LUCIFER
« source expiatrice ! ô fleuve théandrique!
Nettoie, en ses poisons, la plaie archangélique ; Fends le rocher des cœurs sous tes flots épandus. De mon larcin du ciel viens réparer l'outrage, Viens d'une éternité reprendre l'arrérage, La moitié de tes fils à mon ombre perdus. »
Enfin, pour prendre part au rayonnant baptême.
Après Bactres, Sidon, Tyr, ses sœurs d'anathème;
Après Persépolis et les villes d'Iran ,
Que Mahomet sema des feuillets du Coran ;
Voici Jérusalem ! non celle dont les anges
Gardent les murs de jaspe en leurs saintes phalanges.
Qui prend de ses soupirs le ciel pour confident, Dont ctiacun des palmiers est le buisson ardent ; IVlais la Jérusalem maudite et sans hostie ; Celle que les démons de forfaits ont bâtie, Et qui de ses remparts balance les sept tours, Comme un nid surmonté de sept cols de vautours ; Mais la Jérusalem aux triomphes funèbres Que son aveuglement couronnait de ténèbres ; Celle qui du blasphème éveillait les échos , Des voûtes du cénacle aux marbres d'Hippicos; Montait de siècle en siècle au crime jusqu'au faite ! De chacun de ses rocs lapidait un prophète; La mamelle inféconde et tarie en chemin.
Portant, nourrice impie, un Dieu mort sur son sein ; Du manteau de David se faisant un suaire, £t transformant le naphte en boisson de colère; Elle vient sous le sang, aux yeux d'Idaméel, Laver son déicide et l'éponge de fiel.
Lorsque, psylle puissant descendu des collines
Pour charmer les serpents d'un vieux temple en ruines,
Les cheveux dénoués comme un esprit de l'air.
Belle de son œil noir lançant le large éclair.
Le long des champs de riz et des grandes savanes,
Pressant son corps léger du feston des lianes.
Une jeune Indienne accourt, et sur l'autel
Emprunte aux dieux tombés un chant surnaturel ;
Reine miraculeuse, incroyable sibylle.
Chaque note exhalée apprivoise un reptile.
Et son regard fixé sur celui des serpents,
Semble darder son âme à ses sujets rajnpants.
On les entend vibrer en quittant leur retraite.
9H €HANT XL
Gomme «ne eorde dVxr sur le hith da poëte;
Et Fexlase deseead dans leurs ori!»es d'azur,
Comme au coeur d'un enfant descend un songe pur;
Us approchent, pareils, sous le charme suprême,
Aux oiseaux innocents qu'ils enchantent eux-méme.
En réseau caressant les aspics onduleux
Sur les pieds de la vi^e entrelacent leurs nosuds;
Ivre de volupté, le céraste avec grâce
De son écaille ardente en spirale l'embrasse;
La vipère à son fipont se roule de langueur:
Le serp^t noir la flatte et s'endort sur son cœur.
Calme et fière, die sent, de son triomphe heuraise, ,
Ruisseler sur ses bras la couleuvre amoureuse
Qui l'effleure et l'écoute, et qui vient en glissant,
D'un collier, d'émeraude et d'or éblouissant,
Prêter à sa beauté la vivante parure,
Et d'un dard qui frémit baiser sa chevelure ,
Et sans les profaner d'aucun venin mortel,
Aspirer les parfums de son soufQe de miel.
Tels domptés par le Christ, et cités et royaumes, •
Désarmés de poisons, avec tous leurs fantômes.
Sont venus à genoux et d'an^r palpitants.
Imprimer sur ses pieds leurs baisers repentants.
Et la croix monte encor, ayant dans sa conquête L'aurore du salut pour couronne à son faîte ; Ayant pour fondements, non des rocs dédiirés. Mais des peuples entiers sous le sang attirés. Et que leur rep^tir, dont l'édat les inonde, A groupés, par étage, à sa base profonde :
Échelle ^ Jacob aux flamboyants degrés.
Lien qui rapprochait àmx, mondes s^arés.
Et l'enfer monte aussi^ l'enfer qu'elle précède Dans l'espace élevé que le chaos leur cède.
Pour terminer la lutte il ne faut qu'un momtoA, La mer de soufre avec un long frémissemoïtf Exhausse un réprouvé sur chacune des dlnes^ De ses flots convulsife, et l'arrache a«x «l^ttièi< Montant avec l'ofirande et la voix du HMirtjftv Arrive au ciel des deux le cri du repentir.
Les saints vieillards assis «ous les doctes onhrafgoi. Du livre de la vie ont agrandi les pages; Déjà j^rèts à tracer, sous chaque nom émt, Tous les noms fratemds nés des Inrmes du€hrirt. Et les quatre animaux, symbole prophétique, Que vit aux pieds de Dieu l'œil apocalyptique, Affranchis du lien qui les tiait enchaînés, Se scHrt, du père au fils, àms l'on^re échefooséft, Attentifs aux soupiis du martyr adorable, Qui passent rencaissant l'espace immesurable.
Et Dieu laissait le ciel et l'^i^ se chercher, Et les deux infinis l'un vers l'autre mar^ier.
Alors Jésus s'écrie... « O force expialaice !
« Pardon, souffrance, amour, trinité rédemptrice,
« Ame de Jésus-Christ, pouvoir que j'acc^>tai,
« Quand Jéhova créait l'être et sa liberté :
« Triomphe! achève! enfante une autre Eucharistie,
« L'autel est maintenant assez haut pour l'hostie t
« Martyr universd. Sauveur illimité,
« Ce Calvaire manquait à ma divinité.
« O mon père ! !! m<m père! ! !
Et les mains des archanges A ce cri répété par toutes leurs phalanges, Ne peuTcnt retenir les soleils emportés Qui, fendant le chaos de leurs vives clartés. Tressaillant de douleur, d'espoir et de prière, Du Golgôtha plaintif vont baiser la poussière ; Et remontant après jusqu'au bandeau sauveur, Brillent à chaque épine en fleuron de splendeur. Ils i(mt avec le Christ échange de lumière, Ils éclairent le sang, et le sang les éclaire. Tout reluit aux enfers 1... et des grands chefe hagards Cet amas de soleils a changé les r^rds :
De leurs yeux dessillés tombe leur nuit horrible, Il apparaît alors dans sa douleur terrible, Pour effrayer le crime et servir le remord.
Le groupe, armé de deuil, des anges de la mort! Il apparaît, planant sur la croix colossale.
Gonflant à chaque cri sa plume triomphale, Le grand aigle de Jean, qui vers les saints parvis, S'apprête à devancer la victoire du fils.
Et Gabriel lui-même apurait magnifique, A la droite du Christ, ménestrel séraphique.
Retenant dans son sein l'hymne près d'éclater, Adorant le combat avant de le chanter! ! !
Les chefs des réprouvés, vaincus à ce spectacle. Ne reconnaissent plus leur impur habitade ; Eux, comme Gabriel, archanges autrefois, Ou fils de l'homme, ainsi que le Dieu de la croix! Ils contemplent à nu, dans sa lutte infinie.
Le champion divin de l'étemelle vie ; Ils contemplent à nu le gigantesque effort D'Idaméel s'armant des restes de la mort.
Et menaçant le Christ, afin que plus immense S'ouvre des bras sauveurs le cercle de clémence.
Et Dieu laissait le ciel et Tenfer se chercher, Et les deux infinis Fun vers l'autre marcher.
Et voilà qu'à la fois, loin de leur haute i^hère, Desc^dant se mâer aux luttes du Calvahre, Yersleursfirèreslointainspenchantleursfronts vermeils, Les élus ont suivi l'exemple des soleils.
Des deux bouts de la croix on s'appelle, on s'attire, Et l'on se reconnaît aux clartés du martyre.
Chaque famille cherche, inclinée en avant.
Ses membres gangr^és tombés du tronc vivant; Et qui, malgré la mort et ses blessures vaines. Prennent le sang du Christ pour ranima leurs veines. Le père, ivre d'espoir, baisse un œil triomphant Pour voir du sein de l'ombre exultai son enfant ; Le fils des lieux maudits explore la poussière. Pour voir ressusciter les cheveux blancs d'un père. Ainsi, lorsque des cris s'entendent élancés D'un cercueil qu'on portait où vont les trépassés, Nous nous précipitons pour déclouer la lûère ; Chacun de nous atraehe un lambeau du suahre, Nous découvrons ce front encore sans chaleiur Qui, sortant du sépulcre, en garde la pâleur ; Nous voyons se rouvrir, libres de leurs ténèbres. Ces yeux fermés par nous sous les rideaux funèbres ; Nous sentons s'éveiller et battre sous nos dcngts Ce cœur qui de la tombe a soulevé le poids ; Et rejetant au loin les voiles qui les glacent Deux bras qu'on croyait morts à notre col s'enlacent.
