‹ La divine tragédie, poèmeChapitre 23 sur 63 · L'OFFICE · texte numérisé non relu

L'OFFICE

Qui donc eût osé dire : « Il blasphème le ciel », Lorsque l'on entendit, comme un prêtre en liessn Qui, la première fois, va monter à l'autel, L'artilleur s'écrier : « Je vais dire la Messe »?

Sais-je s'il n'était pas quelque prêtre authentique

Celui qui rugissait ce cri comme un aveu.

Gomme un remords, afin qu'il montât jusqu'à Dieu

En parodie du sacrifice eucharistique,

Les assistants étant tous ses frères d'angoisse

Sur qui sonnaient les cent obus de la paroisse?...

Paracelse eût trouvé qu'il avait bien raison

Ce théosophe épris de sa comparaison

Qui, poursuivant son Dieu dans ses métamorphoses,

LE CERCLE DE GAIN. lai

Appelle : autel, l'affût du canon où repose L'Agneau de Dieu, gracile, au plein soleil couché, Le pur agneau par qui sont remis nos péchés. Cet autel, comme l'autre, a des servants qu'on nomme Ainsi dans les deux cas. La langue est économe. La fumée sert d'encens à tous ces encensoirs Qui, bleuissant la nef, font avancer le soir. Penché comme en prière, ou droit, à chaque obus. Le prêtre dit : « Sanctus, sanctus, sanctus Deus. » Mais chaque fois qu'une âme entre dans l'infini Le diacre ajoute à voix basse : « Pax Domini! » Et les répons que font tous les coups de canon Sont l'amen qui conclut, là-bas, chaque oraison ! . . . Offertoire du sang et du corps, tout y est, Jusqu'à ce grand passage, entre tous pathétique, Qu'est l'élévation terrible du boulet!... Le culte le plus haut s'allie à la tactique. Devant sa pièce le soldat-prêtre officie, Et tous nous frémissons d'aise lorsqu'il ajuste Ce bloc d'airain où sont les espèces augustes. Comme dans le ciboire il introduit l'hostie. Christ absolve la phrase épique du servant Qui s'accote à l'affût comme à la Sainte-Table! Et blasphème fut-il jamais plus pardonnable.^

Donc, sonnez, sonnez fort, obus, éperdument,

Jusqu'à ce que la nuit accorde sa réponse

De mort à cette célébration maudite,

Et qu'un silence lourd, par tout le ciel, annonce

Que le Verbe est fait chair et que la messe est dite.

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