieuse,
« Plus que de tes blancheurs de ton deuil glorieuse !
« Va, pour nous et pour lui, combattre Idaméel.
« Va sur le front de Christ trouver ton autre ciel.
« Allume tes rayons dans ses froides ténèbres,
« Brille, soleil vivant, aux horizons funèbres.
« Va porter, chaste pleur, au sein des feux maudits,
ti Le dictame d'amour venu du Paradis.
« Si tu n'aperçois plus, de nuages voilée,
« Les lointaines splendeurs de la sphère étoilée,
NOUVEAU 6ETHSEMANI. 349
« Près du dernier pécheur c'est qu'al<»rs tu seras; « Et s'il veut t'arréter, larme, tu passeras; « Et si pour te brâler s'ouvrent ses yeux de flamme, « Tu lui diras m<m nom, mon nom d'ange et de femme. « Tu diras qu'à présent, qu'on soit prophète ou roi, « Le ciel est un degré pour monter jusqu'à moi , « Et que j'ai pris mon vol, rêvant sa délivrance, « Pour tendre de plus haut ma main à l'espérance. » Et le pleur rayonnant tomba, tomba vainqueur. Et ne raleûtit pas son vol jusques au coeur Du Fils, qui reconnut à sa douceur divine Le baume maternel de la sainte colline.
Mais le diarme fut court. Sous l'aiguillon brûlant, Ainsi que sous le fer palpite un agneau blanc, Christ se débat en vain... la coupe est plus amère. Les feux ont dévoré la larme de sa mère !
Il est seul... mais toujours il entend retentir Les sanglots de Satan sous ses pieds de martyr. « Consolateur plus triste encor que la victime! « O Lucifer! dit-il, dont chaque cri sublime « A d'échos en échos réveillé tous mes morts ! ^ « Gabriel eut des chants moins beaux que tes remords , « Quand pour me consoler le Seigneur vint l'élire. « Nulle corde d'amour ne manquait à sa lyre « Cependant, et son firont brillait, loin des élus, « Des célestes soleils que ta tête n'a plus.
« Espère, il s'accomplit, dans Forage où nous sommes, « Ce salut imparfait commencé chez les hommes; « Ce salut imparfait que pourtant Jéhova
m» GHAirr x
<c Sous son aile de feu qoatre mille ans éoit^ ;
« Il s'accomplit pour toi, pour toiles tes plafengeâ,
« Et pour €66 fils d'Adam qui manquent (^lezlei anges,
« EfidaTes qu'en mourant je n'ai pu délier :
A Laissant à mon banquet des piaces par miâto,
« Parce qu'ils n'ayaient pas dtmné la sainte obole,
« Ou de l'enfant prodigue aimé la parabole.
« MesârèMB^ je reviens! ! ! me reeonnsdsser-vov^
« Comme Tbomas l'apôtre, à la marque des chms ?
« J'ai fui pour vous la myrrhe eUes^tnmpsd'aqftbodèie.
» Fragile hi«aamté si peu de temps fidèle !
« FragUe humamté! bel arhre qui gran^
« Si peu de temps au sol du jeune Paradis I
« Arbre glorifié, mais dont les hautes branches,
« Entr'ou vrant pour le ciel leurs lys, leurs roses blanches,
« Ont pomsé vers l'enfer des rameaux desséches,
« Par l'oun^an du mal de leur tige arradiés ;
« Et qui n'ont {m renaître en la pure atmosphère
« Sous les vents printaniers qui soufOai^t au Calvaire !
« Lamentables rameaux, feuillages vénéneux,
« Qui, dans le même champ des rameaux lumineux^
a Au soleil de l'amour ont gardé leur froidure ;
« Les pleurs de Christ n'ont pas ranimé leur verdure,
« Et je les ai vus tous, au lieu de refleurhr,
ft Sous mon ssmg rédempteur achever de mourir ;
« Et je les ai vus tous, dans l'heure sotemâle,
« Montrer leur fruit impur à la nuit étemelle;
« Et chaque feuille souàre, et brûle, et porte ici
« Une goutte de sang, comme elle morte aussi ;
<i Mixte pour le salut divin, mais qui rallume
« Au^ cœurs des réprouvés le feu qui les conâame.
<( Et ce sang est le mien, ce sang, payé si cber 1
NOUVEAU 61BTHSEMANI. M
« CoBUne tme âotieseiitenoe est tombé et ma chair. '
« Il est tûmbé sur eux, terrible, intarissable,
« £t riai n'en peut laver la pourpre ineffaçable ;
« Stygmatede vmgeanœ et eaehet de douleurs
« Qui scelle dans leurs yeux Tétemité des pleurs ;
« Grand fleuve, descendu de mon bandeau d*^iiies,
« Roulant à flots pressa les.colères divines; . . . ■ .