Saints Dceodiile k Camille! ô HiyMkes {NiûsaMits, De Yetâa c&omàé vous n'êtes pkis abeei^!
chastes «miUéfi! Boi»«es jamais tades!
A Farbre^ la croix belles flei»» feâei»ies! ! Penchants, liens du cœur, habitudes d'aimer.
Entre éfsoK «mivcrs prêts à se nf(mnerf Instincts ému et natîfii éù l'âme a son âorns^ae, instkiets bien plus sa^éfr que la raison humaine, Saints noeuds de la fan^e en triomphe atl)eslé8, Rattachez votre chaîne aux bras 4es Taehelés ! Car les veuves 4a ciel, belles dans lemr veurage. Devant l'époux perdu découvrait kur visage.
Sémida vole et pléuro... Eve, ^'on invoquait, Vient pour sendreàson^cnirla chair qmkii manquait: « PaidoMa»-moi, Caïn ; c'est moi. .. mère ftniede, « Moiquidemeseofantsp^rd^lepainoélesta, « Et que tu maudissais, de tourments investi, « Au fondidu désespcùr dans mon crime englouli ! « Moi i^£sânculer, eomme une mauvaise osde, « Les poisons du serpent dans les veines du monde; « Moi, mèxp du péebé, moi, durant dix miUe mis, « Féconde pour l'enfier agrandi dans mes flancs; « Car l'ange impmr m'avait transmis son héritage, « Car leaaag de la croix, en tombant, se partage : « n s'épanebe, bienfait de i'inefi^able loi, « La moitié sur fiatan, l'autre moitié sur moi. «O SMm antique Êiutelé vastes fimérailles!
« Touseesttosts sont sortis du îonà de mes^i^railles! « Me reconnaissez- vous, s^leres étouf^nts , « Qu'^ me Imnant l'Éden, j'ouvris à mes enfanis? « Pomr emporter vos maux, pour laver vossouâlure^^.
ft Qu'il a falla de sai^ aux célestes Iriessures !
« Et toi, Caïn! combien mon flasc dégénéré
« Te fît pour la révolte un eeeur désespéré !
« Toi qui ne puisas pas, dans le sein de ta m^e,
ft Une goutte de lait qui ne te fût amère !
« Ta foaeste massue, è j^emîer-^né du mal,
<c Fut faite d*UB rameau de mon arbre lattal ;
« Et j'oubliais, mon fils, ton suppliée de flamsieE
« Marâtre d(mt les cieux avaient endurci l-âme ,
« Je regardais m haut, tandis ^'inexpiés,
« Tous mes péchéssouffrantssetordaientsousmespi^.
« Quand je suivais l'élan de la sainte colombe,
« Mon ciel n'était qu'un dais étendu sur ta tomb^.
« Viens dans mes bras, mon fils, viens, encor un effort !
^« Monte vers nous, Caïn; ton frère n'est pas mort ! !
« Dieu le rcfisoscita, ce Dieu juge et victime,
« Lorsqu'au sein d'une vierge il épousa mon orime.
« Dieu le ressuscita ; viens renaître à ton tour,
« Monte avec le sahit vers ta mère et le jour.
« Hâte-toi, mon enfant, au cri de ma farière.
« Si j*allais du tombeau voir retomba la pi^re! ! !
« Lève les yeux... c'est moi... tm ce funèbre sol,
« L'étoile de mon front dirigera ton voL
« Saisis mes voiles blancs qui flottent tsoat le goi^e,
« Vienssurmoncœur,brisanttoa8teslineeulsdesoufre,
« Me pard(^jiier l'enf!^ où tu servais sai» naoi,
«Me pardonner le dd où je régnais sans totl!! »
Ainsi parle Eve. . . Adam et les anges attendent ; Et tu montes toujours vers les mains qo^ils le tendent, Jésus! et tes yeux ont reneonlxé tovjoms Ta mère, dev^eant tmx$ les autres amowrs \
Ta mère qui, jadis, sous ta croix prosternée, Anjourd'hoi sur ton front prie et souffre inclinée; Elle est là ; ses cheveux déroulent sur son fils Leurs anneaux douloureux de sang appesantis.
£]le est là, dans son sein portant tes deux calvaires ! Payant d'un de ses pleurs tout le bonheur des mères ; Descendant jusqu'à toi, de trépas en trépas.
Elle a cherché ton soufQe, et tu lui dis tout bas : — Mère ! ne pleure point, le salut m'environne; r^ la reine des cieux je double la couronne. —
Et Dieu laissait le ciel et l'enfer se chercher. Et les deux infinis l'un vers l'autre marcher.
Et Lucifer adore , il adore, il s'écrie :
« Viens soulever mon vol, air pur de la patrie !
« Les voilà, les voilà, nos frères regrettés,
« Réfléchissant le ciel dans toutes leurs clartés I
« Oh ! les voilà suivant la lumineuse trace
« Qu'à travers le chaos fait rayonner la grâce !
« Avec mes yeux éteints, tous je les reconnais :
« Les jours vécus en Dieu ne changent pas les traits.
« Je n'avais oublié ni leur nom, ni leur gloire;
tt Le plus grand 4e mes maux n'était que ma mémoire I
« Éloïm, Édomir, Nephtoé, Raphaël! ! I
« Ils nous tendent les bras.... regarde, Idaméel.
« Mais les anges sur toi ne peuvent nea peut-être ?
« Il te faut regarder la femme pour renaître ;
« La voilà, dans sa fleur et dans sa majesté,
« Telle que la bénit l'étemelle beauté ;
« Telle qu'elle apparut, de longs malheurs suivie,
« Quand elle vint mourir sous l'arlMre de la vie.
LE CALVAIRE DANS LES ENFERS. 40t
K Elle t'appelle seul, toi, son seigneur et roi ,
« Et pour créer un ciel se détourne de moi.
« Viens aider Sémida, viens.... que ton cœur achève
« L'enfantement sacré de cette dernière Eve.
« Un soupir, un soupir, et l'enfer est sauvé....
« Chaque élu dans ses bras emporte un réprouvé I
« Viens ; de ceux qui t'ont fui ne vois-tu paslenombre ?
•» Cesse sur leur salut de projeter ton ombre;
« Dépouille cet orgueil sombre, insensé, brûlant;
« L'orgueil a fait ma chute et retient ton élan.
« L'orgueil aux nœuds d'airain t'enchaîne à cette rive,
« Toi seul n'es point parti quand tout ton peuple arrive I
« N'enténds-tu pas la voix qui t'invite à monter ?
« Ne sens-tu rien des cieux sous ton front s'agiter ?
« Oh ! laisse-moi fermer cet orageux royaume,
« Dont Satan, dans Ëden, donna les cle& à l'homme.
« Oh! laisse, Idaméel, l'ange qui se repent,
« Arracher de tes mains l'ancien fruit du serpent.
« Tu m'as vaincu jadis! ... que je puisse, sans armes,
« Remporter à genoux ma victoire de larmes !
« Je traîne devant toi mon front de sang lavé,
« Écrase-le du pied, mon fils, mais sois sauvé !
« Si je te rends à Christ, que m'importe le reste ?
« Fais du corps de Satan ton marchepied céleste !
« Prends mon bandeau de flamme, et tout l'éclat lointain
« Qui servit d'auréole à mon premier matin.
« Prends mon aile d'archange et sa blancheur aastère,
« Mais que je rende à Dieu ma proie humanitaire!
« Quand même tu devrais, en sortant de l'enfer,
« De la grande anmistie excepter Lucifer !
« Jette, jette, mon fils, sous la croix invoquée,
« Ta pourpre d'anathème, en lambeaux abdiquée.
40» eiAin XL
« Jette ta résisiaiiet ao gbuf&e du réHraHH ,
« Tu défends un tonbean vide de feN» se» morlif
« El toi seul, lorsqu'il! ont démoli fêmmltt^
« Lazare rév<^té, tu retiens ton suaire.
« Ta défaite est partout, tes Mcbers sc^ul sant feu !
« Ton pied ne marehe plus que sur du samg de Dieu;
« Et sous le Yd des saints qixt Fas^égent en fouk^
« Ton trône sépulcral, crifne à erime, s'éeroute.
« Devant cdut qui vient pour les cicatriser,
« Ton œil ne trouve plus de pbûe où se poser !
« Rq^eua-toi, repens-toi l! ! »
De lumiseuses plaintes S'exhalèrent alors du ehceur ailé des saintes. C'est ta voix, Sémi^, ta voix qui dit uft non : Tu descends vers Famour pour aider le pardon. Oui, vers Idaméell Et ton regard l'appel, Plein de cette kngueur qui te fait la plus belle. Tu veux, refleurissent dans tous ses souvenirs^ Donner une seule âme à vos deux avenirs.
