LES DEUX TROUPES
On a dit à ceux-ei :
{( C'est la dernière guerre.
Allez combattre pour la paix universelle! Il faut vaincre et, s'il faut mourir, mourez pour elle. Les hommes, dans des jours prochains, seront tous frèi Nous ne toucherons pas, nous, ïa cime du rêve. Soit!... Mais nos fils nous béniront. Nous leur ouvrons L'espace du sommet et, derrière les monts. Pressentez l'astre indubitable qui se lève! L'antique barbarie pousse son dernier spasme. Après quoi : royauté du peuple, les tyrans Précipités, partout des cœurs compatissants, L'idolâtrie, brisée à coups d'enthousiasme. Toute société refaite et refondue... »
Paix sur la terre aux ouvriers de l'idéal!
Saint travail! Plus de sang. Le bonheur social.
Allons, enfants! Debout!... Non, ce n'était pas vous
Qui deviez profiter du rêve humanitaire,
Ce sont vos fils. Puisqu'il le faut : Mort à la guerre!
En plein cœur ! Porte-lui, peuple, les derniers coups,
Et que soit écrasée par toi la bête immonde!
Allez, vous conquérez la Liberté du monde!
L'avenir vous regarde et tend les bras! »
Alors, Heureux et le sourire aux lèvres, ils sont morts.
On a dit à ceux-là :
(( Voici le châtiment.
L'homme avait dénoncé son pacte avec le ciel. Dieu le punit de son reniement criminel, D'avoir fait alliance avec l'Esprit qui ment. Le flambeau de la Foi se trouvait en péril. Mais la France et la Foi renaîtront plus prospères De l'épreuve de feu qui purifie la terre. Dieu commande. Humblement, disons : Ainsi soit-il
Allez VOUS battre, fils de vos rois, fils des preux,
Soldats de votre Église, amis de votre Dieu!...
Soyez vainqueurs. Après l'autodafé, la France
Lèvera l'étendard paré de fleurs de lis,
Et, le faux rêve humanitaire enseveli.
Tout deviendra : Clarté, Ordre, Foi, Espérance!...
Vainquez pour votre Dieu et la rédemption!
La lutte est douloureuse, aveugle, mais la lutte
Est le commencement de la sainte raison.
Car la libre-pensée accélérait la chute.
C'est vous qui sauvez tout, enfants! Je vous adjure
De délivrer notre pays ensanglanté.
Derrière le rempart de la montagne obscure,
Voici monter la Croix, gage d'éternité!...
En avant ! . . . Dieu vous voit et vous commande ! »
Alors, Heureux, et le sourire aux lèvres, ils sont morts.