LA CATHÉDRALE ARDENTE
La basilique en feu flambe comme une ville, Et les cent mille saints qui tapissaient les murs Grésillent à l'instar de lucifers impurs Qui, dans les flammes, ont élu leur domicile.
Tous, les jeunes, les vieux, de la nef à l'abside, Des porches à la tour et du transept aux stalles, Précipitent en chœur leur armée intrépide. C'est un bûcher de gloire inquisitoriale !
Et tout ce personnel de saints, tout ce chapitre D'anges, tous ces porteurs de nimbes ou de mitres, Tous ces antiques « attachés de cathédrales » Meurent dans leur fidélité paroissiale,
Chacun bien à son poste et tous payant d'exemple, Ainsi qu'il sied au personnel des catastrophes. On voit s'embraser les pierres de leur étoffe Et l'orgue hurle afi'reusement au fond du temple.
Mais tous en même temps ont levé leurs mains jointes. C'est le buisson ardent qui brûle ses oiseaux. Tous ces nouveaux martyrs chantent lorsque les pointes Des flammèches s'en vont réjouir leurs vieux os.
Dans cet embrasement du grand arbre héraldique Qui portait chaque saint au bout de chaque branche, Dans la flamme stridente et qui se communique De leur jupe de pierre à l'émail de leur manche,
Un seul membre de la famille a trouvé grâce... C'est un supplicié de jadis, un des mille Martyrs qui dans, la pierre ou la niche ou la châsse Revivaient une vie débonnaire et tranquille.
Lui ne périt ni par le glaive ni par l'arc. Mais c'est l'esprit le plus pur de la chrétienté. En le reconnaissant la flamme a reculé, Car elle a retrouvé son remords : Jeanne d'Arc!
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a3o LA DIVINE TRAGEDIE.
Ce qui veut dire que, — humaines ou divines, — L'histoire et la légende, à travers tous les temps, Se continuent, que rien jamais ne se termine Ici-bas. On écrit sur des sables mouvants.
Forêts d'allégories et forêts de symboles, A travers quoi l'homme tâtonne et tend les bras, C'est la viel Ce qu'on croit terminé ne l'est pas, Et l'on n'a jamais dit les dernières paroles.
Ce n'est point un détail infime ou minuscule, Un incident perdu dans l'infini des jours, Que de voir au milieu d'une église qui brûle Cette statue de pierre avec la flamme autour.
Il faut comprendre. Il faut que notre esprit achève L'allégorie que Dieu nous met devant les yeux. On doit scruter la vie pour la comprendre mieux Et se persuader qu'elle n'est pas un rêve.
Aussi suis-je celui qui jure et qui proclame Qu'un grand miracle vient de se manifester : La rencontre de la martyre et de la flamme, Toutes deux s'opposant leur intrépidité.
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LA FORÊT DES RUINES. 2$l
Mais la brûleuse de prophètes et de rois, En achevant son grand repas fleurdehsé A, dans sa couardise et sa peur, renoncé A perpétrer le crime une seconde fois.
Alors, on voit ceci : Tendue vers vous, ô Sainte, Mais domptée, inclinée et déjà presque éteinte, En se ressouvenant du sinistre pavois.
Chaque flamme en amour vient lécher vos pieds froids !