— Idaméel ! 1 1 — Mais M, dans sa lutte inseafée» Sous son ftxe regard ne voit que sa pensée; Seul au fond de sa haine et de ses noirs dessdns. Tel que Jébova smd an fond du saint des saints. La réprobation qui loin de tous s'exile , Se réûigie en hii comme en un lieu d'a^e ; Et repoussant du pied Lucifer et son deuil, Il rebâtit l'enfer dans ses rêves d'or^^ieil. L'archan^ perdit l'homme, et pe» un juste échange. L'homme arrête ai^ourd^hui le rachat de l'archuige !
LE CALVAIRE BANS hEB ENFERS. 403
Sur un roc large et nu, des dénions adoré»
Et comme si Tahtme avait son feu sacré,
Pèse un autel d'airain qui garde, symbdiqne,
La haine primitive en flamme métallique.
Dans ce temple du mal on la vit s'aUumer,
Alors que dans le ciel l'ai^ cessa d'aimer.
Et des cercles maudits et principe et mo^le,
On vit les neuf toorm^ts se ranger autour d'dle.
Centre d'impiété, d'invisibles courants
Aux cœurs des réprouvés épanchent ses torrents.
Comme dans l'air, le long d'un aci^ phosphorique,
S'épandie l'élém^t de la foudre électrique.
D'un blasphème nouveau quand l'enfer s'apj^^^MHt,
La flamme intumesc^te et bouiltonne et grandit,
Et chaque noir démon voit jaillir, plus ardente.
Cette source inconnue aux trois rêves de Dante.
Quand un peuple est touché de son rayon midrt^,
Il boit l'orgie au vin eoni^cré pour l'autel;
Jette sur le pavé le toit du presbytère.
Ou taillant contre Dieu la plume de Vc^aife,
Sur la création répands des flots de fiel,
A faire tomber mort l'aigle qui plane au cid.
C'est vers ce feu sans nom qu'Idaméel s'élance;
Ce fm suffît à peine à rallumer sa lance ;
Car il est expirant, et la pointe du fer
Prend Icmt ce qpii restait de l'âme de l'enfer.
Puis, il revient au Christ, victime éblcmissante.
Il vole entre les rangs de l'armée innocente.
Comme une pâle orfraie, emMème de malheur.
Vole entre les rameaux des amandiers en fleur.
Les voilà £aee à face, et pour nrieux le combattre,
iOi ^HANT XL
Il mesure, pensif, le Dieu qu'il veut abattre ;
Depuis Satan, du Ciel disputant les états.
Jamais guerrier si haut n'avait levé son Inras.
Les anges de la mort, sombre et jalouse garde.
S'agitent.... La victime à son tour le regarde;
Mais ce regard au front orageux du géant
Se perd, comme une étoile au sein de l'Océan :
On dirait que l'espoir qu'Idaméel se donne
Contient plus de fureurs que le Christ n'en pardonne.
De sa lance acérée il agite le feu,
Son éclair fait baisser les pauinères du Dieu.
Il porte aux flancs du fils la flamme souveraine;
Sur l'amour palpitant il vient poser la haine.
Qui ralentit soudain dans leur élan vainqueur,
Horloge du salut, les battements du cœur.
La lance n'a jeté qu'une seule étincelle.
Déjà du gouffre aux cieux le triomphe chancelle.
Le fer pénètre et brûle ; il s'avance à travers
Les lambeaux calcinés des frémissantes chairs ;
Le sang fume et tarit, et brûlée à sa source
La résurrection s'arrête dans sa course ;
Et tout près de s'unir au monde des élus.
Déjà vers le pardon l'enfer ne monte plus.
La flamme arrive au cœur : un seul cri d'épouvante,
Que n'entendit jamais l'éternité vivante.
Sort de ses profondeurs ; c'est l'impur germe édos,
Le germe de la haine en la moelle des os.
La haine veut entrer au fond du sanctuaire,
La haine aux flancs du fils veut détruire le père !
Si ce feu se fixait dans le sein tout amour,
Si le Dieu-charité se haïssait un jour.
S'il pouvait se haïr, blasphème du blasphème !
LE CALVAIRE DANS LES ENFERS. i05
Il s'anéantirait en sa trînité même ! ! !
n lutte ; il se souvient de ce qui fut prédit : Il crie à Jéhova : — Père, tu l'avais dit! — De Fathlète divin partageant la Saiiblesse, Sous son dernier effort le Golgotha s'affaisse. Mais le fer plonge encore et s'arrête, fixé Au plus profond du coeur de haine traversé; Et Christ secoue alors sa formidable tache, Ck)mme un taureau blessé fuit secouant la hache. Ce n'est plus aux damnés qu'il prête son appui : Le Dieu suffit à peine à combattre pour lui.
De sa croix de rocher son corps se déracine ; Il entraîne en tombant le salut en ruine ; £t sa main, libre enfin, fouillant ses flancs ouverts, En arrache la lance où brûlaient neuf enfers ; Et l'amour est vaincu sous leur flamme plus forte; Et la rédemption avec le sang est morte. . .
Comme un aérostat dont le câble est coupé.
Le ciel remonte et fuit d'ombres enveloppé, Recueillant de son Dieu tout le sang tièle encore. Et que Fair des maudits corrompt et décolore. . Sans réchauffer ses flots vainement répandus. Les soleils, comme un dais, sur lui sont étendus : Ce sacrement de mort, sans prêtre, sans oracle. On l'emporte en silence au très saint-tabernacle. Aux pieds du père même, attendant sous son œil. Ce qu'il ordonnera pour la fête du deuil.
De ce salut d'un jour fier d'effacer la trace. De sa Jérusalem l'enfer se débarrasse.
Golgotha de son Christ croule dépossédé ;
Am CMAWt iv
Chaque tombe reprepd son sqvclftteéTaéé;
Chaque bûcher meuraiit sa fkmune lavivée.
Et chaque conir la haise àact ly^es ûvé« v
Et les pleurs étemda ant reeooquis Imir roî.
Qui dit au IMea tombé : — FaBltee, aéort-aoi l H -
€HANT XII.
Lys trempé de lumière, 6 Manche poésie !
Quand le soleil , le soir, ainsi qu'un roi d'Asie, Disparaît lentement sous le dais enflammé Que de ses fleurs de feu lui-même il a semé ; O blanehe poésie! ouvre-moi tes ealiees.
Que de ton frais encens j'aspire les d^ices ; Et que, durant la nuit, de doux parfoms voilé, M'apparatsse en ton sein tout le Ciel étoité. Poésie , aigle immense, oh ! dérobe à la terre De ton vol infini f éblouissant mystère; Ravis-moi ; contemplons, de fa hauteur des ains. Ce monde mis à nu sous un de tes éclairs.
Traversons tous les deux sur tes ailes de flamme. Sans être foudroyés, l'orage ardent de l'âme. Trompons les pas du ten^ps, et viens fixer mes yeux Sur l'immortalité, ce soleii de tes «eux ! !
Poésie, ô printemps qu'un séraf^iin ramène!
Printemps harmonieux de la pensée humaine ; Oh! laisse dans notre âme ouverte à tes couleurs, Chanter autant d'oiseaux que tes prés ont de fleurs.
i08 CHANT XII.
Pour nous yerser leur miel , invite à tes corbeilles Le radieux essaim de toutes tes abeilles : Féconde à ta rosée et tes rayons amis, Tous les germes d'extase en nos coeurs endormis.
Amante de quinze ans, 6 jeune poésie!
Viens dénouer sur moi tes cheveux d*ambroisie. A l'heure où sur mon luth la volupté s'endort. Sous tes baisers fleuris b^rce mes scmges d'or. Comme deux gouttesd'ambreenleurrencontreheureuse Formons de nos deux cceurs une perle amoureuse, Et sur la coudie où l'honmie arrive pâle et seul, Que tes voiles pourprés soient mon vivant linceul.
Poésie, 6 bel arbre! arbre aux feuilles sacrées!
Verse sur mes langueurs tes ombres inspirées.
Quand la clarté s'enfuit du terrestre séjour,
A ton sommet changeant conserve-moi le jour.
De tes baumes divins parfume ma souffrance.
Que mes jours, grain par grain, rosaire d'espérance,
Avec tes visions et tes songes flottants.
Se su^ndent légers à tes rameaux chantants.
Poésie, ange saint, force, flamme première!
De la foi qui nous luit fraternelle lumière ; Illumine ma nuit à ton regard vainqueur ; Sois le buisson ardent rallumé dans mon coeur, La parole étemelle, et viens à ton oracle De ma création compléter le miracle.
