DÉDICACE
Je n'étais pas fait pour vos gloires, Sombres choses de la Patrie.
Mais l'àme humaine a son histoire, Son théâtre et sa tragédie...
Et le destin le plus tragique Que la vieille âme ait supporté Vient de percer à coups de pique L'aile espérante de Psyché!
Je vais du côté de cette aile.
0 beauté! Liberté suave!
La loi terrestre est : Sois esclave.
Notre honneur est d'être rebelle.
Délivrer, délivrer toujours; Arracher le monceau de chaînes Que l'homme après lui tire et traîne.
Sans que Dieu vienne à son secours*/ Briser, guérir, avoir les bras
Chargés de luminosité;
A toute enfance avoir dicté
L'ordre divin : « Point ne tueras. »
A la grande sœur douloureuse
Qui nous suit pas à pas, la femme,
Avoir dit : « Va ! Je fais ton âme
Libre. Va! Soufire et sois heureuse! »
A la douleur avoir dit : Non,
Mais à la pitié toujours : Oui;
Avoir choisi pour compagnon
Un amour sans cesse ébloui
De nature et de vérité ;
Puis avoir au Laid qui clopine
Donné du fouet sur son échine,
Cinglé son vieux torse arc-bouté;
Avoir relevé ce qui tombe
Sur la route spirituelle; —
Et qu'un jour tant d'effort chancelle!.,
Faut-il que l'idéal succombe
Alors qu'on le touchait de l'aile!...
Le grand prisme auquel atteignait
L'homme damné rompant sa chaîne,
Cette lueur et ce reflet
Vers qui montait l'angoisse humaine,