« Déluge de la croix d'anathèmes chargé ;
« Rouge Océan qpi couvre un monde naufragé!...
« Non, je viens le rq)rmdre aux douleurs de ee moiktel
« Je plongerai ma main dans chaque plaie immoade.
« Je viens. Seigneur, je viens reconquérir ce saag
« Égaré dans sa route et qui manque à mon flâne ;
<' Et qui remontera jusqu'à toi, Dieu sévère!
« Et qui doit de ton Christ compléter le Calvaire.
<t Je viens le conquérir sur ces fite du trépas ;
« A sa sombre lueur je suivrai tous leurs pas ;
« Embrassant leurs tourments, penché près de leur couche,
« J'aspirerai longtemps sur leur ardente bouche,
« Victime défaillante et sauveur tour à tour,
a Ce formidable sang qu'ils ont bu sans amour.
« Et puis j'en verserai la coupe deux fofe pleine,
« Comme les doux parfums de sainte Maddeine,
« Sur tes pieds, Sémida, sur tes pieds glorieux ,
« Et ce sang ravivé, ruisseau mystérieux,
« Abreuvera de paix, de joie et d'innocence,
a Du mystique printemps la riche efltorescenoe.
» Le lys d'Eucharistie en des flots de fraicheur •
« De^soB pur vêtement baign^a la blancheur*
it Dans la grande moisson plus de tiges brisées :
« Et ces gouttes de sang, ineffables rosées,
« Tc^^afses de splendeur, perles et diamants,
« Chastes saphirs sortis du creasetMes t(raniieiits« « Luiront au front des saints que ton cid environne, « Pour doid>lfr les rayons de leur belle courmine, « Pour qu'il ne manque pas un épi de Sion « Dans le champ qui succède à la création. »
Ainsi priait Jésus, ce Dieu de la [Nnère.
Sur son lit de travail, déÊiillante, une mère Pare, en espoir, Tenfont des plus suaves fleurs. Et sa moisscm de joie est faite sons ses pleurs : Telle de Christ mourant l'âme, un instant ravie. Souriait, du sépulcre, à son oeuvre de vie ; Et comme un groupe élu de cygnes radieux, Lui chantant dans Forage un chant mélodieux, A Tentour de sa croix, un instant balancées, Voltigeai^t sur ses maux ses aimantes pensées.
Oui, tu croyais déjà, d'espérance enivré , Lier la sombre geri)e à ton faisceau doré , Oh! Christ! quand tout à coup, de leurs tombes vivantes, Dans le septième enfer reines des épouvantes. Montent jusques à toi des formes, dont les noms Ne sont pas prononcés même par les démons.
Jamais, quand d'un enfant il vient boire l'haleine, Smarra, gnome bleuâtre aux ailes de phalène, N'enfonça plus avant l'épine des frayeurs Qu'il cueille aux champs glacés des pâles fossoyeurs. Elles ont sous leur vol courbé ton front d^athlète. Tordu ta chevelure en leurs doigts de squelette. Et le sphinx, imprimant sous ses griffes de fer ' Les blasphèmes du doute aux murs noirs de l'enfinr.
NOUVEAU GETHSEMANI. 353
T^ grand sphinx qui les suit te jette en ton cratère De son bel œil de femme un regard de panthère. Dans son sourire froid nage un poison moqueur, Tuant l'enthousiasme à chaque élan du cœur ; Et qui, glaçant l'amour à sa source infinie, Fait à ton sacrifice un cercueil d'ironie.
Oh ! lamentable Christ, tu ne crois plus en toi ; Ta dernière agonie est de manquer de foi ! ! ! Sous le regard du sphinx, fascinateur prestige, Le doute ivre et tournant prend le vol du vertige ; Et de Tablme aux cieux flotte le Dieu mourant, Comme un condor aveugle ou comme un spectre errant. Plus de monde à sauver, plus d'autel qui t'encense ; Ta main cherche la plaie où saigne ta puissance : Tu crois qu'elle est tarie et morte à ton côté, Qu'en son premier tombeau tout le Christ est resté ; Que, voyant s'écrouler ta majesté sujette, De l'infini fermé le temple te rejette; Que ton père et ta mère, au chevet du néant.
Viennent de s'endormir ; et qu'en son sein béant L'éternité n'a plus que l'effrayant problème De son grand sphinx vainqueur se reniant soi-même! Et lui voit son triomphe, et sur toi s'allongeant SoufHe tous ses venins à ton rêve changeant : Femme, d'impurs baisers il brûle ta figure ; n engloutit le Dieu dans l'immense envergure De ses quatre ailes d'aigle, et, lion souverain, Fait haleter tes flancs sous sa croupe d'airain.