Partage, en t'échappant de ton berceau de feu , Le souffle de la vie avec l'esprit de Dieu.
LE DERNIER MIRACLE. i09
Le Fils, lien d'amour, Dieu des douleurs sublimes, Qui créa le pardon avant qu'il fût des crimes ; Holocauste vaincu , Rédempteur terrassé ; Rdevant le regard qu'il tenait abaissé, A travers le chaos et la nuit agrandie Cherche le Père au fond des abîmes de vie.
Et prosterné : « — Ma force a trahi ma ferveur : « Il fallait à l'enfer Jéhova pour sauveur.
« Ma charité n'a pu suffire à l'anathème « De ce feu primitif allumé par vous-même :
« £t j'ai tremblé, fléchi , d'épouvante assiégé, « Comme le mont Sina de vos foudres chargé.
« O nuit sombre! ! ! étendu sur ma couche jalouse, « Je n'ai pu de rayons parer ton front d'épouse; « Et laver, dans des pleurs aux enfers inconnus, « La malédiction qui souille tes pieds nus!
« Tes pieds qui m'ont trahi , tes pieds de criminelle, « Qui se sont déchirés à la ronce éternelle.
« O triste fiancée ! oh ! pour mon ciel natal , « Transformant ton suaire en voile nuptial , « Je n'ai pu sur mon cœur ressusciter tes charmes, « Te montrer le soleil se levant sous mes larmes ! « Te cacher dans mon sein aux baisers de la mort ; « Et Remportant d'un vol jusqu'aux pieds du Dieu fort, . « Passant aux doigts aimés l'anneau de la prière, « Te présenter pour fille à l'amour de mon père.
« Je n'ai pu triompher... mais dans le feu maudit « Si l'espérance une heure avec moi descendit ; « Seigneur, si mon regard vint rallumer encore « Sur des fronts ténébreux ce divin météore ;
410 CHAiTT XII.
« TmÊm que tom de tous votre nouveau rival
« Essayait sur Btm ûont la royauté du aial ,
« Si je vins le eoo^ttre, et glaner quelfues êmm
« Dans son chajnpdedouleufs^j»iiKH88oadeâaHiiiiei;
« £t si, comme David descendant du €ar»d,
« Aux Saûl de renier j'ouvris un joftir le €id ;
« IraKje maintmiànt , brisé dans ma puissance,
« Élargir cet enler de toute mon abs^pce !
« Oter la goutte d'eau de ses £buk ravivés ;
« Ajouter un Idasfdième aux cds des réprouvés ;
« D'un M inattendu tcomperleiur soif avide;
« Referaier en &yant mes deux luras sur le vide;
« Et remontant sans eux vers votre firmament ,
« Les repousser du pied au fond de leur tourment?
<c Non, je veux me punir de n'avoir pu, mon pare,
« Élever mfin amour jus(|u'à votre colère.
« Je veux dans les efforts de mon infirmité,
« A eonsoler l'abîme user l'étamité...
« Adieu !champs4eréther,l)erceaux,<Hidfis mystiques, « Belle Jérusalem , la dté des csoitiipyiiM, « Où les petits enfants chantent leur hymne enocnr, « Noël du firmament devant la erè^e d'or î « Où les vierges du Ciel me prépai^ent les voiles, « Les l»eaux voiles tissus des rayons des étoiks ; « Où Sémida m'attend pour lui rendre un époux. « Adieu I doux Séraphins ! et vous, ma mère, vous « Dont l'âme a défailli dans ce dernier mystère, « Vous qui m'aviez d^à tant pleuré sur la terre ! « Vous reine des martyrs, dont le cœur gémissant « Fut aux pieds de la croÂx suhmei^ dans num sang ; « La plus ineonsolahle ^itre les filles d'Eve,
LE DE&ITIEK HIRACLE. ifl
<( Vous qui portiez ati flanel» doisleureomiiiemt glatre, « Qni renfermiez au j^s iMrofond de votre sein « Mes heures d'agonie en sou^ances sans fin , « Quand vous vîntes, la nuit, de ma tête divine « Détacher par lambeaux la couronne d'épîne ; « £t la montrant sanglante aux anges du S<Ngneur, « Pour ne plus la quitter, vous l'enfoncer au coeur ; « Quand vous vîntes chercher la grotte mortuaire, « Où la mort ne devait garder que mon suaire ; « Conduire jusqu'à moi l'apôtre bien-aimé ; « Ensevelir mon corps de vos pleurs embaumé; « Et l'essuyant ensemble avec vos chevelures, a Mourir autant de fois qu'il portait de blessures. « reine des martyrs! pleurez, pleurez eneor; a Le trépas d'aujourd'hui n'aura point de Thsèor ! I « Frappez ce sem meurtri que tant de (kuléur navre. « Pour soulever le roc roulé sur mon cadavre, « Quel ange descendrait, ou pour briser le» sceaux « Que l'enfer en triom^ apposa sur mes os ^ « Le sépulcre où je suis ne s'ouvre plus, ma mère ! « Mes cheveux en orage agitrait sa poussière ; « Elle souille mon front, die aveugle mes yeux ; « Le Fib ne voit plus rien du côté de vos cieux. « Le Fils n'entend i^ns rien que ses pleurs de victime « S'épanchant goutte à goutte et pleuvant dans l'abîme, « Et sa croix gémissante, et dont l'arbre penché « A secoué le Dieu comme un fruit desséché.
« Le sépulcre où je suis ne s'ouvre pluff, ma mère! ! »
Ainsi parlait le Fils ; et cependant le Pèyer Écoutait, hHu de lui , dans te fond de ré&«r,
ils CHANT XII.
Enyeloppé des feux d'un formidable éclair ;
Tel qu'aux rochers d'Horeb les yeux de son grand-prétre
Dans le buisson ardent le Yir^t apparaître.
Cette flamme terrible en tourbillon vivant
Montait, comme agitée aux souffles d'un grand vent.
Des mots cachés, pareils à ceux dont un prophète
Du roi de Babylone épouvantait la fête,
Rampaient à sa surface, et passaient tournoyant
Dans la vive blancheur de l'éclair ondoyant ;
Et jamais le Très-Haut, dans sa toute-puissance,
19'avait d'un feu semblable empreint sa triple essence.
L'aigle apocalyptique en a baissé les yeux;
£t sur ses grift'es d*or, courant de cieux en cieux.
Le lion de Saint-Marc de sa large crinièare
Hérisse avec terreur les anneaux de lumière.
Des anges de la mort les ténébreux essaims.
Sans en att^dre Tordre, ont fui le saint des saints;
Craignant de disparaître à l'œil qui les regarde ,
£t que Dieu dévoilé ne consume sa garde.
Quand le Vésuve voit sur son sein de géant
De sa lave fluide ondoya: l'Océan,
Et comme en deux miroirs, brûler sa double image
Danjs la mer sans vaisseaux et les cieux sans nuage;
Lorsqu'ilcourbe dans l'air, qu'il tourmenteà longbruit.
Son écharpe rougeâtre, arc-en-ciel de la nuit;
Et que sa tête en feu dans l'onde au loin grondante
Baigne avec majesté sa chevelure ardente ;
Et qu'il tord, dans son sein, ses entrailles d'éclairs
En travail d'un orage à déplacer les mers.
Lorsque d'un grand linceul de cendre il enveloppe
Ainsi qu'un trépassé la belle Parthénope,
Et que, sous ses pieds noirs, court un feu souterrain,
LE DERNIER MIRACLE. il3
De l'Atlas aux vieux monts berceaux neigeux du Rhin; Naples prête l'oreille au volcan solitaire, Qui tient le sort d'un monde en son brûlant cratère : La fête a suspendu son charme commencé !
Sur l'herbe de Paestum les danses ont cessé.
Avec les chants éclos au cœur de Cimarose, Le rossignol se tait dans l'ombre du melrose ; Tous les enchantements se voilent de pâleur Sous les beaux citronniers qui referment leur fleur, Où Virgile amoureux baignait dans la rosée Les tableaux transparents de son frais Elysée ; Dans ces climats rêveurs, dans cet air embaumé, Où tout s'oublie, hormis le bonheur d'être aimé ; Où la nature est reine, où, comme une autre aurore, Déroulant dans la nuit ses vagues de phosphore. Couverte d'alcyons, la mer vient déposer Sur les fleurs du rivage un lumineux baiser, Et s'endort mollement sur cette blonde arène, Tombeau mélodieux d'une antique syrène.
Ainsi le ciel se tait, ainsi l'archange attend, Pâle et muet autour du prodige éclatant ; Ignorant s'il va voir, sous l'arrêt implacable, Cesser l'ordre étemel, changer l'ère immuable.
Bientôt sur les trépieds, sur les vives splendeurs Qui de la Trinité ceignent les profondeurs.
