LE NOUVEAU CHRIST
L'obus vient de frapper un grand christ de calvaire, Et le bois de la croix s'est volatilisé. Comme un aigle éployant les ailes sur son aire Le Christ reste debout. Rien ne l'a renversé. Mais il est délivré du fardeau millénaire ;Et de son portement liturgique aux épaules... .Ainsi, debout, absolument méconnaissable, 'Il a bien plutôt l'air, sur le roc, d'un vieux saule Découronné, mais qui se tient, possible et stable. C'est bien toujours un Dieu, mais ce n'esjplus le même. Nul homme encor n'avait sans doute imaginé Quelle étrange figure et quel nouvel emblème Ferait, sur fond d'azur, ce christ inopiné. Les bras soudain ouverts et les mains déclouées,
Transformant tout à coup, en haut d'un promontoire,
Son geste de supplice en geste de victoire.
C'est un libérateur écartant les nuées.
Et c'est un Dieu de joie que ce Dieu décloué!
Son geste crie : u Venez! En avant! Evohé! n
0 stature que n'eût prévue aucun apôtre!
Ce mort n'est plus le Christ enchaîné. C'est un autre.
Sublime allégorie sculptée par un obus!
Ils ont broyé ta croix. Enfin!... Vive Jésus!
Seigneur, Dieu des chrétiens, Dieu des promesses saintes,
Lorsqu'en vous incarnant dans un homme vous vîntes.
Ce fut — la Foi le dit — pour délivrer le monde.
Or, aujourd'hui, vous parachevez l'Evangile.
Sur de nouveaux martyrs qu'un dogme neuf se fonde !
Auriez- vous donc trouvé que l'œuvre était stérile.
Et qu'il fallait encore un deuxième mystère?
Ou bien estimez- vous que c'était encor peu
Pour prix d'un tel salut que la mort d'un tel Dieu,
Puisque vous avez mis l'horreur sur votre terre, ]
Et toléré. Seigneur, ce grand assassinat
De martyrs entassés sur tant de Golgotha?
Mais c'est fait. Te Deum ! Plus de De profundis !
LE CERCLE DE CAllH. 121)
Gloire à l'obus pointé qui foudroya les bois. Le Monde est libéré, ô Jésus! Plus de croix! En mourant à nouveau dans chacun de vos fils, Vous l'avez racheté pour la seconde fois.