Ainsi, dans ses poisons tout le jour assoupie. L'araignée aux bras noirs des bords de la Gambie Entend un rossignol sur l'ébénier en fleur,
Qui du fleuve aMcam boit la tiède fraldieur; Pour se gonfler de sang durant la nuit sereine, Monstrueuse, elle fuit sa prison souterraine. Et par d'obscurs sentiers vient à l'arbre chanteur, Comme un spectre voilé sur les pas du bonheur. Et cependant l'oiseau, palpitante merveille.
Chante, et des saintes nuits le temple se réveille; Et des brillants accords la chaîne de cristal Suspend l'âme rêveuse au firmament natal.
Furtif, sans agiter, comme un chasseur habile. Du grand arbre attentif le feuillage immobile. L'insecte imnM)nde et noir, et toujours attiré. De rameaux en rameaux monte plus altéré.
Et le rossignol jette aux rives parfumées L'essaim resplendissant des notes rallumées.
Ou le son fugitif, clair, immatériel, Filant dans l'h^^mne pur comme une étoile au ciel; Souffle plein des secrets de la fleur solitaire ; Ame qui vient chanter son bonheur sur la terre; Parfum vibrant, tombé du céleste encensoir.
Pour enseigner l'extase aux poètes du soir ; Écho vierge et rêveur de la lyre bénie ; Onde sonore où flotte un monde d'harmonie ; Cantique tout-puissant, vive exclamation,
Hosanna solennel de la création ! ! !
Oh ! comme ont tressailli les lys bleus de la rive ! ! I L'insecte immonde et noir monte encore... il arrive; Et le même rameau qui les porte tous deux N'avertit pas l'oiseau de l'étranger hideux.
NOUVEAU GETHSEMANI. 355
F/Coutez, écoutez... Thymne est plus doux encore ; Le luth où vit son cœur en amour s'évapore ; II s'alanguit d'amour sous la coupe des bois ; L'amour vient enflammer les perles de sa voix, £t d'un chaut plus ému bercer son lit de mousse, Tandis que passe au ciel la lune aimante et douce. Écoutez ... Mais déjà les longs bras venimeux Sur son aile amoureuse ont jeté tous leurs nœuds ; Il ne peut échapper à l'étreinte subite, Au tombeau des poisons où sa frayeur palpite. L'ennemi monstrueux qui l'étouffé et le mord, Lentement, sur son cœur, s'abreuve de sa mort; Chaque goutte de sang affaiblit l'harmonie Qu'exhale en longs soupirs sa plaintive agonie, Et rougit, en tombant, les lianes de fleurs Où flotte le berceau de sa couvée en pleurs; Et le vent du soir pleure, et, de pitié saisie, La jleur a refermé sa coupe d'ambroisie ; Et la lune, attentive aux adieux gémissants.
Retire à l'arbre en deuil ses baisers pâlissants.
Enfin l'ange chanta, dans la haute demeure :
« L'agonie a passé pour toi sa troisième heure, « Cette heure si féconde en douloureux bienfaits, « Emportant dans son vol dix mille ans de forfaits. »
Cependant en tumulte, au cri du Souverain, Venait de s'assembler Finfernal sanhédrin.
Lorsqu'un brandon sauvage est tombé dans les herbes,
Renaissantes moissons des savanes superbes.
L'incendie, hydre immense, hydre aux replis rampants,
Emprisonne, en ses feux, la ftiite des serpents :
Avec des sifflements quelquefois il se dresse ;
Dans ses grands nœuds de flamme étouffe la tigresse ;
S'allume au cou soyeux du buffle noir qui fuit:
La torche mugissante épouvante la nuit.
11 va saisir en l'air, bondissante famille.
Les jaguars tachetés dont la robe pétille;
11 parsème le ciel de blafardes rougeurs,
D'où les vautours, pareils à des oiseaux plongeurs,
Viennent sonder, cherchant une mourante proie,
Cette ondoyante mer dont la vague flamboie.
Tout brûle, et l'incendie aux changeantes couleurs,
S'abreuve de rosée au calice des fleurs;
Et les hauts cèdres blancs, les baobads difformes.
La pyramide en feu des dragonniers énormes.
Flambantes majestés de ces fumants déserts, Vont tarir le nua^e à la cime des airs.
Tels, les princes maudits dans les brûlantes salles, Lèvent, géants de feu, leurs têtes colossales. Les uns viennent gravir, fiers d'un titre imposteur. Un trône dont leur crime a donné la hauteur; Et trouvant leur grandeur dans leur supplice même. Montent avec orgueil à leur rang d'anatbème.