Un nuage descend, comme en nos jours funèbres Nous cachons nos autels sous un deuil de ténèbres. Il descend; mais de Dieu l'arrêt encor voilé. Dans ce nuage noir ne s'est point révélé.
On entend sous l'éclair qui ne cesse de luire,
iU CHANT XII.
Aa loin, de cieax en deux, un ouragan bruire. Aigle sombre, son vol bat la mer de cristal, Mais dans cet ouragan n'est point Farrét fatal.
Les chars guerriers, ainsi qu'à cette heure de erime Où Satan des enfers creusait en lui l'abîme.
Par leurs noms de combat s'appellent à la fois ; • Mais le décret de Dieu n'est point dans cette voix.
Enfin l'ardent éclair, la colonne enflammée.
Où l'essence première habite renfermée.
S'ébranle, s'élargit, étend son vol de feu. Et dans ce vol terrible est le décret de Dieu. L'immensité pâlit aux flammes qu'il projette. Et loin de ses rayons le Ciel entier se jette. Les plus puissants esprits, à ce feu redouté Craignent de voir mourir leur immortalité.
L'éclair grandit toujours ; il a touché la sphère Où flotte du chaos la brumeuse atmosphère; Le noir chaos recule, et son ange effrayé, Cherchant les cieux d'un vol à demi foudroyé. Fuit et laisse tomber la douteuse couronne Dont son front lumineux dans la nuit s'environne.
L'éclair grandit toujours; et le chaos fumant
En est enveloppé comme d'un vêtement.
Ce n'est plus la colombe, architecte des mondes,
Qui lui soufflant six jours ses haleines fécondes,
Dans cet obscur berceau de la terre et des mers
En face du néant bâtissait l'univers.
Il brûle, il engloutit ces régions, vaine ombre ,
Où n'est point descendu le compas ni le nombre ;
LE DERMIEII MIRACLE. iKfr
Où, parmi le» vapeor» de kurs fiols^ rneongtaatS) L'espace vient mourir sur le tombeau du temps. Il dévore et la mut et son peu{de d'atomes^ £t des astres éteints les nuageux fantômesiy £t réternel cofXkbat d'éléments révoltés, £t le germe infécond des gloires avortés.
Telle aux bcHrds africains, rapide et foudroyante,
Descend du eieVen feu la trombe tournoyaiNie. ^
Des cèdres qu'elle arrache, elle s'arme en volant ;
Ouvre à la caravane un sépulcre brûlant.
Le sol tremble et gémit, le roc bondit et roule ;
Colosse démoli, l'éléphant-roi s'écroule.
On voit s'évanouir dans ses noirs tourbillons ,
L'alkondi gigantesque avec ses nids d'aiglons.
Étonna de tenter une route inconnue ,
Les boas étouffeurs vont ramper dans la nue ;
Et près des grands oiseaux épouvantés comme eux.
Se roulent dans la trombe en orbes venimeux.
Elle tonne et grossit sa flamme intarissable.
Les dieux d'airain, ravis à leurs tombeaux de sable.
Se fondent dans ses feux ; taureau, sphinx ou serpent,
L'olympe immonde en flots de lave se répand.
Entre ses bras puissants qui brisent leurs colonnes.
Elle a déraciné les vieilles Babylones
Du sol où, pour jamais sous la poudre caché,
Leur cadavre étemel croyait s'être couché.
L'ombre des Pharaons, sous son vol se réveille;
Le dronte dans son sein tourne comme une abeille ;
Et du Nil absorbé plus d'un monstre fumant
Dans la trombe invincible a changé d'élément.
L'éclair grandit toujours; il n'est point de barrière
il6 €HANT XII.
Qui retarde un instant son ardente carrière, Qui ne s'évanouisse aux feux dont il a lui ; Et le chaos n'est plus entre l'enfer et lui.
De l'abîme ébranlé dans ses royaumes sombres Le chaos protecteur n'abrite plus les ombres, Il a péri lui-même, et ce bouclier vain Laisse l'enfer à nu devant Téclair divin.
O des tourments sans fin lamentable domaine!
Les échos affaiblis d'aucune langue humaine Rediront-ils jamais ton épouvantement, Quand descendit vers toi ce nouveau jugemrat?
Dieu pour ces luttes solennelles, N'a point armé tous ses chemins Des flamboyantes sentinelles Qui portaient la guerre en leurs mains.
Lorsque dans leur chute unanime L'ange maudit et ses pareils, Foudroyés d'abîme en abîme, Couvraient de la nuit de leur crime , Le diadème des soleils.
U n'a point levé tous les voiles
Des arsenaux de sa fureur ;
D'aucune ceinture d'étoiles
Ses flancs n'empruntent la terreur.
Il vole sans l'étendard sombre
Aux anges de la mort commis ;
Sans les chars semés d'yeux sans nombre.
Qui vont choisir à travers l'ombre.
Et consumer ses ennemis.
Sans le pavillon des ténèbres
Que la nuit jetait sous ses pas ; Sans les mille clairons funèbres Sonnant l'universel trépas, A l'heure où quittant leur orbite Les astres se disaient adieu ; Où comme un oiseau qui palpite, La création décrépite, Mourait entre les doigts de Dieu.
n vient seul ; comme sous le tremble Un chasseur fiirtif vient s'asseoir.
Pour surpr^dre un doux nid qui tremble Flottant dans les souffles du soir.
Percé de l'antique anathème, L'enfer fuit sous l'éclair vainqueur ; Gomme fuit à son jour suprême, Un pâle guerrier qui blasphème.
Emportant une flèche au cœur.
Idaméel lui seul ne fuit pas... agrandie.
Sa chevelure flotte en immense incendie :
n se dresse géant sous ce manteau de feu,
Pour élever son front jusqu'à l'éclair de Dieu ;
Des dangers du combat nul n'a pu le convaincre.
Excepté l'Etemel on sent qu'il peut tout vaincre !
De ses treize cités, en avant de leurs tours.
Trois lignes de volcans hérissent les contours ;
Il arme contre Dieu jusqu'à l'air qu'il respire.
Il croit à son regard pour sauver son empire :
Fier, immobile et tel, sur le roc déchiré.
Qu'un débris de Balbeck par la foudre éclairé.
Il cherche dans son sein des cris, des mots de flamme.
U% CHANT XIL
Un blasphème qui soit le spectre de son âmt , Et ces pensers, plus forts que Forage et le £er, Dont un seul lui sufQt pour briser Lucifer.
La mort et le péché, gardiens de ses royaumes, Famille dont Satan lui légua les fantômes, L*entourent, demandant si Ton va leur livrer Sur les pas de leur maître un monde à dévorer.
« Viens, dit-il ; me voici debout sous ta colère.
« Mon trône m'a placé plus près de ton tonnerre ;
« Et mon bandeau de roi dont le tien est jaloux,
« Jette assez de rayons pour diriger tes coups.
« Que veux-tu ? manque-t-il quelque anneau de souffrance
« Aux fers qui sur nos bras ont rivé ta vengeamce ?
« Viens compter tous nos maux, comme seul et caché
« L'avare compte For à ses mains attaché.
« Quand la création, sans demander à naître^
« S'échappa, tout en pleurs, des abîmes de l'être,
« 3on hymne universel fut un cri de douleur,
« Montant et descendant des soleils à la fleur.
« Le mal infecta l'air dont s'abreuvaient les mondes,
« Et tu laissas tomber leurs rênes vagabondes.
« Ton ouvrage orphelin de toi fut rejeté,
« Gomnfe un fruit monstrueux qu'une femme a porté.
« Et lorsque je voulus, moi. Dieu par mon génie,
« De mon globe natal retarder l'agonie,
« Et sous un ciel plus doux, un air plus transparent,
« Redonner la jeunesse à mon berceau mourant ;
« Toi, jaloux de mon œuvre et de ma résistance,
« Au disque du soleil tu gravas ma sentence ;
« Tu vainquis Sémida, l'univers a péri.
ft Mais pour d'autres combats l'abîme m'a mûri.
« rai hâte de te voir dans mon enfer descendre I
« La lutte de ce jour va balayer sa cendre.
« Ma force de la tienne enfin va s'approcher,
« Après plus de mille ans perdus à te chercher.
« Si Satan terrassé fut ton titre de gloire,
« Je tiens ma royauté de la même victoire.
« A toute ta hauteur sa chute me grandit ;
« Mes mains <mt rajeuni le sceptre du maudit ;
« Ce sceptre, usé par lui contre la race humaine,
« A changé de victime en passant à ma haine ;
« Ce sceptre s*est levé pour de plus grands défis ;
« Lucifer vainquit l'homme et j'ai vaincu ton fils.
