‹ La divine tragédie, poèmeChapitre 17 sur 63 · CHANSON DE ROUTE · texte numérisé non relu

CHANSON DE ROUTE

Soldat, laisse là ton ami!

A l'endroit même où il tomba, En l'embrassant, vous l'avez mis.

Nuit venue, après le combat, Longtemps vous fîtes la veillée !

Puis enfin quand l'aube pointa, Que la campagne émerveillée Frissonna dans le petit jour, Des talons jusqu'à la figure Vous avez roulé tout autour.

Soigneusement, la couverture.

Le vent soufflait froid et léger.

Vous n'avez mis que de la boue Sur le corps, pour le protéger ! . . .

C'est assez ; ce n'est pas beaucoup !

La gonflure est de terre noire.

Quel gazon y pourra germer?

Mais pourtant, si tu veux m'en croire,

Pars content : tu viens de semer!

Repasse là l'été prochain,

Parcours à nouveau la grand'plaine,

Et tu verras ce qu'il advient

D'un ami, en quelques semaines !

Tu verras comme il est changé

Ton ami qui dort au soleil !

Il sera tout endimanché,

Luisant, verdoyant, vermeil.

Tu verras, comme en peu de temps.

Il aura appris à chanter!

On fait des progrès étonnants

Lorsqu'on sent arriver l'été!

Laisse-le; tu l'as bien planté.

On ne plante bien qu'en hives!...

Tu diras : a Je t'avais laissé

Pauvre, à peine recouvert

De lainage et de sol glacé.

Te voici chaleureux et vert î

Bonjour, copain, comment vas- tu?

LE CERCLE DE CAÏN. qS

Nous avons gagné la bataille, Si pas mal d'amis sont perdus.

Mais on se retrouve, oiî qu'on aille.

C'est bien juste qu'on se revoie 1 On est vainqueurs I Salut et joie!

Je te trouve mine superbe.

Je ne prévoyais pas tant d'herbe Au-dessus de ton corps étroit!

Bien travaillé 1 Sois fier de toi.

Bonjour, Tami ! C'est nous qui passe!

Que tu rendis belle la place Miséreuse où nous t'avions mis !

Tu siffles comme un vrai buisson.

Bonjour, c'est nous qui repassons!

Bonjour, verdoyant ami ! »

Page 1