D'autres se sont assis sous les lâches drapeaux Dont une trahison leur conquit les lambeaux ; Des perfides couleurs ils cachent leur supplice. L'infamie à leur front tient lieu de cicatrice. D'autres, prêtres menteurs, s'amoncellent, placés Sur de fumants débris de temples renversés.
Et tous ces chefs hurlants, féodale anarchie. Pour être les premiers de leur hiérarchie, Se grandissent , jaloux de tout forfait rival. Dans l'inégalité de Tempire du mal.
Et cependant chacun en frémissant se range Sous l'homme couronné qui détrôna l'archange.
Au milieu d'un lac rouge et de feux éeumant , On lui jeta , pour trône, un mont de diamant Porté par douze rois de l'enfer, qui sur terre Avaient caché le meurtre en leur pourpre adultère. Leur diadème d'or, de pointes hérissé.
S'enfonce dans leur front, d'un poids plus lourd pressé, Quand le maître, écrasant les gémissantes arches, Pose son pied de fer sur les trois mille marches. C'est lui ; dans sa hauteur il se dresse puissant.
LE CALVAIRE DANS LES ENFERS. hf
Des douze fronts de roi douze fleuves de sang Commencent à couler le long des flancs immondes, £t du rouge océan rafraîchissent les ondes.
Ainsi Napoléon ébranlait de son poids Son trône, que portaient aussi des fronts de rois : Humbles rois, à ses pieds, pâles du rang suprême, Dont ses durs éperons rayaient le diadème, Et qui , tous prostwnés sous le fardeau géant , Gardaient , avec terreur, leur niveau de néant ! I !
Mais sur le sanhédrin qui s'agite et bouillonne,
Soudain,d'un volbruyant, le grand sphynx tourbillonne^
Et vient s'abattre au bord de ce lac rougissant,
Dont ses quatre ailes d'aigle ont fait jaillir le sang.
« Écoute, Idaméel, dit le triple fantôme ;
« J'ai fait, trois fois sept fois, le tour de ton royaume
« Pour rencontrer ce Christ que vous déifiez.
« Quelques sentiers gardaient la trace de ses pieds,
« Mais les miens y laissaient une empreinte plus forte.
« Où donc est-il ?— plusloin, — médisait te mer Morte.
« Où donc est-il ? — plus loin , — disaient les murs de Bel ,
« Et Sodome, et Gomohrre, et la tour de Babel.
« — Plus haut, — disaient les monts tremblant à mes approches,
« Dont mes ongles d'airain déracinaient les roches.
« — Cherche encor , — mejdisaient les volcans qu'éteignait
« La sueur de lion dont le flot me baignait.
« — Cherche encor,— répétaient les neuf dntres de flamme
« Dont l'édat pâlissait sous mes deux yeux de femme.
« Enfin je le découvre; et pour premier affront,
« Mes pieds ont remué la cendre de son front.
« Mes flancs triomphateurs ont brisé sa poitrine ;
« Pour mesurer le Dieu , j'ai foulé sa ruine !
36a CHANT XL
« Si devant ses pareils on fléchit les genoux ,
« Combien faut-il de Dieux, pour combattre un de nous!
« Comme une feuille errante arrachée à sa tige,
« Je rai livré mourant au spectre du vertige ;
« Et je l'ai dépouillé de ce masque trompeur,
« De ce titre inventé pour absoudre la peur.
« Non, il n'est plus de Christ, plus de Dieu ; j'en atteste
« Ceux qui vinrent creuser son sépulcre céleste.
« Dans l'abîme conquis à ton ambition ,
« Pourquoi jeter toujours ces rêves de Sion ,
« Idaméel ? pourquoi suspendre sur nos têtes
« Ce Dieu dont l'ombre immense obscurcirait nos fêtes?
« L'espace délivré ne renferme que nous.
« Secouons le fardeau du fantôme jaloux ,
« Et que, grandi d'orgueil , tout l'enfer s'abandonne
« Aux voluptés du mal que l'éternité donne. »
Alors tous : — Plus de Ciel, plus de Christ, plus de Dieu Ils se sont élancés de leurs stalles de feu , Traînant de leur supplice un lambeau pour parure. La rumeur passe et court de torture en torture ; Et dans leur folle joie apparaît leur douleur, Crocodile endormi dans la savane en fleur.
Partout vole et s'étend l'athéisme farouche, Monstre à l'aile inégale, au iront bas, à l'œil loudie. Le seul que dans ses flancs l'enfer n'ait point produit! Monstre né du chaos amoureux de la nuit.
