II
forme à rôpinion d'Origèiife , est le rêve d'une àmë grande et généreuse, d'une ôme mue , comme celle du Gbrist, par un immense amour pour l'humanité. Bt quelle exécution paissante, quelle pompe d'ima^geïr, quel charme entrai^ nant , quelle heureuse peinture de caractères! Où trouver^ dites-le moi , même dans Milton » ce tableau de la partie du elel habitée par les enfants morts au berceau » cette description du sphinx , Cette ravissante figure de Sémf^a, cette apparition grandiose du Christ aux régions del'abtme, eette magique invocation à la poésie qui renferme cette strophe enivrante :
Poésie , 6 printemps qu*iin séraphin ramène, Prtetemps harmoAieox de la pensée humaine , Oh 1 laisse dans notre Âme ourerte à tes couleurs. Chanter autant d*oi<eaux que les prés ont de fleurs; Pour nous rerser leur miel ^ invite à tes corheiltes Le radieux essaim de toutes tes abeilles; Féconde è ta rosée . à tes rayons amis , Tous les germes d*extase en nos cœurs endormis !
Où trouver, dites-moi , quelque chose qui puisse entrer en balance avec ces chants qui terminent le poème : Les Trois heures du nouveau Gethsemani, le Calvaire dans les en^ fers, et le Dernier miracle? Voilà , nous osons le dire en toute confiance , le dernier mot de la poésie.
Là Phalange :
«La seule épopée possible dans ce siècle était la Divine Épopée. M. Alexandre Soumet a eu la gloire d'avoir saisi dans le vif la seule idée épique des temps modernes; il a eu cette gloire de n'avoir laissé en dehors de son sujet pas une des grandes idées qui aient été jusqu'à lui conçues ou reçues par un cerveau hnm^n ^ pas une des ^ndes aspirations qui aient ému l'àme humaine. »
M. Hippolyte Lucas , après une rajnde analyse du pdëme, dans le Courbier Français :
« Ces luîtes élrangesse sanctifient de toute la divinité de la poésie. Elles prennent le caractère des fresques de Michel-Ange et de Raphaël; elles ne seraient pas déplacées au Vatican. Nous n*hésiterons pas à dire que la poésie fran. çaise a rarement pris un vol plus haut que dans certains passages magnitiques de ce poème, qui s*élèvent à la hauteur des plus hcaux morceaux du Dante et de Milton. Un style ondoyant, mélodieux, une grande énergie d'images, des tableaux gracieux et terribles recommandent cette œuvre importante qu^il a fallu une rare patience pour accomplir dans une époque aussi pei\ propice que la nôtre aux longs et savants travaux...
« La peinture des ivresses de la vierge Marie au ciel est une des plus suaves qui existent dansia langue des vers. M. Alexandre Soumet a décrit treize visions infernales qui ne laisseront rien à désirer aux imaginations éprises de terreurs, que l'épisode d'Ugolin , dans Tenfer du Dante , n'auraient pas contentées jusqu'ici... »
M. H. Denain , dans la Gazette de Fbange :
« S'élançant à la manière du Dante, de Milton et de Klopstock hors du monde réel pour plonger dans les profondeurs de Tinfini, une épopée nouvelle vient d'apparattre... Tout en condamnant la donnée principale de la DiyiN B ÉPOPÉE , nous ne fermons pas les yeux sur les riches conceptions éminemment poétiques qui la distinguent, nous reconnaissons que ce poème renferme des beautés du premier ordre. Le ciel, Tenfer, la description de TOrient dans sa nature, dans ses monuments et dans ses productions, cette grande figure de TAntechrist disputant à Dieu le monde prêt à finir, et quelques autres chants suaves, sont des morceaux que JftT. Alexandre Soumet lui seul pouvait écrire. »
M. Poujoulat , dans la Quotidienne. Après avoir fait le sommaire de tous les événements qui servent de
charpente à l'action de ce vaste poëme , le critique poursuit en ces termes : '
« Tel est le poème de M. Alexandre Soumet ; complétez par rimagination Timparfaite idée qu'une analyse rapide a pu en donner, joignez-y une ricbe poésie, et vous comprendrez que M. Alexandre Soumet Tient d'entrer dans la grande famille de Dante, de Milton et de Klopstock, et que la France a désormais son épopée. »
M. de Monteur, dans la Fbangb :
, «Ilfautavoirlu laDitiice Epopée pour pouvoir se faire une idée des richesses d'imagination et de langage qui ruissellent sous la plume de M. Alexandre Soumet. La description du ciel et du bonheur des anges renferme de ravissantes pages ; les peines de Tenfer sont tracées avec une énergie de pinceau qui les fait sortir complètement des peintures traditionnelles que nous ont léguées la poésie de Tanliquité et celle du moyen-âge ; la création d'Idaméel , cette pei^ sonnification de la science et de Torgueil humains arrivés» aux derniers jours du monde, à leur plus gigantesque apogée; celle de Semida, la femme blanche et pure dont le cœur a recueilli la dernière étincelle de foi égarée sur ce monde prêt à finir, sont des créations véritablementépiques.