« J'ai, plus haut que sa croix plaçant mon diadème,
« Commencé par ton fils à te vaincre toi-même.
« Défaite irrévocable! indélébile affront ! l !
« Au fardeau que je porte il a brisé ton front.
« Il n'a pu te haïr comme moi; sa faiblesse
« Nous a bien révélé l'enfant de ta vieillesse!
< Benjamin, qui croyait, chargé de tes leçons,
d Dans ma fertile Egypte acheter mes moisscns;
« Et donner son amour en échange des gerbes
c Dont mes mains ont lié tous les épis superbes! ! !
« Viens voir ce qu'il a su garder de ses splendeurs.
« Viens voir ce que je fais de tes ambassadeurs !
« Et du grand sphinx sur lui les hideuses morsures ;
« Ta honte ruisselant de toutes ses blessures.
« Viens voir, lorsqu'il montait dans l'empire dii mal,
« Du calvaire terrestre au calvaire infernal,
« Tout ce que nos fureurs, tout ce que nos calices
« Avaient mis de distance entre ces deux supplices ;
« Et quelles mains dressaient l'échelle des douleurs ;
« Et quels tourments germaient sous chacun de ses pleurs
iSO CHANT XII.
« Qaelsserpentss'enlaçaient au lourdbandeau d'épines, a Leurs baisers yenimeux sur ses lèvres divines ; . « Et la lance en mes mains, la lance au feu vainqueur, « Allumant mon triomphe aux fibres de son cœur. « Viens... »
Et déjà réclair de Tessence première, Comme un dais, sur le gouffire, élargit sa lumière ; Et Tœil d'Idaméel, défiant son ardeur, A pu, d*un seul regard, sonder sa profondeur. Qu'y voit-il?... on ne sait... C'est l'arcane sublime ! Le dernier mot de Dieu lorsqu'il parle à lablme! Et le monarque tremble, et ce front couronné, Balthazar de l'enfer, se voile prosterné.
Sur sa lèvre d'airain toute révolte expire.
Sa sentence flambloie aux murs de son empire. Lucifer près de lui, sur le sol douloureux S'agenouille... le Christ vient se placer entre eux, Et poser, consacrant l'heure où tout se C4)nsomme, Une main sur l'archange et l'autre main sur l'homme !
Mais l'éclair infini, tout-puissant, étemel, Même aux pieds du Sauveur dévore Idaméel ; Il dévore avec lui, tel qu'une tombe ardente, Les deux amants pleures par la muse du Dante ; Il dévore avec lui le grand sphinx et la mort. Et Satan protégé par mille ans de remord.
En vain le peuple entier du lamentable gouffre Redemande Thorreur de ses cercueils de soufre,
Et ses pleurs de glaçons, et ses chapes de fer...
Ainsi que le chaos a disparu Tenfer.
De cette région noire, maudite, impure.
Il ne reste plus rien, que la grande figure
Du Christ, dont les soupirs tant de fois triomphants,
r^'ont conquis que la mort pour ses nouveaux enfants.
Inexorables feux! brûlantes funérailles! ! !
Alors qu'un pélican s'est ouvert les enjtraiUes
Pour nourrir ses petits, quelquefois un chasseur
S'approche, et les lui pr^id sous le sang de son coeur.
L'oiseau blessé se dresse, et veut suivre dans l'ombre
Sa femille qui fuit aux mains du chasseur soml»e.
Mais la blessure est large, et regardant le ciel,
L'holocauste mourant ne peut quitter l'autel.
Et sur le même roc, victime inachevée,
Son sang baigne le nid où n'est plus sa couvée,
Et s'arrête, glacé par le froid des doulairs.
Pour achever apr4 de s'écouler en pleurs.
Et cependant ses chairs pouvaient longtemps suffire
A les nourrir en paix du paternel martyre.
Tous ces fils bien-aimés, qui venaient, tour à tour.
Lui dévorer le coeur avec des cris d'amour !
Oh ! voyez comme il souffre, à présent qu'il demeure
Tout seul, sans les enfants qu'en longs sanglots il pleure ;
Comme il souffre loin d'eux de ce tourments perdus,
De toute cette mort qui ne les nourrit plus !
Pour la première fois il sent dans son flanc vide,
Sur chaque fibre à nu courir leur bec avide.
Ses entrailles de père, inutile festin ,
Comme un serpent coupé se tordent dans son sein.
Si du rivage ému le vent plaintif apporte
êm CHANT XII.
De ses petîti ettprtiâi use plakite {Ansfofte,
Son œil brille, il tressaille, éeoute aviëement ;
Il croit qu'on les ramène à stm eQ(â)ra8semesQt !
Il croit les ressaisir, et son pou^ pkiniage
Se hérisae-âe joie avec un bruH sauTage,
Piur les aomnnr, aia qu'ils punsent aujourâ^hiri
Apprendre, sous sa nH»t, à m^Hrir comme M.
Mais ils ne viennent pas.... O victime abusée !
Recouche^toi loin 4'eux sur ton aile l^iisée ;
Sans éûdutor les pas eu oiiasiewr^i •'enfait ,
Sans iresMâlir «d'espok au v^it freid de la airit.
Bt^lenaiB, qumd du jour les leintes p«»puiinet
y iendvoot îMuflMner feur tes heriies «uurines
Ce sang, <[ue Fagonie À peine peut tarif,
Referme sur ton cœur tes ailes pour roowîr.
Cache, même au soleil, ta bleanire pro^^Mte :
Ton martjve est trop saint pour les regards du moade !
Il voudrait, triste okeau, te eonprevdre, et son esil
De tes trésoM d'amour profanerait le jieuil ! ! !
Mais bi^ plus lamentable est la haute victime,
Qui, ne pcnivant mourir de son œuvre sublime.
Reste les flânes ouvwts comme l'^>i8eau martyr,
Mvé de ses filants qu'on vient d'anéantir.
aaerifiee vain 1 6 Rédempteur stérile 1
Coœbien pesait alors ee calvaire inutile !
Oh ! combien grandissaient vos tourments suporfliMi!
Comblai vos bras sanglants laissaient tomber d'âus,
Que ne rattachait [dus votre sainte e^érance
Au lourd cercle épineux du bandeau de souffraneel ! !
Vous criâtres alors : — Md, le fils bien-aimé,
c( Je reste où fut Tenfèr : tout n*est pas oonsonmié ! ...
LE DEBNIEK BilRAGLE.
« Père, j^attemb; y attends sans remonter « Et 80118 ta volonté je me ta» et jfadore. »
Ledelverevons, le ciel et toue ses habitanis Se penchèrent, et puis pleurèrent bien longtemps Sur le grand jugetkient du Très-Saut; et puis È^ Ck)mme se réyeiilant d'un formîdaMe réve^ I^ ms le sein d'AM : — Vous me Favies donaéf Seigneur, cpi'avez'^ons fait de mon ffls premier-né?— Abel dit à son tour : — Sei^^eitf , c'était moù. frèM^^ Mais il ne parla pas pour consc^r sa mère.
Les prophètes voÛés gémissaient... Sémiéa
Que réclair en passant de ses feux inonda,
Ayec Idaméel avait senti son âme
£t se perdre et mouriif dans l'inTincible flamme.
Ses larmes éteignaient les mystiques trépied»;
Ses cheveux d'or voilaient la pâleur de ses pieds,
Et couvrant à demi la tri^e bienheureuse^
]Ve laissaient qu'entrevoir sa beauté douioorMOe*
On croyait eontem^er, sous ce voile flottanti
Le front décoloré du marbre pénit«&t,
A qui le grand sculpteur, sous sa main surhumaine,
A donné pour gémir l'âme de Madeleine.
« Idaméel 1 Idaméel I
« Oh I pourquoi suis-je remontée?
« Dans ton dernier regard ma vie était restée; « Je n'avais emporté que l'espoir dans le ciel. « Je préparais déjà ton vêtement de glo^e; n Je voyais déjà fuir la nuit jalouse et noire^
« Devant les splendeurs du réveil.
4S4 €HANT XII.
« Mon âme se perdait ravie en ton image;
« nus beurettse que Faigle en panant d*an nuage,
« Aux embrassements du sdeil.
« Nous vivons dans Faraour mieux que dans la lumière;
« Et je t'ai vu mourir... sans mxÀ !
« Que ferai^e à présent de mon ciel funéraire ? « J'hais venue à Dieu pour lui parier de toi ; «Pour lui dire: — Mon cœur souffre une peine étrange;
« Vos deux me cachent le Ixmheur ; « Vous ne séparez pas les deux ailes d'un ange,
« Et vous nous séparez, Seigneur ! — « rétais venue à Dieu, pour lui dire : — Je pleure, « Et je Taime; Tespoir l'avait fait mon époux; « Notre immortalité ne veut qu'une demeure :
« Être aimé c'est avoir sa place près de vous. « Au pied du mont Arar où nous nous rencontrâmes,
« Il m'appelait, et je l'ai fui ! ...