Et les douze grands rois, saignant sous leur couronne , Que de ses flots pesants le lac rouge environne, Ébranlent sur leur tête, en reniant le ciel , Le mont de diamant qui porte Idaméel.
Il frémit, et son pied bat le mont qui chancelle : Un flot de sang plus noir du front des rois ruisselle. Son geste impérial, puissant, démesuré, S'étend sur ses sujets ; son regard acéré • S'enfonce au coeur du sphinx ainsi qu'un fer de lance, Et son cri foudroyant ramène le silence ; Comme un bruyant orage en frireur déchaîné, Par un coup de tonnerre est souvent terminé.
Quand la France en travail, et croyant grandir l'homme. Se déchirait les flancs pour accoucher de Rome, Ou venait, en champ clos, sous ses drapeaux flottants, Jeter son gant de fer au spectre des vieux temps ; Quand les pouvoirs tombaient, pour laisser la parole Monter impératrice au nouveau capitole.
Et que son sceptre lourd, sur les peuples courbé, Pesait plus à lui seul que tous les rois tombés ; Au moderne Forum , quand des voix plébéiennes Venaient entre-choquer leurs frireurs citoyennes ; Quand Septembre de loin montrait ses deux bras nus, Mirabeau dominait tous ces dieux parvenus.
Son soufQe d'orateur emportait les couronnes; Du poids de la tribune il écrasait les trônes ! Retentissante encor de son long cri plaintif, La Bastille croulait sous son ancien captif.
Lion démuselé, de sa tête arrogante Sa fureur hérissait la crinière éloquente.
Sur l'orageux troupeau son ongle s'appuyait.
La foule palpitait muette... On le voyait Heurtant tous les pouvoirs, démolis pierre à pierre, Blesser du même bond Louis et Robespierre.
Masque cydopéen de ce multiple acteur,
96« GHAKT XI.
Sa laideor formidable ajoute à sa hauteur.
Comme son fipont rayé de coutures profondes, Du soc de sa parole il labourait deux mondés. Pensif, i^ gravissait sans nul chemin frayé, Dès jeunes libertés le mont si foudroyé I Et pour une moisson haute de cent coudées, Semait , sous leur rolcan , le grain de ses idées. Et d^à , d'une main faite à ces durs travail , De quinze siècles morts déracinant les os, Élai^ssait de l'autre, an bruit de sa viictoire, L'orbite incalculée où vient tourner l'histoire. La révoluti<m , sur son char triomphant , Mère soumise encore à ce terrible enfant, Pour en feire jaillir un lait puissant comme e9e, Avec des cris d'amour lui livrait sa marnée.
Son œil du siècle en marche illuminait l'élan. Joignant, pour les lancer contre un monde croulant , Le roc de la colère aux dards de l'hronie.
L'avenir, comme un temple, habitait son génie ; Et de ce Dieu tonnant reconnaissant les lots, Se suspendait lui-même aux foudres de sa voix.
Ainsi d'Idaméel la voix puissante tonne.
Plus vite qu'un rameau sous l'ouragan d'automne. L'enfer s'est incliné : « Chefs, princes, rois du mal , « Vous osez nier Dieu devant son seul rival ! « Vous osez nier Dieu , regardez où vous êtes : « A travers l'infini son pied meurtrit vos tétés. « Le chaos ne peut rien pour amortir ses coups, « Il faut mon diadème entre sa foudre et vous. « J'ai reconnu son fils ; il viwit , royal otage, « De son nom , parmi nous, égarer l'hârîtagé.
LE GALVAiaE DANS LES ENFERS. 353
« Qu'on bandeau de tourments couronne son amour,
« Et de son âront de Dieu neuf fois fasse le tour !
« Cessez d'humilié mes victoires prochaines
« £n ral>aissant son sceptre au niveau de vos chaines :
« La chaîne de Satan à peine suffira
« A serrer, sur ses flancs, le noeud qui Tétreindra !
a Carc'estleCbrist, vou^dis-je.,. Anne,Philon, Ca'^>he,
« Du temple aux sept flambeaux toi ténébreux pontife,
« Relisez sa sentence, et puis allez tous trois
« D'un rocher des enfers lui taiUer une croi? ,
« Dont l'immense hauteur rapproche la victime
« Du ciel qu'elle a quitté pour visiter l'abîme \
« Une croix , s'élançant de nos gouffres de feu ,
« Taillée à la largeur des épaules du Dieu.
« Rendons4ui les hooneurs qu'il obtint sur la terre,
« Et pour que çien ne manque au bienheureux mystère,
« Chargeons le sol maudit , avant sa passion ,
« D'un Golgotha pareil à celui de Sion.