M. L. Xavier Eyma , dans une feuille spécialemeAt consacrée aux débats littéraires et artistiques :
a La Harpe, en regard d'un long article de méticuleuses critiques et de froid enthousiasme à propos de la Henriadef a osé écrire que la Divine Comédie du Dante était un poème monstrueux et rempli d'extravagances ; que les scènes du Paradis perdu de Milton étaient plus dignes des crayons de Callot que du pinceau de Raphaël. Voilà comment Viïlustre critique du siècle dernier jugeait des œuvres de génie! Que dirait-il aujourd'hui s'il vivait en-
eme çbb doàt mmi ne téiâ&tdêrî&às pàk tteu) d^tin' po&ihé de la même famille que ces deux grandes épbpéei», eûhniM des plus beaux rêves de Timagination? Sans doute ce qu'il a dit de ses aînés : il rappellerait une monstruosité et une caricature. Ce qu'il y a de consolant, c'est que là Ditinb Epopée pas plus que la Divine Co,médie et le Paradis pèrdut ne souffrirait pas d'un pareil jugement. Trop naturellement, les œuvres du Dante et de Milton devaient arriver sous notre plume pour ne pas les rapprocher de l'ouvrage de M. Alexandre Soumet; ces trois poèmes piattent côte à côte dans les régions de Téther comme trois colombes baillées de lumières; etdâDfs ce beau pa^dis, oii M, Alexandre Soumet fiait si dignement entrer les grande poètes , Botis voyons dans le même ^upe, se donnant là main, ses deux frères aînés et lut.
« Milton a eha«té la chute de Thoûime; le vieux Dante^ rénnissant dans un même drame le paradis , le purgatoire et l'enfer, en a fait une divine comédie; le sujet du poème de M. Alexandre Soumet à'est ni moins grand ni moins beau : c'est tout simplement le rachat de l'enfer par le einrist...
« Ne nous préoccupons en é& moment d'aucune question de dogmes Religieux ; s'ils sont détruits , comme on l'a dit , par ce généreiiix rêve d'uâ grand poète , laissons au pape le soin de réprouver la Divine Epopée ; soyons critique, c'est notre rôle, avant d'êXre catholique, apostolique et romain : Nous louerons safrs cohteste l'œuvre de M. Alexandre Soumet , et nous n'aurons point le courage, au milieu de douze ou quinze mille vers, d'en exhumer une centaine un peu négligés, de relever quelques erreurs de rime, de style même : nous passons volontiers l'éponge fà-dessus. il nous faudrait en revanche plus de place que nous n'en avons pour louer toutes les beautés de ce poëme, beautés, je puis le dire , sans rivales de nos jours. Je tiens comme un chef-d'œuvre de description, de poésie» de style, de mouvement , les trois tables d'airain d'Idaméel ;
le passage ^ amours et Ue la sédufStiAB de S(&mi4â m ravissiaût de grRe, et ce n'est p^s Ifi ^tU ttà <^lte qualité éminei^t^ ()e la pojésie a trouvé place.
a \:\\\miT^ ai^te^r 4^ 5au2 viei^t de |»io{iorter coatie notre iodifféreope )a plus iosigi^e vicl^ire qpi se puisse vinicontreF ; .e| plus de yiogt mille francs d^j^ i^cpités par le poète n^s sont pas ei^cpre suffisants , selon ipapi , pour réconpenser dojize ou quinze années de labeur, et ui|e œvvre qui place désormais son auteur à c6té de MUton et de Dante. Il nous reste encore une flbre poétiqoe ; noua nV yons pas, Dieu merci, émoussé tous i^os nerCs sur tes mauvais romans qui p^it inondé notre époque. Gloire k ce 9,iècle,puisqu'uii livre Wfim» \-à Diyhf b Epopii y a tnMifé place. »
M. Ëug^e Stourai , 4ai|s ïm Pbem iba VUÀtÀjus-
TÈBE :
(( 4 nos yeux, H. Alexandre Soun^t n*apaa &it vsk poëme épique; il n'y a pas là un drame simple qui résume le 96nie d'une éppque, comme Homère le fit pour l'antiquité et Dante pour le moyen-àge. Le dix-neuvième siècle n'est pas dans La Ditiihs Épopé^ plus qu'ailleurs , il n'y est figuré que sous un seul de ses aspects; mais si une c^vre sans nom est digne d'intérêt, alors que les qualités les plus rares s'y rencontrent à un degré éminent; si tontes les tendances mystiques y trouvent une large et merveilleuse satisfaction; si ce bespin de renouvellement intégral, de rénovation absolue, qui tpurmcnte les âmes d'élite s'y exprime har* moiâieusement , alors, oubliant les routines des vieilles poétiques, nous admirerons sans réserve les essors indépendants du génie moderne se donnant pour objet la grande synthèse de la vie , et n'ayant d'autre unité de lieu que l'espace infini , d'autre unité de temps que l'éternité...
« Et maintenant voilà qu'il ne nous reste plus de place pour dire toutes les effervescences d'admiration que le
gnund , que Timmense talent poétique de M. Soumet a dégagées de notre esprit comme le foyer électrique £ait pétiller des étincelles sur le corps! Nous aurions voulu parler de ces épisodes qui sont autant d'œuvres d*une baute poésie , si riches qu*ils ont peut-être le rare défaut de trop absorber en eux, comme un acteur de premier mérite qui serait chargé d*nn faible rôle ; de ces métaphores qui rendent la pensée évidente en même temps qu'elles ravissent rimagination la plus rebelle à force de grâce et de beauté ; de ce don de poétiser qui transfigure le monde réel et donne au moindre objet les splendeurs de Tidéal. L'espace est un des attributs de la fatalité! disons seulement que si cette œuvre n'est pas un poème épique , c'est peut-être l'initiative d'un genre encore plus grand !... »
L'Écho db la. Ltttébatube et des Bea.ux-Abts
DANS LES deux MONDES :
« Tandis que le génie de Dante, de Milton , du Tasse, de Klopstock, dotait lllalie, l'Angleterre et l'Allemagne dé créations puissantes , de chefs-d'œuvre d'inspiration , de verve et d'originalité, la France, si riche et si féconde dans tous les autres genres de littérature, se montrait complètement stérile sous le rapport de la poésie épique. Maintenant on ne pourra plus l'accuser d'impuissance, l'apparition de l'œuvre nouvelle de M. Alexandre Soumet est de nature à fermer la bouche à ses plus ardents détracteurs.