« En me créant. Seigneur, me f!tes-vous deux âmes,
« Une pour vous, l'autre pour lui ? — « J'étais v^ue à Dieu, pour prier et t*attendre, « Pour f attendre à genoux sous ses regards sacrés, , « Comme |m petit enfant près d'une mère tendre,
« Attend ses frères égarés ;
« Pour lui chanter les doux cantiques
« De l'exil où nous étions deux; « Les anges m'écoutaient; je me tenais près d'eux, « Et j'enseignais ton nom aux lyres prophétiques ; « Afin que ce grand nom, éteint au livre d'or, « Reparût sous mes pleurs plus radieux encor ; « Afin de te garder une place bénie « Parmi les purs eniants de la paix infinie.
« Leur extase n'est plus mon sort.
« Ah ! sans pouvoir mourir moi-même.
LE DERNlËil MIRACLE. 425
« Je sentirai toujours , sous mon beau diadème , « Passer dans mes cheveux le souffle de la mort. « Et je verrai pour moi se défleurir les eharmes
.« De l'inaltérable séjour ; « Et je ne saurai plus jamais d'où vient le jour ; « Et tous les lys du Ciel pleureront de mes larmes ; « Et mon éternité passera sans Tamour !
« L'amour, le chaste amour, extase belle et sainte, « De FÉden de notre âme éblouissante fleur, « Étoile au cercle d'or de ma couronne, éteinte
« Dans les ombres de ma douleur !
« Car près d'idaméel Dieu ne m'a pas voulue; « Pardonnez-moi, Seigneur, je ne suis i^us âoeîî...
« Depuis qu'il n'avait pas le sien, « J'avais prié pour lui comme un ange gardien; « Et je l'ai vu mourir, et tout mon ciel s'efface; « Et vous lui destiniez la tombe en le créant ! « N'avez-vous pu , Seigneur, puiser que le néant
« Dans les trésors de votre grâce ?
« Et les mêmes soleils s'allument pour nos yeux ! « L'orageux saint des saints a gardé sa colombe ; « Votre droite n'a pas fait chanceler les cieux , <( Quand la gauche jetait tant d'âmes à la tombe !
« Tant d'âmes reprises deux fois « Des bras ensanglantés de l'étemelle croix ! « Car votre fils lui-même, en sa tendresse immense , « Osait recommencer le douloureux chemin ;
« Vous avez jusque dans sa main
« Brisé son sceptre de clémence ; « Arraché de son front son titre de Sauveur, « Consumé son manteau de Messie en vos flammes ;
« Et pour arrêter sa ferveur,
4iS CHANT XIL
« Fait marcher ses pi^ds nus sur la cendre des âmes ! « Il combattait la ^lort, et vous la couronnez
« De la couronne expiatoire ; « Il voulait sur son cœur ses élus nouveau-nés, « Vous jetez dans ses bras le néant pour victoire ; « Et sa croix maintenant , arbre silencieux , « Ne couvre qu'un tombeau plus large que vos cieux ! »
Alors du saint des saints qui se dévoile et brille , „
Sortent ces mots. . . « Pourquoi murmurez-vous, ma fille?
« Le dernier cri du Fils jusqu'à nous est monté.
« Sa croix, sur une tombe, est Fiaunortalité I
« Pourquoi, vous confiant à la vaine apparence ,
« Croyez-vous vos regards plutôt que l'espérance ? »
£t déjà remontait, plein de pardons cachés.
Le formidable éclair vers les élus penchés.
Il s'ouvre, et l'on entend, comme un appel sublime,
Faisant sept fois le tour du luminei^x abîme.
Une autre voix, semblable au chant plein de douceur
D'un ange qui s'éveille en appelant sa sœur.
Et l'on suit dans son vol cette musique errante^
Comme l'aile d'un cygne et vierge et transparente;
Tendre comme un soupir de l'amour, exhalé
Vers l'amour qui l'attend de mystère voilé ;
Pure comme l'encens d'un beau lys bleu qui prie^
Cx)urbé sur la fontaine aux bois de Samarie.
Elle monte , et s'étend pareille aux grandes eaux ;
Embrasse l'infini d'harmonieux réseaux.
Et chaque fleur écoute, en la sainte vallée ,
Ces accords inconnus, mélodie étoilée.
Et l'extase et la paix, pour mieux entendre encor,
Ont sur le même autel croisé leiirs ailes d'or.
LE DERIHISR MIBAGLE. 4SV
prodige !... du fond de ces gouffres sonores On a vu s'éjancer en flottantes aurores , Tout un inonde d'élus sans cesse renaissant : Chaque note s'envole, ange resplendissant.
Et ces notes, ces chants, ce concert séraphique, C'est la voix du Seigneur, puissante et pacifique, Ressuscitant, aux yeux de son peuple ébloui , Tout ce qui dans ses feux s'était évanoui.
Innombrables essaims, phalanges rajeunies, Flots purs d'un océan d'extase et d'harmonies ; Peuplades d'immortels, que ne compterait pas Toute l'immensité des nombres d'ici-bas.
Gloire ! ! ! le sein de Dieu n'est qu'un foyer de vie Où rien ne se consume, où tout se purifie.
Gloire! ! î chaque être en lui prend un éclat pareil A l'albatros planant dans le matin vermeil.
Gloire 1 ! ! ce ne sont plus ces formes désolées. Des ombres de leur âme incessamment voilées ; Ces cris blasphémateurs ; ces fronts aux plis brûlants , Des foudres du Très-Haut labourés dix mille ans ; Ces cœurs désespérés, sépulcres noirs de crime, Dont le Christ tout entier n'a pu combler l'abîme ; Dont la flamme divine est venue engloutir Dans son orbe infini l'incertain repentir.
Ce sont de blancs esprits, des formes en prière, Croisant sur leur sein pur leurs deux mains de lumière ; Des coeurs resplendissants, des fronts dignes du Ciel, Portant dans leur sourire un bonheur immortel ; De suaves soupirs, une voix douce et tendre.
Que sans mourir d'amour l'on ne pourrait entendre. transport ! ô pardon ! triomphe de pitié !
4S8 CHANT XIL
De la création la plus vaste moitié, Cette mauvaise part de l'archange rebelle, Retrempée à sa source en sort pure comme elle : Elle brille et renaît pour un bonheur sans fin. L'ange tombé reprend les traits du séraphin; La grâce a sur son front dévoré l'anathème.
O famille nouvelle et cependant la même !
Miracle du Dieu fort au Calvaire ajouté ; Miracle qui remplit toute la trinité ! ! !
Un monde n'était plus, un monde recommence.
Blanchi, transfiguré dans ce creuset immense. Dans cet éclair sauveur, inextinguible feu.
L'enfer en ciel brillant jaillit du cœur de Dieu ; De ce sein créateur que tant d'amour sillonne, Gou£&e où la vie en feu dans tous ses flots bouillonne. Agitant l'infini comme un flux et reflux.
Orage rédempteur d'archanges et d'élus ! ! !
Il s'étend, il s'accroît, il jaillit, il s'épanche. Les splendeurs, s'entourant d'une auréole blanche, Semblables aux lueurs dont l'aurore en naissant Effleure le cottCau de neige éblouissant; Les trônes, déployant leur royauté suprême. Puissants et grands encore à côté de Dieu même; Les chérubins guerriers, sentinelles des deux. Qui rallument leur glaive à l'éclair de leurs yeux ; Les vertus, écartant leur manteau d'hyacinthe Pour laisser voir leur cœur, miroir de la loi sainte; Et les beaux séraphins, en triomphe élancés.
Que le cygne éternel dans ses chants a bercés; Rois de la grande lyre, anges de poésie, Ouvrant pour Jéhova leurs lèvres d'ambroisie : Tout ce peuple d'esprits, ardent, illimité.
Ce mystique univers de la mort racheté; Tous ces nouveaux enfants de la vie étemelle, Dans l'azur incréé fiers de baigner leur aile, Reconnus par l'amour, par l'extase applaudis, Nouant d'autres hymens dans les cieux agrandis; Et louant le Seigneur, et sortis de ses flammes. Et sur un même autel brûlant toutes leurs âmes, Autour du saint des saints volent étincelants : Comme autour d'un flambeau des phalènes brillants, Comme une vision douce et blanche se lève Sur le sommeil fleuri d'un bel enfant qui rêve; Comme autour de Tamra, jeune arbre au fruit vermeil , L'amoureux colibri vole en cercle au soleil.
Enlace chaque fleur du réseau d étincelles, Qu'allument en passant les joyaux de ses ailes, Ou semble s'endormir transparent, et fixé Dans un rayon du jour par son vol éclipsé.
