‹ La divine épopéeChapitre 17 sur 18 · Livre ouvert pour le juste en toute sa clarté · texte numérisé non relu

Livre ouvert pour le juste en toute sa clarté

Mais que l'œil du méchant couvrait d'obscurité.

Le dieu vainqueur passait sous ses arcs magnifiques,

Ceint du bandeau pourpré des princes séraphiques.

Ayant brisé la coupe où son orgueil a bu,

Idaméel, lion de la grande tribu.

Se lève ; sa pensée et rajeunie et pure,

Flamboie à son beau front avec sa chevelure ;

Signe phosphorescent de puissance et de foi.

Couronne du génie à sa tête de roi.

IDAMEEL.

« Gloire I je puis chanter l'ineffable délire, L'extase de l'amour qui me sert de remord.

L'hymne d'Idaméel ne brise plus la lyre, Le nom d'Idaméel ne donne plus la mort.

Nombreuses nations, dont j'étais le prophète. Nulle de vous ne manque à Fangélique fête Qu'aux élus du pardon donne l'éternité.

Miracle lumineux que tout regard contemple, Quand Dieu vous montre dans son temple.

LE DERNIER MIRACLE. i37

Pour miracle plus grand mon cœur ressuscité ! »

Et le cinquième ciel, sur la route bénie, Ouvrait au fils vainqueur sa sphère d'harmonie. Où, comme sept esprits de Dieu même exhalés, Flottent dans leur berceau les chœurs des sons ailés : Coupole qui frémit radieuse et chantante ; Cloche infinie, aux mains du Seigneur palpitante ; Orgue que font vibrer les souffles tout-puissants ; Comme, aux nuits de Noël, chante à travers Tencens Ce grand dôme, moins près des humains que de l'ange. Qu'à la hauteur de Rome éleva Michel-Ange.

Et l'amante, bercée en son enchantement.

Sur les prés embaumés qu'inondent mollement Les fleurs de l'ibéride et de la blanclie vigne. Neige du Paradis où dort son vol de cygne ; L'amante de sa voix vient unir la douceur Au chant des séraphins qui lui disent : — Ma sœur ! —

MADELEINE

« Gloire ! et que du combat notre hymne te repose ! Ta bien-aimée attend, viens, tu l'admbreras; Viens, nous parfumerons d'amour tes pieds de rose, Et sur le cœur qui veille, agneau, tu dormiras. Ton front est sorti blanc et vermeil de l'épreuve. Dénouant à genoux sa ceinture de veuve, Jérusalem se baigne en des flots de fraîcheur ; Enlace à ses cheveux la perle immaculée.

Et dans la céleste vallée, Jette à tes lys en deuil des soleils de blancheur. »

£t le Christ, à plein vol, au sixième ciel passe. L'hymne de Madeleine a brillé dans l'espace, Reflet mystérieux du regard bien-aimé, Plus que les Chérubins du cortège enflammé.

Chaque âme a son accord, chaque cri son extase ; Tout pleur sort diamant de l'amour qui l'embrase. Salut, Emmanuel ! Emmanuel ! printemps De l'année éternelle aux parvis éclatants ; Tout TEden, effeuillant ses mystiques corbeilles. Comme un bel arbre en fleurs sur un essaim d'abeilles, Répète Emmanuel ! avec tes chants d'amour, Des délices du ciel ce grand nom fait le tour ! S'illumine en passant des feux de l'auréole.

Comme, sous un éclair, un jeune aigle qui vole ; Et de ce vol immense, arc-en-ciel triomphal.

Couvre l'arche, voguant sur la mer de cristal A travers les palmiers consacrés aux prophètes , A travers tous les chœurs des immortelles fêtes, De phalange en phalange et d*autel en autel, L'immensité répond au nom d'Emmanuel.

Il éclate adoré de lumière en lumière :

Ame des encensoirs où flotte la prière, Chanté sur le kinnor, jeté de ciel en ciel.

Des clairons de l'archange aux sept voix du Nébei ; Nom toujours plus sacré, nom toujours plus sublime , De la crèche à la croix, de la croix à l'abîme, Et de l'abîme au saint des saints, où son essor*^ A chaque ascension rapporte un monde encor»

Et comme ivre de joie, à ce nouveau baptême.

L'orbe de l'infini tournoyant sur lui-même, Chante et fait ondoyer sa ceinture de feu.

Zodiaque étemel plein des signes de Dieu.

Et Lucifer, paré de ses spleodeurs natales, Debout sur les saphirs, qu'on a jetés pour dalles Aux degrés du lieu sainte rend à sa harpe d'or De ses hymnes perdus l'harmonieux trésor.

LUCIFEB.

« Gloire ! ma jeune voix n'a plus de chants funèbres , Je reprends aujourd'hui l'hozanna commencé Avant que sur mon cœur, épris de ses ténèbres, L'enfer de dix mille ans, jour à jour, eût passé. Leur souvenir se perd dans mon hymne d'extase. La place où fut l'abîme à la croix sert de base : Arbre qui jusqu'à nous, de douleur en douleur, A travers l'infini vint plonger sa racine ; Et qui devant Dieu seul incline Ses grands rameaux d'élus dont l'archange est la fleur.

Et le Fils, comme après le terrestre calvaire. Vient s'asseoir pacifique à la droite du Père ; Et colombe de feu, l'Esprit éblouissant.

Au triangle incréé du Père au Fils descend.

ÉLOÏM

Magnifique présent! brillante renaissance!

L'ange n'est plus jaloux de l'homme racheté.

Ton peuple, ô Jéhova ! doit à la triple essence Du salut des enfers toute la majesté.

Et dans l'immensité gracieuse et fleurie, Il n'est plus d'exilés qui pleurent la patrie ! Tes deux créations n'ont qu'un même jardin :

Comme deux lotus bleus sous l'onde cristalline.

UO CHANT XÎI.

Deux aurores sur la colline, Deux orients jetés dans le céleste Éden!

SÉHIDA.

Mon rêve est accompli... Sainte métamorphose ! ! î De ma vie, ô Seigneur, tu me rends la moitié. Le bûcher des douleurs a son apothéose ; Je lisais Tavenir écrit dans ta pitié !

J'enlevais, dans l'espoir qu'on appelait démence , La borne où ta justice arrêtait ta clémence.

Je devançais le vol de cet hymne au saint lieu ; J'agrandissais le jour que ton regard colore ;

Dans mon cœur je sentais éclore Le beau lys du pardon sous l'haleine de Dieu,

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