«Le poêrae de M. Alexandre Soumet n'a rien de commun avec aucun de ceux qui l'ont précédé^ la conception en est tout à fait neuve et originale. Le poêle n'emprunte rien à l'histoire du passé. S'élançant bien au-delà du temps et de l'espace, il nous raconte l'avenir; il tente de déchirer le voile qui le cache à nos yeux , il essaie de nous initier aux mystères de la suprême intelligence. On le voit, la Divine Epopée est , sans contredit, la tentative la plus hardie qui ait encore été faite dans le domaine de la poésie épique.
» Hilton a chanté la chute de Thomme, Klopstock sa rédemption; M. Alexandre Soumet, lui, a osé davantage : il a voulu ajouter un troisième et dernier acte à cette grande tragédie. »
Et plus loin :
« Nous avons essayé de vous donner une esquisse de la DiTiHE Epopée. Maintenant , joignez-y de nombreux détails qu*on ne saurait analyser sans en détruire le charme ; drapez cet ensemble avec une poésie à la fois douce, grave et majestueuse, pleine d'Images; puis, donnez-lui Tàme que M. Alexandre Soumet lui a donnée, et vous aurez une idée d'une des plus grandes comportions que la littérature ait produites.
a Le chant du ciel est comme un magnifique péristyle qui ouvre le poème. C'est bien là ce même paradis que Béatrix montrait à l'exilé de Florence; et notre poète semble le chanter avec la lyre d'un séraphin.
« Le chant de VEnfer qui suit offre un heureux contraste avec le précédent. C'est l'ombre du tableau. Mais quelle couleur et quelle poésie I On a dit avec raison que c'était le plus beau morceau du poème. On y sent en effet d'un bout à l'autre un soufQe du Dante. Après tout ce qui a été dit et fait sur ce sujet depuis Homère jusqu'à Chateaubriand, il était assez difficile d'innover. Le poète a fait plus que vaincre cette difficulté, et ses treize visions resteront comme un chef-d'œuvre d'invention et de style... »
M. Le Brisoys , dans la Pbovince et Pabis :
«La DiTiifE Epopée semble être le complément du beau poème de Klopstock : c'est la rédemption des damnés aux enfers, comme la Messiade est la rédemption de l'homme sur le Golgotha. Mais convenons que là où le sentier était battu et frayé pour l'auteur allemand , M. Alexandre Soumet n'avait d'autre Issue que celle qu'il pourrait se faire
lgi-g)èfl[ie ; r^ji n'eu| qu'à copier le NQuveau-Te^Miment; soD poëme était là tout entier; il le fit, jl est vrai, avçc génie. Mais enfi^ la Bfessiade existait avant Klopstock, une Messiade d'une grandeur et d'une simplicité sublime, et cette Messiade est TÉvangile. L'auteur de la Divine Epopée, lui , avait tout à créer, et quelle créatiç^I Le Sauifeur une seconde fois crucifié, Tenfer racheté par le sang du Christ, qui s'inmiole 4e nouveau ot centuple ses souffrances pour briser à tou( jamais les chaînes de feu des mauvais anges I Assurément il faut tenir compte au poète de la difficulté énorme quMl n*a pas craint de heurter de fîfont, — lui en tenir compte pouF Feicuser, s*il ne Ta pas constamment surmontée, — lui en tenir compte encore, pour lui adresser des louanges, si cette œuvre dantesque B*a pas rencontré ses bras trop faibles...
« On rencontre dans le troisième chant une verve, une Imagination puissante , qui viennent souvent s^asseoîr bien près de Dante, et il serait difficile d'exprimer d^une façon plus forte l'admiration qui nous a maîtrisé à la lecture de cette partie du poème. Chez le sombre Italien, les tortures de son enfer sont toutes matérielles , toutes physiques: c'est Ugolin qui ronge le crâne de son bourreau; chez M. Alexandre Soumet , les souffrances sont toutes morales sans être moins terribles, tant s'en faut. Nous choisirons dans les treize visions infernales, toutes fort belles, la première, qui renferme le plus de ce sublime plein d'horreur, dont fourmillent les pages de l'ancien poète Gibelin. Quoique longue, nous ne pouvons nous dispenser de la citer ç^ entier.»
Après avoir reproduit la première vision, M. Le Brispys continue ainsi :
« Voilà qui est beau à la manière d'Alighieri , épouvantable comme l'expression de douleur du Laocoon ; c'est le Sysiphe de l'antiquité, mgis c'est d'un terrible plus saisis-
éafit enèofe. 6ët épisode nous a paru dé ta p\n& haute poésie et de la plus grande conception. Les autres visions inr^ fsmales sont pour la plupart, quoique d'une touche moins vigoureuse, des compositions remarquables : V avare et îà coqiiette entre autres sont des tableaux tracés de main dé maître.