C'en est fait, le triomphe a remplacé la lutte. Des générations le fleuve, dans sa chute.
Jusqu'au gouffre éternel roula précipité :
Des générations le fleuve est remonté ! ! 1 Tel, tombé de si haut dans l'abîme qui fume.
Tout le Niagara remonte en ciel d'écume ; Il échappe à la nuit qui vient de l'absorber. Il remonte plus grand qu'on ne l'a vu tomber. Prismes superposés, vaste amas de mirages.
Joignant le gouffre aux cieux et la roche aux nuages; Babel de visions dont se peuplent les airs ; BrouUlards dont la lumière a fait un univers. L'œil compte, en poursuivant les radieux fantômes. Autant de diamants que le fleuve a d'atomes.
Dans leblouissement de ces rayons épars ,
11 voit surgir, passer, flotter de toutes parts (Ébauches qu'eu leur vol la fantaisie achève. Architecte changeant de son humide rêve), Des forêts aux rameaux ruisselants, dont Ophir Semble avoir coloré les feuilles de saphir; £t de beaux coursiers bleus qui s'élancent lin^ides^ Avec le grand collier de leurs perles liquides; Et des soldats de brume, en légers tourbillons. Des feux de Farc-en-ciel armant leurs bataillons;. Et des fleurs de cristal, et de pâles trophées, Et les cercles tournants de la danse des fées; Et les gnomes d'opale, et les psylles trompeurs Prêtant leurs cheveux d'or aux franges des vapeurs.
bienfait plus puissant qu'autrefois la pardel La fleur du Paradis, en doublant sa corolle, Enivre chastement d'un parfum enchanté L'homme et l'ange complets «pour la félicité. Un saphir plus ardent luit aux célestes voûtes. Chaque âme s'éblouit, de la splendeur de toutes. Jéhova ! ! I grand artiste à notre enç^[i$ o^ert Qui pour doubler ton œuvre en retranches Tenfer 1 Bienfaiteur qui guéris la blessure cruelle Que la mort avait faite à l'âme universelle 1 ! 1 Jadis tu fis de rien ton univers géant.
Mais le mal est plus loin du jour que le néant ; La résurrection est plus que la naissance.
Tu n'avais en créant qu'essayé ta puissance; Tu n'avais que jeté le premier fondement D'une œuvre dont ce jour est le couronnement. Tu n'avais, moissonneur, que pr^aré le chatime Pour le plus bel épi de ton flottant royaume. Sois béni ! . . toute chute a remonté vers toi ;
LE DERNIER «MIRAGLE. 4^1
Tu peux dire à présent. Mon ouvrage c'est moi. Tu fais voir qu'il était un but à la sou£france : Terme le plus lointain du vol de Fes^raiioe, Donnant pour point d'appui le pardcm absolu A l'âme rachetée, à l'être réâu.
L'enfer bornait le Ciel ; le mal le bien suprême : Je crois voir l'infiui se compléter lui-même. Tu peux, triomphateur, repliant tes drapeaux, Plus qu'après les six jours rentrer dans ton jrepos. Oui , ton dernier bienfait n'est voilé d'aueune onâure : Ce binait est le mot des ^igmes sans nombre ; n explique le temps , Thomme, Fétemité, Il t'exj^que toi-même en ta divinité.
Ce bienfait apparut à l'oeil des Zoroastres, Écrit pour l'avenir sur la clarté des astres ; ¥X je eomprmds ensemble et la cause et l'effet, Alors que je t'admire à travers ce bienfait.
Éldm le premier, dont l'amour les contemple,
De la Jérusalem céleste ouvrit le temple
Aux adorations des nouveaux rachetés.
Les astres, proclamant leurs noms ressuscites,
Dû fond de l'infini pour les voir accoururent.
Des arsenaux divins les foudres disparurent,
Ou transformés d'eux-même en ineffable don.
Devinrent des soleils rayonnant de pardon.
Aux saintsfrémissementsdes transports qu'ilséprouvent.
Tous les cœurs séparés pour jamais se retrouvent.
Chaqueange heureux embrasse, aux pieds du Tout-Puissant,
Ce qu'il perdit coupable et revoit innocent.
Lucifer triomphant vient , libre de ses voiles.
Éclairer tes cimix même à son bandeau d'étoiles.
ê9Ê GHAHT XII.
Eve contre son sein a pressé deux Abel ; Sémida efaante et suit le yqA d'Idaméel.
Chastes époux qu'enfin le même cid rassemMe, Gomme deux eiders blancs qui voyagrait misemble. Ils trav^^nt l'azur des ort)es lumineux.
Devant la sainteté des ineffables noeuds, Qéophanor se lève, et sa voix patemdle Dominant tous les chants de la fête étemelle : « Je n'ai pu sur l'Arar ensemble vous bénir ; « La terre n'avait {Nais d'autel pour vous unir, « Mes enficints... et les deux étaient la basilique « Où devait s'achever votre hymen symbolique. « Toi , ma fille, si grande au moment du trépas, « Eve des derniers jours qui ne succomba pas ! « D'un mortel tout-puissant adorée et servie, < Aux foudres d'Éloïm quand tu donnais ta vie, « Ton martyre fécond renfermait dans son sein « Un prodige nouveau plus immense et plus saint. « Et déjà de l'exil où gémissaient tant d'âmes, « Ta psdme en s'allumant faisait pâlir les flammes. « Car du Dieu créateur doux et puissant bienfait, « Là femme a dû guérir le mal qu'elle avait Êtit. « Car autant que les deux , étemdle et profond « Un âme, en ses vertus, peut racheter un monde! « Oui , de deux infinis lien mystérieux , « Tu fus j^édestinée à ton sort glorieux.
« Oh! ma fille! c'est toi, c'est toi qui, la première, « Osas plaindre la nuit , au sein de la lumière ; « Tu vins vers ]e Sauveur, tu sondas en esprit « L'abîme de clémence au cœur de Jésus-Christ, a Quoique voilé de pleurs durant nos blanches fêtes, et Ton regard vit plus loin que l'œil de nos prophètes. « Ainsi qu'à ta guirlande, emblème de douteur.
« A l'arbre des enfers l'espérance eut sa fleur. " Et dans les champs si beaux de la sphère étoilée, u La récolte de Dieu par l'amour fut doublée. » Il dit... Le vol léger des deux époux bénis Se perd dans le Seigneur qui les a réunis.
Leurs cœurs sont embaumés de bonheur et de myrrhe ; Dans ces cœurs transparents le firmament se mire, Et n'y rencontre pas un seul amour moins pur Que les feux constellant sa coupole d'azur.
Cieux, chantez! car du fond de l'œuvre expiatoire Le Fils qui manquait seul à la sainte victoire, Remonte vers le Père ; il vient, Emmanuel, Prendre la place vide au sein de l'Étemel.
Les heures d'agonie à son front resplendissent , Les sept palais divins d'eux-mêmes s'agrandissent. Il monte au premier ciel par de vivants chemins. Échelle de soleils échappés de ses mains ; Et chacun des degrés que l'infini seul compte, Rayonne de splendeur moins que le pied qui monte. ~^ Oh ! qui commencera l'hymne du Fils vainqueur ? La mère immaculée ayant sa harpe au cœur.
MABIE.
» Gloire au triomphateur ! Gloire à l'agneau fidèle ! Il vient revivre en moi, sur mon sein maternel. Quand chaque mère avait son premier-né près d'elle, Qu'il manquait, sans mon fils, de bonheur dans le Ciel! Je veux, comme une vigne en fleurs, après l'orage, Répandre doucement la fraîcheur et l'ombrage Sur les pieds fatigués de mon unique enfant.
iSi CHANT III.
Je veux qu'environné de sa grande Êimille,
Le r^rd de sa mère brille, Comme une vive étoile à son front triomphant. »
Et le fils remontait ; et l'hymne de délice
Des fleurs du second ciel enivre le calice.
Salomou, de 5>aba reçut moins de présents,
Que le plus humble lys n'envoie au Christ d'encens.
D'une rosée en feu l'hyacinthe étincelle ;
Le baume du diphise en filets d'or ruisselle ;
L'hélianthe, s'ouvrant dans toute sa beauté,
A d'un fleuron de plus orné sa royauté ;
Et LA GLOIRE DU MONDE enlacc ses spirales
Aux groupes embaumés des roses sidérales.
Qui tournent vers le jour venu d'Emmanuel
Leur beau calice où dort une perle de miel.
Les anges de la mort dans ces splendeurs nouvelles
Viennent laver le deuil étendu sur leurs ailes.
Et chantent pour le Fils, quand l'ineffable bain
Retrempe de clartés leur corps de chérubin.