« Pour la fête sans fin qu'à ce Dieu je destine,
« Évoquons les palmiers en fleurs de Palestine ;
« De son temple aux enfers rallumons les trépieds,
« Que le même Cédron vienne laver ses pieds,
« Et donnons à sa croix ce splendide accessoire,
« De sa Jérusalem cadavre dérisoire I i I
« A l'œuvre, enfants du mal!... »
Et tous à flots pressés, Po^r le grand sacrilège en tumul1;e élancés, Remuant, déchirant, déplaçant les entrailles Du sol, d'où va sortir ce spectre de murailles. D'une lave qui fume en tracent les contours.
Judas b^isç lA p)9oe qù jailliront ses ^urs.
Sei CHANT XL
Judas donne les plans des remparts que son crime Au fond de sa mémoire à larges traits imprime ; Déicide architecte, il marque chaque lieu :
Il vend Jérusalem, comme il vendit son Dieu ! ! ! Sa trahison avare aux enfers persévère.
On roule un mont plaintif que l'on taille en calvaire ; Et Moloch vient rasseoir, dieu qui reprend son nom, Sa majesté d'airain sur les rochers d'Hinnon. Le Moria s'élève, et d'impures piscines Abreuvent de poisons les profondes racines Des pâles oliviers immobiles, de peur D'effocer sur leurs troncs les gouttes de sueur. Siloé de David ! tu gardes dans tes sables Du psaume échevelé les pleurs intarissables ! Cénacle de l'agneau, tu te dresses, chargé Du froment rédempteur par l'apôtre outragé !
On peuple de tombeaux la funèbre vallée.
Un démon vient jeter sur la roche ébranlée, La tour d'Antonia qu'il porte dans sa main, Et qu'assiégea trois jours tout l'empire romain. Prends, ô Jérusalem, la pâleur de ta fête!
L'ombre du grand drapeau des maudits, sur ta tête, Se balance, depuis la porte de Rama Jusqu'aux rouges sillons du champ Haceldama.
Avec tes murs privés de dieu, de sanctuaire.
Toi, des miracles morts gigantesque ossuaire. Apparais dans l'abîme en toutes tes douleurs. Forme autour de tes flancs un Cédron de tes pleurs ! Comme si sur ses bords, devait, lugubre amie. Venir s'asseoir en deuil l'ombre de Jérémie...
Mais tandis qu'on relève et tes tours et tes monts.
Ton temple se refuse à Fœuyre des démons.
Plus ils tentent d*efforts, plus ses marbres qui roulent
Sur les noirs bâtisseurs en gémissant s'écroulent.
Alors Idaméel, basardeux ouvrier,
Voulant au faite sombre attacher son laurier,
Monte sur les débris qui trompent son attente ;
Frappe d*nn pied de fer la ruine insultante,
Frappe encore, et soudain, un roc tout calciné,
Un mont de sept volcans dans Tombre couronné,
£n jaillit, et l'enfer dans leurs éclairs contemple
L'emblème foudroyant des sept flambeaux du temple.
Et cependant Jésus s'avançait, tout chargé
Des liens dont Satan venait d'être allégé.
Leurs nœuds, encor souillés du sang des meurtrissures,
De Lucifer au Christ transportent les blessures ;
Et rivés à ses bras avec un bruit plaintif,
La chaîne s'épouvante en changeant de captif.
a Salut ! Jérusalem, cité sainte et fatale!
« Cité que l'infini choisit pour capitale!
« Mon regard, sous ton deuil, te reconnaît toujours ;
« Voiià ! voilà la tombe où te dormis trois jours.
« Jérusalem! ô toi qui mêlas ton mystère
« Et ton héros divin au drame de la terre,
« Jusque dans les enfers on veut nous réunir...
« L'homme sans ton passé n'eût pas eu d'avenir,
« Car, sur les mêmes maux ensemble nous pleurâmes,
« Car ton livre céleste est le code des âmes;
« Même lorsque ton front sous les fléaux ployait,
« Ta ruine était l'ancre où l'espoir s'appuyait!
« Nul siècle ne tombait dans l'éternité sombre
« Sans emprunter de toi sa lumière ou son ombre.