« Le chant suivant offre aussi dés morceaux d^une riche poésie ; nous sommes bornés par notre horizon : malgré notre vif désir de les citer ici, nous ne ferons que les indiquer ; ce sont les trois histoires du Voluptueux, de i^éroti et de Don Jûàn, racontée piar eux-mêmes au sein de Torgîé infernale dont nous avons parlé plus haut... »
M. L. Ddayâftt, à fnrôp(ys de li DîviAÉ Épopée j éaitttACôABÈîrtfe-iNPifttÉtfeê, Où il a publié une sàvaiite bTochttfé, àj^âht jpotiSp titre db L'E-tÈBiîiTÉ
«H. àhisiodrà Soumet è'é^, eii èfttétiétt, prostérhé èhee Hspeet devàM le Wvfiiitirè U plus rédùUtable dH eatîlolicisme (I*f^^cè, page 12 ), tandis quMl pKibliait son p(06iÉle, ei ëê h*e^ pas not^ qU! htî eh fero!6ts uft ^proche.
«On a-beau être poëte à r&tne téftdre^^ fèveuse, à Timàglnatloà (delne d'espiétance et dé i^lancoUe , èlte chré:. fièii ptkt le caSât et j)ar Vé\^ èMifne par là peAsée et pat là soumission, ou n'en est piâs moins dfe son teiïips, et notre Ige, qtiéïque mal qu'A ait dit de son pèfé, reste îe fils très-l^time et gaMe !à ptôi&ûôè etnpreinte de ce diî-huitième siècle , qui se proclama Wl-iflême le siècle de la philosophe, c'est-à-dire de la critique et de l'examen. Qu'il s'en soit rendu compte ou noù, M. Alexandre Soumet a eu le hoà et noble esprit de ne point chercher à dissimuler ce caractère. Disciple de saint Luc , mais aussi de Kant, ajantlu l'Apocalypse et les iftjstiqtres rêveries de Swedenborg, il n'a pas, au moment d'écrire une épopée, cherché
I refli^oduiré fiomèrô oU mttie Dante, n h'avait pas,
— XYI —
comme Fun, à poursuivre avec joie jusque chez les dieux la preuve de la supériorité d*une race sur une autre et à peindre toute une époque dans ses tableaux ; il n'avait pas, comme Vautre, à épancher une haine portée à la plus haute puissance par les passions combinées du théologien et de rhomme de faction, par les souffrances du proscrit, une haine digne de rêver et de peindre Penfer; il aimait rhu<* manité tout entière, il souhaitait et espérait son salut; érudit et penseur, il était arrivé à croire à cet heureux avenir ; poète, il n'a point renié cette origine de sa pensée, il Ta seulement revêtue de poétiques couleurs, montrée sous toute la puissance de Taclionet du drame. Les commentateurs du Tasse, et le Tasse lui-même, n'ont paru que ridicules en cherchant des allégories théologiques sous les se* duisantes fictions de la Jérusalem délivrée et en essayant de retrouver les vertus théologales au milieu des jardins d'Armide ; mais rien de semblable n'est à craindre ici : il ne s'agit pas d'allégories détournées ni même d'allégories. La pensée philosophique est évidemment et l'àme et le corps même de la Divine Epopée. C'est, à notre gré, de la plus véritable et de la plus noble originalité.
« En vain le maître d'écrire a dit : Ce n'ejf qw Voir â^ath trui qui peut déplaire en moi , presque tous les poètes ont voulu se hausser en empruntant des échasses.M. Alexandre Soumet n'en a point emprunté : et il n'en est que plus grand pour n'avoir revêtu ni le manteau grec, ni la toge romaine, ni la casaque du moyen-âge; pour nous, du moins, nous ne connaissons nul poème qui soit à la fois plus original et moins bizarre. »
M. L. Délayant fait ensuite l'exposition de cette pensée philosophique qui domine la Diyine Épopée, et après une longue et savante controverse métaphysique, aborde l'examen critique de ce poëme :
<x ... De son exorde M. Alexandre Soumet a fait un
tableau , et ce tableau est grandiose : un aigle est brisé par Forage quMl a osé braver : une de ses plumes est jetée aux pieds du poète , qui, comme Vimpiré de Pathmos , veut s'en servir pour tracer
Les récits étoiles de son drame mystique»*
« C'est par la description du ciel que s'ouvre là Ditine ÉPOPÉE. On sait quelle difficulté oflVe un tableau de cette nature, et combien ont échoué dans cette peinture ceux même qui ont su le plus nous effrayer par celle de l'enfer. Cette difficulté est au moins à moitié vaincue... Les couleurs en sont d'une richesse incontestable... Dans quel poème, dans quelle langue y a-t-il un tableau plus délicieux que celui du paradis des enfants? Dans un autre genre, l'invocation à Milton est sans contredit un beau et splendide morceau. A ses alexandrins M. Soumet a uni ({uelques strophes, et ce mélange, qui n'est plus une invention, est d'un bel effet.
« Le second chant, presque tout entier en dialogue, est écrit avec une grâce et une pudeur élégiaque, qui nous semblent , à vrai dire , le caractère spécial du talent de M Alexandre Soumet, et qui le remplissent d'un charme indicible... L'analyse peut et doit remarquer la donnée pleine de génie de ce chant et tout l'art avec lequel elle est fécondée.
« Suit la description de l'enfer; l'enfer c'est l'œuvre de l'orgueil et de la haine, et chaque passion y enfante sa couleuvre. M. Alexandre Soumet a mis un grand art à réaliser cette pensée : là les idées morales et les tableaux physiques s'entremêlent mutuellement de telle manière que l'imagination est toujours effrayée sans que rien choque jamais la raison. Treize visions infernales apparaissent au poète: la première surtout est terrible et brillerait encore parmi les plus belles du Dante. M. Alexandre Soumet n'a pas de pages plus énergiques. »
— XTIli —
M. L. Délayant s'exprime en ces termes ^ lorsqu'il veut rendre l«s impressions qu'il a ressenties à la leeture du chant intitulé : Appakitioîi bu Ghbist avè.
