‹ La divine tragédie, poèmeChapitre 3 sur 63 · DÉDICACE · texte numérisé non relu

DÉDICACE

Je n'étais pas fait pour vos gloires, Sombres choses de la Patrie.

Mais l'àme humaine a son histoire, Son théâtre et sa tragédie...

Et le destin le plus tragique Que la vieille âme ait supporté Vient de percer à coups de pique L'aile espérante de Psyché!

Je vais du côté de cette aile.

0 beauté! Liberté suave!

La loi terrestre est : Sois esclave.

Notre honneur est d'être rebelle.

Délivrer, délivrer toujours; Arracher le monceau de chaînes Que l'homme après lui tire et traîne.

Sans que Dieu vienne à son secours*/ Briser, guérir, avoir les bras

Chargés de luminosité;

A toute enfance avoir dicté

L'ordre divin : « Point ne tueras. »

A la grande sœur douloureuse

Qui nous suit pas à pas, la femme,

Avoir dit : « Va ! Je fais ton âme

Libre. Va! Soufire et sois heureuse! »

A la douleur avoir dit : Non,

Mais à la pitié toujours : Oui;

Avoir choisi pour compagnon

Un amour sans cesse ébloui

De nature et de vérité ;

Puis avoir au Laid qui clopine

Donné du fouet sur son échine,

Cinglé son vieux torse arc-bouté;

Avoir relevé ce qui tombe

Sur la route spirituelle; —

Et qu'un jour tant d'effort chancelle!.,

Faut-il que l'idéal succombe

Alors qu'on le touchait de l'aile!...

Le grand prisme auquel atteignait

L'homme damné rompant sa chaîne,

Cette lueur et ce reflet

Vers qui montait l'angoisse humaine,

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