« Reine par un cei^ueil, au grand j^ur du remords « Ton vallon sépulcral suffît ^ Vhis Iqs mortsi. « Salut! Jén^alem, toi, nja seconde mère, « Toi, qui vins enfanter le pieu sur le Calvaire. « Que ton front était pâle et tri^ m ce ^lOIlle^t, « £t tout empreint de deuil pour ton enfantement ! « Mais aujourd'hui, plus pâle encore et plus glac^ ff Tu rouvres, dans la nuit, tes y^ix de trépassé^. « Tu r^rdes mes fers en tressaillsmt d'effroi ! « N'es-tu pas préparée aux douleurs de ton roi ^ « Tu pleures d^ios ranime à c$té de Gomcrrl^e: « Remonte vers le ciel où mes élus encore « Ranimeront po^r toi les souffles Qduraut^ « T'ouvriront à genoux la blancheur de Içurs içangs; « De tes pieds profanés essuieront la poussière « Avec leurs cheveux d'or rayonnant de prière; « Te diront : — Parie-nous; oh! dis-nous s'il revmnt; ff De ses anges aimés, dis-nous s'il se souvient. « A-t-îl beaucoup d'élus dans l'abîme, et d'apôtres « A lui faire oublier l'amitié des douze autres? — « £t ma sœur Madeleine, avec un regard doux, « Te dira:— Souffre-t-U comme autrefois pour nous?— « Et te voyant plaintive et sombre, mes phalanges <c Cacheront ta douleur sous leurs ailes d'archange^ «>
Alors Idaméel : « Vmlà Christ, fils de Dieu,
« Et Dieu lui-même !.. » On vit un grand cwde de feu
Les entourer, semblable au cercle de magie
Que jette l'Émonide à la lune rougie.
On les vit s'aborder et se parler longtemps
LE GALYAia? DANS LES ENFERS. 367
Un langage mu^ pour tous les habitants
De la nuit, ^ que Dieu, du haut du trône austère,
Comprenait seul, penché vers )'^2aie : mystèx^! ! !
Et tandis qu'autour d'eux l'enfer vient s'amasser,
Op entend sur leur front et gémir et passer
Deux voix qui s'unissaient dai» des plaintes étranges.
L'une impiégnée eneor de l'haleine des anges,
Descendait, répandant sur Fabîme profond
Les baumes d'un cœur pur qui s'embrase et se ftmd ;
L'autre, comme effrayée encor de la prière,
Plus triste que l'adieu de notre heure dernière.
Montait dans l'ombre; et tous ignoraient quel accent
Dans l'accord solennel était le plus puissant.
Or ces deux voix priant, c'était (concert sublime!) Sémida dans le cid, Lucifer dans l'abîme; Qui, si loin l'un de l'autre et pourtant réunis, Dans un même soupir joignaient deux infinis.
VOIX DE SÉMIDA, au Christ.
« Oh! quand Idaméel de chaînes t'environne.
Lui seul est le captif, et le juge c'est toi. Étends, pour le bénir, tes fers sur sa couronne. Ton manteau de martyr sur sa pourpre de roi.
YOIX DE LUCIFEB , à Idaméci.
De ta main de maudit c'est Dieu qu'il faut absoudre Ou frapper; lutte aveugle! orgueil fallacieux! Sur ses cheveux flottants tu balances la foudre. Et ne t'aperçois pas qu'elle a brûlé les yeux !
VOIX DE SÉMIDA, au Christ.
doux psilmier d'amour! devant l'ouragan sombre
Épands ta chevelure embaumée au Carmel ;
Pour arrêter son vol, pour qu'il viemie à ton ombre,
Boire tous les parfums de tes sept fleurs de mieL
VOIX DE LUCIFEB, à Idaméel.
Ne dénaeine pas le palmier adorable.
Toute une éternité refleurit dans ce don !
Du désert de notre âme il féconde le sable ; Ouragan, laisse-lui son rameau de pardon.
VOIX DB SÉMIBA> aa Christ.
Agneau, que ta toison forme une blanche trame Qui dans ses nœuds divins enlace Idaméel, £t, filet lumineux, enveloppe son âme, Comme une perle pure, et la rapporte au ciel !
VOIX DJB LUCIFEB, à Idaméel.
Idaméel, malheur! le Christ se fait ta proie. Lion royal, retiens tes lionceaux ardents; Avec leur Dieu captif n'amuse pas leur joie, Sur les os de l'agneau n'aiguise pas leurs dents.
VOIX DE SEMIDA, au CErist.
Maître, veux-tu l'encens, et l'or fin et la myrrhe ? Oh ! prends du sombre roi les soupirs pour encens : Que son cœur soit l'or pur qu'à tes pieds on admire; Ses pleurs, le baume amer, dernier des trois présents.»
Comme un grand pin, ployé, redressé par l'orage,
Bat tantôt le rocher et tantôt le nuage ;
Comme un vaisseau qui roule aux bonds des flots amers,
De sa quille, en plongeant, heurte le fond des mers,
Puis remontant avec la vague qui l'emporte
Retrouve dans les cieux la tempête plus forte;
Ainsi dans son orage Idaméel plongé.