BEGIONS DE l'abîme '.
a . .. Ab ! c'est ici qu'un cri d'admiration devrait remplacer Tanalyse, impuissante à rendre de telles beautés! L'action s'est fait attendre, il est vrai ; mais de quelle manière elle s'engage ! Qu'y a-t-il au monde de plus poétique et de plus chrétien que cette reconnaissance du Christt C'est là un pathétique entièrement nouveau. Le chant suivant est au même niveau...
«... Mais les plus magnifiques ou les plus ravissants détails ne feraient pas un beau poëme; or, telle est l'œuvre de M. Alexandre Soumet , et elle le doit surtout à la richesse et à la nouveauté de la conception .•
« Des journalistes, nous n'osons pas dire des amis dé M. Alexandre Soumet , se sont hâtés de placer La Ditine Épopée à côté , sinon au-dessus des merveilles de la muse épique ; nous ne nous prononçons pas sur cette question; notre vue est trop faible pour atteindre à de telles hauteurs , et nous ne prédirons surtout rîen sur la popularité qui attend l'œuvre de notre compatriote de quelques jours ; nous nous contenterons de dire en terminant que notre siècle n'a, à notre sens, rien produit d'aussi poétiquement beau que ses cinq derniers chants, et de rappeler avec quelque confiance les mots qui commençaient presque cet article : Nous ne connaissons nul poëme qui soit à la fois moins bizarre et plus original. »
M. Adolphe Delangle , dans la RÉvtJB bu Gal-
TADOS :
« M. Alexandre Soumet a su édifier donze chants où sont entassées avec une étonnante profusion toutes les richesses et toutes les prodigalités de sa muse. Sa verve descriptive
M se bsse ]MSi§, fl dé|)ë!ÏÏt à(t^é tiifé ](^lfeâeé 4ùfl ii*éxdut point la vigueur; il décrit longtemps et avec bonheur les différents milieux où agissent ses héros. Sous ce rapport , on peut dire qu'il a une mise en scène magnifique. Quand il tient une figure, il s'y arrête avec amour, il y revient, il polit ses contours, elle est bien; il faut qu'elle devienne un ange; un vers de plus lui fait franchir la sphère de Tidéal , et l'on ne conçoit plus rien au-delà dans l'ordre du beau. La langue poétique, si rebelle et si capridense, devient dans ses mains Tinstrument docile de sa pensée. Il a le secret dé tout dire en vers ; c'est à confondre ceux qui connaissent le procédé technique. Il donne un corps aux abstractions ïes plus métaphysiques et aux êtres tes plus impalpables. ïl y a dans son poème des parties didactiques sur la science et sur l'art, qui paraissent dans ce genre la Ifmfte du possible. Il traduit pour le cœur les émotions !és t)lus insaisissables, il fixe sous un mot les mœurs les plus fugitives de la sensibilité humaine.
« Dans toutes les allusions politiques du livre, on n'accusera pas M. Alexandre Soumet de brijguer la popularité iacile de ces muses qui chantent les deux pieds dans le sang, qui flattent les instincts les plus turbulents, qui exaltent les passions les plus orageuses; M. Alexandre Soumet n'est point un de ces courtisans de la foule : il s'écarte toujours de cette civique enflure et produit des effets plus durables avec des procédés plus simples et une pensée aussi généreuse.
cr La Divine Épopée vient de se placer, à sa naissance, au premier rang de notre littérature nationale. Elle n'a pas attendu comme tant d'autres à la porte du temple , elle a entraîné l'opinion , elle a séduit la critique ; la sanction du temps peut venir, mais elle ne fera rien pour la gloire de l'auteur. »
M. A. Viftet , fe Geïiève, dans Ie Semeub, ou il a
fait paraître quatre immenses articles sur la Divine ÉPOPÉE :
« En des temps meilleurs que les nôtres, en
des temps de foi et de sérieux , si un ouvrage tel que La Divine Épopée avait pu voir le jour, notre lâche de crilique eût commencé à l'endroit même où elle s'acbève ; tout ce qui précède eût été superflu..., une simple analyse nous eût acquitté envers la partie la plus sévère de notre mission , et nous aurions passé sans plus d'affaire, au moins si Touvrage en eût valu la peine, aux questions d'art et de littérature.
« L'ordonnance de La Divine Épopée est belle, vraiment épique. Chacun de ses douze chants semble sonner une des grandes heures d'un jour de l'année éternelle :
such day
As heaven's great year brings rorth.
La division du poème est si naturelle et si claire, que l'esprit , après l'avoir vue, se refuse à en concevoir une autre. Elle a quelque chose de nécessaire et de fatal. Ces épilhètes ne semblent pas d'abord convenir aux quatre chants qui renferment l'histoire d'Idaméel , histoire qui ne parait tenir à l'action que par un fil assez léger ; mais elle avait de droit une place dans le poème , dont elle est la base; on ne peut disconvenir d'ailleurs qu'elle ne soit bien en son lieu ; partout ailleurs, elle troublerait ce qu'on peut appeler le rhythme de l'action ; peu importe , après cela , de quelle manière elle est introduite; et la fête infernale dont elle fait partie n'est guère moins légitime que le festin royal où le fils d'Anchise raconte au dessert les malheurs de sa patrie et les siens. Je ne veux pas chercher si un christianisme plus sérieux permettrait des fêtes à l'enfer; j'adopte, sans y regarder, l'enfer de M. Alexandre Soumet , et cet enfer peut avoir des fêtes. Tout le reste suit aisément , et le récit d'Idaméel orne, avec toute convenance» les loisirs
— xw —
douloureux et les fêtes forienses de la cité maudite. Cette histoire didaméel a beaucoup de grandeur ; c'est un résumé rapide et majestueux de Tbistoirc universelle; c'est FAntechrist refaisant le livre de Bossuet. Ce magnifique récit prépare Tiutérêt des chants qui suivent; et rentrée de Jésus-Christ dans le royaume infernal , prévue par le lecteur et mystérieusement annoncée au milieu même du récit d'Idaméel par une commotion soudaine de tout Tenfer, est admirablement placée après cette histoire de T Antéchrist racontée par T Antéchrist lui-même. Dès lors tout marche vers le dénouement avec la majestueuse lenteur d'un torrent de lave, mais sans plus de repos et de relâcfke que la lave, et le regard s'attache avec une ardeur pleine d'anxiété sur les scènes de la seconde rédemption.
<f II y a , dans le monde actuel , des hommes dont chaque pensée est une action; ici l'action n'est, à vrai dire, que de la pensée.
« Cette critique renferme un éloge ; du moins elle eiclnt une critique, celle qui voudrait ne voir dans la Ditinb ÉPOPÉE qu'un ample recueil de beaux vers. Certes , il y a mieux que de beaux vers dans le poème de M. Alexandre Soumet ; mais, convenons-én , il y en a tant et de si beaux , et l'éblouissement qu*on en éprouve est si soutenu , que plusieurs, à une première lecture, ont pu ne pas voir autre chose. Cette verve de coloris est un phénomène si curieux , qu'il détourne et absorbe l'attention.
« Cest quand il lui est permis d'être lui-même sous le nom de ses personnages, c'est encore quand il soi;t de son sujet, que M. Alexandre Soumet est éloquent et magnifique. Son poème qui n'est pas parfait, est tout rempli de poèmes parfaits ; car ce sont plus que de beaux vers , ces comparaisons étendues, ces descriptions épisodiques dont son ouvrage est semé , et dont il a trouvé la matière dans une érudition poétique qu'on ne saurait trop admirer. Les comparaisons de la trombe, du Boa, du coursier dompté , du rossignol ccelle-ci plutôt comme tableau que comme
comparaison ) ont ajouté des trésors à notre langue poétique ; et nous avons déjà dit que l'auteur excelle à résumer poétiquement les événements elles systèmes. »
M. A. Vinet , après àtôir cité la (iOmpataisoii un cheval dompté , le tableau de rindustrialisrae , ei l'œuvre de Napoléon , ajoute :
« Nous citerions nw quantité de ttcrreeàui dignes é& ignrer avec Ceux-ci : ainsi ta de^riptfoti de COtfstanlinople (1 , 136 j ; !e Stahca de Peï^lèse (I, S3) ; la lète de Néron (I, 150); les Adfeut des Anges à H teirre (II, 49); La fécondité de n. Alexandre Soumet, soâ étonnant trat^ vail d'intention, la force avec laquelle il sTempare des idées les plus difficiles, et les dompte à ià façdn de ce catalier qu'il nous montrait tout à l'heure attx prises avec son coursier ; sa verve soutenue, ton haleine infatigable , sotit des mérites rares à leur degré , et auxquels il ne manquait, pour placer bien haut lA I>lTti«EÉto^Êfi, que d'ètire appliqués à une cofneeption plus hetirense. »
M. A. Vinet ayant soulevé la question religieuse , M. Akxandre Soumet crut devoir lui adressa Une lettre que nous reproduisons ici ^ tdJe qu'elle a paru dans LE Sembur.
Monsieur ,
Permettez-moi de vot(s remercier de là constance îhfa^ tigable avec laquelle vous avez analysé mon poëme ; c'est pour moi un beau triomphe d'avoir attiré Fattention d'un critique aussi haut placé que vous, et je profiterai avec empressement et bonheur, pour ma prochaine édition , de quelques idées développées dans votre dernier article.
Je conçois que la religion réformée s'émeuve à l'apparition de mon œuvre , quelque faible qu'elle sôit; lés dogmes protestants flottent malhenreosement à tous les vents de la
paro}e humaine; les nôtres sont immuables comme la parole de Dieu ; ils ne s'alarment pas d'une fiction : le moucheron du poète ne peut rien sur le vieux lion du catholicisme. J'avais d'ailleurs tellement isolé mon épopée de la question tbéojogique qu'il me semblait impossible que mes intentions fussent méconnues par personne sous le rapport .de l'orthodoxie.