Flotte à toutes les voix dont il est assiégé.
Que feras-tu, géant ? la vierge qu'une aurore.
Pour le printemps d'amour sur ton cœur fit éclore,
Sémida, voix qui chante un hymne de Sion,
Dans ton noir océan, comme un nid d'alcyon ;
Sémida, répétant, concert mélancolique!
Ton nom de criminel sur la lyre angélique,
A demandé ta grâce; elle prie, elle attend...
Oh ! réponds par tes pleurs qu'Idaméel entend;
Laisse tes pleurs, lavant ton âme ténébreuse,
Tarir au fond du ciel ceux de la bienheureuse.
Ne dis pas au soleil dont un rayon te luit :
— Je ne t'aperçois pas... Mes regards sont la nuit! —
Idaméel! ! ! espoir trompeur, lutte impuissante...
Du rocher de l'orgueil la masse est trop pesante.
Faible athlète, et tu sens, sous ce fardeau d'airain,
Le germe du salut expirer dans ton sein,
Gomme une nuit féconde en funérailles,
La mère sent son fruit mourir dans ses entrailles.
Une seconde fois tu viens de succomber.
L'aigle qui t'emportait te laisse retomber!
Il se change en vautour altéré de souffrance,
Interrompt vers le ciel son sillon d'espérance,
£t va se perdre au loin dans l'orage croissant,
Qui sur le Golgotha fera pleuvoir le sang.
VO CHANT Xi
Il fut uiva çit^ l^aM ocç^entale,
De l'empire du mal immonde capi^,
Qui, sous les pas vainqueurs de J^us, au(r$$m,
Sur le sol calciné crçulant de tout spn poidd.
Couvrit oonf usémieut de ses larges décombires
Trois royaume entiers du monarque des 0j(n))^re&;
Et là, dans un 4^1> w éoormç^ les démous
Vont tailler une oroi^ égale auit plus grands mputs;
Egale à la hauteur de ce ^ecpnd mystère,
Fardeau qui çbangexait Vaxe de notre ten^.
Ainsi nous pénétrons dans les cités d'Isi^ Où sur l'autel tombé ]fi8 sièdes sont assis v Où le moindre fragment des débris qu'on a^hxûre A toute la grandeur de Tbèbe et de Palmyre :
Travaux d'un autre monde, et restes éclatants Dont chaque pierrç enferme une énigme des tei^ps. Parmi ce vastç amas, chaos sans harmonie, Mais d'où s'élance cdcot le soleil du génie, !Notre oeil s'émane, admire, hésite, et vient ch^^ctor Le bloc qu'à sou berceau nous voulons arra^liiex!. Déjà l'Arabe ei^ foule autov^ de lui ^'amasse; Luttaut contre les dieux qui roi^è^ent sa mass9, Le fer, les madrieni et les câbles noueux, Bandelettes autour du débris oKNQStr^eux, Emprisonnent la pierre eu leurs p^is endorioie, De gloire et de granit gigantesques momies.
Les flots jusqu'à ses flancs viennent de s'avance ; L'ancien drago^ du -Nil, la regardant passer. S'indigne... il croit déjà voir, pour parer nos trônes. Descendre vers la mer tou^ ses Babylones ; Et nous osons dresser Tobélisque immortel
Sur le lien funéraire où maiiqiidit un autel.
montfrque martyr! décapité célèbre!
Sésostrîs a ^ulpté ton monument funèbre ;
Pontt^B de la mort, de Ses tombeaux lointains
Il t'envoie, à travers quatre mille ans éteint,
Un bloc cydopéen pour marbre expiatofre ;
£t tu fais avec lui cet échange de ^oire.
Ce granit te i^pond, Vers ton ciel élancé,
D'un avenir de pleurs égal à son pa^é ;
Et ses signes, ses noms, splendeurs d^une poussière^
Néant supeii>e écrit sur des pages de pierre,
Se liroàt, épdés par l'ange du cefcueil ;
Jamais plus grand trépas n'obtînt un plus grand deuil.
Mais la croix infernale, aVec effort taillée.
Gémit, et la victime attend agenouillée ;
On roule, sur ses reins, le ùrdeau rédempteur.
O croix ! sombre rocher, quelle est ta pesanteur î î !
Ton vieil hiéroglyphe et tes signes étranges
A toi, ce sont les noms des nations d'archanges
Qui donnèrent au mal sa couronne de roi ;
Ef^cés dans le cid, ils sont gravés sur toi.
Ton vieil hiéroglyphe, et tes énigmes fortes,
Ce sont les noms maudits de tant de races mortes
Sur qui dans sa hideur le crime s'étala :