Yoici ce qu'on lit dans ma préface :
« Préoccupé de Fimmense amour de Jésus-Gh^st poulr «ses créatures ; absorbé dans la contemplation de son sacrifice, j'ai cru voir, pour me servir des expressions de saint Ghrysostôme , le Qls de Dieu briser les portes d'airain de yenfer, afin que ce lieu ne fat plu» qu'une prison mal assurée. J'ai cru voir, pour parler comme saint François de Salles , la grande victime souffirir en même temps pour les hommes et pour les anges; j'ai cru voir, avec Origène, le sanq théandrique baigner à la fois les régions célestes, terrestres et inférieures. J'ai fait de la force expiatrice une seconde àme universelle; j'ai supposé 1^ rédemption plus puissante que toutes les iniquités ; j'ai supposé que l'archange prévaricateur n'avait pu donner à l'édifice du mal l'éternité pour ciment. Je dis, j'ai supposé , parce que je ne ▼eux pas qu'on se méprenne sur la signification de mon œuvre. Je n'ignore pas que les paroles de saint Ghrysostôme ont été diversement interprétées par l'Église ; je n'ignore pas qu'une opinion d'Origène puisée dans les théogonies indiennes, s'anéantit devant le jugement des conciles, et je hasarde comme une simple fiction ce qu'il enseignait comme une vérité.
a Les entraves de la réalité n'existent point pour la poésie ; sa liberté fait sa grandeur, et , comme je le dis dans mon épigraphe , La lyre peut chanter tout ce qtie l'âme rive. Une vue de l'imagination n'est pas une croyance ; une invention épique ne peut en aucune manière porter atteinte à l'inviolable autorité du dogme. Et lorsque le poète, dans un élan d'espérance, ose dépasser les limites
de la clémence suprême et demander un dernier miracle à Tamour divin, le chrétien se prosterne avec respect devant le mystère le plus redoutable du catholicisme. »
Jamais profession de foi fut-elle plus entière? pourquoi donc élever un débat qu'elle rend impossible? pourquoi s'armer de tout un Dieu contre le néant d'un rêve épique? pourquoi invoquer l'éternelle vérité à propos d'un livrô où l'auteur a écrit lui-même sur le frontispice : Mensonge !I!
On l'a dit avant moi : Malheur à celui qui endormirait $a foi dans les fictions agitées des poètes ; il se réveille^ rait dans le désespoir. Est-il orthodoxe cet Abbadona repentant que M. de Chateaubriand appelle dans son Génie du Christianisme une des plus belles créations de Klopstock ? Est-il orthodoxe ce poème où le Dante a creusé un enfer pour y plonger ses ennemis et où il a déployé les pavillons du ciel pour en couvrir le front de sa maîtresse ; ce poème tout divin dont il a fait l'exécuteur de ses vengeances et l'apothéose de ses amours? Est-il orthodoxe ce tableau du jugement dernier où les formes du paganisme n'ont d'autre voile que les splendeurs de l'art, où la barque de Garon flotte sur la mer morte d'un enfer chrétien, où Michel-Ange n'a pas craint de porter un déti dérisoire à la justice de Dieu , en osant se placer hii-mênie parmi les damnés, afin de contempler de plus près le serpent de Moïse mordant les nudités honteuses d'un cardinal?
Je n'oserais pas rappeler de semblables images , si ce tableau , consacré par l'approbation des souverains pontifes, ne décorait depuis trois cents une des chapelles du Vatican , pour ajouter à la religion des peuples.
Je m'arrête : — Mon hymne d'expiation est toute symbolique. Combien de fois, dans les traverses de la destinée, n'avons-nous pas senti les miraculeux apaisements de la miséricorde divine 1 combien n'avons-nous pas senti , à certaines grandes époques de notre vie , la force rédemp-
trice tdompber de notre désespoir et Jésus-Christ descendre lui-mème pour le racheter, jusque dans cet enfer que nos manvaises passions ayaient allumé dans notre àme ! Je m^arrète... Mais peut-être votre devoir de critique indépendant devait vous commander de rechercher avec soin les diverses acceptions du mot éternité, depuis Zoroastre jusqu'à nous : peut-être deviez- vous interroger les étymologies orientales qui auraient jeié quelque jour sur cette question. Le mot Éternité se compose de la radicale B , qui si{cnifie la vie, et qui était représentée dans les
alf^abets primitifs par le visage de Thomme ( V) et du
fameux ternaire sacré. Le mot Éternité, pour la science philosophiqiie, ne veut pas dire existence sans fin (car commencement et tin ne sont que des phénomènes de notre oognition sans aucun rapport peut-être avec les choses vraies en elles-mêmes ) , mais bien eiistence ternaire , existence nouménique, Texistence des existences.
Je m'arrête... Mais saint Jean Cbrysostôpoe aima mieux souffrir la persécution que de consentir à lancer Fanathème contre la doctrine d'Origène. J'ai l'assurance , Monsieur, qu'il eût été moins sévère que vous pour le sujet d'un rêve de la muse, et qu'il eût pardonné à mon illustre confrère, M. Yillemain , ministre de l'instruction publique , d'avoir souscrit pour quarante exemplaires de mon épopée.
J'ai l'honneur d'être avec une haute considération ,
Monsieur,
Votre très-humble et très-obéissant serviteur,
Alexandre Soumet.
Parii, ce9lmail84l.
Voici quelques passages de la réponse de M. A. Vinet :
« M. Alexandre Soumet a rendu justice au sentiment qui nous a rendu sévère envers son ouvrage. Il ne nous appartenait pas de l'être pour notre compte; mais nous étions
— wii —
tenu de Tètre ^nx ^ coocipte des pipiqcîpiB»; la c^mit science même de votre fai})lesse ne noua en dispeqsaii i^a^ M. Alexandre Soumel Ta compris, et npus Tes remercionap Nous bénissons ces touchantes parples qui noi^s rendent rhomme et le chrétien où no^s n'avions rencontré que 1^ poète , et nous lui offrons de bon cceur, de bien ba^ sans doute, la main d'association.
a Notre estime pour M. Alexandre Soumet sort de cett^ courte poiéipique aussi entière que no(re admiration powr son talent. Une critique sérieuse est si rarement acceptée, alors même qu'on ne la redoute pas! M. Alexandre Soumet, an Taccuefltot , wa Tbioi^rant , s'il nous est pemis de le dire, a bien montré quel il est, et nous a fait comprendre qu^en fait de {urocédés et de sentiments, il est franc de toute bérésie. »
M. G. Moimard, recteur de l'Académie de Lausanne, dans la Bibliothèque uniyebselle de Genève :
f La périlleuse tentative de doter la France d'une épopée rivale des chefs-d'œuvre de l'antiquité et de quelques littératures modernes, tentie de loin en loin un de ces esprits généreux que leur vocation entratne vers la haule poésie. Les poèmes àe M. Alexandre Soumet, et ses ouvrages dramatiques, Clytemne$tr9 et Saiil principalement , avaient révélé divers mérites d'un talent dont tous les rayons doivent briller, dans une composition épique , tour à tour d'une lumière douce et vive, souvent niême dans toute leur splendeur. Ce n'est pas sur les traces d'Homère, de Virgile ou du Camoeens que M. Alexandre Soumet entre dans sa nouvelle et vaste carrière, il s'y présente en rival du Dante, de Mil ton et de Klopstock...
«L'éclat de l'imagination et du style est le trait dominant du poème de M Alexandref Soumet, et son grand mérite. Ce que la palette d'un poète a de couleurs , ce que l'espifit d'observation fournit au talent du peintre , ce qu'on peut
attendre d*uii ptncéàti iiabifô, mais surïout ênei^qué, Térité, originalité, souplesse, Tigueur, savante combinaison des nuances et des contrastes , tout se réunit dans les nombreux tableàni, dans les riches et fréquentes comparaisoùs qui embellissent cette épopée. La beauté de la versification , la nouveauté du langage , les eipressions beureuses , le bon goût au milieu de Topulence , ont déjà dû frappet nos lecteurs dans une partie des vers que nous avons cités, mais les frapperont bien plus encore et les raviront sMlS lisent , non pas quelques vers isolés « mais des morceaux suivis , surtout les comparaisons à proportions larges^ Nous recommanderons , par eiemple, à leur attention, dans le premier volume : les Enfants morts à leur naissance (cb. I, p. 22 et 23 ); le Désert de la Madeleine ( cb. III, p. 56 et 57 ) ; l'Ame et la vertu de Sémida (cb. Il, p. 62 et 63 ) ; la Haine , principe de l'Enfer (cb. III, p. 73); la Mort reine des enfers ( cb. III , p. 75-77 ) ; l'Incendie de Moscou et Napoléon (cb. III, p. 117-119); Constantinople (cb. IV, p. 126-139); Prométhée et Eschyle (cb. V, p. 185 et 186) ; Semida (cb. V, p. 194 et 195 ); le Cheval dompté {ch. V, p. 213 et 214); les Derniers jours du monde (ch. VI, p. 233- 235); VArtiste en travail (ch. VI, p. 237 et 238); VOEuvre de Napoléon {ch. VI, p. 26i). — Au tome second, Une jeune fille voyant passer la chaîne des forçats ( ch. X, p. 188-190); l'Araignée de Gambie et te Rossignol (et. X, p. 211-214); V Incendie de la Savane (ch. XI, p. 2i7 et 218); Jésus , à qui les damnés sont enlevés , comparé au pélican à qui Von ravit ses petits pendant qu'il les nourrit de son sang (cb. XI. p. 311-313).
« Nous n'avons désigné que quelques-unes de ces peintures, dont les couleurs suffiraient à quatre épopées. »
M. Frédéric Soulié, dans le Joubnal des Débats :
«Tout le premier chant de là Divine Epopée est consacré à la peinture du ciel. Ou volt que dès le début le poète se
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place au milieu de la plus grande difficulté de son poème. C'est la description de ce séjour immense , splendide, sans cesse inondé de lumière, d'harmonie, de parfums, et où rame flotte dans une joie éternellement pure , calme et suprême. C'était là quelque chose de hardi et que , je le reconnais, M. Alexandre Soumet a traité avec toute la puissance que laissent au poète une langue bornée et ses images stériles à peindre Tinfini et le parfait. Aussi dans ses ?ers toute la terre remonte au ciel :
Tout ce qui nous charma dans ce grand univers, Les clairs de lune amis des larges gazons verts, Les belles oasis dans les déserts assises , Les frais encbanlemenls des aubes indécises.
Les feux du colibri , les blancheurs de Teider, Nos papillons dorés tissus de moire et d'air. Nos fleurs , même ici-bas par les anges aimées , • De nos nuits d'Orient les langueurs embaumées , Revivent dans Téther ; mais si jeanes, si purs, Si mollement trempés de célestes azurs.
Que la Muse pour eux n'a que de froids mensonges.
« Partout c'est , ou la plus riche nature transfigurée , ou les architectures de rubis et de diamants; puis c'est la musi< que, dont les accords parfumés, lumineux et visibles caressent l'oreille , embaument les airs et appellent les yeux à suivre leurs élégantes vibrations ; c'est le mélosflore, et Textaséon, instruments divins; là se trouvent exaltées auprès des divines puissances la poésie avec Milton , la peinture avec Raphaël. Il y a bien du talent dans ce premier chant, et il était difficile de donner à la langue française une sonorité plus magnifique que l'a fait M. Alexandre Soumet : son Yers étincelle partout de mots éclatants et d'éblouissantes images. On dirait qu'on vient de dérouler devant vous un vaste tissu de soie tout parsemé d'or et de diamants.
« Au troisième chant le poëte nous transporte dans l'enfer. Ici , et sous des couleurs bien différentes , se retrouve